La Poste aux lettres et la carte postale au XIXe siècle

 

  Heureux temps, où, malgré des moyens archaïques, le courrier arrivait souvent à J + 1 et où les demoiselles de la Poste étaient aimables !

 Voir un historique de la poste aux chevaux à la Croix Verte.

1) L'acheminement du courrier

 La Poste aux lettres est séparée de la Poste aux chevaux, qui, toutefois, s'occupe de l'acheminement du courrier lointain et qui organise les relais des montures. En 1827, les deux services publics sont associés.
 Le relais de la Croix Verte organise les départs des chevaucheurs et des véhicules ; en 1794, chaque semaine, six malles-poste partent de Saumur, trois vers Nantes, trois vers Paris. Voici trois modèles très répandus au début du siècle ( d'après G. Bodet et al., A hue et à dia. Histoire des relais et routes de Poste en Anjou ( XVIe-XIXe ), Cheminements, 2005 ).
 Le modèle 1805 à deux roues et trois chevaux, qui atteint une moyenne de 10 km à l'heure :

Malle-poste modèle 1805

 Le modèle 1819, à quatre roues, quatre chevaux, est doté d'une meilleure suspension et servi par deux postillons montés et un convoyeur. Quelques voyageurs, particulièrement pressés et fortunés, peuvent aussi emprunter cette berline :

Modèle 1819

 Sur le modèle 1843, à quatre roues et cinq chevaux, le postillon est assis à l'avant ; le courrier, placé à l'arrière, peut actionner les freins :

Modèle 1843

 Dans la seconde moitié du siècle, les wagons postaux assurent le plus souvent le transport du courrier.

2) Les bureaux de poste successifs

  Au départ, dans la tradition de l'Ancien Régime, le service public de la poste aux lettres est affermé à un particulier qui assure l'envoi et la distribution des lettres et paquets légers. En complément, les messageries, tenues par la famille Cochon, effectuent l'acheminement des objets plus lourds. Un simple local fourni par le concessionnaire suffit pour recevoir le public.
 A Saumur, au début du siècle, la poste aux lettres, affermée à la famille Dezé, a ses bureaux devant la porte de Fenet. Elle vagabonde ensuite à travers la ville. Vers le milieu du siècle, elle se trouve près du rond-point Maupassant, dans la seconde maison en direction du pont Fouchard, qui correspondrait à l'actuel n° 4 de la rue du Maréchal-Leclerc. Par ailleurs, le bureau du télégraphe est installé rue Beaurepaire, en face de la sous-préfecture ( on y reviendra ). Ces deux locaux séparés sont jugés insuffisants par les instances supérieures.

 En conséquence, le maire Charles Louvet décide de regrouper les deux établissements dans un nouvel " Hôtel des Postes et Télégraphes ". L'immeuble sera construit sur l'emplacement partiel de l'hôtellerie de l'Ecu de Bretagne, en s'inscrivant dans l'alignement de la " rue Beaurepaire prolongée ", aujourd'hui la rue Dacier, et dans le but d'offrir une perspective monumentale sur le grand carrefour de la percée centrale. La délibération municipale du 10 juin 1864 porte à la fois sur la future rue et sur la poste. Le devis du nouvel édifice a été arrêté la veille par Joly-Leterme à un montant de 34 000 francs ( A.M.S., 1 M 44 ). La ville emprunte 60 000 francs pour l'ensemble de cette réalisation ( achat de l'immeuble de la veuve Renault et construction ) et elle augmente ses impositions de 3 centimes additionnels.
 Détails et photo dans la présentation de la rue Franklin Roosevelt.
 Mi-bâtiment officiel, mi-maison bourgeoise, la nouvelle poste décore le carrefour, mais s'avère vite trop exiguë pour faire face à l'importance croissante du service, car elle ne dispose ni de cour ni de dépendances et qu'elle doit gérer en outre les services du téléphone. Elle n'a servi que 45 ans.
 Le docteur Peton se met en quête d'un immeuble plus important. Il songe un temps à l'hôtel Blancler, imitant ses prédécesseurs, qui, en 1835-1836, avaient voulu y transférer l'Hôtel de Ville. Une enquête financière non datée, mais se situant vraisemblablement vers 1910 ( A.M.S., 1 Z 74 ) évalue le coût de l'opération : l'hôtel Blancler est alors loué en six lots ; sa transformation en bureau de poste principal exigerait un emprunt remboursable sur 35 annuités de 15 062 francs. L'administration Peton, déjà lourdement endettée, renonce et préfère la construction d'un bâtiment neuf un peu à l'écart du centre.

 En 1915 entre en service ce nouvel hôtel des Postes, Télégraphes, Téléphones, construit sur de plus amples dimensions. Récit et photos au dossier sur la place Dupetit-Thouars.

