Nouvel Hôtel de Ville, salle des Adjudications, armes stylisées de Saumur sur la cheminée

 

Chapitre 34 :

 1831 - 1914.
L'économie urbaine et suburbaine

       

      

  L'économie de la ville est imbriquée avec les activités des communes périphériques. Nous élargissons donc notre champ d'observation.

 

 ACTIVITÉS LIÉES À LA TERRE

      

1) La production agricole de la commune 

  Saumur est une commune de petite taille, 1 237 hectares seulement. En dehors de la zone urbanisée et de l'espace occupé par la voirie, elle présente peu de bois et de terres en labours. Ses activités agricoles sont plus spécialisées. Les zones inondables sont recouvertes de prairies, environ 250 ha, situées surtout le long du Thouet, depuis le Marais-le-Roi jusqu'aux Huraudières et à la Blanchisserie ( le Breil appartient à Saint-Hilaire-Saint-Florent ). Selon l'édition de 1878 du dictionnaire de Célestin Port, 225 ha sont plantés en vignes ( sur le coteau ) et 70 ha sont en jardins, très étendus sur l'île d'Offard et sur l'île du Saule. Jardiniers et vignerons, souvent les deux à la fois, représentent environ 4 % des actifs de la ville en 1881 & (1). Au dénombrement de 1896, 101 chefs de famille, employant au total 53 salariés, sont classés dans le secteur agricole &  (2). La commune de Saumur produit donc du vin, du foin, des fruits, des légumes et des graines, mais à l'évidence en quantités bien moindres que sa périphérie.
   

2) La commercialisation des produits agricoles régionaux

  Beaucoup plus important est son rôle dans le négoce des productions agricoles de la région. Traditionnellement, les boeufs du Poitou et de la Vendée en partance pour la Villette transitent par Saumur. Selon l'horaire du chemin de fer du 1er août 1849, trois trains supplémentaires chargés de bestiaux partent de Saumur deux jours par semaine. Cependant, cette activité décline brusquement quand Cholet est raccordé au réseau ferré et le champ de foire est déserté dans les années 1870. Toutefois, les céréales du Sud-Saumurois et du Poitou continuent à passer par la ville. En 1865, 2 552 tonnes de grains et farines sont expédiées du port de Saumur en direction de Nantes ; 14 233 tonnes descendent le canal de la Dive, provenant surtout des plaines de Moncontour ê (3).

 La ville est aussi un centre important pour le commerce des fruits qui sont cultivés en grandes quantités dans la Vallée et sur la Côte viticole. Tous les rapports soulignent cette abondance ; en 1843, Oscar Leclerc-Thouin estime que l'arrondissement de Saumur en vend pour 500 000 francs à Paris, Orléans et Lyon ê (4). Des pommes à couteau sont expédiées vers Paris. Cependant, les fruits sont surtout vendus sous une forme desséchée. En 1820, le conseiller général du Petit-Thouars souligne l'importance des prunes de Sainte-Catherine : « Ce pays-ci n'a-t-il pas encore [...] cette énorme quantité de prunes que produisent sa côte et ses vallons à transporter à Montsoreau et à Candes, où trois cents fours, constamment chauffés dans la saison, les transforment en pruneaux dits de Tours, pour, dans cet état, être transportés encore chez les négocians de Saumur ou de Chinon ? » ê (5). Cet auteur insiste sur le rôle de Saumur, « faisant presque exclusivement tout le commerce de ce pays-ci..., l'une des premières de France par l'étendue de son commerce et la sûreté de sa place ; jamais de faillite, jamais de marchés contestés ». A partir du milieu du siècle, Millet de La Turtaudière met l'accent sur les poires et les pommes tapées & (6). Les fruits sont desséchés dans de grands fours ; en cours d'opération, ils sont aplatis à l'aide d'un marteau arrondi ; ils occupent ainsi moins de volume et se conservent mieux « (7). En 1890, Ardouin-Dumazet constate que cette activité est toujours présente à Montsoreau, mais affirme qu'elle est en déclin [ elle est très antérieure à la crise du phylloxéra, s'intégrant plutôt dans une polyactivité de type traditionnel ].

 A l'inverse, la production des graines est en essor continuel. Alors qu'elle a aujourd'hui glissé vers Beaufort, elle est, à la fin du siècle, fortement pratiquée aux portes de Saumur, en particulier, en amont de l'île d'Offard, à Saint-Lambert-des-Levées et à Villebernier. Un dessin de Georges Grellet en donne la figuration suivante :

G. Grellet, l'Eclipse, vers 1910

 A Saumur, plusieurs marchands grainiers commanditent ces cultures, conditionnent et commercialisent des semences potagères, fourragères et florales. Les établissements Victor Boret tiennent le haut du pavé, très fiers de leurs 2 500 ha de champs d'expériences et de production, de leurs 12 000 mètres carrés de laboratoires, magasins et bureaux, installés sur la place du Roi-René. Ils publient chaque année un catalogue à forte diffusion et éditent un " Manuel de l'amateur de jardinage et de l'agriculteur ", imprimé à Saumur en 1922 chez A. Roland. En dernière de couverture, un dessin représente l'établissement et ses pépinières, en leur donnant des proportions amplifiées.

