La création de la salle de spectacle

 

1) Une oeuvre civique

 L'ancienne salle de spectacle de Saumur, installée dans un jeu de paume de la Grande-Rue, n'était qu'une « vieille grange en planches, éclairée par trois chandelles de suif », aux dires de Madame Cradock.
 Toutes les grandes villes construisent alors des théâtres aux proportions monumentales, mais la municipalité, lancée dans de grands travaux de voirie, n'en a pas les moyens. L'édification d'une nouvelle comédie est présentée aux milieux dirigeants comme un acte civique. La plaque de dédicace ( en français, exposée à l'entrée du théâtre actuel ) l'explique dans un style inhabituel, qui traduit l'esprit des Lumières :

Plaque de dédicace de la salle de spectacle, placée dans le hall d'entrée de la nouvelle salle

 La date de 1787 qui a été retenue n'est guère significative. L'entreprise poursuit un triple but :
- apporter des spectacles et des fêtes dans une cité jugée trop endormie ;
- embellir la façade urbaine sur le côté amont du pont neuf ;
- aménager un grenier d'abondance et un marché aux grains au niveau de la place de la Bilange.

 Toute la société aisée se fait un devoir de participer ; à la tête de la liste des souscripteurs apparaissent vingt officiers de Carabiniers et d'Infanterie, parmi lesquels Nicolas de Beaurepaire.

2) Une tontine

 L'entreprise est en même temps présentée comme une bonne affaire et, un peu, comme une loterie. Un capital de 54 000 livres est réuni, réparti en 180 actions de 300 livres chacune.
 La société est constituée en tontine, procédé alors fort à la mode, mais réformé par l'abbé Terray en 1770. Chaque souscripteur place son action - ou ses actions - sur la tête d'un héritier, choisi de préférence jeune, parfois de moins d'un an et, en général, né après 1770. A titre viager, les bénéficiaires survivants se partagent les bénéfices de la société, estimés au départ à 1 800 livres ( soit 3,33 % ). Le dernier survivant empochera pour lui seul tous les bénéfices, mais à son décès, le bâtiment reviendra à la ville, déjà propriétaire du terrain.
 Au départ, en 1789, les actions sont réparties sur 151 têtes. Il reste 120 bénéficiaires connus en 1806 ( S.L.S.A.S., 2002, p. 78 ) et, selon le docteur Bineau, en 1864 survivent 11 actionnaires, que la ville doit indemniser, car elle vient d'abattre la salle.
 Les intérêts de la tontine sont de 15 livres par action en 1806 et vont sans cesse en progressant. Malgré les changements de régime et de monnaie, l'entreprise s'est révélée profitable pour ceux qui ont bénéficié d'une espérance de vie au moins moyenne.

3) Le rôle de la ville

 A défaut de participation financière, la ville intervient sur les plans, qui sont dressés par l'entrepreneur Alexandre-Jean-Baptiste Cailleau et qui sont présentés à l'assemblée des actionnaires le 3 juillet 1785. Elle facilite aussi l'obtention d'une autorisation du Conseil d'Etat, accordée dès le 1 er novembre de la même année ( A.D.M.L., C 116 ).

A.D.M.L., C 116

 La nouvelle salle, offrant 702 places selon Cailleau, est achevée dans les derniers mois de 1788.
 Voir plan et photographies sur trois côtés dans le dossier Théâtres.

 Le théâtre étant considéré comme un lieu d'agitation, le lieutenant général de Police exige pour chaque spectacle la présence d'un service d'ordre de neuf hommes. Les premières pièces jouées n'ont pourtant rien de subversif...


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