En tête d'un arrêté des officiers municipaux de Saumur du 12 pluviose an III, A.M.S., 5 D 1

 

 

Chapitre 27 :

 L'enracinement de la République
   ( 8 juillet 1794-17 février 1800 )

 

       

1) Une période méprisée

  Jusqu'ici, personne ne s'est risqué à raconter l'histoire de Saumur sous la Convention thermidorienne et sous le Directoire. Cette période est cependant plus longue que celle qui s'étend de la réunion des Etats généraux à la chute de Robespierre ; il est vrai qu'elle est passablement embrouillée, marquée par de fréquents coups de force nationaux, localement par des péripéties électorales et, d'une façon générale, par des désastres économiques et financiers sans précédent.
 Réduire cette période à une " république bourgeoise " est peu significatif pour Saumur et, sans doute, pour la France entière. La moyenne et la petite bourgeoisie dirigeaient déjà la ville dans les années 1793-1794, avec un fort contingent de professions libérales ( procureurs, avocats, notaires, médecins, chirurgiens, apothicaire, architecte ). Les mêmes hommes continuent à tenir le haut du pavé, mais avec seulement une inflexion notable : ils se préoccupent moins du sort des masses populaires.
 Mieux vaut aborder la problématique par l'aval. Tout au long du XIXe siècle, les Saumurois, dans leur grande majorité, se montrent ardents républicains, des républicains associant patriotisme et anticléricalisme, liberté, propriété et ordre. Ces convictions collectives, mûries au cours des années 1789-1793, n'ont pu s'enraciner que durant la période 1794-1800, pendant lesquelles l'essai de " république du juste milieu " est localement apprécié. Mais reconnaissons qu'il est bien malaisé d'en apporter des preuves péremptoires.
 

2) La réaction thermidorienne

  Dans un premier temps, le climat change au lendemain de la chute du Comité révolutionnaire de Saumur. Une jeunesse dorée fait une fracassante apparition, portant des cravates vertes et parfumée à la muscade ( les "muscadins" ). Elle se manifeste surtout au théâtre, emmenée par les jeunes Sébille et Maupassant ; elle y réclame l'interprétation du Réveil du peuple, la Marseillaise de la réaction. Des échauffourées se produisent ; des bruits de duels circulent. La municipalité et le commandant de la place, Poché, interviennent auprès des directeurs du théâtre, et ils font interdire une représentation de La Mort de Stofflet.
 Sur le plan judiciaire, des enquêtes sont lancées au sujet des exécutions sans jugement. De nombreux témoignages sont recueillis ê (1). Ces instructions n'aboutissent à rien, puisque Lepetit, Simon et l'ancien curé Meignan ont disparu et que le général Commaire est décédé.
 De nouveaux députés sont envoyés dans l'Ouest, non plus pour animer la répression, mais pour négocier la pacification de la Vendée. L'un d'entre eux, François Bézard, vient à Saumur et y fait libérer 93 prisonniers.
 

 3) La mission du représentant Menuau

   Le plus actif localement est le représentant Henri Menuau, né à Saint-Maixent et installé à Vihiers comme homme de loi. Ancien député du Maine-et-Loire à la Législative, il entre à la Convention, après avoir été élu comme suppléant ; il y siège peu, jouant un rôle de commissaire dans l'Ouest. A ce titre, il assiste au Conseil de Saumur du 2 septembre 1793, sans voix délibérative. Menuau est présent à Saumur de janvier à juin 1795 et, tout puissant en qualité de représentant en mission, il y prend d'importantes mesures.

 Il procède à de nouvelles libérations, en fonction du décret d'amnistie du 12 frimaire an III ( 2 décembre 1794 ). Une forte partie des prisonniers de la Tour Grenetière sont des soldats républicains. Emmanuel de Grouchy, alors chef d'Etat-Major de l'armée de l'Ouest [ puis maréchal à l'époque de Waterloo ] écrit à leur sujet à Paul Pierre, officier de police militaire : « beaucoup y sont depuis longtemps et peut-être ne sont-ils pas coupables, l'Humanité exige aussi que vous vous concertiés avec le Commandant de la place pour que les militaires qui sont presque tous galeux soient traités à la prison même » ( 19 germinal an III - 8-IV-95 ).
 Une nouvelle commission militaire siège à Saumur du 5 floréal an III ( 24 avril 1795 ) au 3 vendémiaire an IV ( 24 septembre 1795 ). Elle ne prononce aucune condamnation à mort et élargit une bonne partie des prisonniers.