Détail représentant les établissements Boret

 Au sujet du ministre et écrivain, voir avenue Victor Boret.

 Enfin, les excédents des légumes produits par la Vallée commencent à être transformés dans les premières conserveries qui s'implantent au début du XXe siècle : place Saint-Michel, une filiale de la société Saupiquet, fondée à Nantes en 1891, et avenue David d'Angers, la conserverie Bertrand-Fouqueray.
   

3) La meunerie

  Au début du XIXe siècle, Saumur est le principal centre de meunerie pour les céréales du Sud-Saumurois. Etude détaillée au chapitre 17, Moulins et meuniers. Rappelons seulement ici que les derniers moulins-bateaux installés sur le bras des Sept-Voies cessent de fonctionner en 1825. Les moulins à vent connaissent à cette époque leur âge d'or. Le Moulin Neuf est construit en 1830 ; le territoire de Saumur compte alors 38 moulins, dont 27 serrés sur le coteau au-dessus de Fenet. Cet apogée est de courte durée, car les nouvelles minoteries industrielles, mues par l'eau ou par la vapeur, ont des performances bien supérieures. Sur la commune de Saint-Lambert-des-Levées, route de Rouen, André Desbouillons, gérant de la Société alimentaire de Saumur, installe une machine à vapeur sur sa minoterie en 1861. En cette même année, il ne subsiste plus que 24 moulins à vent en service, 8 en 1881. Les deux derniers cessent toute activité pendant la Guerre 14-18, le moulin de l'Ebeaupin et le grand moulin du Vigneau, qui a pourtant été équipé d'une machine à vapeur & (8).
 Sur le délabrement progressif des bâtiments et la disparition des ailes, voir La rue des Moulins.
    

4) La capitale viticole

  Au début du XIXe siècle, les vignobles du Saumurois sont très différents de leur situation actuelle. Il faut en parler au pluriel, car, selon Leclerc-Thouin ê (4), la culture en rangées ou en joualles subsiste dans les régions de Longué et d'Allonnes. Des rangs de vignes, hauts d'un mètre à 1,40 m et soutenus par des échalas, sont espacés d'environ 3 mètres. Entre eux, des billons de terre, habituellement trois, portent des cultures de légumes. Les ceps, un peu moins élevés qu'au XVIIIe siècle, où ils formaient un réseau de treilles accrochées à des arbres, donnent des récoltes abondantes et un vin de qualité médiocre, qui sert à la consommation courante et qui est souvent transformé en eau-de-vie.
 Bien différent est le coteau saumurois ; le vignoble y est plus spécialisé, sans être une monoactivité. Les ceps sont bas, plantés « en foule », c'est-à-dire en quinconce, à une distance d'un mètre à 1,33 m les uns des autres. Lors de la première plantation, les espacements sont doubles ; la vigne est densifiée par le provignage, un marcottage qui permet d'obtenir de nouveaux ceps à partir des racines des chevelus enterrés. Tant que la vigne n'est pas entièrement développée, des légumes sont cultivés dans les espaces intercalaires. Les arbres fruitiers font aussi partie de ces associations.
 Le vin de Saumur est alors un blanc présentant une forte teneur en alcool et en sucre ; il est réputé, tout en présentant une « disposition assez fâcheuse à fermenter ». Les crus rouges sont encore rares et habituellement consommés dans le pays. Leclerc-Thouin signale une exception : « Je ne puis cependant passer sous silence les crus de Champigny-le-Sec, entre Saumur et Fontevrault, qui produisent 3 ou 400 poinçons d'un vin estimé, à juste titre » ( p. 469 ).

 Sous l'Ancien Régime, la vigne était majoritairement possédée par des grands ou moyens bourgeois de la ville, ainsi que par le clergé ou les deux grandes abbayes locales. Avec la Révolution, la propriété vigneronne s'est renforcée. Surtout, les grands propriétaires fonciers se sont fixés sur leurs terres et vivent au village ; c'est leur maison de ville qui est devenue leur résidence secondaire. La domination de la ville sur sa périphérie campagnarde est donc devenue moins voyante. Autre changement, les tonneliers, jadis si nombreux à Saumur, se sont désormais dispersés à travers le vignoble.

