L'application de la Constitution civile du Clergé  

   

   

1) Une réorganisation souhaitée

  Dans l'étude sur la préparation des Etats généraux, nous avons constaté que le clergé saumurois se montrait particulièrement contestataire et que ses cahiers de doléances souhaitaient une refonte des structures ecclésiastiques. Nulle surprise à le voir adhérer globalement aux réformes religieuses, même si ces dernières sont conduites avec imprudence. Localement, clergé et autorités tiennent peu compte de l'avis du Pape, en raison de fortes traditions gallicanes ( héritées du jansénisme ? ).
   

2) La nouvelle structure paroissiale

 
 

  L'ancienne structure paroissiale ( un seul curé, trois paroisses, plus la paroisse de Saint-Florent du Château et de Varrains ) était incohérente et source de conflits continuels. Reprenant un voeu ancien de la ville, la municipalité adopte en mars 1791 un projet de découpage en quatre paroisses, calqué sur les structures administratives de la ville en quatre cantons ( A.N., F 19 / 445, n° 24 ). Ce plan est plutôt cohérent, mais il ne tient pas compte des habitudes de piété des fidèles. En plus, l'Assemblée Nationale a fixé des seuils minimaux pour ériger des paroisses. Afin de les atteindre, Saumur fait preuve d'impérialisme, en annexant tous les bourgs de sa périphérie.
 Le district transmet le projet en suggérant une variante. Le directoire du département tient à maintenir une paroisse autonome regroupant Saint-Lambert et Villebernier, et il en enlève une à Saumur. Il n'en subsiste plus que deux dans la loi signée par le roi le 12 juillet 1791. A savoir, une vaste paroisse Saint-Pierre recouvrant tout le sud de la Loire, et au nord, une nouvelle paroisse Saint-Jacques, qui devait être érigée dans la chapelle Saint-Jacques de la Croix Verte et qui est finalement installée le 25 septembre 1791 dans la chapelle des Capucins.
 Scandalisée, la ville de Saumur obtient un arrêté, signé par Lanjuinais le 16 août 1791, rétablissant une paroisse à Notre-Dame de Nantilly. Mais l'église Saint-Nicolas reste réduite au statut d'oratoire dépendant de Saint-Pierre et desservi par un seul vicaire. Les marguilliers de cette église protestent avec véhémence, en faisant valoir qu'ils viennent de consacrer 60 000 livres à la restauration de leur sanctuaire ( voir l'occidentalisation de l'église dans l'étude sur Saint-Nicolas ).
 La nouvelle structure ecclésiastique suscite un flot de pétitions couvertes de signatures, ainsi que des demandes de travaux sur les églises anciennes. Le curé en place, Michel-Charles Martin du Chesnay se voit reprocher d'avoir voulu le maintien d'une cure unique. Les pouvoirs politiques, au lieu de prendre leurs distances, s'embourbent dans ces questions et mécontentent tout le monde. Bien que quelques cas d'anticléricalisme et d'antichristianisme soient relevés, ils ne semblent pas nombreux à Saumur ( Yves Durand, « Anticléricalisme et politique dans l'Ouest de la France à la fin du XVIIIe siècle », Histoire, économie et société, 1990, n° 2, p. 243-258 ). Les autorités locales n'interviennent pas dans un esprit d'hostilité à la religion, mais par volonté de tout régenter, de tout rationaliser.
  

