En tête d'un arrêté des officiers municipaux de Saumur du 12 pluviose an III, A.M.S., 5 D 1

 

 

Chapitre 26 :

 La Terreur ( juillet 1793-juillet 1794 )

  

   

  La politique de Terreur ( surveillance des ennemis de la République, réquisitions, mesures égalitaires, arrestation des suspects, tribunaux spéciaux, répression de masse, déchristianisation ) commence particulièrement tôt à Saumur, très précisément le 1er juillet 1793, par la création du Comité Révolutionnaire et de Surveillance, alors qu'à l'échelle nationale, la Terreur ne s'organise qu'à partir de septembre ( sa mise à l'ordre du jour est réclamée le 5 septembre par un porte-parole de la Société des Jacobins, mais la Convention ne se prononce pas, ainsi que le remarque Jean-Clément Martin ; cependant, des politiques de terreur sont bien mises en place au cours du mois, à défaut d'un véritable « système ». A Saumur, la terreur est stoppée net le 14 messidor an II ( 2 juillet 1794 ) par la dissolution de ce Comité révolutionnaire local, soit vingt-cinq jours avant le 9 thermidor, la chute de Robespierre.
 Ses rythmes saumurois sont donc originaux et étroitement liés à ceux de la guerre civile qui déchire la région. La Terreur locale est particulièrement violente pendant l'hiver 93-94 ; elle s'atténue à partir du printemps, à la différence du rythme national. Si l'on se réfère aux débats qui opposent les historiens, la « théorie des circonstances », et même du « dérapage », nous paraît la mieux adaptée à nos constats locaux, car les mois tournants de mars à juillet 1793 constituent une évidente rupture.
 La période est chargée d'événements ; nous les avons regroupés sur quatorze gros dossiers documentaires, sans pouvoir tout raconter ou tout expliquer et en nous concentrant sur les aspects les plus caractéristiques ( notre chapitre représente malgré tout 71 pages en impression A4 ).
 

1) Une ville suspectée

 

 

 

Dossier 1 : Le Comité Révolutionnaire et de Surveillance 

  La prise de la ville et son occupation par l'armée vendéenne déclenchent la politique de Terreur. Sitôt le départ des cette dernière, dans l'arrêté pris le 1er juillet 1793, les représentants en mission Louis Turreau et Pierre Bourbotte résument les accusations portées contre « plusieurs particuliers de la ville de Saumur » ê (1). Dans un dossier précédent portant sur les trahisons, nous avons évoqué ces faits bien réels, même si certains sont grossis et d'autres obscurs. Dans l'immédiat, une trentaine d'arrestations sont opérées : membres du Comité d'administration provisoire royaliste qui ont signé des ordres ; curés des paroisses suburbaines qui ont rétracté leur serment ; simples citoyens dénoncés pour avoir prêté serment à Louis XVII et pour avoir arboré la cocarde blanche ou la croix de Saint-Louis.

 La masse des Saumurois ne mérite pas cette suspicion généralisée ; ils ont accepté la levée de 300 000 hommes et la levée en masse ; ils viennent en foule approuver la Constitution de 1793.

 Le Comité révolutionnaire ne se borne pas à enquêter sur le passé récent. Pendant une année, il devient le centre d'impulsion de la Terreur, d'abord spécialisé dans les questions de police, puis, à partir de novembre 93, intervenant dans tous les secteurs d'activité.


FONCTIONS MILITAIRES

   

2) Une capitale militaire

Dossier 2 : Commission centrale et opérations militaires

 

 

Dossier 3 : La base logistique de l'armée de l'Ouest

  Saumur est le siège de l'Etat-Major de l'armée des Côtes de La Rochelle et de la Commission Centrale, qui doit coordonner les opérations contre l'insurrection vendéenne. Le 2 septembre 1793, dans une ambiance tendue, cette commission arrête les grandes options stratégiques de la contre-offensive républicaine. En permanence, les renforts convergent vers Saumur, pour rejoindre ce qu'on appelle " l'armée de l'Ouest " depuis le 1er octobre ; la garnison est puissante, mais de nombreux généraux passent leur temps à se chamailler et les postes de commandement valsent très vite. C'est seulement au début de 1794 que l'écrasement de la grande armée vendéenne fait régresser quelque peu le rôle militaire de Saumur.