 Cependant, Saumur continue à monopoliser les ventes lointaines de vins. Les statistiques donnent une tendance à la hausse, indiquant un total d'un million de francs d'exportations en 1834, 1,6 million vers 1840 ( 40 000 barriques ), 7,5 millions en 1872. Quelques importants négociants dirigent les transactions, au nombre de 20 en 1877, de 24 en 1912. Le transport par la Loire est habituel dans la première moitié du siècle, à partir du port Saint-Nicolas, puis de la nouvelle cale qui lui succède.
 Dans cette continuité historique, un important changement est à signaler : au XVIIIe siècle, les vins de Saumur descendaient habituellement la Loire vers Nantes, puis vers les pays nord-atlantiques ; au siècle suivant, c'est la remontée vers Paris qui est le sens le plus fréquent. Le chemin de fer Paris-Orléans prend ensuite la relève.

 L'expansion continue des ventes lointaines est interrompue par la très grave crise du phylloxéra, qui détruit progressivement le vignoble dans les vingt dernières années du siècle. Un nouveau vignoble naît, greffé sur des plants américains, plus petit par l'étendue, mais supérieur en rendement et en qualité, planté en rangs selon les dispositions actuelles et permettant le passage des chevaux et des machines agricoles.
 Dans la lutte contre ce fléau, Saumur est aux avant-postes, car la station viticole du Jardin des Plantes mène des recherches sur les plants et donne des cours de greffage ( voir le Musée de la vigne dans le chapitre sur l'enseignement ).
 La forte demande des maisons du mousseux entraîne une plus grande diversification des cépages et une poussée des plantations en vins rouges. Curieusement, au début du XXe siècle, le Saumurois manque de vin et les grandes caves d'élaboration en achètent dans les coteaux du Layon et les coteaux du Loir.
   

 5) Les liqueurs

   Dossier 1 : Les liquoristes saumurois

  Egalement liée aux produits du terroir, la fabrication de liqueurs devient une spécialité locale vers le milieu du siècle. Une vingtaine de liquoristes sont installés à Saumur dans les années 1860-1865.
 Parmi eux, Jean-Baptiste Combier, puis son fils James, et Angelo Bolognesi dirigent des entreprises importantes, vendant au loin des produits diversifiés et pratiquant une publicité étonnamment moderne. Développements dans le dossier 1.
  

 6) Les vins mousseux


 Dossier 2 : La méthode champenoise

 Dossier 3 : Les maisons du mousseux et l'essor de Saint-Hilaire-Saint-Florent

 Dossier 4 : Notes sur Etienne Bouvet-Ladubay

  La naissance et la réussite de grandes maisons de vins mousseux constituent la principale nouveauté économique de la seconde moitié du XIXe siècle. En 1900, 7 302 526 bouteilles de vins effervescents sortent des caves locales, 2 611 857 partent vers l'étranger. L'élaboration des vins mousseux devient la principale activité industrielle de la région avec 792 salariés en 1912 ( un peu au-dessus du chapelet et des médailles ).

 Un premier dossier présente Jean-Baptiste Ackerman, la méthode champenoise et les actions publicitaires.

 Le dossier 3 étudie les grandes maisons de vins effervescents et retrace l'évolution de Saint-Hilaire-Saint-Florent, village immobile depuis les années 1100, brusquement réveillé, entièrement reconstruit et devenu une ville-champignon.

 Etienne Bouvet-Ladubay a droit à une étude particulière, en raison de la réussite exceptionnelle de son entreprise, de l'ampleur de ses constructions et des récits qui courent sur cet intéressant personnage.
     

7) Les champignons de Paris

  Le petit champignon Agaricus bisporus se développe à partir d'un semis de mycélium dans des lieux obscurs, frais et humides. Cette fois encore, comme pour le mousseux, les caves du Saumurois constituent un milieu idéal. Le champignon de couche exige aussi un terreau d'une fertilité exceptionnelle. L'abondant fumier de l'Ecole de cavalerie, acheté à prix d'or, constitue le meilleur engrais. En 1909, Edmond Piganeau ouvre une première culture de champignons dans une carrière de tuffeau de Saint-Cyr-en-Bourg. Cette initiative est aussitôt imitée : en 1912, dix champignonnières, employant 100 ouvriers, fonctionnent dans le Saumurois. Cette production encore débutante se développe après la Guerre 14-18.
   

