Les travaux urbains de 1814 à 1834   

 

1) Les premiers architectes-voyers

  En raison de la faible activité du Conseil municipal et du défilé rapide des maires ( six sur dix-sept ans ), l'urbanisme doit beaucoup à l'action des architectes-voyers. Ceux-ci, appelés agents voyers sous l'Ancien Régime, portant parfois aussi le titre d'ingénieur-voyer, ont la responsabilité du réseau des rues et de l'état des bâtiments donnant sur la voie publique ; pour cette fonction, ils perçoivent une rétribution de base annuelle. S'ils effectuent des travaux spécialisés ( architecture, cartographie, plans d'alignement ), ils touchent des honoraires supplémentaires. La succession des architectes-voyers de la ville peut être reconstituée. Les dates sont approximatives, car on ne dispose pas de tous les arrêtés de nomination pris par le maire.

- Charles-Marie Normand est avant tout l'ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées de l'arrondissement ; il a été affecté à Saumur en avril 1797 et a beaucoup bâti dans la ville et dans la région. Il ne porte pas le titre d'architecte-voyer de la ville, mais il en exerce longtemps la fonction. Il cesse ses activités locales vers 1818-1820, période à partir de laquelle on voit intervenir Duveau, conducteur de première classe des travaux des Ponts et Chaussées. Normand est alors dans une semi-disgrâce ; il est en conflit avec son supérieur direct, l'ingénieur en chef Derrien. Il perd la direction des travaux de Fontevraud en 1816 et n'intervient plus à Saumur. Il abandonne toutes ses activités à la fin de 1828 et décède en 1838 ( voir étude de Claire Giraud-Labalte, Les Angevins et leurs monuments, 1800-1840, Angers, 1996, p. 110-113 ).

- Giraud, architecte à Fontevraud, occupe la fonction et porte le titre dans les années 1825-1833 ( approximativement ). Il intervient sur l'église Saint-Pierre et opère des alignements de rues.

Tombe de Calderon au cimetière de Saumur- Antoine Calderon [ sa tombe au cimetière porte "Calderon de la Barca" ], né à La Havane, est devenu officier dans le génie espagnol. En 1799, il passe au Amphore sur le côté de la tombe de Calderonservice de la France. Il est mis en demi-solde en 1818, alors qu'il est lieutenant d'infanterie. Une fiche de police transmise à Saumur demande de surveiller son attitude politique.
 D'abord ingénieur du canal de la Dive, il prend par adjudication en 1828 le plan d'alignement et de nivellement de la ville pour 5 800 francs. Son rôle est important, puisqu'il a tracé l'essentiel des voies aménagées depuis. Il est naturalisé français le 9 avril 1831 ( Affiches du 26 juin 1831 ) . Par arrêté du 8 mars 1837, le maire Cailleau-Grandmaison le nomme architecte-voyer de la ville, fonction qu'il assurait déjà dans la pratique.
 Calderon se passionne aussi pour l'archéologie et participe aux découvertes opérées à Anezon, à Saint-Just-sur-Dive ; c'est sans doute pourquoi sa tombe est décorée d'une amphore antique... Il est l'un des fondateurs du musée.

Signature de Calderon sur le plan de nivellement, A.M.S., 1 Fi 112 En 1836, le plan d'alignement n'est toujours pas terminé ; Calderon, malade, achève le plan de nivellement, mais laisse à quelqu'un d'autre le soin de mettre au point le plan d'alignement. Il conserve cependant le titre d'architecte-voyer jusqu'à sa mort, le 17 mai 1841.
 Charles Joly-Leterme est nommé à sa succession le 24 mai suivant.

 

2) La percée centrale

 Au demeurant, les architectes-voyers ont un programme tout tracé. Ils doivent en priorité poursuivre le plan d'urbanisme défini par de Voglie dans les années 1753-1756. Sous l'Empire, Normand avait organisé la destruction d'anciens bâtiments et commencé la construction des façades occidentales de l'actuelle rue Franklin-Roosevelt. Le nouvel alignement, commencé à l'angle de la rue Beaurepaire atteint la rue Saint-Nicolas vers 1825.
 L'autre côté de la rue est encore loin d'être achevé. Dans son prolongement du côté du pont Cessart, la partie orientale de la place de la Bilange est remodelée, à la suite de la démolition de l'ancien jeu de paume du XVIe siècle ( A.D.M.L., O 1042 ). A l'autre bout, l'actuelle rue d'Orléans est tracée, mais elle est surtout bordée par des entrepôts. Au-delà, le " chemin du Pont-Fouchard ", rectiligne et surélevé au-dessus de terrains marécageux, est encore désert. Vers 1830, l'architecte-voyer Giraud y construit pour lui-même une première maison, appelée les " Folies Giraud ", devenues ensuite le siège de la C.C.I.

