Les assemblées communes aux trois ordres  

  

1) Les séances rituelles

 Survol dans Joseph-Henri DENÉCHEAU, « Les cheminements de la Révolution dans le Saumurois », L'Anjou, n° 5, p. 39-44

  L'assemblée générale des trois ordres s'ouvre le lundi 9 mars 1789 dans l'église Saint-Pierre et débute par une messe du Saint-Esprit. Le président de droit, Barrin de la Gallissonnière, passe ensuite à la vérification des pouvoirs de chaque député. Comme ils sont au nombre d'environ 764, l'opération occupe quatre journées.
 Barrin prêche l'entente. Dans un rapport du 13 mars, il écrit : « j'ai engagé les ordres à se rapprocher, à dresser un cahier commun... ; j'ai toujours eu, à chaque dîner, des membres des trois états et un laboureur connu pour représenter le corps des agriculteurs » ( A.N., Ba 78 - microfilm 1).

 Une nouvelle assemblée de la Sénéchaussée clôture l'ensemble des travaux le samedi 28 mars, à 3 heures de l'après-midi. Les quatre députés élus viennent y prêter serment. Cette dernière assemblée aurait pu être l'occasion de rédiger un cahier commun, mais personne n'en parle plus.
   

2) Les premières divergences

 
Adresse aux trois ordres, par M. le Comte de Lamote-Baracé. A Saumur, de l'imprimerie de D.M. de Gouy, B.M.A., réserve, H 1559, t. IV, n° 6
 
 
 

 Nous avons déjà évoqué l'élection du comte Goislard de Montsabert parmi les députés du Tiers. Son élimination provoque un vif incident de séance, qui a failli se terminer par un duel ( le compte-rendu demeure assez vague ).

 Plus intéressant est l'échange entre le comte de la Motte-Baracé et l'avocat Merlet. Au cours de la séance plénière du 12 mars, le comte Alexandre de la Motte-Baracé prononce une « adresse aux trois ordres », qu'il a fait imprimer à l'avance et distribuer aux députés. Son discours contient quelques énormités. Il affirme notamment que le Tiers Etat est le seul a vraiment payer des impôts, parce qu'il y a consenti. Mais il reprend avec beaucoup plus d'habileté le plan de Walsh de Serrant et de Goislard de Montsabert. Il exhorte les trois ordres à rester unis, à « former en commun nos Cahiers et nommer de même nos Députés... ; nous allons consigner dans le Cahier de cette Sénéchaussée le voeu unanime d'abandonner tous ceux de nos Privilèges, dont la jouissance sera reconnue incompatible avec le bien général ». Tout en regrettant le doublement du Tiers, il ajoute que le refus d'un seul ordre aura valeur de veto. Enfin, il aimerait que sa proposition de siéger en commun soit approuvée par acclamations. Classique manoeuvre d'assemblée, et parfaitement illégale.

 Le Tiers charge l'avocat Jean-François Merlet de lui apporter une réplique. Ce dernier n'est député par aucune paroisse de la sénéchaussée. Sa présence à l'Assemblée est surprenante. En tout cas, il prononce sa réponse et il en fait imprimer le texte sur 11 pages au cours de la nuit suivante ( Réponse à l'adresse de M. le Comte de La Mote-Baracé, s.l., n.d., coll. R. Naulet ).
  Lui aussi souhaiterait un cahier unique, mais il explique : « Les trois Ordres ont entr'eux des intérêts à discuter, qui sont diamétralement opposés ; je veux bien qu'ils s'accordent sur quelques articles ; mais sur d'autres, ils seront nécessairement divisés... ; toujours l'Ordre qui croira ses droits lésés opposera sa non volonté, et rien ne se terminera ; delà des Etats-Généraux sans fruit ».
 Le ton est poli, mais le refus est ferme. Rédiger un unique cahier était déjà difficilement envisageable pour le Tiers ; l'élection en commun des députés était un piège évident.
 Les ordres partent siéger chacun de leur côté le vendredi 13 mars.