  La ville continue à jouer un rôle essentiel dans l'approvisionnement de l'armée de l'Ouest & (2). L'intendance a installé quatre fours à pain dans l'ancien collège ( sur l'actuelle rue Daillé ). Une agence s'occupe de l'entretien des véhicules. L'ancienne fabrication de la poudre est relancée : au prix d'une véritable mobilisation, le salpêtre est recueilli dans les caves des environs, permettant la production d'une importante quantité de poudre. Des ateliers confectionnent des cartouches, coulent des balles et forgent des piques.
 Cet effort de guerre mobilise toute la population ; les réfugiés sont embauchés ; plutôt que de partir vers le front, les jeunes conscrits se font en majorité affecter sur place. Le plein emploi est assuré, au point que la ville manque de bras.
 

 3) Un refuge

 

Dossier 4 : Malades et hôpitaux

 

 

Dossier 5 :  Les réfugiés de la Vendée

  Base arrière de l'armée de l'Ouest, Saumur devient un centre hospitalier de première importance. Le vieil Hôtel-Dieu, agrandi, est doublé par un hôpital militaire ambulant ouvert à proximité dans l'ancien couvent des Ursulines. L'ensemble peut recevoir 450 malades et est souvent débordé. Trois études nous permettent d'évoquer cette fonction hospitalière. Marc Bouloiseau a reconstitué les registres d'entrées & (3) ; Pierre Contant a étudié les maladies et la mortalité & (4) ; Anne Faucou et Gino Blandin ont plus particulièrement travaillé sur les volontaires & (5).
 Plus de 12 000 soldats, issus de la plupart des départements français, trouvent asile dans les hôpitaux de Saumur. Environ 820 y décèdent, en général de maladie, plus rarement des suites de blessures.

 La ville constitue aussi un asile pour les réfugiés de la Vendée. A partir de l'originale étude de Guy-Marie Lenne & (6) et de recherches personnelles, nous retraçons les destins de ces milliers de gens ballottés dans la guerre civile.

 

FONCTIONS RÉPRESSIVES

 4) Un centre de détention

Dossier 6 : Les prisons

  Dotée d'une vaste prison, la Tour Grenetière, Saumur devient le principal ensemble carcéral de la région. Les convois de prisonniers vendéens et de personnes suspectes affluent vers la ville. Malgré ses extensions et l'ouverture de maisons d'arrêt annexes, la Tour Grenetière contient parfois plus de 800 détenus. Les descriptions qu'on en donne sont effroyables.
  Les exécutions, les transferts et les élargissements font baisser le nombre des prisonniers, mais la situation ne redevient normale qu'à partir de juin 1794.
 

 5) Une ville toujours menacée

Dossier 7 :  Nouvelle menace vendéenne, nouvelle terreur

  Entre temps, la ville est secouée par une onde de panique, qui nous oblige à revenir au récit événementiel & (7). Au terme de sa " virée de galerne ", l'armée catholique et royale cherche à repasser la Loire vers le sud. C'est aujourd'hui seulement qu'on mesure son épuisement. Dans l'immédiat, l'armée vendéenne s'installe à Baugé et à La Flèche du 5 au 7 décembre 1793, à une étape de Saumur, qui n'est plus protégé alors que par une mince garnison. Cette nouvelle menace immédiate entraîne une nouvelle terreur, un épisode mal connu de l'histoire locale. La plupart des prisonniers sont alors transférés en direction d'Orléans dans des conditions dramatiques.
 

