Crise climatique et économique   

  

1) Les désordres climatiques

 L'année 1787 produit de médiocres récoltes. Ces insuffisances ne sont pas réparées au cours de la campagne suivante, bien au contraire. A l'été 1788, en particulier le 13 juillet, l'orage et la grêle font de gros dégâts. L'hiver 1788-1789 se présente mal. Il débute très tôt, par de grands frimas dès le 12 novembre. Sur son registre paroissial, le curé de Souzay note qu'il a relevé -16° sur le thermomètre de Réaumur, ce qui correspond à -20° Celsius ; la Loire est gelée, la couche de glace atteignant 14 pouces d'épaisseur.
 Deux années consécutives de mauvaises récoltes, suivies par un hiver marqué, ont de fortes répercussions sur une population qui gagne tout juste son pain et sur une ville qui est grande exportatrice de grain et de vin.
   

2) La flambée des prix

  En dépit d'une montée des prix en 1785, les cours des céréales étaient restés modérés depuis une vingtaine d'années. Voici un extrait d'une mercuriale établie par le greffe de la sénéchaussée ( A.D.M.L., II B 22, moyenne annuelle des prix en boisseaux à la mesure de Saumur ).

         
  Froment  Seigle   Avoine
 1767  33 sous  20 s  11 s, 9 deniers
 1787  33 s, 6 d  20 s  10 s,, 6 d
 1788  51 s, 3 d  33 s  18 s
 1789  49 s, 6 d  33 s, 3 d  15 s
 1790  39 s, 6 d  27 s, 9 d  12 s, 6 d

  La cohérence de ces évaluations n'est pas parfaite ; les séries dont nous disposons depuis 1699 ne sont pas homogènes. Un fait demeure incontestable : pendant les grands hivers de 1709 ou de 1713, les cours sont restés inférieurs ; tous les records sont battus en 1788. La chute des prix est encore faible en 1789 ; cette moyenne annuelle cache de grandes variations mensuelles, marquées par un premier clocher en mars ( 64 sols le boisseau de froment ) et un second en juillet, ce qui correspond à la soudure, le passage d'une ancienne récolte épuisée à une nouvelle. Cette récolte de 1789 est qualifiée de bonne ; elle explique la baisse des cours enregistrée sur l'année 1790. Encore faut-il que les marchés soient régulièrement approvisionnés, ce qui n'est pas le cas.

  

3) La pression des indigents

 
 
 

  Le 29 mars 1789, du blé descendant la Loire en direction de Saumur est bloqué à Tours et vendu sur place à bas prix. Dans les premiers jours de mai, c'est la situation inverse, les officiers municipaux de Saumur saisissent une cargaison de blés remontant la Loire de Nantes vers Tours ; le corps de ville de Tours finit par arracher le déblocage du convoi ( R.A., 1903 (1), p. 430 et sq ).
 Les incidents de ce type sont permanents. Avec l'hiver, réapparaissent les problèmes de chauffage. Au début d'octobre 1789, des femmes pauvres de Saumur demandent « le droit d'aller aux bûchettes » dans les environs. Cette tolérance viole le droit de tarif, qui frappe le bois de chauffage. Le 20 octobre, le comité municipal permanent prend un décret « portant défenses à toutes personnes d'aller dans les campagnes couper et emporter les arbres et bois, vifs ou morts, de quelque espèce qu'ils soient, de les entrer dans la ville et de les y vendre » ( A.D.M.L., II B 22 ).
 Ces tensions continuelles sur l'approvisionnement de la ville résultent de la pression des indigents secourus. Nous avons précédemment cité le nombre de 1 590 en 1739 et de 1 302 en 1741. Cette fois, nous atteignons 2 074 pendant l'hiver 1789-1790 et 2 200 pour l'hiver suivant, soit 1/5 ème de la population. En outre, des passages de bandes d'errants sont signalés ; cette menace, réelle ou imaginaire, renforce encore la nervosité de la psychologie collective.
   

4) Les crues de la Loire

  Quand la situation frumentaire s'améliore, c'est la Loire qui fait des siennes. Une crue fait des dégâts en novembre 1790. La petite turcie de Parnay est emportée et la route coupée. Un ingénieur général des Ponts et Chaussées propose alors de la reconstruire selon des modalités très novatrices : il envisage des « passes de regonfle », c'est-à-dire des déversoirs de trop plein, tournés vers l'amont et destinés à écrêter les crues ( A.D.M.L., C 22 ).

 Une crue encore plus grave se produit dans les derniers jours de 1791. Le 31 décembre, la municipalité envoie des barques porter du pain à de nombreux habitants réfugiés dans leur grenier.
  

  Cette accumulation d'événements permet de comprendre l'anxiété et parfois la violence de la partie la plus pauvre de la population de Saumur, souvent sans emploi et mal ravitaillée.