La fin de la Terreur   

 

 

1) Les hésitations du Comité révolutionnaire

Ces étapes se retrouvent assez exactement à Angers ( cf. Serge Chassagne, dans François Lebrun, Histoire d'Angers, Privat, 1975, p. 175-176 )

 Au début de germinal an II, les chefs hébertistes sont arrêtés et guillotinés. Leurs protégés angevins et saumurois semblent alors désorientés. Le Comité révolutionnaire de Saumur ne compte plus que trois membres présents ; il est présidé par Urbain Lepetit, jadis ardent partisan des mesures extrêmes. Le ton change dans la séance du 28 germinal an II ( 17 avril 1794 ) ; le comité regrette « les arrestations nombreuses et rapides qui ont été faites dans les temps où les actes révolutionnaires ont courrus en torrent » ( A.D.M.L., 7 L 39 ). Il explique au Comité de Salut Public de Paris qu'il est incapable de remplir dans les délais un questionnaire portant sur les détenus et demandant leur âge, leurs résidences successives et le nombre de leurs enfants...
  

2) Les conflits avec les militaires

  Le Comité révolutionnaire deviendrait-il indulgent à l'époque précisément où Danton est arrêté ? Il en donne l'impression en poursuivant le sempiternel conflit qui oppose les autorités civiles et les autorités militaires. Il se plaint souvent des méthodes expéditives des soldats ; ainsi, un caporal lui amène un convoi de 36 femmes et de 6 hommes, sans aucune explication. Il signale souvent des actes d'indiscipline ; il précise que le général de brigade Boucret pille des caves en compagnie de huit à dix militaires. Sur l'indiscipline et l'ivrognerie des militaires, voir Anne Rolland-Boulestreau,  Les colonnes infernales. Violences et guerre civile en Vendée militaire ( 1794-1795 ) Fayard, 2015, surtout p. 241-143. Excédé sans doute, le Comité révolutionnaire remet en liberté 27 soldats arrêtés sans motif écrit, à la veille de leur comparution devant la justice.
 Plus fort encore, le 30 floréal ( 19 mai ), dans une lettre au maire, il s'inquiète de la présence « de deux officiers généraux qui paraissent établis icy depuis plusieurs jours » ( A.M.S., 5 Z ). Il s'agit de l'adjudant-général Charles-Antoine Liébault, qui attend une nouvelle affectation, et surtout de Louis-Marie Turreau, l'ancien général en chef, suspendu depuis deux jours et convoqué à Paris. Ces généraux, encadrés par quatre fusiliers, sont conduits à Angers devant le représentant Bourbotte, qui condamne le procédé ( A.D.M.L., 1 L 1214, n° 16 ).
 Ces initiatives sont dénoncées par le citoyen Mogue, et sans doute par quelques autres, auprès du Comité de Sûreté Générale, toujours partisan du maintien de la Terreur, même après la victoire de Fleurus ( le 8 messidor - 26 juin ).
 

3) L'arrestation du Comité révolutionnaire de Saumur


  En tout cas, le 14 messidor an II ( 2 juillet 1794 ), le Comité de Sûreté Générale dissout le Comité révolutionnaire de Saumur pour avoir « prononcé la relaxation de plusieurs particuliers prévenus de crimes contre-révolutionnaires » ( A.M.S., 5 Z ).
 Maillefert, un émissaire de Paris, vient pour arrêter ses cinq membres titulaires. Les officiers municipaux de permanence mesurent l'importance de l'événement ; ils convoquent tous leurs collègues « sous demi-heure..., il s'agit d'affaire majeure » ( A.D.M.L., 1 L 1 229 ). Avec une évidente bonne volonté, le maire Cailleau conduit le commissaire aux domiciles des membres du Comité. Les « administrateurs et agent national du district révolutionnaire et régénéré de Saumur » ne sont pas en harmonie avec la municipalité : « Ce Comité qui fut extraordinairement institué et dont le Salut public exigea l'existence a fait exécuter les lois révolutionnaires » ( A.D.M.L., 1 L 1 248 ). Il rappelle au Comité de surveillance de la section de la Fraternité qu'il lui revient de prendre le relais.
 Arrêtés le 20 messidor ( 8 juillet ), Lepetit et ses collègues sont envoyés quelques jours plus tard vers le Tribunal révolutionnaire de Paris. Des scellés sont posés au siège du Comité de Saumur, place du Salut Public, sur « une porte ouvrant sur un salon octogone ».
 

4) Une fin précoce de la Terreur

  Alors que les partisans de la répression forcenée semblent l'emporter, cette date du 8 juillet marque la fin de la Terreur à Saumur, trois semaines avant l'ensemble du pays. Les membres du Comité révolutionnaire de Saumur sont sauvés par les événements du 9 thermidor. Ils sont considérés comme modérés et les poursuites contre eux sont abandonnées. Libérés et rétablis dans leurs fonctions, ils reviennent à Saumur en août, mais ils se montrent désormais très discrets.