 6) Un centre de répression

Dossier 8 :  Commissions militaires et exécutions

Dossier 9 : Quelques Saumurois devant le Tribunal révolutionnaire

 

Dossier 10 : Bilan de la période de la Terreur à Saumur

  Centre de détention, ville secouée par des vagues de panique, Saumur devient logiquement un important centre de répression et d'exécutions. Créées dans le but d'exercer une terreur spectaculaire, les Commissions militaires condamnent selon des apparences légales, mais d'une manière de plus en plus expéditive. L'une d'entre elles, la Commission Parein-Félix est d'ailleurs appelée à Saumur dans le but de vider les prisons.

 Le Tribunal révolutionnaire de Paris pratique des procédés plus formalistes ; il juge quelques Saumurois, tous des notables, au moins un temps patriotes, mais accusés de connivence avec la révolte vendéenne. Tous les cas sont examinés dans le dossier 9. Bien peu échappent à cette redoutable loterie.

 Un bilan général doit être tenté, même si les précisions chiffrées et nominatives sont malaisées ( dossier 10 ). Les Saumurois eux-mêmes sont peu frappés par la Terreur, les contrerévolutionnaires y représentent une quarantaine de morts au maximum. Mais la ville et ses environs sont le le théâtre d'une effarante mortalité, d'abord par les décès dans les hôpitaux militaires et dans les prisons, et par les exécutions massives de centaines de prisonniers vendéens.

 

UNE NOUVELLE ÉCONOMIE

   

 7) La terreur économique

  Avec la Terreur apparaissent de formes nouvelles de gestion. Après l'économie encadrée de l'Ancien Régime, après le libéralisme de la Constituante, les pouvoirs publics exercent un strict dirigisme. Dans la pratique, les officiers municipaux prennent en mains l'économie, procédant par voie de réquisitions, à raison d'une dizaine par jour ê (9). Le district de Saumur, mal séparé de l'administration municipale et nettement moins efficace, intervient en second lieu, conseillant surtout les petites communes voisines désorientées par l'avalanche des lois nouvelles ê (10).
 En complément du maximum général des prix ( pas toujours respecté ), un maximum des salaires, préparé par la municipalité, est arrêté et imprimé par le district ê (11). Un premier garçon boucher, nourri et logé, touchera au maximum 300 livres par an ; un ouvrier tonnelier, 2 livres par journée d'été, 1 livre, 10 sous par journée d'hiver ( il est d'usage de lui fournir en outre une pinte de vin ). Selon une tradition séculaire, les salaires féminins sont moitié moindres : les couturières et lingères, pour 12 heures de travail, toucheront, pour les premières ouvrières nourries, 9 sous par jour. Les rétributions sont plus souvent fixées à la tâche : un chirurgien prendra au maximum 15 sous pour un pansement ordinaire, un voiturier 8 livres pour le transport de 100 tuffeaux gabariés, un compagnon marinier 135 livres pour un voyage à Orléans, aller et retour.

