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Dans le quartier de Fenet, les anciennes fonderies
de cuivre et de cloches ont totalement disparu, la production
artisanale des chapelets, médailles et souvenirs religieux,
structurée autour de quelques maisons de commerce, est
tombée très bas. En compensation, Bonnemère
de Chavigny, ancien maire de Saumur devenu député
à l'Assemblée Législative, arrache dans
les derniers mois de 1791 la création d'un atelier monétaire.
La ville pouvait invoquer un réel savoir-faire dans le
domaine des médailles et l'existence
antérieure d'un atelier monétaire au XVe siècle.
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1) Les transferts de cloches
A.D.M.L., 1 L 507 et 508, deux liasses qui forment
la documentation essentielle de ce dossier.
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Pour son implantation, les autorités hésitent
entre l'abbaye de Saint-Florent et le couvent des Cordeliers.
Ce dernier l'emporte ( bien que les Poudres et Salpêtres
aient déjà projeté de s'y implanter ).
Il est en effet situé à proximité du quartier
de Fenet, d'où viendra le plus gros de la main d'oeuvre
spécialisée. Egalement, Louis Levesque-Desvarannes,
l'entrepreneur qui prend l'affaire en mains, habite tout près
( dans l'actuel hôtel Anne d'Anjou ).
Dans un premier temps, l'atelier reçoit les
cloches des églises désaffectées du département
( sans qu'on puisse, à cette époque, y voir
une volonté de déchristianisation ). Le district
de Vihiers en envoie 24. Les plus gros convois viennent du district
d'Angers ; dans le chef-lieu du département, le nombre
des paroisses chute de 17 à 8, en sorte que la ville d'Angers
livre 72 cloches. Au total, plus de 200 cloches sont acheminées
vers l'ancien couvent des Cordeliers. La ville de Saumur en fournit
peu, sûrement celle de l'Hôtel-Dieu ; celle
des Ursulines a été transportée, mais elle
n'a pas été détruite ( A.D.M.L., 1 Q 737 ).
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2) La fonderie
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Dans une première étape, l'atelier fonctionne
comme une simple fonderie. Les cloches sont brisées, leur
bronze est mélangé à du cuivre rouge importé
du Pérou et à du cuivre jaune tiré d'anciens
objets du culte. La fusion est opérée dans mille
creusets, portés à haute température grâce
à du charbon transporté depuis les mines du Layon.
Onze presses, mues par des travailleurs manuels, fabriquent
des flans, des disques métalliques prêts pour la
frappe. Ces flans sont d'abord acheminés vers la monnaie
de Nantes.
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3) Les sols constitutionnels
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En mars 1792, un mouton pour la frappe est installé
dans une construction nouvelle. La Monnaie de Paris envoie des
coins et des matrices. Bénéficiant des conseils
d'un spécialiste venu de Nantes, l'atelier frappe ses
premières monnaies au mois de mai. Il est désormais
cloisonné en deux secteurs totalement séparés
par crainte des vols : d'un côté, les fondeurs
préparent les flans ; à côté,
des monnayeurs de toute confiance frappent les pièces.
En l'espace d'un an, l'atelier procède à
des fabrications massives : plus de 2,3 millions de pièces
d'un sol, plus d'1,5 million de pièces de 6 deniers, 284 940
grosses pièces de deux sols constitutionnels. Si l'on
parle maintenant en masse, l'atelier utilise 244 142 livres-poids
de métal de cloche. Toutefois, ces chiffres impressionnants
représentent une assez faible valeur financière :
316 905 livres, selon les rapports du contrôleur.
Presque toutes les pièces frappées à
Saumur sont des sols constitutionnels, dédiés à
" la Nation, la Loi, le Roi ". En raison
de leur impressionnant tirage, elles sont assez faciles à
trouver.
