Ecrire l'histoire d'une société secrète   

  

 Quelques remarques de méthode sur la difficulté de travailler sur des sociétés secrètes, qui laissent peu de traces écrites. De nombreux narrateurs de ces événements ont comblé ces lacunes en donnant dans le feuilleton policier, souvent sans prendre la peine de consulter les archives.

 La documentation est pourtant abondante, mais truffée de contradictions ; les rapports de police, les fiches individuelles établies au ministère par Simon Duplay, l'ancien ami de Robespierre, contiennent beaucoup d'observations minutieuses, mais aussi des ragots, et ils sont établis par des bureaucrates obtus ; les rapports de synthèse du sous-préfet, du lieutenant de gendarmerie et du procureur général d'Angers se situent à un meilleur niveau d'information, mais ils faussent souvent les perspectives en surestimant l'ampleur des conjurations, car ces fonctionnaires veulent se donner une stature de héros ; ils veulent également obtenir des renforts et ensuite une répression impitoyable. Ils s'efforcent de reconstituer les techniques d'organisation des comploteurs, sans beaucoup s'intéresser à leurs objectifs politiques.

 Du côté des conjurés, la loi du silence a joué, à peu d'exceptions près ; devant les juges, ils nient tout en bloc, jusqu'aux évidences, c'est pourquoi les comptes rendus imprimés du procès de Poitiers - l'un est officieux, l'autre libéral - sont d'un apport modeste. C'est pourquoi aussi, au cours du procès, le procureur Mangin regrette que la torture ait été abolie.
  Sous Louis-Philippe, les langues commencent à se délier, les anciens conjurés publient des récits ou livrent des confidences aux premiers historiens, mais là encore, on doit filtrer ; ainsi, l'auteur de la première relation imprimée, Jean Gauchais, s'attribue un rôle démesuré et règle quelques comptes, en particulier contre le général Berton.

 Plutôt que de trancher au hasard, mieux vaut avouer les zones d'ombre subsistantes et en particulier écarter beaucoup d'anecdotes invérifiables, pour s'en tenir aux lignes de force bien établies.

 

Sources consultées

- Arch. dép. de M. et L. : 1M1 / 260 ( correspondance active du sous-préfet ) ; 1 M6 / 24 à 28 ( dossiers de police ) ; 29 M 3 et 3 bis ( dossiers de police générale sur l'affaire Berton ; publication d'un des rapports dans A.H., 1945, p. 89-93 ).


- A. N. : BB 3 / 173 et BB 30 / 198 ( Justice, affaires criminelles ) ; F 7 / 6660, 6666, 6670, 6671, 6672, 6697 ( dossiers de police générale ).


- Bibl. Nat. de France : Fonds Maçonnique, F.M. 2 / 415 et F.M. 3 / 503.

 

Premières publications imprimées ayant valeur de source


- Comptes rendus du procès de Poitiers ( publiés à Poitiers, d'abord au jour le jour ) : officieux chez Barbier, libéral chez Catineau ( tous les deux en 1822 ).
- Colonel GAUCHAIS, Histoire de la conspiration de Saumur. Mort du Général Berton et de ses co-accusés..., P., Auguste Mie, 1832.
- A. BERTON, Réponse à la brochure de M. le colonel Gauchais sur les évènemens de Thouars et de Saumur, 1832 ( point de vue d'un des fils du général ).
- Achille de VAULABELLE, Histoire des Deux Restaurations jusqu'à l'avénement de Louis-Philippe, 10 vol. P., Garnier, 1844-1857, ( remarquable malgré sa date ; Achille de Vaulabelle est venu sur place recueillir les témoignages de Delalande et de Grandmesnil ).
- Jules RICHARD, Histoire du département des Deux-Sèvres sous les règnes de Louis XVIII et de Charles X, 1815-1830, Saint-Maixent, 1864 ( souvenirs de Ledain ).

 

Récits événementiels inspirés par les précédents ouvrages


- Eugène BONNEMERE, dans Etudes historiques saumuroises, S., Roland, 1868.
- Honoré PONTOIS, La conspiration du général Berton. Etude politique et judiciaire sur la Restauration, P., Dentu, 1877 ( produit de précieux documents familiaux ; ne peut être suivi quand il ramène les conspirations à un mouvement en faveur de la Charte ).

H. GRIMAUD et A. NAYEL, Revue poitevine et saumuroise, fév. 1899 à oct. 1901 ; [ F. UZUREAU ], Anjou historique, t. 17, p. 518-529 ; R. BLACHEZ, Revue Universelle, juin et juillet 1929 ; Dr Alain ASSAILLY, S. L. S. A. du Saumurois, janv. et avr. 1938 ; Maurice BERTHON (1940) ; Dr Maurice LENOIR, S.L.S.A.S., 1973 ; Charles GILBERT, Historia, juin 1987.

 

Compléments sur des points précis


- André BOUTON, « Luttes dans l'Ouest entre les chevaliers de la foi et les chevaliers de la liberté », Revue des Travaux de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, 1962, 2 ème semestre, p. 1-13.
- Jacques FENEANT, Francs-Maçons et sociétés secrètes en Val de Loire, C.L.D., 1986.
- Paul BASTID, Benjamin Constant et sa doctrine, P., A. Colin, 2 vol., 1966.
- Pierre GOURDIN, « Deux journées de troubles ou la venue de Benjamin Constant à Saumur, en 1820 », S. L. S. A. S., 1986, p. 16-22.
- Ed. GUILLON, Les complots militaires sous la Restauration, 1895 ( accorde un crédit exagéré au récit de Gauchais ).
- Général LAFAYETTE, Mémoires, correspondance et manuscrits, t. VI, 1838.
- Joseph-Henri DENECHEAU, « Les conspirateurs du Saumurois pendant la Restauration », Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, 1992, 4, p. 383-390 ; ( compléments sur les idées politiques ).
- Joseph-Henri DENECHEAU, « Les Chevaliers de la Liberté dans le Saumurois ( 1820-1822 )  », S.L.S.A.S., 1994, p. 75-90 ( centré sur le Saumurois ).
- Christophe AUBERT, « Les sociétés secrètes politiques à Saumur sous la Restauration ( 1815-1822 ) », S.L.S.A.S., 1999, p. 41-56.
- C. LAUMIER, Relation circonstanciée de l'affaire de Thouars et de Saumur ; précédé d'une notice biographique sur le général Berton, 1822, ( publié avant le mois de juin ).
- Louis VINCENT, Mort pour la Liberté, le général Berton, 1767-1822, Librairie Vandamme, 1968.
- B. MENAGER, Les Napoléon du Peuple, P., Aubier, 1988.
- Georges WEILL, Histoire du parti républicain en France ( 1814-1870 ), P., Alcan, rééd. 1928.