Les Prussiens à la Croix Verte 
( 5 août-20 septembre 1815 )   

 

1) Les " Alliés " sur la rive droite de la Loire

Léon ROLLE, « Les Prussiens à Saumur », S.L.S.A.S., déc. 1919, p. 18-24, et fév. 1920, p. 20-27 ( curieux articles d'un ancien combattant de 14-18, parlant des " Boches " ).

 Alors qu'ils n'ont conquis que le Nord et l'Est de la France, les coalisés vainqueurs obtiennent le droit d'occuper le pays jusqu'à la Loire, les débris de l'armée napoléonienne se retirant au sud du fleuve. Ce sont des Prussiens qui s'installent dans le Maine et dans le nord de l'Anjou. Les actes officiels les appellent constamment " les Alliés ", ce qui trahit l'ambiguïté de la position d'un roi revenu dans « les fourgons de l'étranger ». Les Français ne doivent pas seulement les supporter, ils doivent aussi les nourrir à grands frais, eux, leurs chevaux et les détachements de passage.
 

 2) Sept semaines d'occupation

 
 

   Le 5 août 1815, un détachement de 22 Prussiens, commandé par un capitaine, s'installe à la Croix Verte et loge chez l'habitant. La traversée de la Loire est bloquée. En effet, après avoir projeté de couper une arche du pont de la Croix Verte, la municipalité a édifié une forte barricade de planches au milieu du pont ( A.M.S., 1 D 10 ). Afin de permettre un minimum de communication, une porte est aménagée dans la palissade ; Français et Prussiens en possèdent une clef de part et d'autre.
 La municipalité lève une taxe spéciale pour la nourriture des " Alliés " et en tient une comptabilité minutieuse sur la promesse d'être remboursée ( A.M.S., 5 H 7 ). La contribution de guerre se monte à 6 744,91 francs ; un calcul simple permet de fixer à 47 l'effectif moyen du détachement installé à la Croix Verte.
  

 3) Ils sont korrects

  L'occupation des troupes victorieuses a laissé de mauvais souvenirs en France. Les Prussiens, en particulier, se sont souvent livrés à des pillages et à des violences. La situation est particulièrement tendue à Angers, où le préfet de Wismes, trop mauvais payeur, est enlevé et où des habitants sont appréhendés et enfermés dans des cages de bois.

 Dans le Nord-Saumurois, les incidents sont limités. Dès le 7 août, une affiche du baron de Thielmann, commandant en chef du 3 ème corps de l'armée prussienne installé au Mans, annonce que des colonnes mobiles portant une écharpe blanche au bras gauche vont patrouiller dans la région, accompagnées par un notable local, dans le but d'empêcher les conflits. Une seule plainte contre la brutalité des Prussiens nous est parvenue.

 Les " Alliés " partent le 20 septembre et la circulation normale sur les ponts est rétablie.