Du Roman au Gothique ( 1100-1220 )

      

 Toutes les étapes de l'architecture régionale se retrouvent à Saumur, en général avec quelques décennies de retard par rapport à l'Ile de France, ce qui prouve avec quelle circonspection on s'est rallié aux formes nouvelles de l'art.


Notre-Dame de Nantilly, un majestueux vaisseau roman

 

La nef de Nantilly vers le choeur  A partir des années 1100-1130, l'église de Nantilly est reconstruite en entier, non selon le module ancien de la petite église rurale recroquevillée, mais sous la forme d'un puissant vaisseau unique, en arc légèrement brisé, haut de 17 mètres et large de 13.
 Cette lourde voûte est consolidée par cinq arcs-doubleaux qui retombent sur des semi-colonnes.
 La poussée tendant à écarter les supports est à l'évidence énorme. On mesure avec quelle audace on a éventré le mur droit, pour assurer la communication vers la chapelle accolée au XVe siècle.


 


 
La retombée de la voûte sur le mur nord

 La retombée de la voûte sur le mur septentrional a conservé son caractère originel. Les blocs de pierre sont de plus grandes dimensions vers le bas, afin de mieux résister à l'écsement.

 L'ensemble des supports comporte une semi-colonne, en arrière un mur épais de 1, 90 m, puis d'énormes contreforts.

 Du côté extérieur, l'apparence est lourde et disgracieuse. A l'intérieur, trois séries d'arcatures emboîtées reportent les charges vers les colonnes et les contreforts, en laissant une échancrure réduite pour les fenêtres. Sur l'arcature médiane, un décor à engrenures vient rompre la monotonie des claveaux rayonnants.

 L'élégance et l'illusion de la légèreté sont traditionnellement vers le haut des édifices. Ici, elles sont à la base, au-dessous de la masse impressionnante de la voûte .

 

 

 

 

 

 

 

 

D'après un cliché d'A. LéridonD'après un cliché d'A. Léridon 



Un grain de fantaisie n'est pas absent, il se dissimule dans les  figures tarabiscotées des monstres des chapiteaux.

 

 

 

 

Choeur de NantillyAbside de Nantilly

 Le choeur de l'église est construit un peu plus tard, dans les années 1130-1140. De dimensions plus modestes que la nef, il en rappelle le style, avec ses énormes arcs doubleaux à coupe rectangulaire, mais à la brisure plus nette et avec son décor encore plus sobre.
 L'abside est couronnée par un cul-de-four très bombé et minutieusement appareillé. Il repose sur un mur percé par de larges ouvertures, surmontées chacune par trois élégants rouleaux.
 L'extérieur est plus banal, de simples contreforts plats suffisent pour contenir la poussée de la voûte.

 

 


Saint-Pierre ou le mariage des styles

Choeur de Saint-Pierre, côté nordSt Pierre, côté sud du choeur La reconstruction de Saint-Pierre s'est déroulée, en deux campagnes, à une période-charnière de l'évolution des styles.
 Le choeur et les croisillons sont reconstruits en premier, dans le dernier quart du XIIe siècle.
  L'enveloppe extérieure du monument est d'inspiration entièrement romane ( alors que ce style est en voie d'extinction ), tout en faisant preuve d'originalité. Deux étages d'ouvertures apportent une forte lumière dans l'abside, celles du bas correspondant exactement au double de celles du haut. Les contreforts plats, un peu maigrelets, ne suffisant pas à retenir le poids des voûtes, ils sont renforcés par des niches en arc de cercle, qui élargissent la base des murs et qui sont couronnées par une butée en cul-de-four.

 

 

L'abside et le choeur de St Pierre 

 L'abside, un élégant dosage entre trois styles :
- le roman dans le cul-de-four et dans l'encadrement des ouvertures,
- le gothique, tout frais venu du domaine royal de l'Ile de France, aux arcs énergiques, encore un peu lourds,
- le style angevin se reconnaît à la forme des voûtes qui sont légèrement bombées en forme de coupole ; cette surélévation de la croisée d'ogives est perceptible sur le bas de la photo.

 

 

 

 


 

Croisillon sud ( fin XIIe )
Le croisillon méridional est  de même époque et très comparable par sa voûte. Le mur du fond est encore plus franchement roman, avec ses deux ouvertures géminées et surtout son élégant pilier central, enveloppé par de fines colonnes décoratives et surmonté par une longue statue monolithe figurant le Christ couronné terrassant des démons.
 Du côté opposé une autre colonne représente saint Pierre.
 Bien que peu visibles, ces deux statues passionnent les historiens d'art. André Mussat leur trouvait une parenté avec les gisants de Fontevraud et pensait qu'ils étaient l'oeuvre d'un même sculpteur local [ après un examen minutieux sur photographies, les ressemblances me paraissent bien minces ].
 Ludwig Schreiner les comparaît plutôt aux statues de Saint-Martin d'Angers, aujourd'hui présentées au musée de Yale University. Il les date du début du XIIIe siècle et pense qu'elles auraient été rajoutées après l'achèvement du transept.

 


Les voûtes angevines de la nef Vers 1210 est lancée la deuxième campagne de travaux : la nef est un majestueux vaisseau unique, large de 12,50 m et s'inspirant de la Cathédrale d'Angers. Entre des murs de tradition romane, d'élégantes voûtes bombées sont épaulées par huit liernes, des arcs aux nervures très fines.
 Un examen attentif fait apparaître que ces nervures ne sont que la partie saillante de blocs plus importants qui débordent de chaque côté. Ce type de voûte angevine exige une taille parfaite de la pierre, qui rend ces dômes autoportants. Les arcs jouent un rôle de clef de voûte, mais ne supportent pas grand chose. A l'inverse, les arcs doubleaux, qui séparent les trois travées, font contraste par leur diamètre énorme.

 

 

 


La chapelle Saint-Jean, l'apogée du style angevin

Choeur de la chapelle Saint-Jean
 D'une parfaite unité, la chapelle dédiée à
Saint-Jean Baptiste est une réalisation des années 1210-1220, selon André Mussat.

 Les architectes ont pris de l'audace et maîtrisent le trompe-l'oeil. L'arc doubleau sur le haut du cliché est en réalité énorme.

 Les voûtes domicales se subdivisent en élégants voûtains, les nervures se démultiplient à mesure qu'on progresse vers le choeur.

 

 

 


Bibliographie générale

Jacques MALLET, L'art roman de l'ancien Anjou, 1984.
André MUSSAT, Le style gothique de l'Ouest de la France ( XIIe-XIIIe siècles ), 1963.
    "        "   , notices sur chaque monument dans Congrès archéologique de 1964.
Marie-Jane DURAND, Saumur, promenades d' architectures, 1995.

[ D'importants compléments peuvent être vus dans l'étude des monuments en Lieux ]

 

PAGE
D'ACCUEIL
CHAPITRE
PRÉCÉDENT
POINT
D'APPEL
CHAPITRE
SUIVANT