 

3) Le nouveau pont Napoléon

 Dans la direction opposée, la traversée rectiligne de la ville fait un progrès décisif par la réalisation d'un nouveau pont attendu depuis trois quarts de siècle. Promis à la destruction et rafistolés à plusieurs reprises, les deux anciens ponts ( le pont Rouge et le pont de la Boire-Torse ) sont jugés très insuffisants dans un rapport des Ponts et Chaussées de 1818 ( A.D.M.L., 22 S 13 ). Un comptage de la circulation sur cet axe, effectué pendant huit jours sur le pont de la Croix-Verte, enregistre le passage de 28 923 piétons, de 481 chevaux attelés à une voiture suspendue, de 1 548 chevaux tirant une charrette. Ces nombres, présentés alors comme élevés, nous paraissent aujourd'hui bien faibles pour une durée de huit jours. Nous sommes plus surpris par le passage de 2 455 chevaux portant un cavalier, donc plus nombreux que les chevaux attelés.
 Aucune île n'encombrant le Bras des Sept-Voies sur l'axe adopté par de Voglie, le nouveau pont enjambera le fleuve d'un seul jet. Cinq études sont présentées, allant de six à dix arches. Sur l'un d'entre eux, les arches sont en demi-cercle, et non pas surbaissées, ce qui présente l'inconvénient de relever le pont de deux mètres par rapport à la chaussée qui le prolonge. Le projet retenu comporte sept arches, ainsi que le prévoyaient déjà les plans de Voglie.
 Le coût total est estimé à plus de deux millions de francs, soit un montant plus élevé que le pont Cessart. Alors qu'il avait pris à sa charge tous les frais de ce dernier et du nouveau pont Fouchard, l'Etat réclame à la ville une importante participation s'élevant à 600 000 francs, ce qui est la condition pour ne pas établir un péage. La municipalité Mayaud en discute longuement en 1819-1820 ( A.M.S., 1 O 166 ). Finalement, elle décide en 1821 un relèvement de l'octroi de 25 % pour une durée de 12 ans ; la ville verse ainsi 50 000 francs par an de 1825 à 1837.

 La première pierre est posée le 15 juillet 1825. Pour la dénomination, le ministre de l'Intérieur a laissé le choix à la ville entre " pont Henri " et " pont du duc de Bordeaux ". La municipalité opte pour le second, l'enfant du miracle, l'espoir de la Monarchie. Cependant, le « Royal Enfant » ne peut venir. C'est le préfet de Maine-et-Loire qui préside la cérémonie. Une médaille à l'effigie de Charles X est frappée à cette occasion ; deux exemplaires, l'un en argent, l'autre en bronze, sont placés dans les fondations. La Monnaie de Paris envoie à la ville une facture pour 2 médailles d'argent et 70 médailles de bronze.

Médaille de bronze en l'honneur du pont de Bordeaux

Page de titre du procès-verbal

 A côté, est serti dans un tube en verre le procès-verbal de la cérémonie imprimé chez A. Degouy. Voir à droite une partie du titre.