 8) Le machinisme agricole

  Diverses activités industrielles liées à l'agriculture sont évoquées ici & (9). L'usine d'engrais Laurent Rocher Jeune, créée avant 1850 aux Huraudières, est décrite dans la présentation de la navigation sur le Thouet. L'entreprise est agrandie à plusieurs reprises ; en 1861, elle est autorisée à fabriquer des colles fortes. Vers 1900, elle continue à fonctionner sous l'appellation de " Société viti-agricole de produits chimiques ".
 Le vignoble est à l'origine de plusieurs ateliers locaux. L'oïdium l'atteint à partir de 1847. Le traitement par le soufre est mis au point et pratiqué à grande échelle dans les années 1860. A Saumur, des soufflets spéciaux sont fabriqués pour appliquer ces traitements. Le pharmacien Hippolyte Bianquin s'intéresse au machinisme ; il reprend la fonderie « à la Wilkinson » installée en 1846 par Koch et Piffard, au Pont-Fouchard, entre la nouvelle route et l'ancienne route de Doué. L'année suivante, il est autorisé à la déplacer sur la rue Basse de Saint-Hilaire-Saint-Florent : il met au point un pressoir horizontal ; à partir de 1858, il le fait fabriquer en série par le forgeron de Martigné-Briand, Joseph Vaslin, qui l'améliore au moyen d'une vis sans fin ( origine de l'usine Vaslin de Chalonnes ).
 De plus grosses mécaniques sont fabriquées par l'importante entreprise de Baptiste Passedoit, implantée entre la route de Rouen et la rue Saint-Jacques. Elle fabrique des locomobiles à vapeur servant pour les battages dans les fermes. En 1858, elle emploie 150 salariés, 20 à la fonderie, 80 dans les forges à bras, 50 dans l'atelier de menuiserie. Cette maison ambitieuse fait faillite en 1864. Elle est reprise par Jean Fuselier, sur des bases très modestes ( 10 ouvriers au total ).
 Egalement, Elie Neveu invente et fabrique une baratte à doubles ailettes tournant en sens inverse. Sans doute en lien avec ce dernier, sur la route de Rouen, est installée l'entreprise de mécanique générale d'Arsène Hubert, qui produit du matériel pour les beurreries, mais qui finalement se spécialise dans les outils d'affûtage et qui est reprise par Desbordes.
    

 9) La pierre et la terre

  Les carrières de tuffeau situées dans la ville ferment au début du XIXe siècle. Cependant, l'extraction reste très active le long de la route de Montsoreau et à Saint-Cyr-en-Bourg. Saumur joue un rôle dans l'expédition des pierres par son port et par ses gares. Une activité marginale de fabrication de pavés de grès se poursuit sur les hauteurs de Saint-Hilaire-Saint-Florent et sur les landes de Marson.
 Le calcaire de Champigny est également exploité pour la construction locale ; une partie est utilisée dans un four à chaux construit par Stears entre son usine à gaz et la cale-abreuvoir ; le four fonctionne à partir du coke produit par la distillation du charbon.
 A Terrefort et aux Aubrières se poursuit l'extraction d'une argile qui est utilisée dans les raffineries de sucre. A proximité, Nicolas Harrault implante un four pour la fabrication de briques, de tuiles et de carrelages. A signaler aussi à Saint-Lambert-des-Levées la fabrique de plâtre de Paul Lorain.


 Au terme de cette longue énumération, on constate que, malgré ses airs de ville pimpante, Saumur reste profondément rurale et liée à son terroir. D'après une évaluation grossière de 1872, la commercialisation de produits agricoles bruts représente 30 % de son chiffre d'affaires, les produits agricoles transformés 25 %. Avec la montée des vins mousseux, ce dernier nombre est encore plus élevé à la veille de la Guerre 14-18. Les activités agro-alimentaires constituent la principale industrie de l'agglomération, dépassant de peu les chapelets et les médailles.

 LES FABRICATIONS TRADITIONNELLES

     

 10) La fin des activités textiles

  Le travail du coton et du lin avait été pratiqué avec un succès relatif au XVIIIe siècle. L'enquête de 1802 présente ces activités comme languissantes. Touchard-Lafosse ( p. 299 ) écrit qu'elles sont encore prospères sous la Restauration, mais qu'elles s'effondrent ensuite.

 Le chanvre est abondamment cultivé dans la Vallée. Il alimente quelques actives corderies, traditionnellement au nombre de trois. Des métiers fabriquant de la grosse toile de chanvre ont fonctionné dans la ville. Cependant, la manufacture carcérale de Fontevraud, versant des salaires misérables et dispensée d'impôts, concurrence victorieusement cette petite industrie ; elle devient la grande usine textile de la région, équipée de 200 métiers et fabriquant de la grosse toile d'emballage & (10).

 La sériciculture et ses activités dérivées disparaissent également de la périphérie urbaine au début du siècle. Elles survivent dans la région d'Allonnes-Montsoreau, où des magnaneries sont encore signalées en 1865.

 Dans ce naufrage, il faut toutefois signaler la création à Saumur, en 1834, d'une fabrique de lacets, dont la production est décrite comme de bonne qualité, mais qui n'atteint pas la fin du siècle.
   

 11) Objets de piété et médailles

 

 

  Dossier 5 :  Du chapelet à la médaille au cours du XIXe siècle

 

  Dossier 6 : Les principales entreprises de bijouterie

  Dossier 7 : Implantation des entreprises

  La fabrication à domicile de chapelets, de médailles et d'articles de quincaillerie, très active au XVIIIe siècle, s'écroule avec la Révolution. Elle repart brillamment et se transforme, pour atteindre son apogée vers 1900. Nous lui consacrons trois dossiers abondants.

