1) Les taxes municipales
Les villes sont
avant tout des collectrices d'impôts pour le roi. Saumur
en profite pour ajouter aux tailles deux sols par livre pour ses
besoins propres.
Elle prélève en outre des taxes particulières,
qui sont des octrois, implantés sur les ponts de Loire
ou sur le pont Fouchard. Ces pontonnages sont déclarés
temporaires, mais ils tendent à se perpétuer. En
outre, en 1683, la ville reçoit l'ordre d'établir
un octroi sur les entrées de foin, d'avoine et de bois
à brûler. Des premières barrières sont
alors dressées sur toutes les entrées de l'agglomération.
La réfection des pavages est totalement à la charge des riverains, qui en acquittent le coût jusqu'au milieu de la rue. Il y a en permanence un quartier de la ville où est perçu un droit de pavage. En cette affaire, le corps municipal ne joue qu'un rôle d'intermédiaire entre les riverains et l'entrepreneur qu'il a habilité. La taxe n'est pas " budgétisée ".
2) La survivance d'un impôt seigneurial
La division médiévale
de la ville entre une douzaine de fiefs seigneuriaux n'a pas totalement
disparu, car les seigneurs les plus combatifs, les abbayes de
Saint-Florent et de Fontevraud, le prieur baron d'Offard, le seigneur
de Pocé, et en outre le roi, ont pu maintenir des privilèges
de fief, ce qui leur permet de prélever les lods et ventes,
la plus productive des taxes seigneuriales.
A chaque vente, chaque changement de propriétaire
ou nouveau contrat de bail, le seigneur perçoit un droit,
qui, à Saumur, s'élève au 1 / 12
ème de la valeur déclarée dans l'acte. Ce
taux est plus modéré qu'ailleurs, mais le droit
semble strictement perçu.
3) Les impôts dûs au clergé
Le clergé
ne prélève que d'anciennes rentes dévaluées
sur de nombreuses maisons de la ville, mais la dîme, taxe
universelle portant sur les fruits de la terre, représente
des revenus considérables aux portes de la cité,
en particulier, dans le vignoble et sur les riches terres agricoles
de Saint-Lambert des Levées.
Le système paraît fort simple : la dîme,
en Saumurois, est prélevée sur le terrain à
la 11 ème gerbe de blé ou à la 11 ème
portoire de vendange ( plus rarement au douzième comme
dans le domaine du prieuré de Dénezé, A.D.M.L.,
H 3119 ). Outre ces grosses dîmes, les dîmes
vertes portent sur le chanvre, sur les fruits, sur les légumes
produits hors des jardins enclos. Les règles de perception
deviennent alors fort complexes, en particulier les charnages,
qui représentent l'accroissement annuel des troupeaux de
moutons et de porcs et qui sont payés en argent. Les dîmes
novales portent sur des terres mises en valeur depuis 10 ans ;
à Saumur, elles vont au desservant à portion congrue,
mais pas à Saint-Lambert. Là aussi, le contentieux
est important. Afin de consolider ses divers droits, l'abbaye
de Saint-Florent fait confectionner par des feudistes des terriers
monumentaux : ainsi, le censif de Nantilly, achevé
en 1780, couvre six tomes, totalisant 1840 feuilles in-folio
( A.D.M.L., H 2387 à 2392 ).
Qui perçoit les dîmes ? Aux portes de Saumur, essentiellement l'abbaye de Saint-Florent, qui, en sa qualité de curé primitif, est gros décimateur et confie les prélèvements à des fermiers intéressés au bon rendement du système. Les curés des paroisses de la Côte ont d'importantes retombées et vivent dans l'aisance. A l'inverse, le clergé séculier de la ville de Saumur ne reçoit que des miettes ; relativement pauvre, il demande un casuel élevé ; par exemple, un enterrement dans l'église Saint-Pierre au régime de la Grande Communauté et la somme versée au fossier semblent très élevés. L'Hôtel-Dieu touche des aumônes statutaires ; l'enseignement ne reçoit aucune aide.
Qui paie les dîmes ?
Pas seulement les paysans et les ruraux. Dans la ville, la plupart
des notables possèdent de beaux vignobles ou de grasses
métairies ; des Saumurois modestes sont propriétaires
de quelques quartiers de vigne.
Les juristes de la ville suivent de près les contestations
sur les dîmes. L'affaire des rangées,
très caractéristique, mérite un dossier spécial.