A propos du Livre Noir   


Une oeuvre de longue haleine

 Dérobé aux archives d'Angers vers 1821, ce cartulaire a été racheté en Angleterre par la Bibliothèque nationale, qui l'a conservé ( B.N.F., n.a. lat. 1930 ).
 Henri OMONT, Catalogue des manuscrits latins et français de la collection Phillips, 1909, p. 62-64, situe sa confection dans les années 1040-1060, Marc SACHÉ penche pour 1040-1070... La datation précise de ce cartulaire n'est pas un problème négligeable, car elle renseigne sur la période de fabrication des documents faux, qui s'y trouvent en grand nombre, et, à la suite de William ZIEZULEWICZ, j'opterais pour une période plus tardive, les années 1055-1090, à partir des éléments suivants : la chronologie des documents retranscrits, l'évolution de la ponctuation qui se diversifie de façon continue au scriptorium de Saint-Florent et, enfin, l'assemblage des feuillets du codex ( ces cahiers sont en général des quaternions composés de quatre grandes feuilles de parchemin, ce qui donne 8 folios ou 16 pages.
 Ainsi, les folios 9 à 28, assemblés de façon continue, peuvent seuls être antérieurs à l'année 1060 ( mort de Geoffroy Martel ), car, au folio 29, une notice se réfère au décès du comte. La rédaction a pu commencer après 1055, année où est élu l'abbé Sigon, un lettré soucieux de rétablir l'abbaye dans tous ses droits. Un autre indice va dans le même sens.

Le scribe Géhard

 Le compte-rendu de l'élection de l'abbé Sigon est conservé ( A.D.M.L., H 1910 n° 2 ). Son texte comporte une ligature irrégulière de la finale "US", qu'on lit "IS". J'ai identifié le scribe qui commet ce tic d'écriture grâce à une charte de 1062 ( A.D.M.L., H 1840 n°7 ), qui est signée par " Gehardus notarius scripsit " :

A.D.M.L., H 1840 n°7

 On lit "notarus" au lieu de "notarius". Cette anomalie, qui semble propre à ce scribe, réapparaît aux folios 9 et 99 du Livre Noir ; dans ce dernier cas, il s'agit de la copie d'un acte de 1066 ( H 2140 n° 1 ) qui comporte lui-même cette graphie particulière ( selon les remarques de Ziezulewicz ).
 Tout permet d'affirmer que le scribe Géhard est actif au cours d'une période correspondant à l'abbatiat de Pancarte de Rou, par Géhard.Sigon ( 1055-1070 ). Quand on examine les actes divers regroupés dans la pancarte de Rou ( H 2189 ), que Saché datait des environs de 980, on retrouve le tic d'écriture de Géhard à la fin du mot "fidelibus". Cette charte est donc une reconstitution de l'époque de Sigon. D'ailleurs, les "e çédillés" qui remplacent "ae" dans « sancte dei aecclesie » n'apparaissent pas avant le XIe siècle dans les écritures de Saint-Florent.

L'achèvement

 La seconde moitié du cartulaire est plus hétéroclite. Des pages dont la copie est ancienne ont été intercalées ; des actes du XIIe siècle ont été rajoutés sur des espaces libres. Mais le grand nombre d'actes postérieurs à 1080 amène à placer après cette date l'achèvement du cartulaire.
 La ponctuation, limitée à deux signes pendant la période de Sigon, devient très sophistiquée. Jean VEZIN, Les Scriptoria d'Angers au XIe siècle, 1974, constate une évolution comparable dans certains manuscrits de l'abbaye de Saint-Aubin. La ponctuation atteint parfois cinq signes différents : des virgules faibles et fortes, un point-virgule ( inversé ), un point de fin de phrase, un point de fin de texte.

 Marc Saché a minutieusement vérifié et raturé la copie du Livre Noir qui se trouve aux A.D.M.L. ( H 3712 ). On citera les documents d'après la numérotation de son remarquable inventaire.


DOSSIER
EN COURS
 CHAPITRE
EN COURS
CHAPITRE
SUIVANT