 Les années 1802-1835 correspondent à un premier essor, suivi d'un tassement dans la quinzaine d'années suivantes. Vers le milieu du siècle, ces activités se renouvellent en profondeur. Les ouvriers sont regroupés dans des manufactures, qui quittent souvent le quartier de Fenet pour migrer sur les limites de l'agglomération. La mécanisation apparaît avec une première machine à vapeur installée en 1857. Les fabrications évoluent : si les chapelets gardent une réelle importance, les petits objets usuels en fer ou en cuivre disparaissent au profit de la frappe des médailles, qui est opérée selon les techniques modernes. En chiffres ronds, la Chambre de Commerce, en 1912, avance les nombres de 500 salariés dans les chapelets et 500 dans la bijouterie.

 La Maison Mayaud-Frères garde le premier rang et atteint son apogée en 1904. Toutefois, elle perd son monopole : cinq autres entreprises d'une réelle importance apparaissent au cours du siècle et parviennent à s'imposer dans des secteurs spécialisés ( dossier 6 ).

 Sur un plan dressé en 1985, on peut repérer la répartition de l'ensemble des entreprises. Une forte concentration se maintient dans le quartier de Fenet, fief des Mayaud ; cependant, les firmes nouvelles finissent par s'installer hors de la ville ancienne, sur les lisières de la zone urbanisée ; elles forment un grand cercle suivant les limites de la commune. L'autre activité industrielle majeure, celle des vins mousseux, dessine une autre couronne, plus ample et nettement périphérique. La fabrication des chapelets et des médailles est née en ville, celle des vins effervescents dans des carrières abandonnées.
   

 12) Les masques

  Représentant une maison allemande d'articles de carnaval, les frères Pavyen créent leur propre atelier spécialisé dans la fabrication des masques. En 1905, Jules César rachète l'entreprise ; il l'implante à l'entrée du quai de l'Abattoir ( quai Comte-Lair ) et il en fait la première firme française dans cette spécialité, employant 30 personnes en 1912 ( il n'a d'ailleurs qu'un seul concurrent installé dans la région parisienne ). Dans les années 1930, la maison César fabrique chaque année plus d'un million de masques et de loups. Elle les vend par douzaines dans toute l'Europe. Les masques de carton sont moulés sur des formes en plâtre, puis durcis à l'étuve. La perforation des ouvertures et le coloriage exigent de nombreuses opérations & (11).
   

 13) Deux activités en cours d'extinction

  Dossier 8 : Filage du verre et tabletterie

 La tabletterie et la fabrication d'objets en verre filé s'éteignent vers la fin du XIXe siècle. Nous leur consacrons le dossier 8 en raison de l'intérêt des réalisations de René Lambourg.

 

 LE FAIBLE RENOUVELLEMENT INDUSTRIEL

    

 14) Vers un décollage industriel ?

  Dossier 9 : Machines à vapeur et établissements insalubres

  Malgré ses traditions artisanales, Saumur était mal armé pour passer à l'âge industriel : pas de sources d'énergie, pas de minerais, pas de matières premières ( hormis les produits agricoles ), un équipement ferroviaire de qualité, mais tardif. Affirmer que les Saumurois ont tout simplement refusé le machinisme serait inexact et injuste. Nous avons déjà évoqué la présence de l'électricité et de petits trains dans les caves du mousseux, ainsi que la mécanisation perfectionnée des entreprises du chapelet et de la médaille. Dans le dossier 9, nous évoquons d'autres exemples d'équipements installés dans les années 1834-1864.

 Finalement, quelques zones industrielles apparaissent sur le pourtour de la ville. Dans le quartier de Fenet, outre les chapelets et les médailles, l'entreprise Mabileau continue à fondre des cloches au début du siècle. Près de la gare de l'Etat, s'agglomèrent les glaces industrielles Dutour, les médailles Pichard, des scieries et des entreprises de maçonnerie. Au hameau du Pont-Fouchard desservi par le Thouet navigable, est implantée en 1846 une fonderie de fonte de fer, puis une capsulerie travaillant pour les vins mousseux. Toujours sur les lisières de la ville, la route de Rouen regroupe plusieurs gros ateliers tournés vers le matériel agricole et les articles religieux.
 Un bon nombre de ces établissements n'a connu qu'une brève période d'activité. Les contemporains signalent le faible goût des Saumurois pour la production industrielle. Jean-Baptiste Coulon, chef de pension, se lamente en 1843 sur « la diminution progressive du nombre de nos jeunes gens destinés à des professions manuelles. Elles sont à peu près toutes négligées dans leurs diverses branches, et le vide n'est rempli que par des étrangers » ê (12). Il est bien exact que ce sont de nouveaux venus qui lancent les initiatives les plus originales. Touchard-Lafosse approuve et ajoute : « A l'appui de ces remarques, nous pouvons dire, d'après nos propres observations, que la tendance des Saumurois nous a paru, plus encore qu'ailleurs, viser aux jouissances de la propriété foncière, et le morcellement des possessions territoriales, peut-être extrême, considéré sous cet aspect, favorise ce genre de convoitise, pour lequel on abandonne prématurément les professions industrielles » ê (13). De la part d'un polygraphe de passage, ce propos ne manque pas d'intérêt ; on retrouvera ces remarques sur la petite propriété sous la plume d'André Siegfried. Et, quitte à me répéter, je redis que la ville est profondément terrienne.
    

