Chapitre 25 :

 Un poste avancé dans la guerre civile
                  ( avril-juillet 1793 )

 

 

  Répétons-nous encore une fois : jusqu'en mars 1793, les événements révolutionnaires se déroulent pacifiquement à Saumur, le bouleversement des anciennes structures est plutôt bien accepté, les opposants sont rares et marginaux. C'est avec le soulèvement vendéen que s'ouvre la guerre civile. 
   

1) Le camp retranché de Saumur

Dossier 1 :  La mise en défense de la ville 

  Au lendemain de l'affaire du Bois-Grolleau, les autorités républicaines s'inquiètent des faiblesses de leurs troupes ; Saumur constitue une proie facile pour les insurgés vendéens. La ville est alors transformée en un vaste camp retranché & (1). Deux spacieuses redoutes en terre sont édifiées de chaque côté du carrefour de Bournan, en face des routes venant de Doué et de Montreuil, le côté le plus probable d'une attaque. Le flanc sud-est de la ville est malgré tout protégé : un retranchement est entrepris à l'extrémité de la rue du Pressoir ; des terrassements renforcent la butte des deux moulins du Vigneau ; plus loin, un poste avancé est aménagé sur la colline du Parc, dominant la route de Varrains. Les habitants de Saumur et des environs sont réquisitionnés pour travailler à ces importants terrassements.
   

2) Saumur, capitale militaire

Dossier 2 : La capitale militaire

  En même temps, des renforts affluent par petits groupes ( ils sont décrits dans le dossier 2 ). Finalement, une armée de 8 à 9 000 soldats est rassemblée à Saumur. S'y ajoutent des gardes nationaux de la région et des débris de l'armée de Leigonyer, taillée en pièces à Concourson. A terme, si elle recevait tout son équipement, si elle était entraînée, cette troupe pourrait constituer un danger pour les pays insurgés. Dans l'immédiat, elle est mal armée, peu aguerrie et pas du tout approvisionnée ( elle vit sur le pays ).
 Son Etat-Major n'est guère plus opérationnel, étant soumis à de perpétuelles réorganisations, et son commandant en chef, Duhoux, étant blessé. Le pouvoir politique se méfie des généraux ( Dumouriez vient de passer dans le camp autrichien ). Afin de les surveiller, a été mise en place à Saumur une Commission centrale, rassemblant des représentants en mission, des commissaires aux armées, des commissaires civils et des commissaires nationaux. Les relations sont orageuses entre ces délégués aux opinions et aux objectifs divergents.
    

3) L'irruption vendéenne

 

Dossier 3 :  La bataille de Saumur, sources et bibliographie

  Les chefs vendéens sont manifestement bien informés sur les retranchements de Saumur et sur l'arrivée des renforts. Par qui ? Ils décident de s'emparer de cette place avant qu'elle ne devienne menaçante. Ils envoient des ordres à toutes les paroisses, afin de rassembler une grande armée offensive. Seuls, Charette et les paroisses poitevines font défaut. Un effectif de 30 000 hommes est vraisemblable.

 Le 7 ou le 8 juin, les chefs vendéens réunis à Doué arrêtent leur plan de bataille, que nous ne pouvons qu'esquisser, tant les récits, même provenant de témoins oculaires, sont divergents.
  

 4) La bataille de Saumur ( 9-10 juin 1793 )

 

Dossier 4 : La prise de Saumur, récit

 

 Dossier 5 :  La prise de Saumur, animation

   Le dimanche 9 juin, des actions de harcèlement contre les redoutes de Bournan ont pour but d'y fixer le gros des bataillons républicains, qui attendent - pour le lendemain - une attaque frontale par la route de Doué & (2).
 En réalité, les forces principales de l'armée catholique et royale font un détour par Montreuil, où elles repoussent le général Salomon, parti de Thouars, afin de secourir Saumur & (3). Elles y franchissent le Thouet, longent la rive droite de la rivière, passent la Dive au pont de Saint-Just, qui n'est pas gardé, prennent Varrains et le poste implanté sur la colline du Parc. Ils débouchent en trois colonnes sur les hauteurs dominant l'est de Saumur ( récit au dossier 4, animation Flash au dossier 5 ).
 L'effet de surprise est total, car le chef de l'armée bleue a décrété que les Vendéens, gens très pieux, n'attaqueraient pas un dimanche. Il tarde à faire battre la générale, et bon nombre de ses soldats ont abandonné leur poste pour se rendre dans les cafés.
 D'après les récits les plus fiables ê (4), Berthier, qui fait fonction de chef d'Etat-Major, lance ses réserves dans deux contre-attaques soutenues par de la cavalerie et de l'artillerie, l'une en direction de la ferme d'Aunis, l'autre en direction de Varrains. Les assaillants reculent, mais suivant leur tactique habituelle, ils débordent les troupes républicaines par les flancs. Ces dernières, submergées, refluent vers le pont Cessart, certaines en bon ordre, beaucoup en débandade.
 Cependant, les forces républicaines installées au sud du Thouet et autour de Bournan sont intactes : rentrant en ville, elles pourraient mettre en position délicate les troupes vendéennes, plutôt aventurées. De furieuses empoignades s'engagent pour le contrôle du pont Fouchard, qui reste finalement aux mains des Blancs. Les combats cessent vers 7 heures du soir.
 Dans la nuit, les troupes les plus combatives des hauteurs de Bournan se fraient un passage à travers les ennemis et rejoignent Brissac, puis Angers. Le lendemain, la petite garnison enfermée à l'improviste dans le château négocie une capitulation.
     

