Nouvel Hôtel de Ville, salle des Adjudications, armes stylisées de Saumur sur la cheminée

 

Chapitre 35 :

 Démographie, santé publique et sports

 

 

 

 

 Dossier 1 :  L'intervention des hygiénistes

  Depuis la révolution pastorienne, les pouvoirs publics s'engagent dans la lutte contre les microbes et contre les maladies contagieuses ; ils améliorent l'équipement hospitalier, ils mettent en place des réseaux d'assainissement et de distribution d'eau potable, ils créent des services de protection de l'enfance.
 Ce mouvement hygiéniste est fortement représenté à Saumur, d'abord par le maire, le docteur Peton, qui veut remplacer l'inopérant Conseil d'hygiène et de salubrité de l'arrondissement par un Bureau municipal d'hygiène. En liaison avec lui, une remarquable équipe de médecins-majors de l'Ecole de cavalerie étudie la santé et la démographie de la population saumuroise, en produisant des études fortement documentées, qu'il est intéressant de confronter avec les statistiques nationales & (1).

 

UN FAIBLE DYNAMISME DÉMOGRAPHIQUE

     

1) Les lents progrès d'une population malthusienne

 

 

 

Dossier 2 :  La population urbaine de 1836 à 1911

 

 

 Dossier 3 : Le mouvement démographique

  Ce chapitre ne commence vraiment qu'en 1836, alors que la commune de Saumur regroupe aux environs de 12 000 habitants. Sur la période 1790-1836, nous avons rencontré des difficultés de documentation, à partir de dénombrements imparfaits ou d'estimations grossières ; un seul fait est bien prouvé : la population de la ville a subi une forte dépression démographique au milieu de la période et est tombée aux alentours de 10 000 habitants, peut-être au-dessous. La cause principale de cette chute ne doit pas être recherchée dans un déficit du mouvement naturel, mais surtout dans un déficit migratoire en faveur des campagnes et, plus particulièrement, en faveur des communes périphériques.

 A partir de 1836, nous disposons de recensements fiables et nous seront particulièrement diserts sur la fin du siècle, dont les dénombrements ont été intelligemment étudiés. Du dossier n° 2, il ressort que la commune de Saumur passe de 12 020 habitants en 1836 à 16 198 au recensement de 1911 ; cette montée d'un tiers, si appréciable soit-elle, est très inférieure à la flambée de la plupart des villes françaises à cette époque. Plus inquiétant : la commune connaît un fléchissement dans les années 1861-1872 et un tassement dans la période 1901-1911. Il faut néanmoins prendre en compte un début de desserrement de la ville vers les communes périphériques, aujourd'hui associées. Ces dernières se portent mieux et permettent à l'agglomération de présenter des progrès honorables.
 Des analyses plus poussées sur les comportements démographiques aboutissent à des constats plus pessimistes : le taux de natalité s'effondre à partir de 1850, le taux de mortalité baisse moins vite et plus tard ; il est constamment supérieur au taux de natalité à partir des années 1851-1855 ( dossier n° 3 ). La population résidente de Saumur ne se renouvelle donc pas par elle-même, ce qui s'explique par un malthusianisme de plus en plus évident à partir de 1890.

 La ville ne s'accroît que grâce à un solde migratoire largement positif. Les arrivées sont massives et s'inscrivent dans de forts mouvements de population, malheureusement assez difficiles à cerner.
 On voit clairement une arrivée temporaire de travailleurs. Ces derniers, par illettrisme et en raison du coût élevé de la correspondance, perdent souvent tout contact avec leurs proches. J'ai sous les yeux une lettre adressée au maire de Saumur, le 3 juin 1836, et sans doute rédigée par un écrivain public ; une Morbihannaise, Françoise Guiho, y demande des nouvelles de son époux, François-Marie Bihan, venu à Saumur comme « manoeuvre pavayeur » ; elle lui a envoyé trois lettres restées sans réponse, et elle ajoute : « Vous lui réclamerez le port de la présente, que je n'ai pas le moyen d'affranchir ». En réalité, son mari est parti travailler dans les environs de Saumur.
   