 Menuau est chargé d'épurer les corps administratifs locaux. En janvier 1795, il installe le procureur Tremblier à la présidence du district de Saumur, en remplacement du notaire François-Yves Guillemet ( qui s'était montré proche des Hébertistes ). Le jeune avocat René-François Allain demeure secrétaire du district ( on le retrouvera en la personne du juge Allain-Targé - voir place de ce nom ). Dans les fonctions de maire, le représentant en mission maintient Alexandre-Jean-Baptiste Cailleau, mais il change la moitié des officiers municipaux, parmi lesquels apparaissent d'influents hommes d'affaires : le négociant Pupier le Jeune et Estevou, l'un des gérants de l'entreprise Mayaud. Le 1er pluviôse an III ( 20 janvier 1795 ), il supprime ce qui reste du Comité révolutionnaire, en le remplaçant par un organe provisoire chargé de régler les dernières affaires courantes ( il est supprimé un mois après ). Deux jours plus tard, il charge quelques citoyens, dont le maire Cailleau, d'épurer la Société populaire, qui disparaît ensuite ê (2). Le 24 ventôse an III ( 14 mars 1795 ), le pont Marat ( pont Fouchard ) et la rue Saint-Jean, dédiée aux Jacobins, sont rebaptisés.

 Menuau est aussi chargé d'appliquer la loi du 21 germinal an III ( 10 avril 1795 ) désarmant les terroristes et les assignant à résidence, une sorte de loi des suspects à l'envers. Dans la réalité, les véritables organisateurs de la Terreur en Maine-et-Loire sont des représentants en mission qui sont hors de sa portée ( Pierre Bourbotte sera guillotiné l'année suivante pour sa participation à l'insurrection de prairial ; Francastel se réfugie dans un bureau du ministère de l'Intérieur ; Hentz est en fuite ). Menuau n'a que des agents de second plan à stigmatiser & (3). Il place en tête cinq anciens membres du Comité révolutionnaire de Saumur : le notaire Guillemet et un laboureur de Saint-Lambert-des-Levées, Gautier-Rogeron, qui tous les deux s'étaient montrés favorables aux mesures extrêmes ; il ajoute les deux frères Vilneau, Pierre, médecin, et Jacques, procureur, pourtant jadis accusés de modérantisme ; enfin le médecin Etienne Ydrac, qui proteste en affirmant qu'il avait rédigé en compagnie de Cailleau une adresse se réjouissant de la chute de Robespierre. Il y ajoute deux anciens ecclésiastiques qui avaient participé à la répression en Vendée : l'ancien curé Joseph Meignan et le général de brigade François Carpantier, qui avait commandé une colonne infernale ( ce dernier était venu se justifier devant la Société populaire, en présentant les ordres écrits de Turreau ; il est finalement réintégré dans l'armée ). Apparaît encore le marchand-épicier Michel Cotelle-Bazile, qui avait été commandant de la garde nationale et officier municipal. Les dix autres noms sont peu connus à Saumur... Au moment de se séparer, le 4 brumaire an IV ( 26 octobre 1795 ), la Convention vote une amnistie générale qui met fin à ces mesures et interdit toute poursuite ultérieure.

 Le traité de Pacification de la Jaunaye rendait aux rebelles vendéens leurs biens invendus. Ainsi, les héritiers de la famille Saillant d'Epinats reçoivent sept tonneaux d'effets. Plus tard, la veuve de Pillerault, née Delport, peut récupérer quelques tomes de l'Encyclopédie conservés au muséum.

 En outre, Menuau constate les difficultés de l'hospice de la Providence, toujours installé dans ses locaux primitifs de l'hôtellerie des Trois-Anges. Il prend un arrêté autorisant la municipalité à déménager l'hospice dans la Maison de l'Oratoire, encore occupée par des réfugiés de la Vendée. L'opération est réalisée l'année suivante.