 5) Essai de bilan

  La prise de Saumur, en quatre heures de combats et avec des pertes légères, marque l'apogée de l'armée blanche, qui prend une trentaine de canons, 6 000 fusils, 20 000 livres de poudre et 131 chevaux de remonte ; en outre, à l'atelier monétaire, un poids de 90 000 livres de bronze de cloches. Egalement, elle capture une masse de prisonniers, assez encombrants. Les hommes de troupe sont libérés, avec les cheveux coupés et la menace d'être fusillés s'ils sont repris. Les gradés, traînés en avant des lignes vendéennes serviront de boucliers humains. Les soldats de métier sont invités à s'engager dans le corps soldé des " Vengeurs de la couronne ".
   

 6) Les Vendéens à Saumur

 

Dossier 6 : L'occupation vendéenne

  Les vainqueurs abattent l'arbre de la liberté et brûlent quelques registres communaux. Ils fouillent toutes les maisons. Selon des administrateurs restés sur place, l'ennemi « y a enlevé les armes de toutes espèces et a pillé par préférence les effets et les munitions de la nation ; le pillage chez les citoyens a plus frappé sur le vin et effets à leur usage, excepté quelques maisons qui ont plus souffert » ê (5). Les commandants des armées blanches doivent publier le 13 juin une proclamation menaçant des verges pillards et receleurs & (6). Mais ils ont de plus grandes décisions à prendre.
   

 7) Les choix des chefs blancs

 

 

Dossier 7 :  Cathelineau a-t-il été proclamé général en chef à Saumur ?

  Chinon et La Flèche tombent sans résistance ; la route de Paris n'est gardée que par de faibles troupes stationnées à Tours, mais les chefs vendéens, réunis dans l'hôtel Blancler le 12 juin décident de marcher sur Angers , puis sur Nantes, les grandes cités riches et dominantes, qui incarnent pour eux le nouveau pouvoir républicain. Ensuite, ils entreraient dans la Bretagne, prête à se soulever. Cette victoire du " parti breton " réduit l'intérêt de la prise de Saumur. De tremplin pour une éventuelle marche sur la capitale, la place devient un simple verrou protégeant la région insurgée...

 Au cours de cette même réunion, Cathelineau est-il proclamé général en chef ? Nous reprenos ce dossier controversé avec des arguments nouveaux.

  Les généraux vendéens ordonnent aux Saumurois de se rendre le 14 juin sur le Chardonnet, afin d'y prêter un serment de fidélité à Louis XVII et à Monsieur, régent du royaume. On a peu de renseignements sur le nombre des participants.
 Ces généraux nomment le 16 juin un curieux Conseil provisoire d'administration, qui est présidé par l'ancien sénéchal Desmé du Buisson & (7). Ce Conseil de 36 membres est très disparate ; à côté de royalistes déclarés, y sont nommés des notables incontestablement républicains, qui se cachent parfois pour ne pas y assister.

 La plupart des combattants vendéens prennent la route d' Angers ( qui n'est pas défendu ), puis regagent leurs foyers. La Rochejaquelein se maintient dans la ville à la tête d'une garnison, qui tombe vite à moins de 200 hommes, pour moitié Suisses et Allemands. Le 24 juin au soir, ils s'éclipsent discrètement, accompagnés par une quarantaine de leurs partisans saumurois.
 Le lendemain, descendus des hauteurs de Bournan, les soixante-dix hussards du capitaine Chambon rentrent dans la ville, précédés par un trompette jouant le « Ça ira ! » ê (8).
    

 8) Une terreur précoce

Dossier 8 : Des trahisons ?

Dossier 9 : Plan de Saumur révolutionnaire, format écran

Dossier 10 : Plan de Saumur révolutionnaire, format zoom

  L'occupation vendéenne n'a donc duré que quinze jours, mais elle est lourde de conséquences. Pourquoi la ville est-elle tombée si facilement ? Selon certains esprits suspicieux, la trahison peut seule expliquer une pareille défaite. Il est certain que quelques complicités secrètes ont agi en faveur de l'armée catholique et royale. Quelques Saumurois ont effectivement " collaboré " avec les vainqueurs pendant leur occupation, mais il convient de clarifier le bien-fondé de certaines accusations ( dossier 8 ).
 La ville, considérée jusqu'alors comme un foyer de républicanisme, devient brusquement suspecte. En tout cas, les autorités républicaines rétablies enquêtent et procèdent à des arrestations. Le 1er juillet 1793 est créé le Comité de Surveillance et Révolutionnaire, chargé de coordonner les renseignements. Le climat de terreur touche Saumur dès cette époque, alors qu'elle est « mise à l'ordre du jour », sans être votée, seulement le 5 septembre pour l'ensemble du pays « (9).