La chute de Saumur   

   

1) Le grossissement épique

 Le rapport des forces, l'impréparation des troupes républicaines, tout semble annoncer la chute de Saumur. Cependant, selon Berthre de Bourniseaux, le premier historien royaliste des guerres de Vendée ( 1802 ) : « ce fut à cette bataille que l'on vit des hommes armés de bâtons ferrés se précipiter avec fureur sur les canons et s'en emparer. Les républicains, rompus, forment aussitôt leur rang et présentent à l'ennemi un rempart de baïonnettes... Peu de batailles ont été si sanglantes... Quel est le Français, je le demande, qui n'admireroit des faits si héroïques ? » A mesure que l'on s'éloigne des événements, les narrateurs des deux camps se trouvent d'accord pour donner une dimension épique à la bataille de Saumur, pour multiplier à l'envi les actions héroïques, précédées de déclarations théâtrales, pour augmenter l'effectif des combattants, la durée de la lutte et le nombre des morts.
 La saine méthode veut qu'on s'en tienne aux seuls récits de première main émanant des participants. Il en ressort que la bataille fut brève, mais ponctuée par des chocs sanglants. Un précédent dossier fait une mise au point sur les sources et la bibliographie ( ce qui nous permet d'alléger les notes ).
    

2) L'effet de surprise

  Une première certitude : l'effet de surprise est total. Les chefs bleus, unanimes, estiment que le dimanche 9 juin sera une journée paisible. Le général en chef, Duhoux, affirme : « il n'y aura pas grand chose aujourd'hui et je ne crois pas que les bougres attaquent » ( A.N., W 289, procès de Lebrun ). Les Vendéens, qui se sont battus à Montreuil-Bellay dans la nuit du 8 au 9, vont passer la journée à se réorganiser ; gens très pieux, ils ne sauraient attaquer le jour du Seigneur. Aussi, le commandement laisse-t-il d'importantes réserves dans Saumur. Pire : le camp de Bournan « fut abandonné par une grande partie des soldats, qui vint en ville se livrer à la débauche », dans les cafés et les billards ( rapport des Corps administratifs de Saumur ).
 Alors que, dès la veille, des éclaireurs vendéens sont signalés au Petit Puy, l'Etat-Major est très mal renseigné sur les mouvements des Blancs. Il ne prend pas au sérieux les messagers, annonçant vers 9 heures du matin l'approche d'éléments vendéens. Pierre Devaud, qui appartenait à l'avant-garde blanche affirme s'être battu à partir de 8 heures du côté de Varrains. Le commandement ne fait battre la générale que vers 2 heures du soir, au moment où les premiers combats s'engagent sur une ligne de front longue de plus de cinq kilomètres.
   

3) Le plan vendéen

20 000 selon Forestier, Momoro et Menou,
25 à 30 000 pour Savary et Bodin,
30 000 pour Leigonyer et Gibert,
40 000 selon Rossignol et beaucoup de récits tardifs.

  L'armée catholique et royale a été levée dans le but de prendre Saumur et d'y briser l'armée offensive en cours de formation. Elle compte de 20 à 30 000 hommes, mieux armés qu'on le dit souvent. Depuis trois mois, ils ont récupéré un bon nombre de fusils ; leur puissance de feu est redoutable. Mais ils ne disposent que de 25 à 30 canons et que d'un embryon de cavalerie. Bien soudés en compagnies de paroisses, électrisés par leurs succès précédents, ils ont l'esprit offensif et vont exécuter avec rapidité le plan de contournement arrêté par leurs chefs.

 Ces derniers se sont réunis en conseil, à Doué, le 7 ou le 8 juin. Ils ont décidé des opérations de harcèlement contre les hauteurs de Bournan, afin d'y retenir le gros des bataillons républicains. Mais l'essentiel de leurs forces attaquera en trois colonnes du côté des Moulins, là où les retranchements sont faibles.
 Ce plan suppose une bonne connaissance de la topographie de la ville et des renseignements sur son plan de défense. Qui en est l'inspirateur ? L'abbé Cantiteau, dans sa célèbre lettre de 1807 ( A.H., 1945, p. 126 ) l'attribue à Cathelineau, sans arguments convaincants. Madame de la Rochejaquelein l'accorde à son père, le marquis de Donnissan, le seul chef rebelle qui ait atteint le grade de maréchal de camp dans l'armée de Louis XVI. A noter aussi que Beauvolier l'Aîné et de la Ville-Baugé connaissent bien la ville et y ont des amis.
  