3) Un clergé urbain entièrement assermenté

  Privés de leurs anciens revenus, les membres du clergé paroissial reçoivent un statut de fonctionnaire et, comme tous les fonctionnaires, ils doivent prêter serment à leur entrée en charge. Sans hésitation connue et compte tenu du silence de l'évêque d'Angers, le curé en fonction, Martin du Chesnay, fils d'un procureur de Doué et ami de Châtizel, accompagné de ses sept vicaires et des neuf prêtres enseignants au collège, adhère par écrit à la Constitution civile du clergé ( A.M.S., BB 13, fol. 121 ), puis prête un serment solennel le dimanche 30 janvier 1791 ( A.D.M.L., 7 L 226 et A.N., F 19 / 445, n° 38 ). Des religieux sortis des couvents s'y associent, dans l'attente d'une élection prochaine à la tête d'une paroisse. Les 17 Pères de l'Oratoire, qui n'étaient tenus à rien, avaient, un an plus tôt, prêté un serment de fidélité que personne ne leur réclamait ; dans ce zèle se dessine l'influence de leur supérieur, Servan-Duvivier, vibrant patriote et officier municipal. Tout le clergé de la ville prête serment. A l'écart, quelques chapelains et quelques aumôniers de religieuses sont nettement hostiles, mais pour l'instant, on ne leur demande rien.

 Si l'on examine l'ensemble du district de Saumur d'après les relevés de Louis Gallard, 130 prêtres en place sont tenus au serment, 116 le prêtent et 14 le refusent. Les réfractaires les plus proches se trouvent à Distré et à Allonnes ; leur densité augmente sur les marges du district de Vihiers.
 Comment expliquer cette adhésion à 90 % ? D'abord par un esprit favorable aux nouveautés politiques, les prêtres saumurois se révélant ardemment patriotes, les jeunes plus que les anciens. Sans doute aussi par la pression des cadres locaux et la volonté de rester en harmonie avec leurs paroissiens. Martin du Chesnay a encouragé le serment, afin de maintenir, selon l'une de ses lettres, « l'uniformité d'opinion dans le clergé et dans le peuple ». Enfin, des considérations matérielles ont pu jouer : entouré d'abbayes ou de curés du vignoble aux revenus confortables, le clergé de Saumur vivait pauvrement. Son nouveau statut ( 1 200 livres annuelles pour un curé, 700 livres pour un vicaire ) améliore son sort et le met à l'abri des soucis financiers.
D'après Timothy Tackett Cet extrait d'une carte de Timothy Tackett ( La Révolution, l'Eglise, la France. Le Serment de 1791, Le Cerf, 1986 ) est particulièrement éloquent. Le district de Saumur apparaît au milieu, légèrement à droite, en quadrillage sombre. Il est surmonté au nord par le district de Baugé, en rayures verticales plus claires. Il est prolongé vers le sud par les résultats comparables de Thouars et de Parthenay. Ensemble, ils forment une sorte de môle avancé de forte adhédion, en face des districts de Vihiers et d'Angers, nettement plus bas, et surtout des Mauges, puis de l'Ouest armoricain, en blanc, où le taux d'assermentés tombe à 5 %. Au début de 1791, les choix décisifs, pour ou contre la Révolution, sont déjà faits.
   

4) Les nouveaux curés

  En septembre 1791, des élections, peu suivies, mettent en place les curés des nouvelles paroisses. Martin du Chesnay, ayant prêté serment et maintenu dans la paroisse de Saint-Pierre, n'est pas soumis à une nouvelle élection. César Minier, fils d'un horloger de la ville, ancien élève du collège et précédemment curé de Parnay, est mis à la tête de la paroisse de Nantilly, au bénéfice de l'âge. A Saint-Jacques, est installé un ancien vicaire, Joseph Meignan, qui manifeste un ardent jacobinisme. Il n'y a bien sûr pas d'élection à Saint-Nicolas, réduit au rang d'oratoire et desservi par un seul vicaire, Lalande, qui continue à remplir les registres de catholicité, comme si de rien n'était.

 Localement, la vie paroissiale se déroule sans incidents graves jusqu'en juin 1793. Le clergé de Saumur se montre très coopératif, ainsi que le rappelle César Minier, en février 1792, dans une lettre aux administrateurs de la commune : « Notre conduite uniforme depuis le commencement de la Révolution, le zèle avec lequel nous travaillons à la faire aimer vous est par avance un garant de notre dévouement à la sagesse de vos dispositions. »