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1) La Commission Parein-Félix
Jean PETIT, La Justice révolutionnaire en Maine-et-Loire
sous la Convention ( 21 septembre 1792-27 juillet 1794 ),
thèse de Droit, Poitiers, 1966, A.D.M.L., BIB, n° 5634
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Dans le cadre de la loi du 19 mars 1793 organisant
la lutte contre les révoltes, la Convention reprend un
organe répressif de l'Ancien Régime : les
commissions militaires sont des cours martiales itinérantes,
accompagnant les armées et chargées d'exercer une
justice rapide et spectaculaire. Dans la pratique, elles remplacent
les tribunaux criminels départementaux. Elles ne peuvent
juger que des militaires ou « ceux qui ont pris les
armes contre la République ». En principe,
ceux qui sont seulement « complices de l'insurrection »
ne relèvent pas de sa compétence, mais de celle
du Tribunal révolutionnaire de Paris. Cette disposition
est relativement bien appliquée à Saumur, où
tous les fonctionnaires et notables accusés de complaisance
envers les Vendéens sont envoyés vers la capitale.
L'instruction préalable est confiée aux Comités
Révolutionnaires et de Surveillance. La Commission exerce
la seule fonction de juger, sans appel. Elle est appelée
à Saumur dans le double but de désengorger les
prisons et de maintenir l'ordre dans les troupes républicaines.
Malgré son titre, les juges ne sont pas des militaires
de métier ; les représentants en mission y
nomment leurs hommes de confiance, terroristes résolus
et étrangers à la région. Pierre-Mathieu
Parein, proche de Fouché et de Ronsin, est un hébertiste
déclaré ; il porte le titre de général
par assimilation. Le parisien Jean-Baptiste Musquinet de Saint-Félix,
ancien professeur de musique, tient des propos anarchistes et
se ralliera au Babouvisme. Un autre membre temporaire de la Commission,
Urbain Lepetit, déjà rencontré, sera décrit
dans le dossier consacré aux Commissaires
parisiens.
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2) Les condamnations de l'été et de l'automne
1793
Documents originaux aux A.D.M.L., 81 L 15. Nombreuses
citations dans l'A.H., notamment 1903, p. 579-596.
Utilisation par Camille Bourcier, « Essai sur la terreur
en Anjou », R.A., 1869-1870, et par Desmé
de Chavigny, p. 261-287.
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Au mois de juin 1793, une première commission
siégeant à Tours et ayant pour secrétaire
Urbain Lepetit condamne à mort deux saumurois : Jean-Jacques
François ( dossier : Des
trahisons ? ), garde d'artillerie, est accusé
d'avoir encloué trois canons pendant l'attaque de Saumur
par les Vendéens, sans en avoir reçu l'ordre. Pierre-Hippolyte
Sanglier, 45 ans, ancien engagé volontaire, a déserté et
a émigré en Hollande, puis est revenu dans l'armée
républicaine et est accusé d'espionnage. Deux affaires
pas du tout claires.
Installée à Angers le 13 juillet
1793, la Commission Parein-Félix, établie près
de l'armée des Côtes de La Rochelle, arrive à
Saumur le 25 du même mois, accompagnée par 25 gardes
et par une guillotine fixée sur une charrette. Elle siège
d'abord rue Nationale, dans la maison de l'abbé Cailleau.
Puis, pour des raisons de proximité, elle s'installe dans
la salle d'audience de la Cour des Aides, en plein milieu de
la prison de la Tour Grenetière. Elle y siège jusqu'au
10 novembre, mises à part quelques journées d'interruption.
Au cours de cette première phase, la Commission
respecte en général le cadre de la loi. Les fonctionnaires
locaux, accusés de simple complicité avec les rebelles,
sont transférés devant le Tribunal de Paris ( Pierre-Philippe
Lebrun, Dupin, Quantin, le curé de Bagneux, Marie-Jean
Allard - nous reviendrons sur ces jugements
parisiens ). L'instruction, déjà préparée
par le Comité Révolutionnaire, est reprise en audience
publique ; un greffier note un compte rendu de la séance
; des défenseurs officieux sont désignés
et interviennent, comme l'avocat Drouyneau, le notaire Guillemet
et l'ecclésiastique enseignant Sylvain Pinvert.
De nombreux militaires bleus sont jugés avec une
évidente indulgence, écopant de peines légères
pour des viols, des vols et des injures. Un seul, le lieutenant
Pierre Lebrun, accusé d'avoir abandonné son poste
au cours de la bataille de Vihiers, est condamné à
mort et est le premier à être guillotiné
sur la place de la Bilange, le 12 août, à 8 heures
du soir. Des colporteurs ( qui ne devraient pas être
là ) reçoivent des peines de principe.
