1) La taille, ses accessoires et les anciens octrois remplacés par le tarif
L'établissement
des rôles de taille par quartiers, le calcul des accessoires,
le prélèvement des sommes dues en quatre versements
annuels, la mise en place d'octrois destinés à combler
les déficits municipaux, tout cet ensemble d'opérations
fiscales mobilisait beaucoup de monde, était médiocrement
rétribué et était surtout fort impopulaire.
Un nouvel impôt, simplifié et unique, est demandé
par l'Assemblée générale des Habitants le
23 août 1754 ( A.M.S., BB 8, fol. 33-43 ). Des représentants
de l'Ile Neuve et de la Croix Verte, quartiers appartenant pourtant
à la paroisse de Saint-Lambert des Levées, demandent
à être intégrés dans ce système,
l'estimant moins arbitraire que l'ancienne taille. Leur adhésion
facilite les contrôles sur le flanc nord de la ville.
Après de longues enquêtes économiques
et des négociations avec l'Intendance de Tours, le nouvel
impôt est perçu à partir du 1 er octobre 1758.
2) Une taxe unique sur les marchandises pondéreuses
Huit barrières
sont placées aux entrées de l'agglomération
; deux corps de garde hébergeront les nécessaires
patrouilles. Un tarif général très minutieux
est imprimé ; il est réparti entre quatre grandes
catégories de marchandises : les bestiaux, le bois,
les boissons et les fourrages ( A.D. Indre-et-Loire, C 37
).
Dans les discussions préalables, on a conclu que
les denrées rares et coûteuses, que le mobilier ou
les objets luxueux seraient malaisés à estimer et
leur circulation difficile à contrôler. Le tarif
frappe surtout des marchandises volumineuses, de consommation
courante et achetées en grande quantité. Sa perception
est simple, mais il fait monter le coût de la vie. En conséquence,
il renforce la pression fiscale sur les catégories sociales
moyennes et basses. Les indigents, jadis dispensés de taille,
paieront un peu par leurs achats alimentaires. Seront moins touchés
à l'inverse les plus aisés, qui auparavant étaient
atteints par l'aspect somptuaire de la taille, si arbitraire soit-il.
Les privilégiés demeurent exempts, même si
leur liste est revue à la baisse en 1760.
Jugé au départ comme ingénieux, le
tarif est considéré comme un facteur de vie chère
et devient vite très impopulaire. Une active contrebande
règne dans le quartier des îles. La ville ancienne
conserve l'essentiel de ses murailles, dans le but de limiter
les trafics nocturnes.
Finalement, à Saumur, ville remarquablement calme en 1789,
les premiers actes révolutionnaires violents viseront ces
barrières, abattues en janvier 1790.
3) Un rendement incertain
En théorie,
les bases du tarif sont prévues largement, afin d'anticiper
la hausse des impôts royaux. En outre, la ville, qui gère
le dispositif, a ajouté un prélèvement de
deux sols par livre, donc de 10 %, qui épongera ses dettes
anciennes et qui paiera la subvention due au collège.
Le tarif est effectivement bénéficiaire pendant
les premières années, mais son rendement dépend
de la conjoncture économique et de la consommation des
habitants. Or, il est affermé pour un montant fixe ( 42 000
livres par exemple en 1787 ). Le traitant peut empocher de copieux
bénéfices les bonnes années, mais dans les
mauvaises, il se déclare insolvable.
Le corps de ville a pris un risque inconsidéré
en modifiant ainsi les impôts royaux. En 1777, le déficit
est tel qu'il doit lever 20 000 livres supplémentaires
et envoyer à nouveau des collecteurs réclamer des
sommes complémentaires à travers les quartiers,
comme au temps de la taille. L'impopularité de ces mesures
retombe sur les élus municipaux.
Dans les années 1787-1789, avec la crise économique
et la perte de coûteux procès contre l'abbaye de
Fontevraud, la situation financière de la ville redevient
précaire.