La répression   

   

1) Les procès

 En premier lieu, un tribunal militaire siégeant à Tours juge Delon, par contumace, et les sous-officiers impliqués dans le projet de soulèvement de décembre 1821.

 La déchéance du roi a été proclamée à Thouars par Berton. L'insurrection publique ayant éclaté dans cette ville, c'est à Niort, devant la Cour d'assises des Deux-Sèvres, que devrait se tenir le procès des principaux accusés. Les autorités s'aperçoivent que les électeurs du département, parmi lesquels sont tirés au sort les jurés, sont parfois amis ou sympathisants des accusés. Au nom de la " suspicion légitime ", le procès est "dépaysé" devant la cour de Poitiers, qui paraît plus sûre et où les douze jurés appartiennent tous à la noblesse ( des doutes ont été émis sur la loyauté du tirage au sort ).
 Au cours de ce procès à grand spectacle, émaillé par de nombreux incidents, l'avocat Mérilhou, membre de la Vente de Paris et républicain affirmé, n'est pas autorisé à défendre Berton. Alors que 46 inculpés ont été mis hors de cause, après plusieurs mois de prison, la cour doit, en quelques séances, juger 75 accusés.

 

2) La désunion

 L'échec pitoyable des trois conjurations entraîne des conflits entre les anciens chevaliers de la Liberté : les partisans du coup de main rapide et violent reprochent au général Berton sa passivité et à Grandmesnil ( en fuite ) sa "trahison". Au procès de Poitiers, Berton désigne Caffé comme l'un des artisans du complot - c'était le condamner à la peine capitale. Après quoi, les deux hommes ne se parlent plus et refusent de comparaître l'un à côté de l'autre.
 Au lendemain du verdict les condamnant tous deux à mort, paraissent de curieuses Considérations morales et politiques adressées au Roi... ( B.N.F., Lb 48 / 2 334 ). L'auteur qui signe des initiales A. L. et qui semble proche de Benjamin Constant plaide pour la grâce de Caffé, tout en ajoutant : « si l'on juge qu'un exemple encore est inévitablement nécessaire,... la victime est assez désignée. » Bien sûr, c'est Berton.

 

3) Les condamnations

 Le code pénal de 1810 ne prévoit pas de peines sévères pour réprimer l'adhésion à une société secrète. Pour condamner, il faut prouver des actes de rébellion : or, les accusés ont été peu agressifs ; ils n'ont tué ni blessé personne, ils n'ont pas même tiré un seul coup de fusil.
 Aussi, les peines paraissent-elles particulièrement lourdes pour les militaires ou les anciens militaires. Condamné à la peine capitale, le général Berton meurt courageusement, guillotiné sur la place du Pilori à Poitiers. Le maréchal des logis Sirejean est fusillé à Tours. Deux conjurés de Thouars, l'huissier Guillaume Saugé et le porte-drapeau François Jaquelin, sont exécutés dans leur ville.
 Quant au saumurois Pierre Caffé, lui-aussi condamné à mort, Benjamin Constant s'efforce d'arracher sa grâce en échange de la démission de son siège de député. La peine est confirmée, Caffé se suicide quelques heures avant d'être guillotiné ; il se tranche l'artère crurale au moyen du stylet que son épouse lui a procuré, en le dissimulant dans les boucles de cheveux de leur fils.
 Le colonel Jules Alix, lié à Berton, mais probablement étranger aux préparatifs de Saumur, est condamné à cinq ans de prison, puis, considéré comme aliéné, il est transféré à Charenton.
 En janvier 1823, la cour d'assises d'Orléans juge les complices de la tentative de juin précédent. Elle prononce cinq condamnations à mort, dont trois par contumace. Finalement, les peines capitales sont commuées en vingt ans de prison.

 Au total, ont été prononcées 14 condamnations à mort contre des contumaces en fuite et plus de 200 années de prison, sans compter les détentions à perpétuité. Dans ce dernier cas était le maréchal des logis Couderc, qui parvint à s'évader de sa prison et à se réfugier en Angleterre.
 Les derniers condamnés, en particulier Gauchais, ont été libérés avec l'avènement de Louis-Philippe.

 

4) L'épuration 

 Au départ, nous avons présenté le courant libéral comme dominant dans le Saumurois, ce qui explique la grande illusion des chevaliers de la Liberté. Au sortir de ces événements, les opposants au régime des Bourbons sont affaiblis et divisés.
 Ils perdent en particulier tous leurs appuis administratifs. Le lieutenant de gendarmerie de Saumur demande le remplacement du maire Maupassant et du procureur Allain-Targé, « parce que ces messieurs cherchent toujours à atténuer les sottises faites par les habitants » ( A.D.M.L., 29 M 3 bis ). Le préfet de Wismes dirige effectivement une vaste "épuration" ( il emploie ce terme ).
Le maire Charles Maupassant passait pour le sauveur de la ville. Au procès de Poitiers, il est pris à partie par le sous-préfet, qui lui reproche d'avoir négocié. Il est finalement poussé à la démission, puis, il décède peu après, à 40 ans. Son deuxième adjoint, l'avocat Jean Courtiller démissionne également.
 Le procureur Allain-Targé est révoqué, puis expédié... à Limoges, bien que l'expression " limoger " ne soit pas encore apparue dans la langue. Sept autres fonctionnaires locaux sont cassés ou mutés. Un fort contrôle policier est maintenu dans les années 1823-1824 ; par exemple, la police surveille le logis d'Urbain Fardeau, « enragé libéral et homme dangereux », qui reçoit le vendredi.

 

5) La mémoire des Chevaliers de la Liberté

  Les Quatre Sergents de La Rochelle sont toujours honorés. A Thouars, le musée présentait le drapeau tricolore brandi par la colonne partie de cette ville en février 1822 ; un conservateur négligent l'a laissé tomber en lambeaux, et il est détruit aujourd'hui. Cependant, Thouars a dédié une rue importante à l'huissier Guillaume Saugé, mort guillotiné après avoir crié « Vive la République ! ».

 La ville de Poitiers, pourtant peu présente dans la conspiration, est restée marquée par le procès expéditif qui prononce 15 condamnations à mort ( 4 appliquées, 11 par contumace ) et par l'exécution du général Berton sur la place du Pilori, le 5 octobre 1822. Une rue est dédiée à l'ancien chef de la conjuration.

Rue du Général Berton dans le centre de Poitiers

  Non loin, l'ancienne place du Pilori a été rebaptisée " place de la Liberté " en 1900, à la mémoire des condamnés de la Cour d'Assises. Le 14 juillet 1903, après une souscription,Poiriers, la place de la Liberté, ancienne place du Pilori, lieu des exécutions les loges maçonniques de Poitiers et de Neuville inaugurent un monument surmonté par une copie de la statue de Bartholdi. L'ensemble est toujours bien mis en valeur. Une plaque explicative retrace la signification du monument et reproduit une photo de la cérémonie d'inauguration.

 

Inauguration du 14 juillet 1903

 

 

 

 

 

 

 

 

 A Saumur, rien. Comme si la ville avait honte d'avoir été le foyer le plus libéral de France pendant quelques années. La crainte rétrospective d'une répression sanglante, les lourds secrets divisant les familles y ont paralysé le travail de mémoire. Cependant, le chirurgien Pierre Caffé, enfant du pays, combattant de la Révolution et de l'Empire, acteur d'un suicide stoïcien, mérite le souvenir.