L'octroi   

   

 

 Sous le Directoire, la situation financière de la commune est catastrophique ( voir chapitre 27, § 8 ). La municipalité ne voit qu'un seul remède, le rétablissement de l'ancien tarif portant sur les marchandises entrant dans la ville, mais elle n'ose pas alors imposer cette taxe de sinistre mémoire.

1) L'octroi de bienfaisance

Source principale : A.M.S., L II 192 ( plusieurs liasses )

 Le nouveau régime, sûr de lui, vient à son secours : un arrêté du préfet du 13 vendémiaire an IX ( 5 octobre 1800 ) établit un « octroi de bienfaisance » destiné à la subsistanceLe premier bureau d'octroi à la sortie du pont Fouchard des hospices, à cela seulement. Beaucoup de villes en font autant à la même époque.

  L'octroi sera perçu à partir du 1er brumaire dans sept bureaux entourant la commune : à la porte du faubourg de Nantilly ; à la descente des Moulins, sur l'actuelle avenue Peton ; au Jagueneau ; à chaque entrée de la Croix Verte, sur les routes de Tours et d'Angersoctroi rue R. Amy ; au départ du Chemin Charnier, aujourd'hui avenue du Breil. Le dernier bureau est d'abord installé dans les pavillons symétriques marquant l'entrée sud du pont Fouchard ( à droite ), pavillons ajoutés dans ce but. Un autre édifice minuscule apparaît plus tard à l'entrée de la route de Varrains, actuelle rue Robert Amy ( à gauche ). Grâce à sa configuration, la ville est facile à enclore.

 

 

coll. Y Cornet

 Ensuite, est construit un élégant bureau central installé au débouché de l'actuel boulevard Delessert et aujourd'hui détruit. On le voit ci-dessus sur une carte postale de 1908. Il est bâti dans un bon style Louis-Philippe, éclairé par un bec de gaz. Au premier plan, les rails du tramway. Du côté droit, le receveur, portant un galon, sa famille derrière lui. Juché sur l'automobile, Bahuault, un agent de l'octroi.
     

2) Une taxe simple

  Seuls des produits lourds et faciles à contrôler peuvent être taxés : les vins, la vendange, la paille, le bois à brûler, auxquels vient s'ajouter la viande sur pied. Le tarif est sévère, puisqu'il correspond au 1/8 ème de leur valeur théorique. Seuls les produits consommés dans la ville sont imposables. Afin de ne pas paralyser le commerce de transit, les taxes payées à l'entrée sont remboursées si la marchandise s'embarque dans un port ou à la gare ; un système complexe d'escortes et de passe-debout est mis en place ; des négociants peuvent s'abonner. La perception emploie déjà douze salariés en 1804.
  

3) Une taxe productive

 Dès la première année d'exercice, le revenu net pour la ville atteint 26 855 fr ( les hospices en reçoivent la moitié, pas davantage ) ; il atteint 54 698 fr en l'an XII ( dont 37 % pour les hospices - les boissons représentent plus de la moitié de la recette ). Des hausses continues des barèmes, l'élargissement de la gamme des produits taxés, l'augmentation de la population font de l'octroi le premier revenu de la commune. Il est affermé pour 80 300 fr en 1813, pour 155 400 fr en 1835. Il rapporte 237 751, 82 francs en 1865. Une vingtaine d'années plus tard, son produit dépasse 300 000 fr. Tous les nouveaux monuments de la ville ont été construits grâce au produit de cette taxe.

 Avec l'expansion des quartiers, il faudra multiplier les points de perception, comme celui-ci, placé à l'entrée de la commune sur la route de Rouen.

Plaque indiquant l'octroi, route de Rouen

  Il est ensuite déplacé devant le débarcadère de la gare, près de la station du tramway, entre la voie ferrée et la nouvelle route de Tours. Un autre bureau apparaît devant la gare d'Orléans.
  

4) Un facteur de vie chère

  Commode et productive, cette taxe est cependant profondément injuste, comme l'était l'ancien tarif. Elle frappe des produits de grande consommation et touche même les familles les plus modestes, alors que les denrées et objets de luxe, trop légers, sont épargnés. Elle engendre de vifs débats dans la seconde moitié du XIXe siècle. Cependant, le maire Louvet y tient beaucoup pour ses travaux.
 L'octroi engendre aussi une fraude endémique. deux pataches patrouillent sur la Loire, l'une devant les Ardilliers, l'autre devant la Blanchisserie ( il y en avait déjà une au XVIIIe siècle ). Six poteaux plantés dans les eaux du fleuve rappellent l'obligation de cette taxe. Apparemment sans grand succès, car les trafics illicites semblent intenses du côté des îles.

 [ L'octroi a été supprimé à compter du 1er avril 1928 ]