 Les mécanismes traditionnels se sont effondrés. L'artisanat de tradition corporative est exsangue et ne travaille plus guère que pour l'armée. Moteurs de l'ancienne économie, les négociants et les marchands formaient l'essentiel des 400 foyers soumis à la contribution patriotique en 1790. Désormais, ils se disent tous ruinés : ils ont subi de lourdes pertes du fait des Vendéens, en particulier le vol de leurs chevaux. L'ancien député Cigongne déclare déficitaire son entreprise de grains ; l'architecte ( et maire ) Cailleau n'est pas payé de ses travaux publics récents : des aubergistes ont fermé leur établissement. Les rentes et les dettes ne sont plus honorées. En contrepartie, les contribuables ont l'appréciable avantage de pouvoir déduire les intérêts de leurs achats de biens nationaux. Finalement, les déclarations pour l'emprunt forcé de 1793 sont un long concert de jérémiades ê (12), lamentations sans doute exagérées, mais en truquant, on prend le risque d'être classé parmi les suspects. Au total, après avoir déduit des parts pour leurs enfants, un faible nombre de contribuables est redevable de cet emprunt forcé, mais la plupart des déclarants jugent bon de proposer une contribution volontaire.
 En même temps, les ventes des biens du clergé s'interrompent et aucune propriété d'émigré n'est mise aux enchères. L'Etat devient le moteur de l'économie. Il distribue une masse importante de salaires aux employés des arsenaux. Il crée des entreprises nationales ( ateliers de salpêtre, essais de création d'entreprises textiles par des réfugiés de Cholet et par la Société populaire ).
 Il entretient un nombre élevé de pensionnés permanents : des invalides de guerre, une veuve de guerre, surtout d'anciens membres du clergé qui ont renoncé à toute fonction ( au printemps 1794, 185 anciennes religieuses, anciens moines ou anciens curés touchent une pension dans le cadre du district ê (13) ). A l'ancienne charité a succédé une importante assistance organisée par les pouvoirs publics. La Constitution de 1793 rappelait « le devoir sacré » de l'assistance. Sont ainsi aidés temporairement : les réfugiés de la Vendée : les enfants de la Patrie, c'est-à-dire les enfants trouvés ou isolés, qui sont en nombre croissant, une partie étant retirée des prisons ( ils sont confiés à l'hospice de la Providence, qui met les bébés en nourrice - le tiers décédant dans l'année suivante - et qui place les plus grands chez des agriculteurs ) & (14) ; les familles des défenseurs de la Patrie et les soldats blessés, qui ont droit à une allocation journalière.
 

 8) Les nouveaux pauvres

  Une observation, rarement formulée ailleurs, doit être avancée : toujours en nombre élevé, les pauvres ont changé & (15). Sous l'Ancien Régime, les sans-emploi et les travailleurs saisonniers en formaient une part appréciable. Désormais, avec l'effort de guerre et la mobilisation, il y a du travail pour tous ( les arsenaux, les Ponts et Chaussées et les laboureurs se plaignent du manque de main-d'oeuvre ). Ce sont maintenant des catégories nées de la guerre qui forment les gros contingents de miséreux : réfugiés, enfants sans famille, blessés, épouses de combattants mobilisés. Les comparaisons statistiques sont risquées, car elles ne reposent pas exactement sur les mêmes bases. Elles devraient distinguer les indigents structurels, assistés en permanence et résignés à leur sort, des précaires, qui sont menacés par une soudaine indigence et qui forment la fraction la plus inquiète et la plus turbulente de la population & (16). Les réponses à un questionnaire envoyé en 1790 par le Comité de Mendicité apportent de premiers éléments ê (17). Elles indiquent pour la ville de Saumur 2 120 individus qui ont besoin d'assistance ( soit, en principe, 17,9 % de la population, mais elles incluent tous les foyers ne payant aucun impôt ). Pour l'ensemble du district, elles donnent 16 % de foyers indigents. Même si elle est discutée, cette statistique est en harmonie avec les données de l'Ancien Régime, qui estiment constamment les pauvres à la mendicité à une proportion plancher du cinquième de la population ( cf. Répartition des pauvres secourus en 1739 ).
 Pour la période de la Terreur, une liste du 25 thermidor an II ( 12 août 1794 ) énumère pour Saumur 665 adultes indigents ê (18). Avec les enfants, on dépasserait le millier, mais aucun adulte n'est assisté pour manque de travail. La répartition topographique de ces indigents comporte une nouveauté : le quartier des Ponts ( section de la Liberté ) l'emporte désormais sur le quartier de Fenet ( dans la section de la Fraternité ). Une contre-épreuve vient confirmer ces données : sous le Directoire, avec la fermeture des arsenaux, la masse des indigents remonte à 1 125 adultes aux approches de l'année 1800 ê (19).
 La nouvelle politique d'assistance publique est d'autant plus ambitieuse qu'aucune administration nouvelle, aucun personnel supplémentaire ne sont mis en place. Les officiers municipaux et les comités de surveillance des sections doivent se démener et tâcher d'appliquer une législation compliquée & (20). Les données chiffrées indiquent une embellie dans la lutte contre l'indigence. Mais il faut scruter plus avant. Les aides et les salaires versés en nourriture ont été effectifs et immédiats ; les aides de l'Etat, versées en argent arrivent en retard, parfois jamais ( la municipalité prend le risque d'avancer les fonds ). Dans tous les cas, cette manne financière est versée en assignats, dont la valeur réelle tombe au-dessous de la moitié de leur valeur nominale au cours de l'année 1794.
 Tous comptes faits, la stricte surveillance des marchés, le recensement des grains et farines, la lutte contre les accapareurs, les visites domiciliaires chez les boulangers, la généralisation du pain de munition, rebaptisé " pain de l'Egalité " ê (21), les condamnations de contrevenants par un tribunal de simple police présidé par le maire, tout cet ensemble de mesures dirigistes assure un niveau de vie plus décent à la partie la plus pauvre de la population, malgré la plaie de l'inflation « (22), malgré les bousculades devant les boulangeries et quelques périodes de brusque pénurie, comme toujours dans les économies administrées. Il est sûr à l'inverse que le train de vie des plus aisés s'est effondré. En outre, l'ambition de donner une aide sociale à toutes les familles nombreuses est restée à l'état de projet.