4) L'attaque par l'est

  Partant de Montreuil, le gros de l'armée catholique et royale suit le Thouet par sa rive droite. Elle passe la Dive sur le pont de Saint-Just. Selon la règle nouvelle de ne pas disperser les troupes, ce pont n'est pas gardé, malgré l'avis des administrateurs de Saumur et les propositions des habitants de Brézé. Sans discontinuer, les Vendéens prennent Chacé et entrent dans Varrains, alors que les attaques de diversion sont lancées sur les hauteurs de Bournan.
 Leur tactique a été décrite, plus tard, par un bon observateur, le général Turreau : « Ils courent dans l'attaque, et dans la victoire comme dans la défaite ; mais ils n'en continuent pas moins leur feu ; ils chargent leurs armes en marchant, même en courant, et cet état constant de mobilité ne fait rien perdre à leur fusillade de sa vivacité et de sa justesse ».

 Les différents auteurs n'attribuent pas les mêmes chefs aux trois colonnes qui attaquent sur les hauteurs orientales ( il n'y a aucun moyen de trancher ). La première ligne bleue, qui s'étend du Parc à la ferme d'Aunis et qui n'a pas été renforcée, est facilement franchie.

 
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5) Combats sur le flanc oriental

 
 
 
 
 
 
 
 

  Désormais, les assaillants approchent de la seconde ligne de défense. Les 250 volontaires du District installés dans la Maison de l'Oratoire se replient, apparemment sans combattre. L'Etat-Major, conscient du danger, envoie ses réserves sur le flanc oriental. Certaines ne partent même pas. Selon Cailleau, « les cabarets et les cafés étaient remplis de soldats ivres et hors d'état de se battre ».
 Berthier, à la tête de deux bataillons de la formation d'Orléans et marchant à la mitraille, lance une contre-attaque en direction d'Aunis, en suivant l'axe de la route de Fontevraud. Les assaillants reculent d'environ deux cents mètres, mais débordé sur ses côtés, Berthier doit se replier. Les défenseurs de la redoute du Vigneau sont également submergés.
 Une deuxième contre-attaque est lancée sur le chemin de Varrains ( l'actuelle rue Robert Amy ) par des cuirassiers de la Légion germanique emmenés par le lieutenant-colonel Chaillou de la Guérinière ; « il est venu pour venir sur nous bien trois cents cuirassiers de Paris, qui étaient moulés depuis la gorge jusqu'au cercle de la culotte, et avaient un bonnet sur le casque qui couvrait leur tête jusque sur leurs épaules, et tout garnis en fer derrière et devant », selon le récit de Jacques Poirier. Les tireurs vendéens constatent avec effroi que leurs balles rebondissent sur les cuirasses. La faible cavalerie vendéenne, commandée par Jean-Louis-Etienne de Dommaigné se porte en avant. Un choc frontal se produit alors à la hauteur de la Croix des Sables, sur un chemin alors bordé de murs. Il n'est pas établi qu'il y ait eu un duel entre les deux chefs, mais ils sont tous deux mis hors de combat. Dommaigné est tué d'un coup de sabre ; Chaillou est blessé par un tir d'espingole. Loiseau, paysan de Trémentines, tue trois cuirassiers ( Dictionnaire de C. Port, t. 2, article Loiseau ). Finalement, la cavalerie bleue, harcelée par des tirailleurs qui visent ses chevaux, se sauve au galop.

