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Toute sénéchaussée a son bourreau,
dont le titre officiel est « exécuteur de haute
justice ». Voici les renseignements assez fragmentaires
que nous avons pu réunir sur celui de Saumur.
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1) Des dynasties familiales
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André Carouault, exécuteur de haute justice,
est enterré à Nantilly en 1634 ( A.M.S., GG
39 ).
Yves Robert, exécuteur de la Sénéchaussée,
apparaît ensuite en 1744 ( A.M.S., GG 48 ).
Sa fille, Marie-Madeleine épouse à Nantilly Antoine
Dupuy, qui descend d'une famille d'exécuteurs des hautes
oeuvres, issue de Château-Gontier et dispersée à
travers toute la région.
Leurs enfants, Antoine ( en 1784),
puis Louis-Jean reprennent l'office héréditaire
( Bernard MAYAUD, « Les Exécuteurs de
Haute Justice à Saumur au XVIIIe siècle »,
S.L.S.A.S., 1972, p. 24-33 ).
Tous ces bourreaux habitent Nantilly, respectant la
tradition qui interdit à l'exécuteur, personnage
redouté et réputé infâme, d'habiter
à l'intérieur de la ville close.
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2) La rétribution
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Selon une ancienne coutume, le bourreau a le
droit de prélever une havée, c'est-à-dire,
une poignée sur toutes les marchandises granuleuses exposées
sur le marché. Cette tournée du bourreau, muni
de petits sacs, jette un froid sur le marché du samedi.
Turgot supprime le droit de havage en 1775, en même temps
qu'il réforme le commerce des grains.
Pendant quelque temps, le bourreau aurait perçu
une pension fixe de 1 200 livres ( celle-ci aurait
été versée par le greffe de la Sénéchaussée ).
En tout cas, à la fin de l'Ancien Régime, il est
rétribué à l'acte. Il faut payer pour être
châtié. Le tarif habituel des exécutions
capitales est de 30 livres, mais certaines exigent le recours
à des aides, par exemple, le supplice de la roue ;
le bourreau est alors mieux rétribué, pouvant toucher
jusqu'à 60 livres.
Outre ses activités répressives, le bourreau
est tenu au balayage de la place Saint-Pierre et surtout de la
place de la Bilange, qui est un peu son domaine, puisque sur
une dalle centrale est installé le pilori et que c'est
là qu'il officie.
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3) Les actes
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Les tribunaux les plus répressifs laissant
peu d'archives, il est impossible d'apporter des statistiques
précises sur l'activité des bourreaux au cours
du XVIIIe siècle.
- Le marquage au fer rouge des lettres G.A.L. sur l'épaule
gauche des condamnés aux galères a été
vraisemblablement l'activité principale du bourreau de
Saumur. Les divers tribunaux du Grenier à Sel ont prononcé
des centaines de fois cette sentence, et plus précisément,
1 046 fois de 1764 à 1789.
- L'application de la torture est encore ordonnée
à Saumur en 1714. Elle se raréfie ensuite et la
question préalable est abolie en 1780.
- L'application du fouet est aussi moins fréquente
au cours du XVIIIe siècle.
- La mise au pilori est un spectacle apprécié
par les badauds et une peine habituelle aux tribunaux ordinaires,
qui l'appliquent dans les cas de fraude et d'injures. Mais aucune
approche statistique n'est possible.
- Les peines capitales sont surtout prononcées et
appliquées par des tribunaux d'exception. La justice militaire
condamne souvent à la peine de mort, mais gracie dans
la moitié des cas et applique le châtiment elle-même.
La justice prévôtale, également justice militaire,
a la condamnation et l'exécution faciles, mais elle opère
en général à Chinon. La commission
souveraine chargée de réprimer le faux-saunage
prononce 50 condamnations à mort de 1764 à 1789
et les applique vraisemblablement. Elle est le principal pourvoyeur
du bourreau de Saumur, car les tribunaux ordinaires et, à
plus forte raison, les dernières justices seigneuriales
condamnent rarement à la peine de mort.
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4) Le dernier bourreau de Saumur
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Louis-Jean Dupuy, comme tous ses confrères,
est passé facilement d'un régime à l'autre.
Il s'est adapté à la guillotine, procédé
plus rapide que ses anciennes méthodes et réputé
indolore. La Révolution et la répression des révoltes
lui donnent beaucoup d'ouvrage. En l'an II, il suit les commissions
militaires, auxquelles il adresse une facture comportant 142
noms, dont 31 pour Saumur ( A.H., t. 24, p. 119-122 ).
Cette année chargée correspond aussi à
la fin de ses activités, car la Convention décide
qu'il n'y aura plus qu'un exécuteur par département.
Sous la Restauration, Louis-Jean Dupuy vit toujours
à Saumur, mais il est réduit à la misère.
Le 9 janvier 1819, le préfet de Maine-et-Loire lui accorde
un secours alimentaire trimestriel ( A.D.M.L., 1 M 1
/ 260 ).
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