 Menuau est rappelé le 29 prairial an III ( 17 juin 1795 ). Son action locale est importante, car elle marque solennellement la fin de la Terreur et des formes révolutionnaires de gouvernement. Il veut un retour au fonctionnement régulier des institutions républicaines, mais il ne pousse pas plus loin la réaction thermidorienne. Il ne prend pas de mesures réactionnaires et il n'y a pas trace de Terreur blanche à Saumur.
 

 4) Les mutations administratives

   La Constitution de l'an III organise un nouveau découpage du territoire, mis en place le 29 vendémiaire an IV ( 20 octobre 1795 ). Les districts sont supprimés ; les dernières ventes de biens nationaux, en général de grands domaines, sont effectuées à Angers. Saumur cesse donc d'être chef-lieu d'un district, mais devient le siège d'un tribunal correctionnel ( qui ne peut prononcer de peines supérieures à deux années d'emprisonnement ) - fonction qui préfigure son rôle de chef-lieu d'arrondissement.

 Les municipalités des petites communes, héritières des paroisses, sont supprimées au profit de nouvelles municipalités cantonales, réunissant les agents de chacune des localités. Ainsi naît Saumur extra-muros, importante municipalité cantonale regroupant Lambert-des-Levées, Villebernier, Hilaire-Florent, Bagneux, Riou et Marson, Rou et Varrains, Chacé, Dampierre, soit huit anciennes paroisses curieusement restructurées ( en outre, le Petit Puy est détaché de Dampierre, tout en appartenant à Saumur extra-muros ). Les cantons riverains sont Brain-sur-Allonnes, Fontevraud, Brézé, le Coudray-Macouard, Ambillou, Gennes et les Rosiers. Ces regroupements municipaux peuvent paraître étonnamment modernes en annonçant nos communes nouvelles. Dans la réalité, compte tenu des transports de l'époque, Saumur extra-muros a très mal fonctionné. Son administration siège en pleine ville, dans une partie de l'ancien presbytère adossé à l'église Saint-Pierre, et elle reçoit Nantilly pour temple civique, où elle se heurte au clergé constitutionnel.
 Nous ne parlerons plus que de Saumur intra-muros qui correspond aux quatre sections de la ville traditionnelle, qui conserve son hôtel de ville et qui, à partir de 1797, tient ses cérémonies civiques dans le temple de l'Egalité ( Saint-Nicolas ). Le Conseil général de la Commune disparaît. La ville est dirigée par sept officiers municipaux élus, qui portent à leur tête un président de l'administration municipale, succédant au maire. Mais comme Alexandre-Jean-Baptiste Cailleau reste en place, le changement est peu perceptible et quelques actes persistent à le nommer maire ê (4). La municipalité est cependant affaiblie, d'abord par le faible nombre d'officiers, surtout par son renouvellement partiel chaque année par voie électorale. Il devient très compliqué de suivre les péripéties de l'organisation de cette municipalité. Ses registres de délibérations sont succincts et pour moitié occupés par le récit des fêtes civiques.
 

 5) Le débat politique entre notables

Dossier 1 : Des élections locales disputées

  Le débat politique, parfois animé, se déroule entre quelques centaines de notables, la masse des Saumurois s'abstenant de participer aux interminables assemblées primaires qui se tiennent chaque année au début de germinal, sans être pour autant dépourvues d'intérêt.
 Un rebondissement de taille se produit le 6 germinal an V ( 26 mars 1797 ), jour où Gilles Blondé de Bagneux, le subdélégué et maire d'Ancien Régime, reprend la direction des affaires. S'est-il présenté comme royaliste ou comme un ancien responsable expérimenté ? Le personnage est constamment très prudent ; en tout cas, une poussée royaliste est alors perceptible à Saumur. Pour peu de temps, car Blondé de Bagneux est destitué huit mois plus tard. Finalement, pendant l'essentiel de la période de la Convention thermidorienne et du Directoire, Saumur apparaît comme un fief révolutionnaire et le personnel politique de l'an II continue à diriger la ville, mis à part quelques terroristes affirmés.
 En juillet 1797, un journal du Mans accuse les jacobins de Saumur d'avoir mis dans les troncs de l'église principale des oreilles des victimes de la Vendée ; les autorités locales apportent un démenti formel à ce qui semble être un bobard ê (5).
 La même année, c'est à Saumur que sont enfermés des adjoints de Charette, Caillaud, Lecouvreur et Rezeau. Ils sont d'abord détenus dans la prison de la tour Grenetière, où ils bénéficient d'un régime de faveur. Ils sont ensuite transférés au château, d'où ils s'évadent avec une stupéfiante facilité, en compagnie d'autres chefs chouans, peut-être grâce à des complaisances haut placées ou à la suite de négociations. Le fait qu'ils ne soient pas poursuivis par la suite vient accréditer cette thèse ê (6). De même, le chef chouan Aimé Picquet du Boisguy, enfermé à Saumur, y retrouve vite une semi-liberté.
  