 15) Les choix des décideurs

  Saumur compte quelques puissantes banques familiales appartenant aux Huard-Lambert, Louvet-Trouillard, de Fos-Letheule, Liénard. Une seule, le Comptoir d'escompte d'Arrault et Compagnie fait, en 1863, une faillite retentissante, suivie de cinq années de procédures judiciaires. La grande discrétion de ces banques ne permet qu'une esquisse de leurs choix économiques. D'après le témoignage de Charles Louvet, elles ne prêtent pas aux paysans, jugés non rentables. Elles investissent massivement dans les chemins de fer, elles souscrivent aux emprunts émis par la ville, ce qui montre leur préférence pour les placements garantis par les pouvoirs publics. Elles s'intéressent aussi à la pierre, en intervenant dans le développement des nouveaux quartiers de la ville. Prennent-elles parfois des risques pour favoriser la création de nouvelles entreprises ? Il semble qu'elles aient épaulé l'expansion de quelques sociétés de liqueurs et de mousseux, mais nous ne disposons pas de renseignements détaillés.

 L'économie locale manque de moteurs et d'instruments de régulation. En 1872, alors que les affaires vont mal, que plusieurs banques font faillite, les groupes influents, négociants en tête, tombent d'accord pour souhaiter l'installation d'une succursale de la Banque de France, qui gérerait les titres, assurerait le réescompte et harmoniserait les initiatives économiques. Le 29 octobre, le Conseil municipal reprend cette demande, qui est appuyée par le Conseil général le 8 novembre ê (14). Il ne se passe rien pendant longtemps. C'est seulement le 1 er décembre 1899 qu'est ouvert au n° 25 de la rue du Temple, dans une partie de " l'Hôtel Weygand ", un bureau auxiliaire de la Banque de France, qui gère des comptes courants et peut opérer des avances sur titres. L'établissement est modeste ; les pouvoirs locaux, à de nombreuses reprises, réclament sa transformation en véritable succursale. Cette dernière est enfin créée le 18 février 1923 et l'imposant immeuble, aujourd'hui désaffecté, du 26 rue Beaurepaire construit de 1923 à 1926. Cet organisme arrive un peu tard.

 De même, la Chambre de Commerce [ et d'Industrie, à partir de 1960 seulement ] & (15). Depuis le 12 germinal an XII ( 2 avril 1804 ), il existe dans l'arrondissement de Saumur une Chambre consultative des arts et manufactures, composée de six membres, qui, comme son titre le suggère, émet seulement des avis, sans bénéficier d'aucune autonomie financière. Elle encourage l'expansion du rail et intervient sur l'aménagement des quais. Elle plaide en faveur de l'assèchement de la Boire-Quentin et de la création d'une succursale de la Banque de France.
 Erigée par un décret du 30 mars 1896, la nouvelle Chambre de Commerce reçoit des pouvoirs plus étendus : elle peut créer des outils économiques et organiser des cours professionnels. Présidée de 1896 à 1912 par un négociant, Achille Girard, elle est ensuite prise en main de 1913 à 1945 par Alfred Pichard, industriel en bijouterie. Siégeant d'abord à l'Hôtel de Ville, elle s'installe en 1904 au 11 rue du Temple, dans un bel immeuble qu'elle a acheté. A l'étroit, elle rejoint en 1926 son siège de la rue de Bordeaux.
 A ses débuts, la Chambre de Commerce s'intéresse surtout aux moyens de transport, au perfectionnement du chemin de fer et à l'extension du téléphone ; elle se mobilise en faveur du contestable dossier de la Loire navigable. A partir de 1909, elle accueille des cours de sténo et de dactylographie. Dans ses rapports, elle se préoccupe de défendre les entreprises existantes plus que d'en créer de nouvelles.

  A l'aube du XXe siècle, la ville se dote donc d'outils destinés à épauler ses activités. On doit cependant constater qu'elle reste en marge de la première révolution industrielle. Son économie manque de pôles d'entraînement ; vers 1900, ses plus grandes entreprises restent modestes ; aucune n'atteint 200 salariés. Dominique Barjot, Les Patrons du Second Empire, t. 1, 1991, publie des notices sur les dirigeants les plus dynamiques de l'Ouest : aucun saumurois n'est cité, alors qu'on trouve des Angevins et des Choletais. Selon une affirmation rapportée par la voie orale, les entrepreneurs des objets de piété et des mousseux seraient tombés d'accord pour éviter l'implantation de nouvelles industries, qui auraient déclenché un appel de main d'oeuvre et une hausse générale des salaires. Cette affirmation ne peut être étayée sur des documents précis pour le XIXe siècle, mais elle présente une certaine vraisemblance.