 La paternité du pont est parfois attribuée à l'ingénieur Charles-Marie Normand. On ne le voit intervenir nulle part, mais souvent son adjoint Duveau. C'est Romain-Marie Derrien, l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées du département, qu'on trouve constamment à la tête des travaux, assisté par l'entreprise Gourville et par un jeune adjoint, Charles Joly-Leterme, qui arrive à Saumur. La construction ne pose pas de problèmes techniques particuliers. Les arches hardies du pont Fouchard ont donné trop d'inquiétudes ; elles sont abandonnées au profit d'un retour à la forme en anse de panier du pont Cessart ( le cintre abaissé d'un tiers ). Ces arches sont tout de même de plus grande portée, 25 mètres au lieu de 19,50. Le lit du bras est mis au sec par la construction d'un épi accroché à la pointe amont de l'île d'Offard. Néanmoins, la tête des pieux soutenant la maçonnerie des piles se trouve sous les eaux d'infiltration. La machine à recéper, mise au point par de Voglie aidé par Gamory, est employée à nouveau. Voir les techniques du pont Cessart et l'animation Flash. Ce n'est apparemment plus la machine originale, mais une copie. Ce procédé donne toujours satisfaction ; en juin 1828, une démonstration est opérée devant la duchesse de Berry, installée sous une tente. Selon le compte rendu officiel publié par Crapelet, « M. l'Ingénieur a fait battre des pilots, et l'un d'eux a été ensuite recepé, en quatre minutes de temps, à trois mètres de profondeur sous l'eau. Au moment où la partie recepée du pieu est venue au-dessus de l'eau, les ouvriers ont fait entendre les cris de Vive Madame ! Vive le Duc de Bordeaux ! qui ont été unanimement et spontanément répétés par tous les spectateurs. MADAME a examiné avec beaucoup d'intérêt et d'attention la surface parfaitement unie du plan de recepage. On lui a montré également le modèle d'une arche du pont posée sur ses cintres, et son Altesse Royale s'est retirée en témoignant sa satisfaction à M. l'Ingénieur, et en lui faisant remettre une somme de 100 francs, pour être distribuée aux ouvriers qui avoient travaillé devant elle. »Pilots ayant servi à l'édification des piles du pont Napoléon

 Comme au pont Cessart, le caisson sur lequel on construit chaque pile est entouré par une ceinture de pilots. Cet enclos, plus élevé que la base de la pile, réapparaît parfois aujourd'hui, entre les piles du nouveau pont. Du côté droit de la diapo ci-jointe, un vestige de ces supports auxiliaires, et du côté gauche une pile mal dérasée.

 Les travaux débutent par la culée du côté de la ville. Un môle allongé et imposant termine la rue Royale ; il obstrue la voie d'eau rejoignant la Boire Quentin et il sert d'appui à deux nouveaux quais. Aucune machine moderne n'est signalée ; le chantier emploie donc une nombreuse main d'oeuvre : en avril 1828, 78 ouvriers et 19 charpentiers. Rétribués à la tâche, ils touchent habituellement 22 sous par jour ( Cessart accordait 30 sous aux travailleurs qualifiés et 7 sous aux manoeuvres par tranche de quatre heures de travail ). Ces salaires très bas entraînent des contestations sociales. En outre, la construction prend du retard, parce que les carrières de Champigny ne parviennent pas à fournir à temps les blocs de pierre.

 Quand en 1834, le pont est ouvert à la circulation, le duc de Bordeaux a pris le chemin de l'exil. La Monarchie de Juillet, qui célèbre le culte de l'Empereur, adopte le nom de " pont Napoléon ". Les Saumurois l'appellent plus habituellement " pont des Sept-Voies ".

 Une comparaison avec son modèle, le pont Cessart, s'impose. Tout aussi solennel, le pont Napoléon n'a reçu aucun décor sur son parapet. Les grosses tours arrondies de ses avant et arrière becs paraissent moins élégantes, mais elles garantissent une meilleure stabilité latérale. Ce pont n'a posé aucun problème jusqu'à sa destruction totale par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale.
Côté aval vers le nord :

Pont Napoléon vue de l'aval
Côté amont vers le sud :
Pont Napoléon, amont

 Retour au XIXe siècle : devenus inutiles, les deux anciens ponts situés en amont sont détruits en 1836. Plus au nord, la poursuite de la traversée par la rue Charles X ( dénommée ainsi par décision du 10 mars 1825 et rebaptisée ensuite route de Rouen ) comble le bras de la Croix Verte, sans construction du pont annoncé. Ces lieux, déjà chamboulés par ces travaux, le sont à nouveau peu après par l'arrivée du chemin de fer.

 

4) Les bâtiments officiels

 Les bâtiments nécessaires à une sous-préfecture font toujours défaut. Charles-Marie Normand avait vaguement projeté d'élever face à la Loire, sur le quai au bois ( au départ du quai Mayaud ), un vaste bâtiment regroupant la sous-préfecture et le palais de Justice. Sans suite, c'est pourquoi chaque édifice connaît un destin particulier.