 6) La complexité des questions religieuses

 

Dossier 2 : Le temps des trois religions

   Le culte civique officiel est régulièrement célébré à Saumur. La municipalité se dépense en sa faveur ; elle annonce les cortèges par de grandes affiches & (7). Mais elle est obligée de reconnaître que certaines fêtes sont peu suivies ; les femmes et les filles sont absentes et les effectifs de la garde nationale bien maigres.
 A côté, renaît l'église constitutionnelle, implantée à Nantilly autour du curé César Minier. En marge, quelques prêtres réfractaires reviennent.
 La coexistence est loin d'être pacifique entre ces trois religions. Nous racontons ces querelles par le menu dans le dossier ci-contre, car elles sont représentatives des cultures qui vont s'affronter pendant plus d'un siècle : des hommes, républicains et patriotes, contrôlant la municipalité et ne faisant nul mystère de leur anticléricalisme ; en face, une société catholique, largement féminine, encadrée par des familles de notables et manifestant une vive combativité. Ainsi s'annoncent l'interdiction des processions ou les inventaires de 1906.
 

 7) Un effort de relance de l'enseignement

Dossier 3 : Les ambitions scolaires des années 1795-1796

  La municipalité de Saumur manifeste un réel souci de développer l'enseignement primaire, et les effectifs scolarisés progressent jusqu'en février 1795. Cependant, les lois nationales deviennent de moins en moins contraignantes ; les maîtres qualifiés font défaut. La ville souhaite l'ouverture d'une école centrale supplémentaire, mais ce projet n'aboutit pas, car elle devrait en payer tous les frais, alors qu'elle n'a pas le sou.
  

 8) La déconfiture des finances municipales

   Après la suppression du tarif à la suite des émeutes des barrières, la ville a surtout vécu grâce à une ristourne sur les ventes des biens du clergé. Ces biens étant pour l'essentiel aliénés, ses revenus, selon le nouveau système fiscal, sont réduits à une part de cinq centimes additionnels sur les contributions foncière et mobilière. Pour l'an VIII, la recette s'élève à 5 625 francs ê (8). En face, la ville rétribue six employés municipaux ( bureaux et voirie ), deux commissaires de police à 500 francs par an et elle participe à l'entretien des juges de paix. Tout en effectuant peu de travaux, elle dépense un total de 14 889 francs. La situation est encore plus catastrophique qu'il y paraît, car les deux hospices ( l'hôpital et la Providence ) disposent désormais de peu de ressources propres et l'Etat ne les aide pas régulièrement ; la ville doit leur verser 14 008 francs par an.
 Devant la flambée de l'endettement, les édiles demandent le rétablissement de l'ancien tarif portant sur l'entrée de produits pondéreux. L'impopularité de cette taxe entraîne des retards dans sa mise en place. Finalement, l'octroi sera prélevé à partir d'octobre 1800. Il constituera la ressource essentielle de la ville au XIXe siècle.
 Dans l'immédiat, à partir de brumaire an VII, les anciennes barrières détruites un an plus tôt sont rétablies pour percevoir un droit de passe destiné à l'entretien des routes du département ê (9). La commune, qui en assure la perception, en garde une partie, mais cette taxe frappant les voitures attelées rapporte peu, car la circulation est incroyablement faible ; sur la levée de la Croix Verte, 2 652 véhicules paient un droit sur l'espace d'un an, soit 7,2 par jour.
 

9) L'appauvrissement de la ville

  Les finances de la ville sont le reflet de l'économie locale. Le commerce reste languissant, malgré l'élection le 11 germinal an III ( 31 mars 1795 ) de quatre correspondants locaux du Bureau du Commerce ; les négociants Cigongne, Vachon, Boislève-Herbault et Pupier l'Aîné peuvent être considérés comme les premiers membres de la Chambre de Commerce & (10). Avec le calendrier républicain, les marchés se tiennent tous les dix jours, ce qui gênerait l'approvisionnement des ménages. La ville continue à vendre de grandes quantités de vin et d'eau-de-vie, ainsi que des objets en cuivre, mais c'est à peu près tout.

