Les assemblées du Tiers Etat de la Sénéchaussée  

  

1) Les assemblées de paroisses

 
Cahiers connus :
Artannes,
Bessé,
Brion-près-Thouet,
Chétigné,
Coutures,
Fontevraud,
Gohier,
Jarzé,
Saint-Georges des Sept-Voies
Saint-Maur,
Le Thoureil
F. UZUREAU, « Les Elections du Tiers-Etat dans la Sénéchaussée de Saumur ( 1789 ), A.H., t. 9, p. 597-611

  Les assemblées du Tiers de la ville de Saumur sont traitées à part.

 Dans les zones rurales, les curés lisent les lettres de convocation au cours de la messe du dimanche 22 février. Peuvent assister à l'assemblée de paroisse les habitants, français ou naturalisés, âgés de 25 ans et plus, et inscrits sur le rôle des contributions. Le système est donc légèrement censitaire et regroupe une faible partie de la population du village, celle qui assistait aux assemblées traditionnelles.
 Peu de procès-verbaux et peu de cahiers de paroisses ont survécu. On sait seulement que la noblesse terrienne, qui préside souvent, a beaucoup intrigué, avec un succès inégal. La ville de Montreuil-Bellay a même tenté une étrange manoeuvre en réclamant que son élection envoie des députés particuliers à Versailles.

 A partir de la douzaine de cahiers retrouvés, il est bien imprudent de dégager des tendances. Tous les cahiers comportent une partie générale inspirée par un modèle en circulation, et ensuite, une énumération des demandes locales concrètes, qui sont les plus intéressantes. Quesnay de Saint-Germain reconnaît avoir rédigé le cahier de Cizay, mais il y parlait surtout des limites des paroisses.

 A l'inverse, la liste complète des 379 députés du Tiers est établie. Marc Bouloiseau en a esquissé la composition socio-professionnelle ( « Voeux et griefs saumurois lors des élections aux Etats Généraux de 1789... », 87 ème Congrès nat. des Soc. Savantes, Hist. mod. et cont., Poitiers, 1962, p. 175, note 6 ). Mis à part un bêcheur et un tisserand, la plupart sont des cadres ruraux, en particulier des laboureurs et marchands fermiers, en général gros propriétaires ( 36 % ), des artisans plus modestes ( 8 % ), des marchands et négociants ( 23 % ). Les professions libérales et les officiers royaux ou seigneuriaux représentent un contingent de 18 %.
  

2) La capitale écrasée

 Faute de cahiers de doléances et de procès-verbaux en nombre suffisant, nous pouvons compenser par le rapport de l'Intendant de Tours sur la mentalité des ruraux dans la sénéchaussée : « Le Tiers-Etat est tumultueux dans les gens de la campagne qui s'assemblent par cantons pour aviser au choix de ses députés, ils ne veulent absolument point de gens des villes et de privilégiés » ( A.N., B 111/140, cité par Jean-Louis ORMIÈRES, « Politique et religion dans l'Ouest », Annales E.S.C., sept-oct 1985, p. 1 048 ).

 Au départ, cette majorité de cadres campagnards révèle une véritable animosité contre Saumur, lorsqu'elle élit, dans l'église Saint-Pierre, le 13 mars, les 18 commissaires chargés de la rédaction de ses cahiers. Elle n'y comprend que le maire de Saumur, Blondé de Bagneux, le plus conservateur des députés de la ville. La partie septentrionale de la sénéchaussée n'est représentée que par François-Yves Guillemet, notaire royal à Saint-Lambert des Levées, alors que la zone de Richelieu et de Mirebeau dispose d'un nombre de délégués supérieur à son poids démographique. On entrevoit donc un conflit entre le sud et le nord de la sénéchaussée. Jusqu'ici, les manoeuvres de la noblesse semblent réussir.
 Les hommes de loi forment la moitié de ce groupe de rédaction.
 

3) La revanche de Saumur : le cahier du Tiers

Original manuscrit, A.M.S., BB 12, fol. 60-66.
Fac-similé et transcription, Archives municipales, 1989.
Impression, B.M.A., H 2 127 ( avec procès-verbal des élections ).
Réimpression, Archives Parlementaires, t. 5, p. 723-726.

 Cette commission est hétérogène et désorganisée ( ses membres ne se connaissent vraisemblablement guère ). Elle représente les intérêts divers des gros bourgs de la sénéchaussée. Finalement, quand elle s'est mise à la rédaction, elle s'est raccrochée au seul texte cohérent et développé, le cahier de la ville de Saumur.
 Elle en reprend 40 articles, 29 mot à mot et 11 légèrement retouchés dans un sens plus revendicatif. Ainsi, dans le préambule, elle remercie l'auguste « souverain, qui veut bien rétablir son peuple dans tous ses droits naturels et imprescriptibles, dont il a été privé depuis longtemps ». Dans l'article 21, elle ramène à 4 deniers par arpent le cens seigneurial qui serait maintenu, alors que Saumur acceptait un sou. Il n'y a tout de même rien de bien révolutionnaire dans cette rédaction. Les habitants de Saumur y ont reconnu leur oeuvre, puisqu'ils l'ont retranscrite dans le registre de leurs délibérations municipales.

 Quelques articles originaux sont ajoutés, correspondant à des soucis locaux : délits de chasse désormais punis par de simples amendes, création d'une caisse spéciale pour les réparations des presbytères, travaux pour la navigabilité des rivières locales ( art. 34 ). Cette synthèse est moins hardie et moins structurée que celle du bailliage d'Angers, qui reprenait également le texte de la ville.

 Le texte final du 20 mars ( 45 articles ) est signé par tous les commissaires, à l'exception d'Henri Cartier, notaire royal à Richelieu, avec en outre la présence de Desmé du Buisson, qui s'est imposé comme président, et de Lagofin, le greffier de la Sénéchaussée.
 

A.M.S., BB 12, fol. 66
   

4) La revanche de Saumur : l'élection des deux députés

  Le 27 mars, l'assemblée du Tiers élit ses députés et semble pressée de conclure. Le procès-verbal note même : « plusieurs desdits députés ne sachant écrire, leur suffrage donné à haute voix n'en est que plus authentique ».
 Cette fois, deux habitants de Saumur sont élus au second tour, le négociant Jean-Etienne Cigongne ( 106 voix ) et l'avocat Maurice Bizard ( 89 voix ), qui ont tous deux épousé des demoiselles Maupassant. Ce succès de la ville ne peut s'expliquer par des effets oratoires, car Bizard bégaie. Je suppose que Saumur a repris en main les délégués de sa zone d'influence. Ce scrutin doit aussi avoir un sens politique : beaucoup plus favorable à l'Ancien Régime, le maire de Saumur, Blondé de Bagneux, qui espérait bien être élu, n'obtient que 47 voix. Finalement, bien que modérés dans leur expression, nos deux députés vont s'associer à la révolution des légistes du Tiers. Voir dossier sur les quatre députés de Saumur.
 Compensation territoriale de dernière heure, Charles-Jean Ragonneau, avocat à Richelieu, est élu suppléant par acclamations.