2) Une population mobile

 De 1851 à 1895 compris, l'état civil enregistre un peu plus de 17 000 décès et, sur cette durée de 45 ans, environ 13 500 naissances. Pour faire simple, à partir de ce mouvement naturel, la population de la ville aurait dû baisser de 3 500 habitants. En réalité, elle progresse alors de 2 240 âmes. L'apport positif du solde migratoire se situe donc à 5 740 personnes, soit une moyenne annuelle de 127. Ces valeurs grossières peuvent être trompeuses ; en conclure qu'il y eu 5 740 arrivants dans la ville au cours de la période serait une erreur de méthode. Leur nombre est beaucoup plus élevé, plus du double, comme nous le prouverons plus loin, car les départs sont en même temps nombreux, même s'ils sont moindres. Des Saumurois partent se marier ailleurs ; les généalogistes constatent ce fort brassage. Les militaires sont souvent mutés, les fonctionnaires civils bougent moins, les sous-préfets ont un turnover moins rapide qu'aujourd'hui, mais bien réel. Des Saumurois quittent la ville pour leur travail ; par exemple, des carriers vont s'installer à Saint-Cyr-en-Bourg & (2). D'autres partent vers les colonies ou vers le Nouveau Monde, comme l'architecte Persac ou le peintre Corbineau.
 Parmi les personnalités qui ont atteint une certaine réputation, je compte par dizaines celles qui sont nées à Saumur, sans y vivre longuement, et celles qui ont opéré de courts séjours dans la ville.
 Un autre phénomène majeur ( qui se poursuit aujourd'hui ) est le desserrement de l'agglomération au profit des communes périphériques, en particulier vers le hameau du Pont Fouchard ou vers le quartier de la Gare et de la route de Rouen ( sur le territoire de Saint-Lambert-des-Levées ).
    

 3) Des Saumurois souvent venus d'ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Dossier 4 :  Les Italiens à Saumur

  Il résulte de ces départs nombreux et de ces arrivées encore plus fournies que le Saumurois né dans la ville est plutôt rare. Le docteur Simon a mis en fiches les lieux de naissance des habitants. Au dénombrement de 1881, la moitié tout juste de la population est née à Saumur, mais il y a beaucoup d'enfants dans cette catégorie. Le pourcentage tombe à 34,70 % au recensement de 1891. Cette chute est logique, puisque la population résidente ne se renouvelle pas et que la ville ne progresse que grâce à de massifs apports de l'extérieur. D'après les données de 1891, les arrivants sont souvent venus du reste du Maine-et-Loire ( 26,82 % de la population ) et surtout des environs immédiats. Saumur absorbe une partie du trop plein démographique des villages angevins ; évitons cependant de parler d'exode rural, car les communes de la Côte et de la Vallée continuent de progresser. Finalement, à plus de 60 %, les habitants de Saumur sont nés en Anjou, mais ce pourcentage est à la baisse, car il s'élevait à 69 % au recensement de 1866. En outre, rares sont les « Saumurois de vieille souche » issus de deux parents nés dans la ville.
 Des flots de nouveaux arrivants viennent du Poitou voisin ou bien de la Bretagne, la « Loire Inférieure » fournissant le plus gros contingent ( 287 personnes au recensement de 1891 ). Au-delà de l'Ouest du pays, les natifs de la Seine, c'est-à-dire de Paris, sont nombreux ( 203 ). Egalement ceux du Limousin et de l'Auvergne, comme si la population en liaison fluviale avec Saumur avait migré vers l'aval ( cette hypothèse séduisante reste à creuser ).
 Toujours d'après les données de 1891, les régions plus lointaines fournissent des effectifs moindres. Il est cependant remarquable que les 86 départements de l'époque soient tous cités. Seul, le Territoire de Belfort est au-dessous de 10 représentants. La Corse en envoie 85. On note en outre la présence de 67 réfugiés d'Alsace-Lorraine. A sa façon, Saumur réalise une sorte de melting pot au niveau du territoire national.
 Différence fondamentale avec notre époque : 98 % de ces habitants sont nés dans l'Hexagone. Les gens venus de plus loin représentent de faibles contingents ; au nombre de 137 sont des Français nés hors de France, à l'étranger ou aux colonies ; 48 habitants ont été naturalisés ( ce qui est faible ).
 Le nombre des étrangers à Saumur est constamment bas ; ils sont 158 au dénombrement de 1866, dont 88 Allemands, Autrichiens et Prussiens, 27 Italiens, 17 Anglais, Ecossais et Irlandais, 11 Suisses, etc. Ce total va en baissant. Il chute à 101 étrangers en 1891, puis à 86 en 1896 ( on compte alors 16 Allemands avec 16 épouses, qui sont en réalité des Alsaciens-Lorrains qui n'ont pas opté pour la nationalité française en temps voulu ), un fort contingent de 15 Suisses et seulement 8 Anglais. Nous mettons à part les 16 Italiens, dont les effectifs ont beaucoup fluctué et méritent une étude particulière ( dossier 4 ). Le nombre des étrangers chute à 66 en 1901. Cette baisse peut aussi s'expliquer par une possibilité plus grande d'accéder à la nationalité française.

