Les Saumurois et la Commune de Paris


1) Une forte réprobation

 Présentée comme une trahison devant les Allemands victorieux, décrite comme une explosion de sauvagerie, la Commune de Paris suscite localement une réprobation quasi unanime. Même le progressiste Courrier de Saumur, qui recopie longuement les dépêches du gouvernement de Versailles, participe à cette condamnation, tout en recopiant, sans aucun commentaire, quelques communiqués de la Commune.
 Dans un rapport du 25 mars 1871, donc une semaine après le début de l'insurrection, le sous-préfet Paul-Emile Abellard se fait l'écho de l'hostilité des Saumurois ( A.D.M.L., R 241 ). Il a rencontré la veille les chefs ouvriers : « ils sont très mécontents de la conduite des habitants de Paris et paraissent peu disposés à marcher à leur secours ».
 Une nuance doit tout de même être apportée : on se rappelle qu'en juin 1848, un contingent de la garde nationale, les " 115 invincibles ", s'était porté volontaire pour aller écraser les ouvriers parisiens révoltés et était arrivé pour entendre les derniers coups de canon. Des cahiers d'enrôlements volontaires sont à nouveau déposés dans les mairies. Les officiers de la Garde nationale expliquent au sous-préfet qu'ils ne pousseront pas leurs hommes à s'engager, « tous disent : nous saurons maintenir l'ordre chez nous, que les Parisiens qui ont laissé faire l'émeute la répriment seuls maintenant, ils doivent être assez forts pour cela ». Aucun volontaire ne paraît être parti de Saumur pour combattre la Commune.
 L'Echo saumurois, qui ne paraît alors que sur deux pages, parle fort peu de ces événements et apporte peu d'informations. Le dimanche 21 mai 1871, il annonce qu'une batterie de mitrailleuses est partie de Saumur par le train en direction de Versailles. Au cours des semaines suivantes, il revient à trois reprises sur le sujet, en soulignant les succès sur les « communeux » et en insistant sur les « incendies au pétrole ».

2) Quelques voix compréhensives

 Quelques avis se révèlent moins véhéments :

- Eugène Bonnemère, qui vit habituellement à Paris, révèle une sensibilité différente à l'intérieur du Courrier de Saumur. Il y publie une sorte d'éditorial, dans lequel il s'efforce d'expliquer le mouvement insurrectionnel. Il condamne tout fédéralisme, mais en même temps, il dénonce les forces antirépublicaines qui entourent Thiers. Fin mai, le journal se réjouit de la reprise de Paris, tout en publiant un texte très compréhensif de Victor Hugo. et un manifeste de l'Internationale en faveur de la Commune.

- Parmi les enfants de Firmin Piéron, employé à la sous-préfecture et quarante-huitard, récemment décédé, le fils aîné Arthur, ouvrier typographe à Paris, prend part à la Commune comme commissaire de police ( il finit par se réfugier en Suisse ). On comprend que Maximilien ( plus souvent appelé Maxime, car le souvenir de Robespierre faisait peur ), comptable chez Combier, ait des sympathies envers le mouvement.

- James Combier, alors adjoint au maire, ne cache pas lui-aussi sa sympathie pour les thèses communalistes, qui veulent décentraliser la France, en la transformant en une fédération de communes. Il est délégué par la municipalité de Saumur pour assister à des congrès constitutifs prévus à Bordeaux, puis à Lyon. Isabelle Emeriau ( p. 181 ) pense qu'il s'est rendu à Lyon. Plus probant encore, il entre en relations avec la journaliste féministe et socialiste Paule Mink et il la reçoit chez lui, rue Saint-Nicolas.
  [ Née Mekarska Paulina, elle participe pendant la Commune au club qui siège dans l'église Saint-Sulpice et elle ouvre une école à Montmartre. Elle se réfugie en Suisse, puis adhère au Parti Ouvrier Français de Jules Guesde. D'après le dictionnaire Maitron. ]

- Combier influence sans doute ses collègues du Conseil municipal. Le sous-préfet Duphénieux, un homme dévoué à Thiers, écrit, horrifié, que beaucoup sont partisans de la Commune. Cela explique l'adresse envoyée à Thiers par ce Conseil le 13 avril 1871, lui demandant d'arrêter la lutte fratricide et de consolider le régime républicain.

3) Des appels à la conciliation

  Sans pour autant approuver l'action des Communards, les appels à la réconciliation se font plus nombreux, quand la reconquête militaire de Paris paraît proche. Des dignitaires francs-maçons, qui comptent beaucoup de frères chez les fédérés, tentent de s'interposer ; ils sont dispersés par les Versaillais.
 Même action à Saumur, où l'on retrouve James Combier aux avant-postes. Le 17 mai, il est élu vénérable de la loge La Persévérance et il déclare à cette occasion : « tendons-nous la main et empêchons une effusion de sang ». Ce même jour, la loge à l'orient de Saumur adresse un appel à toutes les loges de France, jetant « le cri de détresse au milieu de la bataille » et concluant : « Aujourd'hui, que la patrie entière se lève, et que des Pyrénées à la Seine retentissent le cri fraternel, immense, universel, Paix et conciliation ». Cet appel paraît dans Le Courrier de Saumur le 21 mai 1871, jour où commence la Semaine sanglante.