Machines à vapeur
et établissements insalubres


 L'installation d'une machine à vapeur et l'ouverture d'un établissement insalubre sont soumis à une enquête préalable et à une autorisation préfectorale. D'après ces dossiers très détaillés ( A.D.M.L., 50 M 20 et 21 ), voici quelques exemples de cette apparition du machinisme pour la période 1834-1864, en complément des implantations signalées dans les dossiers précédents sur la bijouterie.

1) La première machine à vapeur

 Précédant l'apparition des locomotives, une machine à vapeur fixe, d'une puissance de 4 chevaux, fonctionnant au « charbon de terre », équipe une scierie implantée au fond d'un passage s'ouvrant rue de la Grise. Elle se situe au milieu de l'îlot délimité par les rues d'Orléans, Dupetit-Thouars, de la Grise et Bodin. MM. Charnod et Bodère obtiennent l'autorisation le 11 janvier 1845, mais comme on est en pleine ville, au voisinage des deux hôtels de France et des Voyageurs, les protestations obligent l'établissement à déménager avec sa bruyante machine, le 12 avril 1854, sur le quai Saint-Nicolas, au coin de la rue de la Maréchalerie ( rue du Colonel-Michon ).

2) Machinisme et chemin de fer

 Edwin Bedford obtient le 5 avril 1848 l'autorisation de construire une machine à vapeur qui servira au découpage des traverses pour la voie ferrée de Tours à Nantes. Cette scierie, implantée près de la ligne sur un tronçon de l'ancienne route de Tours, du côté du Chapeau, n'a pas survécu à la durée du chantier.
 A l'inverse, une pompe à vapeur fonctionne en permanence à la gare d'Orléans; afin d'alimenter les réservoirs situés à l'ouest de la station ( autorisation du 3 décembre 1853 ).

3) Une fabrique de boutons

 Prudhomme, fabricant de boutons installé à l'angle du quai de Limoges et de la rue des Fondeurs ( Trouillebert ), obtient le 24 juillet 1851 l'autorisation de s'équiper d'une machine à vapeur. Peu après, un ingénieur des Mines venu en inspection constate qu'il n'a pas respecté les normes techniques spécifiées.

4) Une locomobile dans les rues de la ville

 John Burnett Stears, encore un Britannique novateur, est autorisé, le 9 avril 1864, à faire circuler dans les rues de la ville une locomobile à chaudière verticale. Cette machine insolite servira au nettoyage des conduites de gaz posées par sa société.

5) Les tanneries

 Parmi les établissements insalubres apparaissent l'usine d'engrais Laurent Rocher Jeune sur l'avenue du Breil, des fours à tuiles et des fonderies. Isolés, ils suscitent peu de contestations, à la différence de deux tanneries, qui engendrent de nombreuses enquêtes :

- Un certain Paterne avait ouvert une tannerie sur la rue Beaurepaire ; elle est dénoncée comme particulièrement incommodante pour le voisinage. En 1834-1835, elle doit déménager à l'entrée de la rue du Pavillon, encore en chantier. L'établissement devient une simple corroierie ( qui apprête seulement les cuirs après le tannage ), ce qui n'empêche pas les protestations de son voisin, J.-B. Ackerman-Laurence.

- Le 12 juillet 1846, Jean Granry-Laumonier est autorisé à agrandir son ancienne tannerie située rue du Port-Pharouelle, sur la rive sud du bras de la Croix-Verte. Les voisins, appuyés par le Conseil municipal de Saint-Lambert-des-Levées, se plaignent des « miasmes méphitiques », qui viennent s'ajouter aux odeurs déjà peu agréables de la boire transformée en égout.

 Finalement, malgré les plaintes, les autorités préfectorales favorisent les nouvelles installations industrielles, souvent au mépris du confort des voisins. Saumur se mécanise : 12 machines à vapeur sont installées entre 1845 et 1864.