 Dans tous les cas, ces contingents, peu structurés, ne pèsent guère dans la population totale ; le Maine-et-Loire fait partie des départements comptant très peu d'étrangers. Le fait majeur est l'afflux massif de Français nés hors de Saumur et pour 4 habitants sur 10 hors du Maine-et-Loire. Ces apports revitalisent la population indigène, lui permettant de progresser et lui apportant un sang neuf. Grâce à eux, la ville présente un fort pourcentage de jeunes adultes. Parmi les personnalités qui ont compté dans la vie politique, dans l'économie ou dans la culture, on constate que bien peu sont nés à Saumur. Ces précieux allogènes se sont fort bien intégrés, y compris ceux qui sont d'origine étrangère, comme Antoine Calderon, Jean-Baptiste Ackerman ou Angelo Bolognesi.
    

 4) Les structures démographiques

  Dossier 5 : La pyramide des âges

Dossier 6 : Les rythmes démographiques

Dossier 7 :  Les structures familiales

  Tentons maintenant une radiographie plus fine de la population vers la fin du siècle. La pyramide des âges en 1896 précise nos dires précédents. La population de Saumur est formée pour 39,7 % de jeunes adultes de 20 à 39 ans, mais les couples ont peu d'enfants. Les femmes dominent numériquement et jouissent d'une espérance de vie supérieure.

 Les rythmes démographiques sont examinés. La répartition mensuelle des naissances et des décès est-elle conforme aux cycles nationaux ? Remarque-t-on des phases de poussées des suicides ?

 Quelques aspects des structures familiales méritent une analyse : le taux de nuptialité, l'âge moyen au premier mariage, la répartition saisonnière des mariages, la taille des cellules familiales, le taux d'illégitimité, le veuvage, le remariage et le divorce ( dossier 7 ).
    

 5) Les particularités des quartiers

  Les recensements de la fin du siècle et une enquête municipale de 1897 subdivisent la ville en cinq quartiers à peu près égaux en population, soit de 2 500 à 3 000 habitants, mis à part le quartier Ouest ( Saint-Nicolas et quartier Alsace ), qui l'emporte avec 3 280 personnes. Opposer les beaux quartiers aux quartiers populaires est par trop simpliste ; dans la réalité, avec les constructions nouvelles, tous les quartiers ont leurs rues chics et leurs rues déshéritées. Dans les immeubles du centre, on observe plutôt une stratification verticale, les occupants cossus au rez-de-chaussée et au premier étage, les chambres de bonne sous les toits. Les moyennes globales présentent des contrastes limités. Voici les plus caractéristiques :

- Le centre-ville ( Saint-Pierre ) est à l'étroit ( 18 ha ) et le plus densément peuplé ( 143 habitants à l'hectare ). Le plus urbain, il est bien desservi par le service d'eau, bien pourvu en installations d'hygiène et équipé de six urinoirs publics. Il présente le plus faible nombre d'inscrits au bureau de bienfaisance. Plus aisé que la moyenne, il offre néanmoins des aspects divers, depuis les beaux quartiers des anciennes Basses Rues, les quartiers commerçants autour de la rue Saint-Jean, jusqu'aux zones plus populaires de la Grande-Rue et des voies montant vers le Château. Il comporte peu de logements surpeuplés, mais il manque d'espace ; avec 3,61 pièces par logement, il n'est guère au-dessus de la moyenne de la ville ( 3,21 ).