 Plusieurs bureaux auxiliaires fonctionnent alors dans la ville. L'un est ouvert à la gare de l'Etat. Un autre service existe à la gare d'Orléans, mais il sert surtout pour l'acheminement ferroviaire ; il n'est accessible au public qu'en 1921. Auparavant, une pétition des habitants du quartier des Ponts avait abouti à l'ouverture, le 1er mai 1908, de la recette auxiliaire B installée 4 place du Roi-René ( A.M.S., 3 G 4 ).

 Sur la question très secondaire des boîtes postales, il ressort de la délibération municipale du 18 avril 1874 que la ville compte six boîtes auxiliaires ; elles sont alors remplacées par des modèles plus perfectionnés, munis de fenêtres à cadran, qui indiquent l'heure des levées.

3) Les marques postales

 Le " S couronné ", qui caractérisait la poste de Saumur, a disparu avant la Révolution.

- Au 1er janvier 1792, le n° 47 désigne les bureaux de poste du Maine-et-Loire, le nom de la ville étant ajouté sous une forme linéaire.

Marque postale révolutionnaire

  Cette enveloppe-lettre, écrite le 1er fructidor an VIII ( 19 août 1800 ) correspond au bordereau d'envoi d'une copie de testament adressée à Clément-Alexandre de Brie-Serrant, propriétaire du château de Fourneux ( qui n'avait pas émigré ). La marque linéaire " 47 - SAUMUR " est minuscule ( largeur 18 mm, hauteur 7 mm ). Elle est complétée par la mention Port Payé ( dont le montant de 10 décimes est porté manuellement au dos ). Le plus curieux est le gros cachet P.P. surmonté par un bonnet phrygien d'époque révolutionnaire.

Enveloppe-lettre du 24 juin 1820

 La présente enveloppe-lettre, écrite le 24 juin 1820, est une simple feuille pliée en neuf. Elle porte des traces d'un cachet de cire et la marque linéaire de Saumur au format de 32 mm de large sur 11 mm de haut. Madame Baudry, marchande à Saumur, doit 424 francs, 6 à Blancler, grossiste en tissus, à Angers, rue Saint-Michel. Elle lui demande de payer cette somme plus tard et en deux fois, car « depuis longtemps, la vante c'est presque rien ». Aucune indication contraire n'étant portée, le port a été payé par le destinataire ; il se monte à 2 décimes, comme l'indique le gros chiffre inscrit manuellement, soit 4 sous ; ce qui est peu, car le trajet est court.

- De 1828 à 1830, la marque, toujours linéaire, est plus petite, passant au format 29x11, comme on le voit sur cette lettre postée à Saumur le 20 avril 1829, ainsi que l'indique le cachet à date circulaire, apparu depuis l'année précédente.

Marque linéaire 29x11 de 1829

 La missive est destinée à Fontenay-le-Comte en Vendée et est taxée à 4 décimes.

 La suivante, du 25 mars 1830, appartient encore à ce type. Elle est envoyée à La Ferté-Saint-Aubin, dans le Loiret, et il en coûte 5 décimes.

Lettre de Saumur (47) à lLa Ferté-Saint-Aubin

- En 1830, apparaît le cachet à date de type moderne, circulaire et portant le nom du bureau, toujours avec le nombre 47 pour le Maine-et-Loire :

Lettre en port payé du 9 juillet 1835, recto Lettre en port payé du 9 juillet 1835, verso

 Cette enveloppe-lettre, écrite par le maire de Saint-Lambert-des-Levées le 8 juillet 1835 porte un grand cachet à date de 30 mm de diamètre. Comme l'usage n'en est pas courant, l'affranchissement par le dépositaire est signalé à deux reprises, par le texte manuscrit " affranchie " et par le cachet rouge P.P. encadré, soit " port payé ". Le montant n'est pas porté. Au dos, traces de cire et cachet avec fleuron indiquant l'arrivée à Langeais le lendemain.

- Les services administratifs bénéficient de la franchise postale, comme l'indique ce cachet spécial porté sur une lettre du sous-préfet au maire en 1821.

Extrait de Serge Kiridzé-Topor, Mémoire de tuffeau, p.105

 

4) L'ère du timbre-poste

 Le 1 er janvier 1849, la France adopte le timbre-poste noir à l'effigie de Cérès, qui uniformise à 20 centimes le tarif sur tout le territoire national.

 Ne pas croire que ce timbre si commode a été aussitôt adopté. La lettre suivante, partie de Saumur en direction du Mans le 29 décembre 1851, porte encore un gros cachet d'affranchissement à 25 centimes, correspondant au nouveau tarif en vigueur depuis le 1er juillet de l'année précédente.

Lettre postée à Sauùur le 29 décembre 1851

 A défaut d'une étude philatélique détaillée, voici quelques étapes dans l'histoire locale du timbre :

 Un cachet à date circulaire continue à désigner la poste de départ. Le timbre est oblitéré par un réseau de points, d'abord en forme de grille, puis en forme de losange. Au milieu, un chiffre rappelle le bureau de départ, selon un classement national alphabétique.