 Décidément, tout se conjugue pour freiner le décollage industriel. L'esprit public est en harmonie avec les options des dirigeants. En même temps qu'ils sont accrochés à la terre et à la rente foncière, les Saumurois sont aussi des commerçants. Nous avons déjà évoqué le rôle de premier plan joué par les négociants en produits agricoles.

 

 LE TERTIAIRE DOMINANT

      

 16) Les différents types de commerce

  Le commerce de détail est abondamment représenté par la multitude des petites boutiques de quartier. Au recensement de 1896, le docteur Simon compte 170 débits de vins et liqueurs ( cafés et restaurants ) de structure familiale ( ils ne salarient que 32 personnes ), 200 épiceries ( 75 employés ) et 61 magasins de mode ( 52 vendeuses et cousettes ). L'annuaire pour 1913 indique : 3 boisseliers, 6 brodeuses, 5 chaisiers, 3 fabricants de chaufferettes, 21 cordonniers, 4 fourreurs, 3 dépositaires de machines à coudre, 3 naturalistes, 4 marchands de parapluies, 7 sabotiers et galochiers, 11 tonneliers, 7 vanniers ê (16). L'infinie variété de ces métiers, aux revenus modestes et disparus aujourd'hui, assure au moins un plein emploi apparent, même si certains n'ont qu'une clientèle clairsemée.
 Certaines rues dites commerçantes présentent au rez-de-chaussée une couverture continue de magasins ou d'échopes d'artisans, par exemple, la rue Nationale ou la rue d'Orléans. La population qui habite les étages supérieurs est plus diversifiée. Ainsi, pour la rue Saint-Nicolas en 1881, le recensement compte 10,9 % de commerçants, 10,1 % d'artisans et, en même temps, 12,3 % de militaires.

 A un niveau plus considéré, vient ce qu'on peut appeler le commerce et l'artisanat de luxe ( 18 bottiers en 1877 ). Ces activités largement explicables par la présence de l'Ecole de cavalerie sont étudiés dans le chapitre sur la société militaire.

 Enfin, à son tour, Saumur reprend les procédés lancés par Aristide Boucicaut au « Bon Marché ». Arthur Duthoo, fondateur du " Grand Bazar " de Tours, ouvre en 1910 " les Nouvelles Galeries ", aux 6, 8 et 10 rue d'Orléans, grand magasin polyvalent, reposant sur des structures métalliques et organisé en rayons spécialisés répartis autour d'un grand escalier central ; les prix sont étiquetés et non négociables. La publicité précise : « Sans crainte d'être importuné, tout le monde peut visiter sans acheter. Vente-réclame tous les jeudis ». Toutes ces nouveautés constituent une révolution commerciale.

 Ces magasins, quelle que soit leur taille, offrent aux enfants de charmants chromos, des chromolithographies, sur lesquelles des bambins tiennent le rôle des adultes. En voici deux exemples, recto-verso :

Chromo Sourisseau

ChromoLévy
      

 17) Les débuts du tourisme

  Deux étapes apparaissent nettement dans le développement des activités touristiques. Pendant la majeure partie du XIXe siècle, les voyageurs sont en nombre limité. Certains sont des intellectuels curieux ( Mérimée, Montalembert ), des écrivains bohèmes ( Stendhal, qui lance le mot " touriste " emprunté à l'anglais, Flaubert et Maxime du Camp ), ou des artistes, comme Turner. On y reviendra dans Saumur vu par les voyageurs et Saumur vu par les artistes. A côté, une aristocratie oisive et de riches étrangers, en particulier des Anglaises excentriques, parcourent les bords de Loire, soit en cabriolet, soit par les bateaux à vapeur. Leur arrivée suscite la naissance d'hôtels luxueux, plus luxueux par leur façade que par leur aménagement intérieur. Apparaissent successivement l'hôtel du Belvédère ( 1835-1837 ), au débouché du débarcadère des bateaux à vapeur, le Grand hôtel de Londres ( vers 1837 ), à l'entrée de la rue d'Orléans, et, un peu plus loin en face, l'hôtel des Voyageurs et l'hôtel de France ( vers 1840 ). Dans les années 1850-1852, Jules Budan, qui avait tenu l'hôtel de Londres, fait construire le bel établissement qui porte son nom au débouché du pont Cessart et au départ du nouveau quai. Ces nouvelles constructions sont spéculatives ; Jean Niveleau place 10 000 francs dans l'hôtel de Londres.
 A l'intention de ce premier public, l'éditeur-libraire Jules Godfroy publie ( en 1851, d'après le dépôt légal ) un " Guide pittoresque et descriptif du voyageur dans la ville de Saumur, son arrondissement et ses environs ". Cette mince brochure, plus anecdotique que scientifique, illustrée par des lithographies à gros grain de Jehan Marchant, est attribuée à Urbain Gaulay, avec quelque vraisemblance.