 Le dernier verrou, la redoute de Nantilly, n'est plus protégé par la hauteur du Vigneau. Les Vendéens s'en approchent à portée de pistolet par des chemins creux et l'enlèvent d'assaut.
 Les Blancs, évitant les tirs du château, s'infiltrent dans la ville par les quais et surtout par la Grande-Rue. La Rochejaquelein, toujours téméraire, se serait aventuré au milieu de bataillons bleus refluant en désordre et se bousculant à l'entrée du pont Cessart. Les réserves de cavalerie envoyées vers les points faibles sont bloquées par le flot des fuyards et rebroussent aussi chemin.

   

6) Combats autour du pont Fouchard

  Pendant ce temps, l'essentiel des troupes républicaines ( environ 4 000 hommes ) tient toujours les hauteurs et les redoutes de Bournan. Son chef, le général Coustard de Saint-Lô, est en butte à l'indiscipline de ses hommes ; il est même menacé par le 5 ème bataillon de Paris, dit " de l'Unité " ( il relate ce fait dans son rapport immédiat ).
 Voyant l'invasion de la ville, il parvient à envoyer deux bataillons, avec quatre pièces de canon, qui ont pour mission de contrôler le pont Fouchard et les chaussées voisines. Les Vendéens, arrivés avant eux, ont installé une batterie sur le pont. Une charge des chasseurs, commandés par le capitaine Van Wessem, s'en empare, mais l'infanterie ne suit pas ( d'après A. Chuquet ). Au contraire, elle se débande quand elle voit des Vendéens déboucher sur ses flancs, certains par l'ancienne route de Doué, d'autres par le chemin de Munet. Résumé par Renée Bordereau : « Nous avons défait cinquante cuirassiers sur le pont Fouchard ».
 Cette bataille du Pont-Fouchard est évoquée dans une célèbre eau-forte de La France militaire, dirigée par Abel Hugo. Les cuirassiers sont à droite, les canons républicains au premier plan. Les Vendéens attaquent par le pont à partir de la gauche. La disposition des principaux monuments de Saumur est fantaisiste.

Attaque et prise de Saumur, Martinet del. Couché, sculp., La France militaire, par Abel Hugo, Delloye, 1833.
     

7) La débandade

 D'un autre côté, une petite troupe vendéenne a franchi le Thouet aux moulins de Saint-Florent et atteint le Chardonnet. Après trois à quatre heures de combat, les Bleus sont battus sur tous les fronts. Cailleau raconte : « Les soldats, les cavaliers des différents corps s'enfuyoient tous pêle-mêle avec les charriots ». Certains soldats se débarrassent de leur uniforme, mais il semble légendaire que d'autres se soient jetés dans la Loire. A l'entrée du pont Cessart, des membres de la Commission Centrale tentent de rallier les troupes. Ils sont bousculés et entraînés par le flot.
 Les premiers à décamper et les plus rapides sont les " héros à 500 livres ". Selon Choudieu : « les premiers fuyards arrivèrent à Tours, le lendemain, dès la pointe du jour ; on dirait que la peur donne des ailes, car Tours est à dix-sept lieues de Saumur ». Avec eux arrive un long convoi de 400 voitures, attelées de quatre chevaux.
 La petite troupe de Berthier se replie en bon ordre, épaulée par des pelotons de cavalerie. Elle défend les ponts pendant quelque temps et elle s'arrête à Bourgueil. Marceau sauve le représentant Bourbotte, dont le cheval a été tué. Quant à Santerre, il préserve la caisse de l'armée et quelques canons.
 Le commandement, trop sûr de lui, n'a fixé aucun point de ralliement. A la Croix Verte, les unités hésitent sur la route à prendre, certaines regagnent Angers, d'autres La Flèche, le plus gros Bourgueil et Tours. Les avant-gardes vendéennes ne dépassent guère la Croix Verte.
   