 L'armée ferme ses arsenaux, cessant ainsi d'occuper une abondante main d'oeuvre, tout en continuant ses réquisitions pour les charrois, « qui font un tort considérable à l'agriculture » ê (11). Elle monopolise les grains, au risque d'affamer la ville ; en décembre 1794, les représentants en mission ordonnent à la division de Saumur de fournir en urgence 600 quintaux de blé pour la subsistance des habitants ê (12).

 Les déboires financiers du régime ne sont rappelés ici que pour leurs conséquences locales. L'assignat de 100 livres, maintenu à un cours forcé par la Terreur, s'effondre vite ; il vaut 34 livres métalliques en juillet 1794, 15 en janvier 1795 et 3,9 en juillet 1795. Le maximum est aboli sans aucune précaution le 4 nivôse an III ( 24 décembre 1794 ). Les prix connaissent alors une flambée sans précédent : sur le marché de la Bilange, le boisseau de froment passe de 90 à 160 sous au cours du mois de janvier suivant, le méteil de 60 à 105 sous ê (13). La municipalité s'approvisionne à des prix élevés dans les districts de Loudun et de Thouars. Le représentant Menuau doit accorder des aides exceptionnelles à la cité. La famine menaçante n'est évitée que par l'arrivée de bateaux chargés de sardines et de morues venant de Nantes.

 Tous les éléments réunis sur cette période dénotent une situation lamentable. Les ateliers militaires ferment progressivement, à mesure que cessent les combats contre la Vendée insurgée. Le seul à survivre est la raffinerie de salpêtre qui s'installe dans l'ancien couvent des Cordeliers. Finalement, l'armée de l'Ouest est dissoute en novembre 1796.

  Les statistiques des indigents et les inscriptions sur le Grand Livre de la Bienfaisance nationale sont très mal tenues. Les nombres les plus sûrs nous sont donnés par une récapitulation de nivôse an VIII ( début 1800 ) ê (14). A cette époque, 1 125 indigents sont assistés ; le quartier de Fenet vient en tête avec 334 personnes secourues, suivi par le quartier des Ponts avec 255 ; le quartier le plus aisé est Nantilly-ville avec 46 assistés. Bien qu'élevés et en hausse, ces totaux sont inférieurs à ceux des années 1789-1790, mais il faut ajouter que les bases d'appréciation ne sont pas identiques et que la population de la ville est en chute rapide. Le bureau de bienfaisance, présidé par Pierre-Charles Maupassant, distribue des secours en nature, car personne n'a plus confiance dans la monnaie de papier.

 En cette période d'intense spéculation et peut-être de corruption, si l'on en croit quelques allusions contemporaines, tout le monde n'est pas malheureux. Les acquéreurs de biens nationaux se libèrent de leurs achats par des assignats dévalués. L'administration des domaines met en vente, désormais à Angers, de beaux ensembles religieux que la ville était parvenue à protéger pour accueillir des administrations. Les Récollets sont adjugés aux négociants Defos et Perré, le couvent des Capucins est acheté par Jean-Pierre Delabarbe ( qu'on retrouvera comme sous-préfet ). Le Jagueneau est d'abord vendu, puis récupéré par l'hospice de la Providence, comme partie indissociable de la Maison de l'Oratoire. L'Etat a de tels besoins financiers qu'il cherche à se débarrasser du château. Depuis La Rochelle, le directeur des Fortifications écrit que la citadelle est inutile pour la sécurité des frontières et qu'en conséquence, le ministre de la Guerre la remet au ministre des Finances pour être aliénée & (15). La ville, heureusement consultée, répond que cette grande bâtisse n'intéressera aucun particulier, tout au plus un démolisseur désireux d'en vendre les pierres, alors que le château peut accueillir des invalides, des prisonniers de guerre et aussi des fous, qui y trouveraient un bon air. Le 5 pluviôse an V ( 24 janvier 1797 ), l'ingénieur Aubert signale que la seule urgence est la destruction de la tour N.E., dont les lézardes se sont agrandies et qui pourrait tomber sur les maisons de Fenet. On s'en tient à cette démolition pour l'instant.
  