 Avec la mise en place d'un réseau ferroviaire de plus en plus dense, le goût du voyage atteint les milieux de la bourgeoisie, tel le commerçant aisé qu'était Monsieur Perrichon. Cette montée de la fréquentation touristique est perceptible à partir des années 1880. Devant la station d'Orléans apparaissent les hôtels Terminus et de la Gare, dans la nouvelle rue Dacier l'hôtel de la Paix, présenté comme le plus luxueux de la ville. Au total, en 1896, Saumur est équipé de 43 hôtels et meublés, d'un standing bien inégal. Selon la presse locale, la cité est envahie par des foules nombreuses à l'époque du Carrousel ou des courses de Verrie et de Varrains. Il est alors prudent de louer à l'avance. Pour le reste de l'année, le parc hôtelier est plutôt excédentaire. L'hôtel de France, l'hôtel du Belvédère, puis l'hôtel de la Paix finissent par fermer et sont transformés en appartements.
 Vers la fin du siècle paraissent les premiers guides touristiques, structurés en fonction des déplacements ferroviaires. Saumur est traité d'une façon minutieuse par le Guide Joanne, La Loire, rédigé par Marcel Monmarché ( Hachette, édition de 1908, p. 232-238 ). Quatre hôtels y sont recommandés. Six excursions à partir de la ville sont proposées. Dans le Baedecker, la Loire fait office de frontière et la ville est abordée à deux reprises de façon plus sommaire.
 Le Syndicat d'initiative de l'Anjou est fondé en 1905 ; il ouvre aussitôt une section saumuroise qui siège à la Chambre de Commerce, mais qui tient un bureau de renseignements ouvert tous les jours au 4 rue d'Orléans. Il publie en 1910, à Angers, " Saumur et ses environs ", un guide touristique illustré d'un grand intérêt. La présentation historique de la ville et de ses monuments, signée C.B. [ Camille Ballu ], tient compte des publications scientifiques récentes. Surtout, le guide consacre Saumur comme un centre de séjour, à partir duquel on peut opérer d'intéressantes excursions ; il propose des visites en petite banlieue - un circuit vers Fontevraud par le tramway - une tournée vers Trêves-Cunault, Gennes, les Rosiers ( aller en voiture privée, retour par le train ) - trois circuits différents vers le sud, l'un vers Munet, Artannes, Mollay, un autre vers Saint-Cyr et Brézé, un troisième vers le Coudray-Macouard, Montreuil-Bellay, Le Puy Notre-Dame, l'abbaye d'Asnières et Doué - trois itinéraires vers Beaufort, vers Baugé, vers La Flèche et Le Lude. Ce guide ingénieux suggère de passer une quinzaine de jours à Saumur. Il est cependant moins ambitieux que Zinzerling en 1616, qui recommandait un séjour d'un mois et des expéditions vers Loudun et Thouars. Le guide Saumur et ses environs est réédité en 1914, puis à de nombreuses reprises, en version allégée, mais de mieux en mieux illustrée. Charier et Perrein le recopient ouvertement ( Poitiers, 1922 ). D'autres guides rivaux démontrent une forte demande du public. Ils sont plus légers et moins précis ; dès 1880, E. Milon publie un " Nouveau Guide pittoresque et descriptif du voyageur dans la ville de Saumur, son arrondissement et ses environs " ; son successeur Jean-Baptiste Robert le reprend sous le titre " Notice sur Saumur, Montsoreau, Candes, Fontevraud, Trêves-Cunault " ( réédition en 1922 ). Les grands magasins des Nouvelles Galeries offrent à partir de 1910 un petit guide intitulé " Saumur ". Finalement, le Syndicat d'Initiative de Saumur, désormais totalement autonome, est créé le 21 février 1917, en une période pourtant peu favorable au tourisme.

   

 

  Au total, toutes les catégories tertiaires additionnées regroupent 51 % des actifs de Saumur en 1896, ce qui constitue un taux exceptionnellement élevé pour l'époque. Ce tertiaire apparaît même comme pléthorique, formé d'une foule de petits commerçants, d'employés, de domestiques ou de fonctionnaires besogneux, parfois surnuméraires, tous aux revenus modestes.

 D'une façon générale, Saumur, ville peu productive, n'est pas aussi riche qu'on le croit et qu'on l'écrit trop souvent. Les salaires y sont bas dans toutes les branches d'activité, dans les bureaux, dans l'armée, dans les magasins, dans les chapelets et médailles, dans les mousseux, pour les 282 salariés des 82 entreprises du bâtiment, pour les 332 petites mains travaillant dans les 149 ateliers d'habillement. A la veille de la Guerre 14-18, beaucoup d'hommes ne gagnent que 4 francs par jour, beaucoup de femmes la moitié, alors qu'on ne peut mener une existence autonome avec deux francs pour vivre.