  Après avoir erré à travers la ville ( voir chapitre 28, § 3 ), la sous-préfecture est fixée à son emplacement actuel en 1822, quand le département achète la propriété Bineau-Sébille. Le bâtiment est l'objet de deux ans de travaux et il est évident que les lieux ont été profondément remaniés.Plan du couvent des Cordeliers

 La réalisation du palais de Justice a beaucoup traîné. En 1808-1809, il est décidé de l'implanter dans l'ancien couvent des Cordeliers, que l'Etat concède à la ville pour 16 000 francs ( A.M.S., 1 M 2 ). Voici à droite la disposition des lieux d'après un plan de 1777, dressé en vue d'une location partielle des locaux ( le couvent est vaste et sa chapelle comporte deux nefs ). En haut à gauche, la tour du Papegaut.
 Le préfet recommande à Normand des travaux réduits, en harmonie avec la rigueur de la justice. Finalement, il ne se passe rien. La situation juridique est confuse, l'hébergement des justices de paix étant à la charge de la ville, alors que le tribunal de grande instance est à la charge de l'Etat. Les anciens bâtiments monastiques, trop délabrés, sont rasés en 1821-1822. Sur leur emplacement, à l'intérieur de l'ancienne enceinte, on élèvera un nouveau palais de Justice et une prison.

Projet anonyme de Palais de Justice

 Un premier projet de palais de Justice est refusé. Il correspond probablement à l'élévation ci-contre, ni signée ni datée. Avec ses quatre pilastres et ses quatre colonnes en avancée, le projet répondait aux poncifs du genre.

 Les plans définitifs sont l'oeuvre de l'architecte angevin Jacques-Louis François, qui se fait appeler Villers. Les Archives départementales de M-et-L ont mis en ligne en avril 2008 les documents du cabinet Dainville ; 39 plans, élévations, ébauches diverses, coupes, détails concernent le palais de Justice, dont quelques uns la prison :

Lien direct vers les plans d'architectes des A.D.M.L.

Palais de Justice, partie ancienne, vers l'ouest Le 12 octobre 1826, les travaux sont adjugés à l'entrepreneur saumurois Fromageau. La première pierre est posée l'année suivante par le duc d'Angoulême.

 

  Les colonnades ont fait place à une simple façade classique. L'intérieur est plus intéressant. La salle d'audience, rappelant la curie romaine, ne manque pas de solennité. Le palais est achevé au début de 1832 ; il accueille d'abord l'école mutuelle, avant d'être remis aux juges.

 

5) L'hygiène publique : la viande

 Les animaux sur pied étaient vendus sur un champ de foire implanté sur la lisière orientale du Chardonnet. En 1825, la ville rétrocède cet emplacement au ministère de la Guerre, qui y construira les écuries du Manège. Un arrêté du 6 mai 1826, signé par le maire Persac ( A.D.M.L., O 1042 ), crée de minuscules marchés spécialisés. Les vaches et les veaux seront exposés sur la place de la Grise, c'est à dire le terrain vague qui est devenu la place Verdun ; les cochons de lait ou " cochons en cage " au carrefour de l'Arche Dorée, les cochons sur pied sur l'espace triangulaire terminant la rue de la Chouetterie ( du côté de la rue de Poitiers ) ; les moutons dans la rue de la Corderie ( rue Fardeau ). Cette curieuse dispersion ne semble guère pratique. Le marché aux bestiaux s'est finalement concentré sur le champ de foire, agrandi et aménagé.

 Quant aux abattoirs, il s'agit d'un vieux problème, qui nous oblige à revenir en arrière. Sous l'Ancien Régime, la tuerie générale, dans laquelle les bouchers devaient obligatoirement abattre les gros animaux, était implantée dans une dépendance des anciennes halles, à l'extrémité de la rue Saint-Nicolas, sur le côté sud. L'urbanisation du quartier et l'implantation des premiers bâtiments militaires amènent la ville à fermer son abattoir et à se mettre en quête d'un nouvel emplacement. Elle se fixe sur l'île d'Offard et y étudie plusieurs sites en 1782 ( A.M.S., 1 M 29 ). Son choix se porte sur un terrain placé en aval de la culée nord du pont Cessart ( l'emplacement de l'usine à gaz, puis de l'EDF-GDF ). L'endroit présente l'inconvénient d'être très bas et de nécessiter d'importants travaux de remblaiement ; à l'inverse, il est voisin de la Loire et de la Boire-Quentin, dans lesquelles on compte bien jeter les immondices. Voici les plans élaborés à cette époque ( A.M.S., 1 M 29 ) :

