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Point très secondaire dans l'histoire
de Saumur, cette question a passionné les érudits,
il y a un siècle, et mérite quelques précisions.
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1) Cathelineau n'a pas été proclamé
à Saumur
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Aucun document contemporain ( je crois
avoir lu tout ce qui est disponible sur Saumur, voir dossier
sur les sources ) ne parle d'une nomination de Cathelineau
au rang de général en chef au cours du conseil
de guerre du 12 juin 1793. Ce fait est évoqué nettement
plus tard, pour la première fois, semble-t-il, par une
note du vicaire Pionneau, de Chaudron-en-Mauges, en septembre
1794, et seulement ensuite, par des mémorialistes.
A plus forte raison, une proclamation solennelle
dans le cadre du château de Saumur est une légende
locale fabriquée de toutes pièces, qui est à
rejeter sans la moindre nuance. Sauf à en apporter la
preuve.
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2) Cathelineau n'a pas réellement commandé
en chef
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Si elle a eu lieu, la nomination de Cathelineau
est restée secrète. Les Vendéens de 1793
croyaient que leur commandant en chef était d'Elbée
( cf. les interrogatoires de prisonniers cités par
C. Port ). C'est en tout cas d'Elbée qui signe seul
l'ordre d'évacuer Saumur le 25 juin et qui organise la
marche sur Nantes.
Dès le 15 juin, Cathelineau quitte Saumur pour regagner
sa maison du Pin-en-Mauges. Ou bien, il a refusé la prééminence
qu'on lui proposait, ou bien, il a attendu l'accord écrit
de tous les chefs pour exercer la fonction. Auquel cas, il aurait
obtenu l'approbation de Bonchamps à Ancenis, seulement
le 27 juin. Tel est l'avis récent d'Alain Gérard
( La Vendée, 1789-1793, Champ Vallon, 1993,
p. 182-184 ).
Mais rien ne prouve qu'il ait commandé en chef le
siège de Nantes. Comme le 29 juin il y reçoit une
blessure qui s'avère mortelle, Cathelineau aurait tout
au plus exercé ses fonctions pendant deux jours.
Les faits ci-dessus ne prêtent guère à
discussion.
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3) Le débat
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Le débat ne porte que sur un point précis.
Dans un ouvrage au ton vif, La Légende de Cathelineau.
Ses Débuts. Son Brevet de Généralissime.
Son Election. Sa Mort ( mars-juillet 1793 ), P.,
F. Alcan, 1893, Célestin Port estime que l'élection
de Cathelineau est une légende ; il en attribue la
fabrication à son thuriféraire, l'abbé Cantiteau,
curé du Pin-en-Mauges. Sur un ton non moins vif, l'abbé
Eugène Bossard, Cathelineau, généralissime
de la Grande Armée Catholique et Royale..., Paris-Niort,
1893, lui répond avec des arguments verbeux et d'inégale
valeur. Par la suite, le chanoine Uzureau a déployé
beaucoup de science dans l'identification des signatures du brevet.
Il résume ses nombreux articles dans « Les
17 signatures du Brevet de Cathelineau. Fin d'une polémique »,
A.H., 1941, p. 167-171. En tout dernier lieu, Anne
Rolland-Boulestreau, Cathelineau, généralissime
de l'armée vendéenne ( 1759-1793 ), en
30 questions, Geste-Editions, 2001, admet aussi la réalité
de l'élection.
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4) Le conseil du 12 juin
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Malgré l'ampleur de ces recherches, on
est réduit à des reconstitutions logiques sur ce
qui s'est passé à Saumur au cours du conseil du
12 juin. Il est vraisemblable que les chefs vendéens soient
tombés d'accord sur la nécessité d'un « général en
desus, de qui tout le monde prenderoit l'ordre »,
selon la formulation du "brevet". Quelques uns ont
pensé que d'Elbée avait été choisi ;
pourquoi alors le nommer à nouveau un mois plus tard ?
Madame de la Rochejaquelein, quelle que soit l'édition
de ses Mémoires, est bien informée sur les
problèmes politiques ( même si elle rédige
tardivement, même si elle se déclare infaillible
et si elle n'estime guère d'Elbée ). Elle
affirme que c'est son mari Lescure qui avait proposé le
plébéien Cathelineau, afin de donner une image
populaire à la révolte et afin de calmer les rivalités
entre chefs aristocrates. Comme de nombreux généraux
étaient absents, on ne pouvait faire qu'une nomination
provisoire. De toutes façons, « Cathelineau,
par son excessive modestie, se trouva plutôt obéir
aux autres que commander ». Ce raisonnement est cohérent
et cadre assez bien avec les faits. Il pèche tout de même
sur un point : si l'un des buts était de donner une
image populaire à la révolte, pourquoi tenir ce
choix secret, s'il a eu lieu ?
Publiant avant Madame de la Rochejaquelein, Alphonse de
Beauchamp affirme que Cathelineau a été proposé
par d'Elbée, qui voulait commander sous sa couverture.
Ce qui correspond encore mieux à la réalité.
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5) Le brevet
Lire « général en desus »,
plutôt que « général en chef »
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Le brevet de nomination que portait sur lui le
voiturier du Pin-en-Mauges aurait été recueilli
par la marquise. Ce document n'a jamais été expertisé
par suite de désaccords dans la famille Cathelineau et
il est aujourd'hui ravagé par l'humidité. Il est
connu par un fac-similé publié en lithographie
par Johanet en 1840 ( publié dans S.L.S.A.S.,
2000, p. 170 ). Il en existe aussi la photographie
d'une transcription, d'une écriture plus moderne. Dans
les deux cas, on a les apparences d'un brouillon, plutôt
que d'un brevet définitif. L'armée catholique et
royale disposait de bons secrétaires et réquisitionnait
les imprimeurs, comme Degouy.

Même si tous les noms portés sont acceptables,
à condition d'admettre que les chefs absents de Saumur
ont signé postérieurement, selon les laborieuses
démonstrations d'Uzureau, ce brevet est franchement informe.
L'écriture « Catlinau », répétée
deux fois, l'intitulé des « armées catholiques
et royalistes » incitent à la méfiance.
Que vaut ce fac-similé aux signatures comparables ?
Ce document ne constitue pas une preuve solide et n'apporte rien
de plus sur la réunion de Saumur.
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Comment conclure avec prudence ? Cathelineau
n'a pas été proclamé général
en chef à Saumur ; le titre de « généralissime »
est hautement fantaisiste. Sa prééminence sur les
autres généraux a pu être convenue ou évoquée
au cours du conseil du 12 juin, mais il s'agit tout au plus d'une
nomination provisoire, secrète et sans effet réel.
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