Il n'en va pas de même pour ceux qui sont accusés,
avec quelque vraisemblance, d'avoir participé à
la révolte vendéenne ; tous sont condamnés
à mort et guillotinés le jour même. Il n'y
a aucun doute sur la participation d'Abraham Carrefour de la
Pelouze ( qui s'enferre dans des explications contradictoires ),
de Frère de Beauvais ( capitaine de la garde nationale
accusé d'espionnage ), d'Henri Duverdier de la Sorinière
( qui a refusé de changer de camp ). Une enquête
assez fournie ( cf. dossier : Des
trahisons ? ) donne à penser que Sophie
Hubert, épouse de Louis Chastelus, mère d'émigrés,
a fait tirer de sa maison de la rue Nationale sur les soldats
républicains en fuite.
Cependant, quelques cas ne répondent pas à
cette logique. Trois curés vendéens sont guillotinés
pour avoir suivi l'armée catholique et royale, mais sans
y porter les armes. Saint-Hubert n'est accusé que de sympathies
et du port de la cocarde blanche. Une religieuse hospitalière
de Doué, d'origine noble, Renée-Jeanne Besnard
du Percher, ne dissimule pas ses convictions, mais elle admet
pour seul crime d'avoir fait circuler des chansons royalistes.
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3) Les exécutions massives de l'hiver
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La Commission est rappelée à Saumur
le 23 frimaire an II ( 13 décembre 1793 ), car
les prisons débordent. En l'espace de onze jours, elle
fait guillotiner 29 condamnés sur la place de la Bilange.
tous Vendéens reconnus, tous d'une certaine importance.
Au total, 47 personnes ont été guillotinées
sur la place de la Bilange - dont cinq femmes.
Cependant, ces actions spectaculaires ne sont qu'une faible
partie de la répression. Désormais, les exécutions
ne sont plus des cas exceptionnels destinés à impressionner
les foules ; elles sont désormais discrètes
et cherchent à résorber le trop plein des prisons.
Ayant échoué devant Angers, l'armée vendéenne
se disloque. Certains espèrent sauver leur vie en se ralliant
à la République. Le Comité Révolutionnaire
de Saumur écrit ; « Est-ce assez de leurs
simagrées républiquaines et du cri rauque qu'ils
jettent en l'honneur de la nation ? » ( A.D.M.L.,
1 L 1 212 ). Des centaines de prisonniers
sont acheminés vers Saumur, où ils sont parqués
dans les anciennes églises. Désormais, pas d'interrogatoire
individuel, de simples listes sont dressées. Comme certaines
comportent des ratures et deux fois le même nom, les totaux
ne sont pas garantis. A noter encore qu'il n'y a aucune femme
dans ces fournées.
- Le 29 frimaire ( 19 décembre 1793 ), 16
prisonniers sont fusillés sur la butte Bournan.
- Le 3 nivôse ( 23 décembre ), une autre
exécution a lieu à l'orée d'un bois près
de l'abbaye d'Asnières. La liste ( A.D.M.L., 81 L 1 )
annonce 79 morts, mais en cite 76.
- Le 4 nivôse ( 24 décembre ), 76 condamnations
sont prononcées, 74 noms sont énumérés.
- La plus forte exécution se déroule le 6
nivôse ( 26 décembre ) au lieudit la Moulière,
à Distré ( un monument commémoratif
érigé au Champ-Moreau n'est pas placé au
bon endroit ; d'après les plans du prieuré
de Distré, la Moulière est située en contre-bas,
près des premières maisons de Munet, à l'orée
d'un bois. Les plaintes postérieures des habitants ( A.M.S.,
M II 201(2)) attestent de cette localisation ).
La liste des condamnés porte 233 noms, mais sept noms
sont rayés, apparemment des jeunes gens de moins de vingt
ans, qui ont été épargnés au dernier
moment. Selon le témoignage de l'adjudant Raymond Chevalier,
deux se sont évadés. On peut conclure à
224 morts.
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4) Les exécutions secrètes
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Il s'agit jusqu'ici d'exécutions qui ont une
apparence légale, puisque des listes sont établies
et que la Commission militaire prononce une condamnation à
mort. Mais, comme à la fin des combats où l'on
ne fait plus de prisonniers, des exécutions sommaires,
sans jugement, ont eu lieu.
- Environ 400 personnes ont été abattues dans le
convoi conduit par Lepetit vers Orléans.
- D'après le concierge Poitou et des enquêtes postérieures,
une exécution secrète a eu lieu dans les prairies
de Parnay ( ou de Souzay ) le 19 pluviôse an
II ( 7 février 1794 ), sous la conduite de Claude
Simon. Elle vise des détenus encore enfermés à
Nantilly, surtout des jeunes gens. L'estimation avancée
est de 112 fusillés. Cette fois ci, de nuit, sans trace
de liste et sans condamnation.
Ailleurs, aux Ponts-de-Cé, à Savenay, les
vainqueurs abattent les prisonniers à la fin de la bataille.
A Saumur, l'exécution a été retardée,
au mépris de toutes les lois de la guerre. Mais existe-t-il
encore des lois dans les guerres civiles ?
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