 

NOUVELLES STRUCTURES ADMINISTRATIVES ET CULTURELLES

   

 9) Deux hiérarchies parallèles

 

 

Dossier 11 : Commissaires parisiens et administrateurs locaux

  Les administrations du département et du district jouent un rôle effacé. A l'inverse, la municipalité dirigée par un maire énergique, Alexandre-Jean-Baptiste Cailleau, se révèle fort efficace. A côté, et très tôt à Saumur, s'affirme une nouvelle hiérarchie, instituée par le gouvernement révolutionnaire et nommée par les représentants en mission. Sur place, ces derniers sont représentés par le Comité Révolutionnaire et de Surveillance, qu'ils établissent dès le 1er juillet 1793, et par des commissaires, auxquels ils confient des fonctions à la fois importantes et temporaires.
 Une troisième hiérarchie peut être ajoutée : tant que Saumur reste une capitale militaire, tant que la garnison est commandée par Marc-Antoine Commaire, un vieux général sans-culotte, l'armée, et en particulier les bataillons parisiens, pèsent sur la vie locale, poussant à des mesures d'inspiration hébertiste.
 Depuis que la Terreur est mise à l'ordre du jour ( le 5 septembre 1793 ), que les lois de Ventôse renforcent cette terreur, les représentants en mission et leurs agents locaux affirment leur suprématie. Ils épurent les autorités constituées le 20 ventôse an II ( 10 mars 1794 ) ; Bourbotte régénère les Comités de surveillance des sections le 12 prairial an II ( 31 mai 1794 ) ê (23) ; désormais, deux de leurs membres siègent chaque jour et ils tiennent une séance plénière tous les primidis et tous les sextidis. Les représentants en mission ne sont pas étrangers à la purge qui secoue la " Société populaire et régénérée " le 15 floréal an II ( 4 mai 1794 ). Ils organisent l'action répressive ( qui culmine à l'hiver 93-94 - voir ci-dessus ), puis ils lancent une ambitieuse révolution culturelle ( à laquelle nous consacrons deux dossiers étoffés ).
 

 10) La Révolution culturelle

 

Dossier 12 : La déchristianisation

 

 

 

 

Dossier 13 :  La Révolution culturelle

  Le renouvellement des repères cultuels et culturels est surtout l'ambition des agents venus de Paris, ambition souvent mal comprise par les autorités locales.

