Saumur et les débuts de l'insurrection vendéenne   

  

1) La Vendée, fait marquant dans l'histoire saumuroise

  L'insurrection vendéenne bouleverse l'histoire de la ville, même si un faible nombre de Saumurois l'approuve ou y participe. Conquise par l'armée catholique et royale, la ville devient une capitale militaire, une base d'approvisionnement, un refuge hospitalier et un centre de répression. Pendant deux années, la ville va vivre au rythme des opérations militaires, des nouvelles menaces vendéennes et des offensives républicaines.

  Ce n'est pas ici le lieu de se lancer dans une pesante dissertation sur les causes de la révolte, à la suite de Célestin Port, Léon Dubreuil, Emile Gabory, Paul Bois, Marcel Faucheux, Charles Tilly, François Lebrun, Claude Petitfrère, Roger Dupuy ou Jean-Clément Martin. Pour faire simple, rappelons seulement que la société rurale du bocage est structurée autour de son curé, dans un climat de religiosité angoissée. Qu'elle tire peu de bénéfices des transformations économiques et fiscales des années 1789-1791, à l'inverse des messieurs des villes, ouvertement détestés. Que ce mécontentement diffus est cimenté par l'opposition aux nouveautés religieuses. Que la levée de 300 000 hommes a joué un rôle de détonateur. Enfin, que l'écrasement des faibles forces républicaines, surtout des gardes nationales, a laissé le champ libre à l'organisation d'une véritable armée catholique et royale.
   

2) Les patrouilles

 
 

  Les administrateurs saumurois ont bien vu mûrir la révolte. Ils en parlent souvent dans leur correspondance, imputant les mouvements à l'action du clergé réfractaire. Mais ils espèrent que quelques mesures de police et la propagande du " club ambulant des Mauges " suffiront à ramener le calme.
 Militairement puissante, la ville s'affaiblit progressivement. Le Royal Roussillon, devenu le 11 ème régiment de cavalerie, est dispersé en petits escadrons à travers les zones agitées. La garde nationale de la ville vient parfois lui prêter main forte. Ainsi, le 18 mai 1791, elle part pour Vihiers et Vezins, armée d'un canon et de 32 cartouches par homme ( A.M.S., BB 13, fol. 144 ).
    

3) Les débuts de l'insurrection

  Après le refus de répondre à la levée de 300 000 hommes, les premières bandes armées en révolte s'emparent de Cholet. Elle y arrêtent trois notables, Genest de Belair, Moricet l'Aîné et Duchesne-Vinet, qu'elles envoient aux administrateurs du district de Vihiers pour les sommer de se rendre sans résistance. Les émissaires sont mis en état d'arrestation et, accompagnés de deux autres captifs, ils sont envoyés vers les prisons de Saumur, sous la garde de quelques gendarmes ( Célestin PORT, La Vendée angevine. Les origines, l'insurrection, t. 2, 1888, p. 138 ). Ce samedi 16 mars 1793, jour de marché, le convoi fait un détour anormal par la place de la Bilange ( s'agit-il d'exhiber les prisonniers ? ). Ces derniers sont pris pour des rebelles et n'ont pas le temps de s'expliquer. Une foule furieuse se jette sur eux et les lynche en quelques instants. La garde nationale, convoquée, arrive trop tard, mais elle protège la tour Grenetière, où sont enfermés 37 prisonniers depuis la veille. Saumur devient déjà le grand centre régional de détention.
 Le sang coule pour la première fois dans la ville ; cette date du 16 mars, premier " dérapage " significatif, marque une étape dans le cours jusqu'alors pacifique de la Révolution locale. La guerre civile, impitoyable, est entrée dans les esprits. La « théorie des circonstances », telle que l'analyse François Furet, est parfaitement applicable à Saumur.
   

4) L'affaire de Vihiers

  La ville de Vihiers, menacée par des bandes déjà nombreuses, lance des appels au secours vers Doué et vers Saumur, qui envoie les hommes d'élite de sa garde, mais seulement 120 hommes. La petite troupe est facilement bousculée sur les hauteurs de Coron. Elle abandonne une couleuvrine de calibre huit, jadis offerte au château par Richelieu. Cette pièce au canon usé ne pouvait plus tirer qu'à la mitraille, mais les Vendéens en font une prise mythique ; ils la rebaptisent la " Marie-Jeanne " et ils l'utilisent.
 L'affaire de Vihiers est de faible ampleur ; cependant, la garde de Saumur y compte ses deux premiers morts.
   

