Les nouveaux maîtres 

  

 

 Gelduin père et fils sont les premiers et les derniers seigneurs châtelains de Saumur. Par la suite, les nouveaux comtes se gardent bien de confier la ville en fief héréditaire à l'un de leurs barons ; ils conservent Saumur comme un bien familial.
   

1) Une place réservée aux membres de la famille comtale

 Un peu après la conquête, Foulques Nerra remet la place à son fils, Geoffroy Martel, réputé pour son caractère intraitable. Quand il devient comte à son tour, en 1040, ce dernier donne la ville en douaire à deux de ses nombreuses épouses, Agnès de Bourgogne, puis Adélaïde la Teutonne, donation qui leur garantit des revenus substantiels en cas de veuvage.

2) L'oppidanus

Pour l'analyse comparée de ces fonctions, voir : O. GUILLOT, Le Comte d'Anjou et son entourage au XIe siècle, 2 vol., 1972. B.M.S., n° A 299.

 Ces grands personnages ne résident pas en permanence dans le château comtal de Saumur. Ils nomment pour les suppléer un chef militaire, qui commande la petite garnison et que les actes du temps qualifient d'oppidanus. Ce terme, plutôt rare ( il ne figure pas dans le dictionnaire de Du Cange ), désigne en général, selon Niermeyer, le simple soldat d'une garnison ; à Saumur, il semble réservé à des gens placés au premier rang...
 Encore une fois, ce "commandant" ou "gardien" n'est pas un seigneur châtelain, investi du pouvoir juridictionnel et financier ; la fonction n'est pas héréditaire. En compensation, le comte lui accorde toutefois une partie des droits banaux, en particulier le droit de voirie, si bien que ce gardien du château devient un influent personnage par suite du cumul des fonctions.
 Dresser une liste des oppidani de Saumur est une entreprise malaisée. Bourreau de Saumur, ami et bras droit de Geoffroy Martel a le premier exercé la fonction, mais sans titre particulier. Hugues Mange-Breton lui succède pour les années 1040-1067. Enfin, l'influente famille Roinard occupe le poste pendant plusieurs générations, mais avec des interrègnes ; au temps de Joscelin III Roinard, au milieu du XIIe siècle, cette lignée tient vraiment le haut du pavé.
   

3) Les petits seigneurs châtelains

Ce découpage complexe est décrit dans le Terrier de l'Aumônerie de Saumur (1452), éd. A. Faucou, 1992 et dans une planche représentant le fief de Pocé, en annexe de J.-F. Bodin, éd. de 1845.

 A un niveau inférieur vient le simple « chevalier de Saumur - miles de Salmuro », que les textes présentent sans titre particulier. Il doit un tour de garde au château ( tout près, à Vendôme, cette garde dure un mois ). Il reçoit en bénéfice un double fief héréditaire :
- D'une part, un quartier de la ville, souvent réduit à quelques maisons ( ce partage seigneurial de l'ancienne agglomération remonte manifestement à la grande curée de 1026 et fait apparaître 11 fiefs de chevaliers, à côté du fief royal et de 5 fiefs ecclésiastiques nettement plus grands ).
- En outre, un domaine rural, situé dans la périphérie immédiate, un village ou un simple hameau, sur lequel ces guerriers professionnels élèvent souvent une motte féodale.
 Voici quelques familles souvent citées :
- les Champchevrier possèdent un tonlieu ( un péage ) sur la Loire et la terre de Milly, et dans Saumur, l'île de la Saunerie ; leur domaine passe ensuite à la famille de Maillé ;
- les Saint-Médard ou Saint-Mars, très présents au XIe siècle, mais ils quittent la ville ensuite ;
- les seigneurs de Ménives, qui ont des droits sur quelques maisons situées près de la place de la Bilange ;
- la famille Marcouard est la plus pittoresque : outre Segniacus devenu le Coudray, elle a des droits sur une porte fortifiée de la ville, située au bas de la Montée du Fort, près de Saint-Pierre, porte dont un vestige est toujours visible.
 Avec la minuscule seigneurie des Noyers-Aménard (à Courchamps), celle de Tigné (à Dampierre) qui s'agrandit en récupérant les terres des Bourreau et forme le fief de Tigné-Chacé-Bourreau, etc., on arrive à un total de onze familles féodales affectées au service de la place ( à Vendôme, D. Barthélemy en compte sept ).
   

4) Les soudards

 Garin de la Vallée, Geoffroy de Baugé, Girard Cordel, Othbert Mauvaise-Bouche, etc., qui apparaissent comme témoins, sont de simples guerriers de métier, sans château ni terre. Quand ils portent "un nom à particule", et non pas un surnom, il s'agit d'une simple référence à leur lieu d'origine.
 Ce sont eux qui montent la garde. En principe, les paysans et les bourgeois ne doivent un service d'ost, un service militaire, qu'en temps de guerre publique déclarée. Cependant, deux semaines par an, les paysans viennent entretenir les fortifications ; c'est le bidannum. Les bourgeois rachètent souvent ces devoirs.
      

5) Militia=malitia

 Nos chroniqueurs monastiques ne décernent des éloges qu'aux guerriers des temps anciens : Thibaud le Tricheur, Gelduin. A l'instar de Bernard de Clairvaux, ils estiment que « militia=malitia - armée=méchanceté ». Ils présentent ces nouveaux maîtres du Saumurois comme brutaux, fourbes et pillards. Et quand l'un d'entre eux vient finir ses jours à l'abbaye en lui donnant des biens considérables, ils précisent que c'est pour expier ses forfaits...