La mise en défense de la ville

 

 1) Les plans

 Dès le mois d'avril 1793, le maire, Alexandre-Jean-Baptiste Cailleau, et Jean-Nicolas Guéniveau de la Raie, administrateur du district et commandant provisoire de la place, se préoccupent de mettre la ville en défense. Les anciennes fortifications médiévales, au demeurant à l'abandon, ne présentent plus aucune utilité, puisqu'elles ne gardent pas le nouveau passage de la Loire, enjeu essentiel de la ville.
 Le capitaine Dabadie de Bernet, commandant du Génie de l'Armée de l'Ouest, dresse un plan ambitieux. En bonne logique, d'éventuels assaillants vendéens déboucheraient par le carrefour de Bournan, en cours d'aménagement, depuis l'ouverture du pont Fouchard et de la route Saumur-Doué ( la route Saumur-Montreuil est tracée, mais pas achevée ). Ce passage obligé constitue l'une des clefs de la ville.

2) Les redoutes de Bournan

 A une cinquantaine de mètres du carrefour, de chaque côté de la route montant depuis le pont Fouchard, sont élevées des redoutes de 35 à 40 mètres de côté, entourées d'un fossé large de 4 à 5 mètres et presque aussi profond. Les terres retirées forment un parapet consolidé par de grosses pierres.La Redoutte, cadastre de Bagneux, feuille A 2

 

 Ces retranchements, pouvant contenir chacun 500 hommes, sont en principe pourvus d'artillerie ; en avant, les murs de clôture sont abattus, dans le but de dégager des champs de tir.

 La redoute édifiée du côté de Doué est représentée en 1813 sur le cadastre de Bagneux, au lieu-dit " la Redoute ", près de la butte de Bournan. Elle est, en gros, de forme pentagonale ; son parapet et ses fossés sont facilement identifiables, mais une première maison vient d'être bâtie du côté de l'actuel parking. L'unique passage aménagé du côté du sud-est n'est sans doute pas d'origine.

 

 Dans les fourrés du côté nord, subsistent toujours d'importants vestiges du profond fossé, aujourd'hui transformé en égout. Le parapet, à gauche sur la photo de droite, garde encore une forte élévation.

Vestiges de la redoute de Bournan 

Parapet de la redoute de Bournan 

 De l'autre côté de la rue du Pont-Fouchard, la redoute édifiée face au nouveau chemin de Montreuil-Bellay était associée aux moulins de Bournan. Il n'en subsiste aucune trace aujourd'hui et l'on n'a aucun renseignement précis sur ses dispositions.

Les principaux points d'appui de la défense de Saumur

3) Le flanc est et sud-est de la ville

 Le plan ci-dessus localise les redoutes de Bournan ; il indique en outre les autres travaux défensifs entrepris par les pouvoirs publics, qui, tardivement, se préoccupent de protéger les flancs est et sud-est de la place, car les coteaux y surplombent la ville.
 Ils réquisitionnent, en avant de Varrains, l'enclos du Parc, une vaste propriété boisée, entourée de hauts murs, formant éperon au-dessus de la route de Varrains et d'un chemin creux menant à Chaintres. Cette colline permet des vues étendues sur les prairies du Thouet et sur les voies convergeant vers Saumur. Le commandant Rolle y a vu des traces de terrassements, disparues aujourd'hui. Ainsi semble se dessiner l'embryon d'une défense avancée s'étendant jusqu'à la ferme d'Aunis. Entre ces points d'appui, on compte sans doute sur les murs de clôture pour offrir des abris aux tirailleurs et sur la cavalerie pour combler les trous du dispositif.
 En dernière heure, le commandement militaire entreprend une seconde ligne de défense implantée aux portes mêmes de la ville. Elle part de la Maison de l'Oratoire, où est installée une batterie d'artillerie. Elle se prolonge par la plate-forme qui soutient les deux moulins du Vigneau, sur laquelle travaillent des habitants de Souzay. Plus loin, des habitants de Saumur s'activent à élever la redoute de Nantilly, située en avant des dernières maisons du faubourg ( à peu près, à l'emplacement actuel du pont enjambant la voie ferrée ). De là, on creuse à travers les Marais-le-Roi un fossé rejoignant le Thouet. Il ressort des documents que ces travaux n'ont pas été achevés. Nul vestige n'en subsiste aujourd'hui.

4) Observations sur ce plan

 Ce plan de défense tracé par le capitaine Dabadie envisage l'hypothèse d'une attaque du côté des moulins et, sur la carte, il paraît cohérent. Il faut tout de même signaler un oubli de taille dans ce dispositif : le château et ses bastions constituaient un point d'appui supplémentaire et un refuge éventuel. Aucun travail d'envergure n'y est mené ; aucun approvisionnement n'y est stocké.
 Encore une fois, seule la principale redoute de Bournan est achevée, les autres chantiers sont en cours. Momoro, commissaire national, est donc bien optimiste dans son rapport du 22 mai : « Saumur est fortifié... Saumur soutiendra long-temps un siège avec des vivres et des forces comme il y en a à présent ».

 

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