5) L'affaire du Bois-Grolleau

 
 
 

  L'armée vendéenne ne poursuivant pas son offensive au delà, les autorités républicaines ont le temps de rassembler dans le camp de Doué des troupes formées pour l'essentiel par des gardes nationaux de la région et des départements voisins, environ 4 à 5 000 hommes au total, mal armés et pas du tout aguerris. Une colonne dirigée par Jérémie Tribert, de Montreuil-Bellay, marche sur Cholet et s'installe dans le château du Bois-Grolleau, aux portes de la ville. Comme les colonnes latérales sont vite mises en déroute, les occupants du château sont encerclés, sans eau et sans provisions, menacés par un incendie. Désespérant de recevoir des renforts, ils déposent les armes le 20 avril. Parmi eux se trouvent surtout 65 grenadiers de Saumur et 82 grenadiers de Montreuil-Bellay. Dans un récit héroïque, Tribert célèbre le courage de ses hommes, qui ne comptent tout de même que deux tués et six blessés ( A.H., t. 47, p. 117-119 ).
   

6) Les suites du Bois-Grolleau

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

  Ce succès est habilement géré par le commandement vendéen, sans doute par Bonchamps. Le gros des prisonniers est bien traité, mais les gradés sont détenus à part. Esnault, un avocat saumurois qui s'était installé à Cholet pour s'occuper des affaires de Colbert de Maulévrier, s'entremet et engage une négociation visant vraisemblablement à un échange de prisonniers ; ces conditions ne sont évoquées qu'à mi-mot ( A.D.M.L., 1 L 1 031 ). Les captifs peuvent même envoyer deux émissaires, libérés sur parole, pour garantir qu'ils sont bien traités et pour accélérer les pourparlers. Les « brigands de la Vendée » ne sont donc pas si féroces.
 Aucun accord n'est conclu avec le département ; les négociations échouent avec les autorités de Saumur, malgré la pression des familles. Les deux émissaires retournent à Mortagne. Finalement, les simples soldats prisonniers sont relâchés en plusieurs groupes vers la fin de mai. Ont-ils juré de ne plus prendre les armes contre les insurgés, ce qui est la condition habituelle ? Ce fait est probable, car Gibert note qu'ils s'éloignent de Saumur lors de l'attaque des Vendéens.
 Ces contacts et cette libération éveillent quelques soupçons chez les commissaires civils envoyés par la Convention et chez les membres de la Société Populaire de Saumur, qui s'est constituée en Comité de Sûreté Générale...

 En outre, le Saumurois Boisard, devenu colonel, qui commandait les grenadiers de la ville et avait succédé à Vilmet blessé, est l'objet de vives attaques. Il justifie son action dans un compte rendu imprimé ( A.D.M.L., BIB, n° 2 326 ). La colonne de secours qu'il acheminait vers le Bois-Grolleau a été stoppée par un retranchement vendéen. Ses hommes se sont vite débandés. « Quant à l'inculpation d'avoir tué trois gardes nationaux, le fait est de toute fausseté ; j'en ai frapé quelques uns qui jettoient leurs armes sans vouloir combattre ». Il demande aux administrateurs de protéger sa femme, sa fille et sa famille contre la colère des Saumurois. Autrement dit, ces derniers sont sûrement patriotes, mais ils ne font pas preuve d'un égal courage...
   

 7) Les trois morts de Charles Rossignol du Parc

 

  Le notaire Charles Rossignol du Parc s'était signalé à plusieurs reprises pour ses positions avancées. Devant l'assemblée des députés du Tiers, il avait prononcé un Discours aux positions parfois hardies. Il avait par la suite réclamé l'élection directe des officiers de la Garde Nationale.
 Il donne l'exemple en devenant porte-drapeau des grenadiers, bien qu'il soit âgé de 53 ans et père de quatre enfants vivants. Il fait partie du bataillon qui combat au Bois-Grolleau.

1) Selon Célestin Port, il est tué dans le combat, ce qui semble une erreur.

2) Charles Lejeune, sergent-major à la Légion Germanique, fait prisonnier à la bataille de Saumur, détenu à Châtillon, puis servant de bouclier humain en avant de l'armée vendéenne, est finalement gracié à Saint-Florent le Vieil par Bonchamps. Dans un témoignage précis, il atteste que Rossignol du Parc a été fusillé à Mortagne le 20 septembre ( A.M.S. 1 D 3 - communiqué par Anne Faucou ).

3) Jérémie Tribert a donné un autre récit des événements. Avec Rossignol du Parc et 240 prisonniers républicains, il est enfermé au château du Ponceau à Saint-Laurent des Autels ( seuls les hommes de troupe sont relâchés ). Au cours d'un transfert, ils parviennent à désarmer leurs gardiens. Des renforts insurgés accourus en force en massacrent la majeure partie. Tribert parvient à s'échapper, mais Rossignol du Parc est tué au cours du combat, le 18 octobre.
 Il est difficile de choisir entre les deux dernières versions, bien que le récit de Tribert semble un peu rocambolesque ( récit résumé dans l'enregistrement du décès, A.M.S., 1 E 80 ).