La tentative de coup de main de juin 1822   

 

 Alors qu'il confie au plumitif Charles Laumier le soin de rassurer l'opinion en minimisant l'ampleur des complots, le pouvoir demeure inquiet et voudrait réaliser un triple objectif : s'emparer de Berton, qui a refusé de s'embarquer pour l'Angleterre, arrêter les derniers chevaliers du Saumurois mal identifiés et, par dessus tout, réunir des preuves de complicité contre les chefs du parti libéral, contre La Fayette en particulier.

1) Un traquenard

 Dans toute machination, il y a un traître. Ici, c'est le maréchal des logis David Woelffel ( ce nom est écrit de façons diverses ; j'adopte l'orthographe de sa signature ). Agé de 23 ans, ce dernier est décrit par ses chefs comme un personnage inconsistant et borné. Il présente l'intérêt d'être apparenté à Emmanuel Paur, naturaliste au Jardin des Plantes de Paris et fiché, depuis le 19 janvier, comme l'un des principaux dirigeants du mouvement carbonaro. Sur l'ordre de ses supérieurs, Woelffel vient proposer ses services à Paur : il va être muté à partir d'avril dans les carabiniers de Saumur, il compte organiser une vente dans son régiment et il demande comment entrer en contact avec les chefs locaux. Paur, par l'intermédiaire de La Fayette, le met en liaison avec Grandmesnil ; les deux hommes se reconnaissent au moyen d'une carte découpée. Etonnés par les propos de Woelffel, Grandmesnil et Gauchais le rencontrent et l'interrogent à plusieurs reprises.
 Finalement convaincu, Grandmesnil rappelle Berton, qui se cache dans la région de Saintes, où il fomente une nouvelle insurrection avec les « sergents de La Rochelle ». Le général voudrait d'abord réparer le désastre de février. L'objectif est cette fois limité : un simple coup de main sur le château de Saumur permettant de libérer les conjurés détenus. Cette opération serait menée conjointement par des carabiniers recrutés par Woelffel et par des chevaliers de la Liberté venant surtout de la région de Gennes : ayant reçu de l'argent de La Fayette, André Duret, sabotier à Chemellier, enrôle des hommes en leur promettant quatre francs par jour.
 Cependant, certains rêvent encore d'une insurrection générale, malgré le faible écho des tentatives précédentes. La haute Vente distribue apparemment beaucoup d'argent. Cependant, l'affaire se présente mal ; furieux contre le général Berton, le lieutenant Delon a abandonné le complot et les chevaliers de la ville de Saumur, en partie arrêtés ou en fuite, se tiennent tranquilles.

 

2) L'arrestation de Berton et de ses amis

 La prise d'armes est prévue pour le 22 juin. Une rencontre est organisée, le 17 juin, afin de procéder aux dernières mises au point. Ferme de l'Alleu, sur les hauteurs de Saint-Hilaire-Saint-FlorentElle se tiendra dans la ferme de l'Alleu, à Saint-Hilaire-Saint-Florent - aujourd'hui Doma l'Alleu -, propriété du notaire Delalande, de Gennes, qui s'y réserve une pièce servant de rendez-vous de chasse.
 Woelffel a promis de venir avec quatre de ses camarades gagnés au complot. Parti de Gennes en bateau, le général Berton s'amuse à pêcher à l'épervier. Il n'arrive que vers deux heures de l'après-midi, en apportant du poisson frais. Woelffel vient d'abord seul et dépose son fusil dans un coin de la cheminée. Se disant rassuré, il appelle ses quatre amis, porteurs de fusils à deux coups. Ceux-ci mettent aussitôt en joue Berton et ses amis. Woelffel tue net Maignan, de Rou, qui vient assister à la rencontre.

 Des carabiniers postés dans les environs appréhendent les comploteurs présents et les enferment au château. Cette nouvelle vague d'arrestations met fin à nos conspirations. Les libéraux sont découragés. La région est quadrillée par les troupes et les arrestations nombreuses.