 8) Le château

  Le château tient toujours et tire sur les assaillants. En effet, en dernière minute, le commandement s'est préoccupé de le renforcer par 500 hommes, disposant de neuf canons, mais mal approvisionnés. Autre inconséquence : parmi les défenseurs, se trouvent 150 grenadiers saumurois, fort peu disposés à écraser leurs maisons et leurs familles sous le feu de l'artillerie. Justement, à la tombée de la nuit, des femmes de Saumur favorables aux insurgés, emmenées par la veuve Bouchard, la soeur de Dommaigné, se portent au pied des remparts et demandent aux défenseurs de se rendre sans délai, faute de quoi les Vendéens vont brûler la ville. On commence à parlementer, mais une fusillade éclate, déclenchée par des tireurs vendéens montés dans le clocher de Saint-Pierre. La nuit se passe sur le pied de guerre.
 Finalement, après de nouveaux pourparlers, le lendemain à 11 heures, la garnison sort du château et va déposer ses armes sur la place de la Bilange, les officiers conservent leur épée. Ils auraient été libérés. C'est du moins le récit le plus habituel. Mais des défenseurs sont gardés prisonniers au château ; ils adressent une supplique à la veuve Bouchard, afin qu'elle plaide leur cause auprès du commandement vendéen ( A.D.M.L., 1 L 1267, n° 62 ).
 Une mystérieuse note sur le manuscrit de Madame de Donnissan affirme même que « les gentilshommes qui se trouvaient dans le château furent fusillés » ( Alain Gérard et Thierry Heckmann, Les oubliés de la guerre de Vendée, 1993, p. 298, note 25 ).
     

9) Bournan

  Dans la nuit du 9 au 10, le général Coustard, emmenant une partie des troupes de Bournan se fraie un passage au milieu des postes vendéens et rejoint Brissac, puis Angers. Les derniers soldats restés terrés dans les redoutes capitulent rapidement.
   

 10) Essai de bilan humain

  Le bilan des morts atteint parfois des dimensions fantastiques. Pierre Devaud donne 4 000 morts républicains ; Beauchamp et Bodin avancent 2 000 tués et blessés chez les Vendéens.
 Les mieux placés pour établir un bilan sont les vainqueurs, qui occupent le terrain. La Correspondance des Généraux de l'armée Catholique et Royale du 10 juin 1793 indique un nombre de quinze à dix-huit cents patriotes tués. Cette affiche de propagande gonfle très probablement les chiffres ; en tout cas, elle nous donne un maximum absolu. Pour son camp, elle parle de « fort peu de morts » ; Madame de La Rochejaquelein donne 60 tués et 400 blessés vendéens, ce qui paraît plutôt faible. Cailleau affirme ( sans preuve ) que les pertes républicaines ont été plus faibles que les pertes vendéennes. François Grille indique 400 morts de part et d'autre. Je ne sais d'où il tire ce bilan, mais il est suivi par Célestin Port et cette estimation présente une certaine vraisemblance. Un seul chiffre est sûr : parmi les combattants de la ville de Saumur, il y a eu quatre tués. Les morts sont traditionnellement enterrés dans de grandes fosses communes creusées sur le lieu des combats.

 Le nombre des blessés est certainement plus élevé. J'ai relevé les entrées à l'Hôtel-Dieu. Les 9 et 10 juin, il admet 61 soldats républicains - dont 4 décèdent - et 74 combattants vendéens, parmi lesquels 9 décès sont enregistrés à Saumur ( mais les blessés de ce camp ont été évacués le 17 juin - A.M.S., 1 F 5 ). Ces nombres plutôt faibles plaident en faveur des hypothèses basses, mais n'oublions pas que la plupart des blessés sont soignés par leurs camarades ou recueillis chez les habitants. D'après son témoignage au cours de son procès, le curé de Bagneux abritait deux blessés, un républicain et un vendéen. L'hôpital ne jouant qu'un rôle secondaire, ses registres ne permettent aucune approche statistique.
    

 11) Les prisonniers

 