 Tous sont d'accord pour s'engager dans les voies de la déchristianisation, en rompant les liens avec l'Eglise constitutionnelle et en poussant le clergé à renoncer à ses fonctions ( dossier 12 ). Le 2 frimaire an II ( 22 novembre 1793 ), le Conseil général de la Commune se prononce en faveur de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Les hébertistes les plus affirmés du Comité révolutionnaire vont plus loin en saccageant les lieux de culte, en brûlant les chapelets et en saisissant quelques cloches. Mais ces opérations rencontrent des résistances, y compris dans les milieux révolutionnaires. Finalement, le clergé constitutionnel de l'agglomération souffre de nombreuses exécutions, alors que les lieux de culte ont relativement peu souffert & (24).

  En dernière analyse, le plus sûr moyen de faire disparaître une religion est de la remplacer par une nouvelle ou par une autre culture plus attrayante. A Saumur, les initiatives abondent : célébrations des martyrs de la Liberté, longs cortèges de plein air, dont le plus célèbre est organisé en hommage à l'Etre Suprême, transformation de l'environnement urbain ( nouveaux noms de rues, bonnet phrygien dominant l'Hôtel de Ville ). C'est à partir d'une instruction scolaire pour tous qu'on pourrait faire naître un homme nouveau, éduqué à partir du " Catéchisme du citoyen ". L'effort de relance d'une instruction primaire est réellement tenté à Saumur, mais sans grands moyens, sans persévérance, et finalement sans résultats significatifs.
 

 

11) La fin progressive de la Terreur

 

 

Dossier 14 : La fin de la Terreur

 

 

Dossier 15 : Plan de Saumur révolutionnaire, format écran

Dossier 16 :  Plan au format zoom

 

  En raison de l'écrasement complet de la révolte vendéenne dans les premiers mois de 1794, les rythmes de la Terreur à Saumur ne sont pas ceux de Paris. Dans la capitale, ce qu'on appelle " la Grande Terreur " se déroule du 23 prairial ( 11 juin ) au 8 thermidor ( 26 juillet 1794 ), période pendant laquelle le Tribunal révolutionnaire prononce 1 285 condamnations à mort, la répression cessant ensuite rapidement.
 A Saumur, la Grande Terreur a lieu plus tôt, à l'automne et à l'hiver précédent. Elle s'arrête par étapes. Passé le 7 février 1794, il n'y a plus d'exécution dans la ville et dans ses environs. Une guillotine toute neuve est montée en permanence sur la place du Salut Public ( de la Bilange ), mais elle n'a jamais servi. A vrai dire, le Comité révolutionnaire souhaitait encore une exécution publique : le 12 nivôse ( 1er janvier ) est arrêté l'ancien sénéchal Desmé du Buisson, adversaire déclaré de toutes les nouveautés révolutionnaires et ancien président du Comité d'administration royaliste. Il se cachait depuis six mois chez Renard, curé d'Hommes, au district de Langeais, qui est lui-aussi appréhendé. Desmé du Buisson possédait des documents prouvant sa nostalgie de l'Ancien Régime. Le Comité révolutionnaire souhaite que la Commission militaire vienne le juger « on ne peut plus tôt pour faire un exemple à Saumur » ê (25). Elle est fort déçue, car l'ancien sénéchal, pourtant autorisé à prendre l'air, décède à l'infirmerie de la Tour Grenetière.
 En juin-juillet, Saumur connaît les formes théâtrales de la Révolution culturelle, les administrations sont régénérées, les fêtes patriotiques fréquentes. Mais les formes extrêmes de la répression ont cessé. Le Comité Révolutionnaire et de Surveillance lui-même se déclare désormais très légaliste et il libère des prisonniers. A la suite d'incidents cocasses, il est même dénoncé comme modérantiste ; il est dissous le 14 messidor an II ( 2 juillet 1794 ) et ses membres sont traduits devant le Tribunal révolutionnaire de Paris, qui, alors, prononce peu d'acquittements. C'est donc à cette date précise que cesse réellement la politique de Terreur à Saumur.