« Henri [II], roi d'Angleterre, et duc de Normandie et d'Aquitaine, et comte d'Anjou, à l'évêque d'Angers et à tous ses hommes et ses fidèles de l'ensemble de l'Anjou et de la Touraine, salut...
 J'ai vu et vérifié moi-même les maux et les dommages causés par la Loire dans la Vallée ; c'est pourquoi, pris de pitié, j'ai dispensé du service d'ost et de chevauchée les hôtes qui se fixeront sur les turcies, sauf si je les convoque pour une guerre déclarée. S'il arrive qu'ils soient convoqués par moi ou, après moi, par mon héritier qui sera seigneur d'Anjou, ils marcheront tous ensemble, réunis sous la même bannière, et seulement pendant le temps que le comte d'Anjou commandera en personne son armée ; entre temps, sous la surveillance de mes officiers, gardes des turcies, ils travailleront à l'entretien des turcies, là où cela sera nécessaire.
 Et, en contrepartie de mon bienfait, j'ai voulu savoir quels avantages seraient accordés à leurs hommes par ceux qui perçoivent des revenus dans la Vallée ; en ma présence, ceux-ci ont permis à tous leurs hommes résidant entre la Voie angevine (1) et la Loire de venir se fixer sur les turcies, à l'exception des chevaliers et des sergents fieffés ; tous seraient dispensés de la corvée d'entretien des fortifications (2) et de la fourniture des repas coutumiers. Ceux qui avaient coutume de porter leurs terrages et leurs dîmes, partout où leur seigneur l'ordonnait, les apporteraient en gerbes jusqu'aux granges seigneuriales, situées seulement dans la Vallée, et non ailleurs (3)...
Si quelqu'un, résidant à l'intérieur ou hors de la Vallée, a une contestation avec un habitant des turcies, leurs seigneurs viendront dire le droit sur les turcies ; si ces derniers refusent de venir juger, mes officiers, gardes des turcies, leur rendront justice sur place.
  En outre, tous les habitants installés sur les turcies sont collectivement exemptés de toute charge envers leurs seigneurs, à l'exception des trois cas traditionnels : quand le seigneur fera chevalier son fils aîné, quand il mariera sa fille aînée, ou qu'il faudra payer sa rançon (4)...
 Pour sa maison d'habitation, chacun paiera à son seigneur un cens annuel de deux deniers... Et si quelques serfs s'installaient sur les turcies, leurs seigneurs n'exigeraient d'eux rien de plus, sauf les quatre deniers de chevage, aussi longtemps qu'ils séjourneront.
 

 
 Témoins : F.[Froger Petit], abbé de Saint-Florent, A.[Aimery], abbé de Bourgueil, Jean, sous-doyen de Saint-Martin de Restigné, Guillaume [1er] de Montsoreau et son fils Guillaume [II], Joscelin [II] Roinard, Ulger de l'Ile, Aimery Savari, Aimery d'Avoir, Hugues de Cleers (5) ; et de la cour du roi : Guillaume, comte d'Arundel, et Richard du Hommet, connétable, et Etienne de Tours, chambrier du roi (6).

 En Vallée, dans la prée de Saint-Florent (7). »

1) L'ancienne voie romaine d'Angers à Tours qui longe la rive nord de l'Authion.
(2) Le bidannum, dû deux fois par an.
(3) Les seigneurs résidant sur la rive gauche construisent alors des granges encore visibles aujourd'hui.
(4) Le quatrième cas, le départ pour la croisade, n'était pas en usage dans les domaine des Plantagenêts. Ceux qui dépendent d'un seigneur ecclésiastique ne doivent évidemment rien.
(5) Sénéchal de la Flèche et aussi seigneur de Clefs. Tous les puissants féodaux de la Vallée sont présents.
(6) Etienne de Tours ou Etienne de Marsay, après avoir été chambrier, c'est à dire, gardien des archives et du trésor, porte, à partir de 1168, le titre de Sénéchal d'Angers ( où il fonde l'hôpital Saint-Jean ). Cette charte non datée ne peut donc être postérieure à cette dernière année.
 Elle doit aussi être placée après 1162, car les spécialistes jugent son style diplomatique en progrès par rapport au texte sur les ponts de Saumur. Deux dates restent possibles : l'été 1166 ou le début de 1168, périodes où Henri II fait de longs séjours dans la région.
(7) En Anjou, vaste prairie non divisée par des haies. Le roi, préférant décider sur le terrain, s'est sans doute installé dans la vaste prée rattachée à la Blairie, et s'étendant le long de l'Authion sur Saint-Lambert-des-Levées et Saint-Martin-de- la-Place.

( traduit d'après le Livre Rouge, fol. 95, v° )