Statistiques de 1801-1802  

 

1) Le rapport du maire : un gros marché agricole

  En l'an IX, le maire Cochon rédige une note sur Saumur, destinée au Négociant universel ( A.D.M.L., 7 L 84 ). Il y présente sa ville comme un gros marché agricole. Saumur commercialise 30 000 pièces de vin, en partie converties en eaux-de-vie. On vend encore 20 à 25 000 livres de soie, ainsi que de grandes quantités de chanvre, lin, blé de Turquie ( maïs ), fèves et haricots blancs. Egalement, 100 à 120 000 livres par an de prunes et de pruneaux, plus de 200 000 livres d'huiles de noix et de chènevis.
 Ces produits des coteaux saumurois et de la Vallée sont vendus par les négociants Boislève l'Aîné et le Jeune, Boutet l'Aîné, Maupassant, Dupuis et Peret, Savatier ; ces hommes d'affaires ont pris la relève de l'ancienne communauté des marchands unis.
 Cochon est plus bref sur les activités industrielles, qui sont mieux expliquées dans le rapport suivant.

2) La statistique du département en l'an X

 Dressé selon un questionnaire préalable, un énorme travail de statistique est envoyé au ministre de l'Intérieur par le préfet Montault-Désilles, en date du 30 fructidor an X ( 17 septembre 1802 ). Cet énorme inventaire (A.D.M.L., 54 M 1 ) est ici largement cité et commenté.

3) L'état des ponts de Saumur

  « Le Pont Fouchard, établi sur la rivière du Thouet, en 1788 [ achevé en réalité en 1778 ], est un édifice important et hardi, construit en pierre de taille, et fait partie du grand alignement commencé pour la traversée de Saumur et des ponts de la Loire. La légèreté de la construction a excité des craintes pendant quelques années, mais depuis plus de 8 ans, il n'a subi aucun changement ».
   Voir le Pont Fouchard et les craintes nouvelles en 1806.

 Après un éloge du Pont Neuf ( le pont Cessart ), la statistique ajoute : « Ce monument n'est que la moitié du projet arrêté pour le passage de la Loire dans la traversée de Saumur. L'état de vétusté des autres ponts, autant que le besoin de jouir de l'entière exécution d'une si belle traversée sont de puissantes considérations pour déterminer le gouvernement à s'occuper incessamment des moyens de donner suite à des travaux aussi importans ».

4) Reprise de l'artisanat des chapelets et objets de piété

 « ... tout le quartier de cette ville appelé Fenet est habité par des ouvriers employés à ce genre d'industrie, qui occupe de 4 à 500 personnes, surtout des femmes, des vieillards, des infirmes et même des enfants depuis l'âge de six ans. L'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et le Portugal sont les débouchés de ces produits, en retour desquels nos négocians se procurent les toiles, mousselines et dentelles qui forment le commerce qu'on nomme blanc... »
 Après l'interruption de la Révolution, cette industrie « a repris avec la liberté des cultes, et avec d'autant plus de vigueur que les demandes avaient été plus longtems interrompues. ce commerce, qui met annuellement en circulation environ 300 000 francs, paraît devoir se soutenir, au moyen de ce que les pratiques pieuses sont toujours à peu près les mêmes dans les principaux débouchés, comme l'Espagne, l'Italie et le Portugal. »
 Les registres de la maison Mayaud témoignent de l'internationalisation de cette activité, en particulier de sa pénétration sur le territoire allemand ( A.M.S., 1 Z 255 ). Le grand négoce saumurois se détourne de l'Atlantique, qui est fermé par le blocus, et se réoriente vers l'Europe continentale.

 En liaison avec les objets de piété, quelques artisans se sont spécialisés dans l'émaillage :

Extrait de la statistique de 1802

 

5) Le cuivre et le fer

 « Le cuivre et le fer se travaillent à Saumur avec succès. les ouvriers de ces matières se divisent en fondeurs, bostiers et poëliers.
 Les fondeurs sont de deux sortes. 1° Les uns, dits à noyau, fondent les cloches, les chandelliers d'église et de table, des lampes, des chantepleures [ entonnoir allongé servant à soutirer le vin ] et robinets pour barriques et cuves, très estimés pour leur bonne qualité et la manière dont ils sont étanchés. 2° Les autres fondent les boucles, les boutons, les anneaux de rideau.
 Les bostiers fabriquent au marteau et ornent en pièces de rapport étampées des lampes, encensoirs, bénitiers, chandelliers, croix et autres ornemens et meubles d'église, qu'ils argentent et dorent. »
[ Ces multiples objets sont écoulés par les négociants saumurois, qui tiennent du colporteur et du quincaillier en gros ]
 « Les poëliers s'occupent des ouvrages connus pour dépendre de leur état, desquels on distingue des fontaines et cuvettes exécutées sur de fort beaux dessins, des baignoires, des alambics à eau-de-vie et autres, enfin des poëles pour les ateliers de salpêtre. Les citoyens Lehou font le commerce en grand et ont établi une usine pour la fonte et l'emploi des mitrailles [ fragments récupérés pour la refonte ]. Cet établissement, déjà très intéressant, puisqu'il occupe une centaine d'individus, pourrait, en se perfectionnant et en s'étendant, fabriquer des planches de cuivre pour le doublage des navires. »
 L'entreprise de la famille Lehou est en partie installée à Fenet. Elle a aussi acheté à l'abbé de Saint-Florent le moulin installé sur le ruisseau des Marais de Presle, à l'entrée S. O. de Distré. Elle le transforme en moulin à cuivre et l'équipe de machines pour battre le métal. Ainsi que le dit le rapport, la maison Lehou atteint une grande importance. Cependant, à la suite d'un conflit avec ses ouvriers, elle ferme brusquement en 1805.

6) La fabrique de mouchoirs

 « Néanmoins, nous apprenons qu'à Saumur on compte environ 100 métiers pour ouvrages en coton et siamoises, on peut d'après les données précédentes estimer le nombre des individus employés à cette fabrique, qui, comme celle d'Angers, doit sa fondation aux réfugiés de la Vendée ».
 La statistique semble sur ce point bien optimiste. D'après d'autres renseignements, des réfugiés du Choletais ont bien fondé une fabrique de mouchoirs avec le soutien de la Société populaire. Cependant, l'affaire n'a guère prospéré.

7) Tuffeau et salpêtre

 Les carrières de tuffeau sont très actives. La statistique signale aussi la récolte du salpêtre. Cependant, la raffinerie de poudre cesse son activité à cette époque.

  Le préfet signale encore l'existence d'une amidonnerie, qui utilise des recoupes ( du son ) de froment, d'orge et d'autres grains avariés. Il ne parle pas des corderies, pourtant toujours en activité. Ces industries sont elles aussi associées aux productions agricoles. Finalement, à part la brillante exception du faubourg de Fenet, Saumur reste lié à la terre et à la commercialisation de ses produits.

 

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