- de janvier 1852 à la fin de 1862, sur le modèle à « petit chiffre », Saumur reçoit le n° 2830, qu'on entrevoit ici sur un Napoléon bleu laiteux non-dentelé, parti de Saumur le 14 août 1854.

Lettre du 14 août 1854, oblitérée en losange petit chiffre

Petit Chiffre, 1852-1862 La marque dans un cercle OR, origine rurale, signale que Maître Baudry, notaire à Varennes, a remis la missive aux mains d'un facteur rural et a sans doute payé un supplément.

 Le PC 2 830 qu'on voit à droite est beaucoup plus lisible.

 

 

 

- de la fin de 1862 à avril 1876, dans une nouvelle nomenclature à « gros chiffre », Saumur correspond au n° 3 325, comme on le voit sur cette enveloppe du 30 janvier 1867, car les bureaux de poste sont plus nombreux.

Publiée par Serge Kiridzé-Topor, Mémoires de tuffeau, p. 113.

 

5) Les débuts de la carte postale

- Autorisées en France à partir de 1872, les premières cartes postales, en général non illustrées, sont un simple moyen économique pour envoyer des textes administratifs ou commerciaux sur un formulaire officiel. Celle-ci, parvenue à Saumur le 26 janvier 1876, est partie d'Airvault, ainsi que l'atteste l'oblitération en losange noir entourant le gros chiffre n° 36.


Carte postale de 1876

 Affranchie par un timbre Cérès à 15 centimes, elle est peu coûteuse. Elle est adressée à un certain Laroche. Sur le dos vierge de toute impression, il est rappelé le montant d'une facture de 80 hectolitres d'orge.

De 1898 à 1904

 Les premières cartes postales illustrées en phototypie apparaissent en France à partir de 1890. Celle-ci a été postée à Saumur le 24 octobre 1898 : elle est l'oeuvre de Carl Künzli, éditeur à Zurich et à Paris et premier grand diffuseur de gravures sur toutes les villes d'Europe. Son élégant procédé est encore plus proche de la lithographie que de la photographie. Les postiers, sans doute peu habitués, apposent des cachets sur les deux côtés.

Très rare carte postale ayant circulé en 1898

 Selon un règlement bizarre, le recto illustré est aussi réservé pour la correspondance et l'affranchissement. La " carte nuage " présente une image réduite, afin de laisser de l'espace au texte ; malgré sa petite taille, la reproduction photographique est souvent de bonne qualité, la carte étant formée par la juxtaposition de trois supports différents.

- La carte suivante, sans nom d'éditeur, aux coins arrondis et avec la mention imprimée " Saumur le   ", est l'une des plus anciennes de la ville. Elle peut, elle-aussi, remonter à 1898.


Carte nuage, recto
Carte nuage vers 1898

 Le dos, non divisé, est exclusivement réservé à l'adresse.

- La carte-lettre double, au format inhabituel ( 11 cm x 26 cm ), assez rare, permet de beaux panoramas, celui-ci posté le 9 mars 1903.

Carte-lettre double - ND - 1903

- La carte suivante est affranchie à 5 centimes, puisqu'elle comporte moins de 5 mots. Elle représente le général commandant l'Ecole de cavalerie en 1899, soit le général Raimond, soit le général de La Selle, posant sur la façade postérieure de l'Hôtel du commandement.

C. Charier, Général commandant l'Ecole, 1903

 L'actif éditeur local Camille Charier précise, en rouge, qu'elle a été imprimée en 1903 et que le tirage atteint le 195 e mille. C'est dire l'immense succès de cette activité, surtout dans son secteur militaire.Carte publicitaire pour l'élixir Combier

- Cette carte publicitaire est polyvalente. Elle peut servir de menu. La maison Combier, qui donne désormais dans la dévotion, représente saint Louis au cours de la fête de chevalerie qu'il a donnée à Saumur.
 Le dos, non divisé, est réservé à l'adresse, mais comporte néanmoins un message publicitaire.

Dos de la carte publicitaire

 

Après 1904

 Le 18 novembre 1903, un arrêté ministériel permet l'écriture sur le dos de la carte, qui est désormais divisé. Comme tous les pays étrangers n'acceptent pas cette formule, la présente carte recommande de se renseigner à la poste ; son impression remonte vraisemblablement à 1904. On hésite encore sur le sens de recto et verso.

Carte au nouveau format
Avertissement sur la correspondance au recto

 Désormais, la carte actuelle est née.

 

- L'héliogravure, qui se reconnaît aux traces de cuvette, donne des vues d'une grande précision et d'un fort contraste, comme celle-ci, émanant de la maison Neurdein.
Héliogravure, postée en 1910

 

- Les photos-cartes sont encore meilleures ; on peut reconnaître les visages de ces militaires aux prises avec l'inondation de 1910 et de cet officier se déplaçant sur de curieux flotteurs.
Inondation de 1910, photo H. Blanchaud, 63 rue Saint-Nicolas, Saumur
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