Les tensions religieuses ( 1791-1792 )   

 

 

  Les autorités locales régentent la vie religieuse dans ses moindres détails. Le 15 juin 1791, la municipalité imprime une proclamation sur la procession de la Fête-Dieu : dans l'ordre ancien « où le régime des corporations enchaînoit les citoyens », les Saumurois défilaient par corps de métiers ; désormais, « l'exercice des pratiques religieuses est dégagé de tout appareil de contraintes », la garde nationale défilera par compagnies, puis les citoyens sans uniforme, par sections, mais « sans distinction d'état ni de profession » ( A.M.S., 1 Z 141 ). La municipalité reprend l'ancien itinéraire.
    

1) Le conflit avec les ursulines

  Les ursulines connaissent des crises internes et des conflits avec les pouvoirs publics. Selon un rapport du 27 février 1791, émanant de Jean-François Merlet, le procureur-syndic du district, elles « tirannisent d'une manière cruelle plusieurs d'entre elles attachées aux vrais principes » ( A.D.M.L., 1 L 207 ). Les autorités leur ont maintenu leur ancien directeur, l'abbé Louis-Denis Papin, mais celui-ci a prêté le serment ; « elles ne vont plus à l'église, empêchent leurs pensionnaires d'y aller, les parens des jeunes personnes en murmurent et veulent les retirer ».
 En réalité, elles assistent aux offices d'un autre confesseur, un réfractaire, Charles-Urbain Baudry, chapelain de Nantilly ( F. UZUREAU, « Les Ursulines de Saumur pendant la Révolution », A.H., p. 142-147 ). Leur parloir devient un lieu de rencontre des opposants locaux. Leurs biens appartiennent désormais à la Nation, mais elles liquident des vieux plats d'étain et de cuivre pour le montant non négligeable de 408 livres.
 Elles sont jugées indignes d'assurer l'instruction publique. En juin 1791, l'administration départementale enjoint aux parents de venir retirer leurs filles. En outre, la municipalité cherche à les remplacer par des soeurs de Jeanne Delanoue.
 Au terme d'un long conflit, un décret de la Commune de Paris du 17 août 1792 ordonne l'expulsion des religieuses hors des locaux qu'elles occupent encore. Ce décret est aussitôt appliqué à Saumur. Le collège de Garçons s'installe alors dans leurs locaux.

 De nombreuses soeurs continuent à résider à Saumur, notamment l'ancienne supérieure, Marguerite Bessin, que le Comité de Surveillance et Révolutionnaire accuse, le 6 ventôse an II, d'avoir extorqué une rétractation de serment à une soeur converse ne sachant pas lire. Cette converse est rétablie dans sa pension ; la « méchante Bessin » est emprisonnée comme suspecte.
   

2) Le conflit avec les augustines de l'Hôtel-Dieu

  A l'Hôtel-Dieu, les tensions sont permanentes, les augustines entretenant un conflit structurel avec les administrateurs. Elles sont aussi divisées entre elles ; quelques une quittent le couvent ; les autres refusent les services de leur nouveau confesseur assermenté, l'abbé Papin, faisant appel à l'ancien, Florent Baudry.
 Des querelles mesquines éclatent alors. Elles sont accusées de détourner des aliments et d'appauvrir le bouillon destiné aux malades ; il leur est reproché de vouloir s'enfuir clandestinement. Quelques unes sont arrêtées sur la place de la Bilange.
 Finalement, en juin 1792, sur ordre du Directoire du département, les soeurs sont chassées de l'Hôtel-Dieu. Quelques unes restent cependant à titre individuel.
  

3) Les mesures contre le clergé réfractaire

  De premières mesures de surveillance ont été annulées par l'amnistie royale du 14 septembre 1791. Le 1er février 1792, le Directoire du département oblige les prêtres insermentés à s'installer à Angers sous huitaine, afin d'y être plus facilement surveillés ( A.D.M.L., 7 L 132 ). Affirmant que sa garde nationale est débordée, la ville d'Angers s'efforce d'obtenir leur transfert à Saumur, qui refuse au nom de la loi, qui précise bien qu'ils seront rassemblés au chef-lieu. Un nouvel arrêté plus strict du 24 février entraîne l'internement à Angers de 38 prêtres et religieuses du district. Parmi eux, il y a au moins sept prêtres de Saumur, dont les frères Baudry, qui paraissent les plus influents dans ce groupe.
 Cependant, le clergé paroissial assermenté poursuit ses tâches sans difficultés particulières.