Projet de tuerie générale, A.M.S., 1 M 29Elévation de la tuerie projetée vers 1782

 

 

 

 Contrairement aux méthodes actuelles, chaque boucher pratique son abattage dans une pièce particulière ; 11 places sont prévues dans ce projet ; il y en aura 12 dans les abattoirs réalisés.
 Un premier devis se monte à 25 353 livres 14 sous, sans compter le remblaiement. Dans une lettre du 3 mai 1785 adressée au Contrôleur général, les officiers municipaux expliquent que leur tuerie va servir également aux carabiniers, et ils demandent en conséquence une participation de la province. Le Conseil d'Etat leur accorde 13 000 livres. Les travaux sont adjugés le 5 juillet 1785 ( A.M.S., DD 14, n° 8 ). Ils débutent l'année suivante , où un atelier de charité élève un remblai avec de la terre transportée depuis l'île Richard [ Millocheau, de l'autre côté de la Boire-Quentin ]. Le sieur Maignan, de Rou, édifie les murs et les cheminées, mais stoppe ses travaux avec la Révolution [ on a retrouvé ce Maignan parmi les chevaliers de la Liberté et tué au cours du traquenard de la ferme de l'Alleu ].
 Le nouvel établissement ne semble avoir jamais servi. Les bouchers continuent à abattre dans les différents quartiers de la ville, en dépit des injonctions de la mairie. Les murs, laissés à l'abandon sont démolis.

 En 1822, la municipalité reconnaît à nouveau le besoin urgent d'un abattoir. Elle estime cependant le terrain trop proche des maisons et elle le met en vente. Divers emplacements sont évoqués, au bord du Thouet, près du pont Fouchard, et dans l'île d'Offard, sans aboutir à aucun résultat. Sur une affiche d'octobre 1832, le maire Cailleau-Grandmaison annonce qu'il cherche toujours un terrain... La construction du nouvel abattoir n'a été lancée qu'en 1851.

 Pour des raisons d'hygiène et de contrôle, les bouchers débitaient leur viande sous une même halle, où chacun possédait un banc ( voir les bouchers dans l'Ancien Régime ). La Grande Boucherie, propriété de l'abbesse de Fontevraud, avait disparu. L'ingénieur Normand dresse le projet d'un vaste immeuble comportant de nouvelles boucheries au rez-de-chaussée et des appartements au-dessus. Voir le projet dessiné par Duveau et son état actuel sur la place de la République. Cet ensemble aux vastes proportions a d'évidentes ambitions monumentales ; il s'agit de doter la ville d'un front de Loire harmonieux au sortir du pont Cessart. Le bâtiment est achevé en 1823. Un seul boucher s'y installe, car les étals dispersés sont désormais autorisés.

 

6) L'hygiène publique : l'eau

 Il est encore trop tôt pour que les hygiénistes pensent au service d'eau. Curieusement, les bains publics ont eu la priorité. Un important établissement de forme hémicirculaire, construit par Normand, est inauguré le 12 décembre 1818. Voici le début de la plaque en plomb célébrant cet événement, recueillie par les musées du château :

Plaque d'inauguration, musées du ChâteauDIEU AIDANT
SOUS LE RÈGNE DE LOUIS XVIII
CE TERRAIN ÉTANT CONCÉDÉ
PAR LA MUNIFICENCE ROYALE
NOEL HENRY MAYAUD ÉTANT MAIRE
CES BAINS PUBLICS ONT ÉTÉ ÉDIFIÉS
POUR L'UTILITÉ ET L'ORNEMENT DE CETTE VILLE
SOUS LA DIRECTION DE CHARLES MARIE NORMAND

 Voici, au-dessous, ces bains, tels qu'ils figurent sur le plan d'alignement de 1839 :

L'établissement de bains publics, A.M.S., 1 Fi  96Dessin de Méliand, lithographie de Motte, 1822

 

 

 

 

 

 A droite, la lithographie de Motte  donne, en 1822, la meilleure figuration de l'établissement, qui s'avance sur l'extrémité arrondie du quai, alors en forte pente. En le décorant de pilastres plats, l'architecte s'est efforcé de lui conférer un style classique. Cependant, ce bâtiment est l'objet de critiques, car il masque l'hôtel de Ville et les nouvelles boucheries, dont on voit la partie droite récemment construite.
 L'établissement est abattu dans les années 1842-1846, lors de l'aménagement du quai de liaison entre les deux ports.

