Un premier château sur la colline de Saumur ? 
   

 

 

Texte latin : « ab antiquo fabricatum ». Les premiers historiens de la ville en concluaient que ce château remontait à l'antiquité gallo-romaine ou gauloise. En fait le mot antiquus réapparaît dans cette chronique et signifie simplement " ancien ".

 

 A deux reprises, l'Historia évoque l'existence d'un château remontant aux invasions normandes :

 « Du côté de l'Occident, ce lieu [ de Saumur ] avait un castrum nommé " le Tronc ", dont les Chrétiens, pendant toute la période de persécution, s'étaient fait un asile très sûr » ( p. 228-229 ).
« Il y avait au point culminant de Saumur un castellum construit depuis longtemps, qu'on appelait " le Tronc " en raison de sa petitesse et de l'exiguïté de son site » ( p. 231 ).

 Même rédigées deux siècles plus tard, ces chroniques méritent une approche favorable, car les traditions locales conservent durablement le souvenir des particularités topographiques, en particulier des fortifications. Voir par exemple les lieux-dits "la Motte" ou "la Haie".
    

1) Le Vieux Tronc...

 Il n'est pas impossible que les chroniqueurs avaient sous les yeux des vestiges de ce retranchement, qu'ils appelaient plutôt " le castrum du Vieux Tronc ", selon le texte de l'Historia fundationis, antérieure à l'Historia.
   

2) ... pas un castrum

 Dans son sens premier du latin médiéval, un castrum désigne une cité gallo-romaine protégée par une enceinte de pierre. C'est cette image erronée qu'ont retenue les premiers historiens de Saumur.
    

 

 

Les Normands à l'assaut de la ville de Mur

( Dessin d'Edmond Savouré,
lithographie par Denis Raffet, vers 1847, lithographie éditée à l'occasion de la réédition de Bodin )

 Le "castrum" de Mur par Edmond Savouré
     

3) ...plutôt une tour de guet

 La présentation de ce fortin exigu et en forme de tronc d'arbre fait plutôt songer à une haute tour de bois, enclose par un vallum de terre, lui même renforcé par des blocs de rochers et des poutres.
 Un fossé pouvait encercler l'ensemble : un surprenant passage de l'Historia (p. 231 ) évoque la présence, sur la colline du château, d'un lac rempli d'eau boueuse qui empêchait de creuser les fondations du nouveau monastère. On imagine mal une mare naturelle à cet endroit ; s'agirait-il des restes d'un fossé ? L'indice est ténu.
    

4) ...édifiée dans le 3ème quart du IXe siècle.

 

Simon COUPLAN, « The fortified bridges of Charles the Bald », Journal of medieval History, mars 1991, p. 1-12, souligne l'importance du pont fortifié des Ponts-de-Cé (873) qui assure une paix relative sur la Loire.

 Peut-on risquer une date pour l'édification de ce premier château ? Les premières incursions scandinaves provoquent une terreur et une fuite généralisées. A partir de 862 seulement, les populations et les autorités restées sur place semblent se ressaisir, avec à leur tête le puissant comte d'Angers Robert le Fort.
 En juin 864, dans l'Edit de Pîtres, Charles le Chauve appelle à une mobilisation contre les Normands et il ordonne de fortifier « les villes nouvelles, les ponts et les gués dans les marais ». Ses décisions concernent surtout la région de la Seine, mais dès cette époque, un château surveille la Loire aux Ponts-de-Cé, et les remparts antiques de Tours sont restaurés à partir de 869. En 877, dans le capitulaire de Quierzy [ sur Oise ], Charles le Chauve envoie ses fidèles inspecter les nouvelles forteresses élevées sur la Seine et sur la Loire.
 C'est donc à cette époque qu'aurait pu être élevé un premier château de Saumur. Sûrement pas à partir d'une initiative locale. L'ordre vient de haut, car le droit de fortification demeure un privilège régalien et les capitulaires royaux ordonnent même de détruire les retranchements privés - qui pourraient servir de point d'appui aux Normands.
 En cette période d'insécurité, une fortification attire des habitants dans ses abords immédiats. Né au pied du château, ce premier Saumur serait alors un bourg castral.
    

5) Les contradictions des chroniques

 Cette hypothèse séduisante n'est - hélas ! - pas étayée par d'autres textes ou par des vestiges archéologiques ; elle est même contredite par l'Historia eversionis, rédigée, on l'a vu, dans les années 1061-1070 :

 « Ce château qu'on appelle Saumur n'était pas encore là ; c'est seulement ensuite, afin de fortifier le monastère [ de Saint-Florent ] contre des ennemis hostiles [ les Angevins ], qu'il fut édifié par le susdit comte [ Thibaud le Tricheur ] » ( col. 847A ).

 Ce document a l'avantage de l'ancienneté, mais il est en général assez mal informé sur la ville de Saumur. Et de quel château parle-t-il ? Une tour de guet a pu précéder le monastère, qui lui-même a été par la suite entouré par un mur. Deux portes protégeaient l'abbaye, l'une, à l'ouest, pourrait correspondre à cet ancien fortin ; l'autre, à l'est, est devenue la maison de Gelduin.