  Les Vendéens ont capturé des milliers de prisonniers, 3 à 4 000 sans doute. Ils relâchent les simples soldats, après leur avoir coupé les cheveux et sous la menace de les fusiller s'ils les reprennent.  Choudieu fait une analyse très politique de cette mesure de clémence : « les chefs atteignaient par là le double but d'être dispensés de les nourrir et de les garder dans l'intérieur du pays. Ils se ménageaient en outre des intelligences au milieu de nous et de nouveaux partisans. Ils tranquillisaient les hommes faibles sur la crainte de tomber entre leurs mains et ébranlaient leur fidélité ». J.C. Martin prolonge cette analyse : « Cette guerre psychologique, menée par prisonniers interposés, est livrée fort adroitement au moment de l'attaque de Saumur, donnant une raison supplémentaire de croire en la clémence vendéenne. La Convention prend conscience du danger que représente la libération des prisonniers et adopte le 22 juin un décret qui maintient, envers et contre tout, les prisonniers libérés dans l'armée » ( Jean-Clément MARTIN, La Vendée et la France, Seuil, 1987, p. 99 ).
 Certains sont munis d'un passeport, comme ce Reversau (?), qui n'a pas les cheveux coupés, mais qui porte un document compromettant, puisqu'il y jure de ne plus porter les armes contre Louis XVII et qu'il le reconnaît comme souverain légitime ( signature par un certain Herbault ). Ce type de document vaudra les pires ennuis à certains.

Passeport signé Herbault, recueilli par Richard et Minier, premiers responsables du Comité de Surveillance de Saumur. A.N., W  7 ( procès de Degouy, qui l'a imprimé )

 On signale aussi quelques cas, pas bien clairs, de doigts coupés. Des Parisiens relâchés stationnent aux environs de Saumur, y vivant de rapines ; ils sont massacrés par un peloton de cavalerie vendéenne.

 Les gradés restent prisonniers et sont rudement traités. Les Blancs les placent à la tête de leurs troupes, afin qu'ils servent de boucliers humains.

  Quant aux soldats de métier, il leur est proposé un enrôlement dans l'armée catholique et royale. Louis Lhuillier l'accepte et deviendra commandant d'une division de Stofflet ; des prisonniers de la Légion germanique entrent dans le corps des " Vengeurs de la Couronne ", rattaché directement à l'Etat-Major vendéen ( 81 d'entre eux font partie de la petite garnison de Saumur ).

 Les membres de la Municipalité et les administrateurs du District, capturés presque au complet dans l'Hôtel de Ville, sont gardés toute la nuit et, finalement, renvoyés dans leurs foyers.
   

 12) Les prises de guerre

  Pour l'armée insurgée, d'autres prises sont beaucoup plus importantes. Elle s'empare d'une trentaine de canons, qu'elle achemine vers Angers, de 6 000 fusils, de 20 000 livres de poudre, d'une grande quantité de vivres et de 131 chevaux du dépôt de remonte, qu'on a tardé à évacuer ( rapport de Hazard, à La Rochelle et procès de Lebrun, A.N., W 289 ).
    

 13) Les stratèges en chambre

  L'armée catholique et royale a remporté à Saumur un succès éclatant. Bien sûr, ses effectifs étaient trois fois plus nombreux. Mais à la fin du mois de juin, les Vendéens échouent devant Nantes, alors que les forces en présence sont comparables. Cette fois, les Bleus combattent avec vaillance et sont bien commandés ; au contraire, les Blancs coordonnent mal leurs attaques. L'évocation de cette autre bataille prouve donc que la chute de Saumur était évitable.

 A partir de là, de nombreux narrateurs se transforment en stratèges. A. de Beauchamp prodigue des conseils aux généraux bleus : « au lieu de chercher à défendre Saumur, les républicains auraient dû l'évacuer, couper les ponts et ne s'attacher qu'à disputer le passage de la Loire. En résistant, ils se firent battre ».
 Le capitaine Rolle perfectionne cette retraite élastique, en enfermant une solide garnison au château : les Vendéens, dépourvus d'artillerie de siège, peu disposés à piétiner devant une forteresse, coincés entre la Loire et le château, auraient tôt fait d'évacuer la ville.
 Ces remarques pleines de sagacité négligent le contexte psychologique. Les généraux républicains, après une longue série de défaites, avaient besoin de marquer un coup d'arrêt ; ils se croyaient invincibles dans Saumur et le nouveau gouvernement leur aurait difficilement pardonné d'évacuer sans combat une place qu'on mettait en défense depuis deux mois. Quelques jours plus tard, l'abandon d'Angers va susciter de violentes controverses et, malgré tout, à cause de sa chute rapide, Saumur va devenir une ville suspectée.