 10) Les Saumurois mûrs pour Bonaparte

  Plaintes contre le marasme économique, mais aussi plaintes fréquentes contre l'incivisme, le pillage des biens nationaux ou les vols de récolte, le sentiment d'insécurité va en s'amplifiant tout au long de la période du Directoire. Des bandes de Chouans, implantées dans la Sarthe et dans le Baugeois, sévissent au nord de Saumur, perpétrant vols, assassinats et enlèvements, mélangeant royalisme et brigandage.
 Le 12 brumaire an VII ( 2 novembre 1798 ), l'administration municipale arrête que le couvre-feu sera sonné à 10 heures et que deux escouades de la colonne mobile patrouilleront chaque nuit dans les différents quartiers ê (16). Malgré ces précautions, au cours de l'été suivant, des arbres de la Liberté sont détruits dans Saumur. A l'automne 1799, la région est à nouveau en état de guerre. C'est précisément le 18 brumaire an VIII ( 9 novembre 1799 ) que le capitaine Pivot s'installe comme commandant de la place à la tête de 65 hommes du 31 ème de ligne ; sa mission est double : protéger la ville contre les incursions des Chouans, renforcer la garde des prisonniers anglais enfermés au château ê (17). Tel est l'événement du jour, le coup d'Etat de Bonaparte passe inaperçu. Les registres municipaux n'en parlent pas ; les assemblées décadaires se tiennent normalement ; le président de l'administration communale y lit le texte de la nouvelle Constitution.
 Pendant trois jours sont déposés chez les notaires un registre d'acceptation et un registre de non-acceptation de cette constitution ; ces registres sont publics et les citoyens y apposent en clair leur signature. Les résultats sont totalisés le 4 nivôse an VIII ( 25 décembre 1799 ). Aucune signature de non-acceptation n'est enregistrée ; ce premier résultat ne signifie pas grand chose, car il y a bien à Saumur des royalistes et quelques sans-culottes intransigeants... Le registre d'acceptation comporte 350 noms, ce nombre est bien supérieur à celui des agents publics tenus de s'engager ; il se situe au-dessus de la participation moyenne aux élections locales. Sans accorder un crédit exagéré aux résultats de ce plébiscite au vote public, on peut admettre que les notables de Saumur, fatigués par l'incohérence du régime du Directoire, se rallient à ce qui leur apparaît comme une république plus musclée, ce que la suite va confirmer.
 

 11) Le chef-lieu du 3 ème arrondissement du M.-et-L.

  Le coup d'Etat et le plébiscite ne constituent pas un tournant local. La loi du 28 pluviôse an VIII ( 17 février 1800 ) est nettement plus significative, car elle organise le nouveau découpage territorial, mis au point le 17 ventôse ( 8 mars ). Saumur devient une sous-préfecture, mais Baugé l'est aussi, ce qui conditionne la forme des arrondissements. L'ancienne sénéchaussée de Saumur était étirée selon l'axe Nord-Sud, depuis Blou jusqu'à Mirebeau. En 1790, le projet d'un département du Pays saumurois reprenait cette structure longitudinale. En 1800, le 3 ème arrondissement est tout simplement formé par la réunion des anciens districts de Saumur et de Vihiers ( carte de ces districts, chapitre 23, § 4 ). Au nord de la Loire, Saumur ( pourtant ville-pont ) ne contrôle plus qu'un mince territoire s'étendant des Rosiers à Brain-sur-Allonnes. L'arrondissement est étiré dans le sens Ouest-Est, englobant le Bas-Layon, qui regarde plutôt vers Angers, et la Salle-de-Vihiers ou Coron, qui appartiennent aux Mauges. Saumur paraît excentré dans l'est de son arrondissement. Ce découpage sommaire, établi sans concertation, ne favorise guère le rayonnement de la ville.
  

 

   Il est modifié à plusieurs reprises. En 1824, l'arrondissement de Saumur perd le canton de Thouarcé au profit d'Angers. Mais la restructuration de 1926, supprimant l'arrondissement de Baugé, lui apporte les cantons de Baugé, Noyant et Longué, lui donnant désormais la forme d'un vaste croissant étiré du N.E. au S.O.