Elles portent la marque de Nantes, c'est-à-dire,
un " T ", complété par un point
signifiant que l'atelier est temporaire, soit « .T »
ou « T. » ou encore un " T "
portant
le point au-dessous, comme sous le profil de la pièce
de droite ou sur l'exemple à gauche.
En octobre 1792, l'atelier tourne à plein régime.
Il réclame l'envoi de nouvelles cloches.
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4) La fin de l'atelier
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L'atelier
tourne au ralenti de janvier à mars 1793. Ses pièces
sont désormais dédiées à la " République
françoise " et à la devise " Liberté,
Egalité ". Ce sol aux balances, malheureusement
usé, est d'un type beaucoup plus rare ; il a été
frappé à Saumur dans les premiers mois de 1793,
si l'on en croit le point à la gauche du "T".
En juin 1793, les insurgés vendéens pillent
la monnaie de Saumur ; ils découvrent, sous le bureau
du directeur, un caveau contenant des tonneaux pleins de pièces.
Ils s'y pressent tellement que plusieurs sont asphyxiés,
selon le témoignage oral de Louis Brard, qui est confirmé
par un rapport du directeur ( abbé F. Deniau, 2ème
éd., t. 2, p. 192 ).
Levesque-Desvarannes, et ensuite, sa veuve, estiment
les pertes, une fois à 9 800 livres, ailleurs à
des sommes beaucoup plus élevées ( A.D.M.L.,
1 L 1 268, réclamation de Lévesque-Desvarannes ).
Des flans sont dispersés dans la ville ; certains
sont par la suite rapportés aux autorités. Des
cloches et du cuivre disparaissent. La perte la plus lourde résulte
de la destruction totale des machines.
Les autorités républicaines, rétablies,
ne peuvent remettre en service l'atelier. Celui-ci devient un
simple entrepôt pour les nombreuses cloches enlevées
des églises de la région ( cette fois, avec
une intention anticléricale ). Par exemple, douze
viennent de Fontevraud. Ces cloches ne sont pas immédiatement
brisées ; certaines seront récupérées ;
les autres servent surtout à couler des canons.
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5) Les billets de confiance
Roger Pacalet, Billets de confiance émis dans le
département du Maine-et-Loire, 1790-1793, article
multigraphié.
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Une opération monétaire annexe
est constituée par l'émission de billets de confiance,
des assignats locaux, de faible valeur, que la Caisse patriotique
de Saumur fait imprimer chez Degouy sur des cartons de couleur,
le plus fort n'atteignant que 30 sols. Les billets sont signés
par trois administrateurs. Ci-dessous, un billet ( communiqué
par J.-P. Ligné ) garanti par du Petit-Thouars, Gigault
de Targé et Baudry.
Lorsqu'il est repris contre des assignats ou contre
des pièces en métal de cloche, son coin est coupé.
Au total, la Caisse patriotique procède à
quatre émissions, d'août 1791 à février
1792. Le billet ci-dessous, appartient à la dernière
émission. Il est garanti à nouveau par du Petit-Thouars,
ainsi que par le médecin Idrac ( ou Ydrac )
et par le secrétaire Commeau.

Leur montant total s'élève à 400 000
livres, mais seulement 309 200 livres sont mises en circulation,
le reste étant brûlé. Cette vaste opération
était donc surdimentionnée, à une époque
où circulaient quatre types de monnaie : les billets
de confiance et les pièces de bronze pour les petits achats,
les pièces d'or et d'argent, ainsi que les assignats pour
les sommes élevées. Dans les deux cas, la mauvaise
monnaie, la monnaie de papier, circule et chasse la bonne, la
monnaie métallique.
Quand ils s'emparent de Saumur, les Vendéens saisissent
des billets de confiance à l'Hôtel de Ville pour
un montant d'environ 4 000 livres. Ils les mettent en circulation.
Ces bons d'une très faible valeur perdent progressivement
de leur intérêt. A la fin de 1793, ils sont loin
d'être tous rentrés.
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