Saumur-Cholet par le Petit Anjou

 

Ouvrage de référence : Michel Harouy, Michel Raclin, Max Mary, Gérard Dezaire, Le Petit Anjou. Soixante ans de la vie des petits trains en Anjou et en pays nantais, Le Mans, Editions Cénomane, 1986.
Site de référence : l'Association des Amis du Petit-Anjou
http://www.petit-anjou.fr/

1) Une liaison attendue

 Sur le projet de réseau ferré départemental adopté par le Conseil général en 1870, était prévue une liaison Saumur-Cholet, par Doué, Tigné et Vihiers. Diverses sociétés se mettent sur les rangs pour la réaliser, sans aboutir, si bien qu'en 1890, il n'y a toujours pas de ligne traversant le sud du département et reliant les deux capitales secondaires de l'Anjou. La Société des Chemins de Fer de l'Anjou, créée par le banquier Donon et par le marquis de Contades, se lance dans l'entreprise, ayant déjà réalisé plusieurs voies métriques dans le département. Elle obtient la déclaration d'utilité publique le 15 juin 1892 et commence les travaux au début de 1895.

2) La réalisation

 La voie, longue de 80,875 km, n'est pas une entreprise si simple, car le relief est accidenté et car huit ponts sont nécessaires. A Saumur, la compagnie choisit de s'implanter dans le cadre de la gare de l'Etat, notoirement sous-employée. La voie unique, large d'un mètre, s'insère dans la voie à écartement standard pour franchir le tunnel ouvert sous la rue du Pressoir ( la ligne comporte alors trois rails ) ; plus loin, elle est posée en parallèle à la grande voie jusqu'à la gare de Nantilly ( le Clos Bonnet ), où elle se dirige vers le Thouet, qu'elle franchit au pont de Chacé. Elle opère d'importants détours pour atteindre au plus près de nombreuses localités, en particulier Vihiers, qui était encore privé de tout chemin de fer. Un petit embranchement la conduit aux carrières de Cléré. A Doué, elle croise la ligne rejoignant Montreuil-Bellay, et de l'autre côté, Chalonnes ou Angers .

Extrait de la carte publiée par Michel Harouy, Michel Raclin, Max Mary, Gérard Dezaire, p. 152

 Cette modeste ligne, couramment appelée " le Petit Anjou ", est inaugurée le 29 août 1896. Bien représentatifs des tortillards qui sillonnent alors les campagnes, les convois ne vont pas vite ; les accidents sont cependant nombreux, car les voies ne sont pas protégées par des clôtures et qu'elles croisent de nombreuses routes par des passages à niveau.

 La fréquentation par les voyageurs n'est pas d'une grande intensité. A l'inverse, le Petit Anjou transporte d'abondantes marchandises, surtout agricoles, ce fret étant facilité à Saumur par des liaisons excellentes avec le Paris-Bordeaux, avec le Paris-Nantes et avec le tramway urbain. La compagnie est prospère jusqu'à la Guerre 14-18. Elle tombe ensuite dans le déficit en raison de la dure concurrence automobile.

3) L'aménagement de la gare de l'Etat

La halle aux marchandises photographiée en 1997, peu avant sa destruction

 Située à l'écart de la ligne Paris-Bordeaux et reliée par une navette à la gare de Nantilly, la gare de l'Etat ne déploie longtemps qu'une activité marginale.
 L'installation dans son emprise du terminus de la ligne de Cholet lui apporte un regain de dynamisme.
 Elle est pourvue d'une halle aux marchandises, composée d'un quai et d'un bâtiment en pierre surmonté par un vaste auvent de bois.

 

 

La gare des marchandises en 1997 A droite, le bâtiment entouré de rails, en 1997, peu avant sa destruction.

 

 La gare est équipée d'un château d'eau, de vastes remises, d'un poste de triage, d'un bureau télégraphique et téléphonique, d'une lampisterie et d'une remise pour la pompe à incendie. Elle est desservie par une large artère, appelée successivement " avenue de la Gare du Chemin de Fer de l'Etat ", puis " avenue de Cholet ", classée comme voie publique en 1901 et rachetée par la ville en 1915 ( aujourd'hui, avenue de l'Amiral Commentry et avenue Balzac ).

 En 1902-1904, un nouveau bureau des voyageurs commun aux deux compagnies remplace une ancienne baraque en planches. Le maire de Saumur souhaitait un bâtiment de prestige décoré par une horloge majestueuse ( A.M.S., O 30 ). Le ministre des Travaux Publics lui demande de payer les suppléments, ce que la municipalité refuse. La nouvelle gare est donc bâtie selon les stricts canons de l'architecture ferroviaire de la ligne Paris-Bordeaux.

La nouvelle gare Saumur Rive-Gauche

 Les bâtiments, plutôt spacieux, coûtent 112 500 francs. Le premier étage du pavillon central sert pour le logement du chef de gare. Malgré la présence d'encadrements en tuffeau, il apparaît clairement que cette architecture est l'oeuvre d'un entrepreneur étranger à la région. Il s'agit en effet de Félix Mazeaud, résidant à Ivry-sur-Seine.Les inindations de 1904 à la gare de l'Etat
 

 

 

 La gare de l'Etat présente plus d'attraits du côté des voies. La voici sur une carte postale figurant les inondations de 1904. Le bâtiment est prolongé par une marquise recouvrant le quai du Petit Anjou. A gauche, le second quai est affecté à la compagnie de l'Etat et desservi par une voie standard.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les inondations de 1910 à la station du Petit Anjou

 

 

 Cette fois, ce sont les inondations de 1910 qui sont photographiées, sans différences notables. La gare du Petit Anjou semble animée, en dépit d'une circulation dans l'eau.

 

 

 " Saumur Rive-Gauche " est donc devenue une véritable gare et la ville pourvue d'une seconde station, mais cette réalisation arrive un peu tard, au moment où la route prend sa revanche sur le rail.