 

7) Les quais

 Les quais jouent un quadruple rôle : ils protègent la ville contre les inondations, ils servent de boulevards, ils soutiennent les cales et les ports, ils permettent l'agrandissement de l'espace bâti sur l'emprise du fleuve.

 Aujourd'hui, quand on parcourt la longue ligne droite du quai Mayaud, on soupçonne mal qu'il est entièrement artificiel et qu'il représente un des plus grands chantiers de la ville. Ce " quai neuf ", commencé en 1784, atteint en 1812 la hauteur de l'actuelle maison Dupuis Charlemagne. Sur cet extrait d'un plan de 1814, est porté en noir le projet de sa prolongation, de l'aménagement d'une nouvelle cale et de la conquête d'un vaste terrain marécageux.

Projet de quai neuf ( 1814 )

 En 1828, le Jagueneau est atteint. Derrière un barrage de pilotis et de pierres face au fleuve, est accumulée une masse considérable de sable, qu'une marie-salope drague en permanence dans le lit de la rivière. Les travaux ne sont pas pour autant terminés, il reste des cales et des escaliers à aménager. En 1848 encore, un atelier de charité s'affaire à remblayer le quartier de Fenet ( A.M.S., 1 O 95 ). On mesure ainsi l'étendue des terrains gagnés sur les grèves de Loire ; durant des siècles, les actuelles rues Jean-Jaurès et Rabelais n'étaient bordées de maisons que sur un seul côté.

 Un autre chantier avance tout aussi lentement de l'autre côté de la ville, face au Thouet. Les crues dévastatrices de 1790 et de 1791-1792 ont envahi les quartiers bas du faubourg et démontré que la cité n'était pas protégée de ce côté. La construction de la levée de Nantilly ( appelée aussi " levée de défense " ou " levée de Varrains " est prévue depuis longtemps. Sur ce plan de 1814, son projet apparaît, s'étirant du pont Fouchard jusqu'au débouché de la rue du Pressoir, correspondant en gros à notre actuel boulevard Louis-Renault et au début du boulevard de la Marne.

Projet de levée de Nantilly. La partie droite a été bouleversée par l'installation du chemin de fer

 Le Conseil municipal, qui vient déjà de relever l'octroi pour construire le nouveau pont, discute et vote en 1821-1822 un emprunt de 35 000 francs ( A.M.S., 1 O 77 ). Cette entreprise longtemps somnolente connaît une brusque accélération dans la première moitié de l'année 1832, où un atelier de charité la prend en charge et emploie une abondante main d'oeuvre. A notre grande surprise, nous avons découvert que les travaux s'opéraient surtout par voie d'eau. Des gabares apportent des tuffeaux et des barraudes jusqu'aux points où le Thouet longe la levée ; des bateliers chargent du sable sur des toues et le débardent sur la digue ( il n'y a pas trace de l'emploi de charrettes et de chevaux, comme on pouvait l'imaginer ). Ateliers de charité, salaires de misère. Les « piqueurs », les agents de maîtrise, touchent 1, 50 F par jour, les « chargeurs » 0,80, les bateliers 0,75 ou 0,60. Des femmes sont embauchées pour 0,50 F par jour et des enfants pour 0,40. En mai 1832, l'architecte de la ville, Giraud, fait procéder au pavage ; les travaux sont terminés [ la levée est moins haute et plus étroite qu'aujourd'hui, elle ne résiste pas à la crue de 1843 qui y perce des brèches ].

L'ensemble de ces travaux publics est résumé dans un plan de Saumur de 1814 à 1834, soit au format écran, soit au format zoom.Hôtel du Commandement, 55 quai Mayaud

 

8) Les maisons particulières

 La construction privée ne semble pas très active à cette époque. La maison la mieux identifiée est l'hôtel du Commandement ( à droite ), édifié par Giraud dans les années 1824-1826. Ce bâtiment de prestige, aux dimensions modestes, reste sous l'influence des proportions de l'hôtel Blancler. Il ne suffit pas pour définir un style.2 et 4 rue Franklin-Roosevelt

 

 Plus caractéristiques sont les derniers immeubles terminant la percée centrale jusqu'à l'angle de la rue Saint-Nicolas. Ils sont achevés en 1825. Leur style réapparaît en plusieurs points de la ville.


 C'est sous Louis-Philippe que la construction privée prend un essor spectaculaire.