- Le quartier Ouest ( Saint-Nicolas et Alsace ) apparaît comme le plus dynamique de la ville. Il dispose d'espace ( 90 ha ) et est loin d'être surpeuplé ( 30 habitants à l'hectare ). Aussi se couvre-t-il rapidement de nouvelles demeures résidentielles autour des rues d'Alsace et Gambetta. La partie située à l'ouest de la percée centrale devient la plus peuplée de la ville et connaît la plus forte extension. Elle présente un taux de natalité supérieur aux autres zones de la cité et le plus grand nombre de familles nombreuses. En même temps, elle comporte un faible nombre de logements surpeuplés, car avec 4,02 pièces par logement, elle est au large. Elle dispose de la moitié des écuries de la ville. Avec 320 foyers abonnés au service d'eau, 1 450 mètres d'égouts, elle est bien équipée en matière d'hygiène. Le nombre des miséreux assistés y est relativement faible, mais elle se tient au deuxième rang pour l'aisance moyenne, en raison du poids de la populeuse rue Saint-Nicolas et de ses voies adjacentes.

- Le quartier de Nantilly apparaît comme marginal, le moins peuplé de la ville, médiocrement desservi par le service d'eau et mal équipé en fosses d'aisances. Les résultats généraux ne sont pas trop catastrophiques en raison du développement en cours d'une zone pour classes moyennes vers la rue Saint-Lazare ( Hoche ) et autour du champ de foire ( Place Verdun ).

- Le quartier de Fenet affiche le contraste le plus marqué entre les riches familles du quai et les artisans pauvres de la rue de Fenet. Le résultat final n'est pas reluisant ; avec 391 inscrits au bureau de bienfaisance, il apparaît comme le plus misérable de la ville, le plus étroitement logé ( 2,48 pièces par logement ) et mal raccordé au service d'eau. Faiblement nataliste, pratiquant ostensiblement la prévention des naissances, chez les riches comme chez les pauvres, il regroupe peu de familles très nombreuses et, de ce fait, un nombre moyen de foyers trop étroitement logés.

- Les quartiers Nord ( les Ponts et la Croix Verte ) sont comparables au précédent. La zone aisée de la rue Nationale ne parvient pas à compenser les vastes secteurs populaires. Le quartier vient juste après Fenet pour le nombre d'inscrits au bureau de bienfaisance ( 293 ). Il est plus nataliste et comporte le plus grand nombre de logements surpeuplés. Peut-être en raison de la barrière de la Loire, il est le plus mal desservi par les réseaux d'eau potable et d'égouts. Ses habitants, à cette époque comme aujourd'hui, se considèrent comme les parents pauvres de la ville.

  
LA SANTÉ PUBLIQUE

    

 6) Le personnel de santé

 

 

 

 

 

 

 

 
 

  Dossier 8 : Les hôpitaux au XIXe siècle

  Le corps de santé apparaît longtemps comme d'une grande stabilité. Le 20 mars 1829, le sous-préfet Boesnier déclare qu'exercent à Saumur 8 médecins reçus docteurs en médecine. Ces derniers paraissent assez isolés dans un arrondissement qui en est fort dépourvu ; par exemple, le canton de Gennes ne dispose que d'un officier de santé sans diplôme et d'un chirurgien, titre à prendre dans le sens ancien du terme.
 Un recensement de 1831 ( A.M.S., 5 I 14 ) compte 9 médecins et un officier de santé ; ils ne sont plus que 7 en 1836, dont Fardeau qualifié de chirurgien en retraite. A la suite de nouvelles installations, ils sont au nombre de 11 en 1840, puis de 10 en 1853, de 8 en 1878 ( aidés par deux officiers de santé ), de 9 au recensement de 1896 et enfin de 12 sur l'Indicateur pour 1913. La situation est meilleure qu'il y paraît, car l'Ecole de cavalerie dispose de 3 majors et que les gros bourgs des environs, y compris Saint-Hilaire-Saint-Florent, ont désormais leur médecin.
 Les pharmaciens, au nombre de 7 en 1831, de 6 en 1878, passent à 10, employant 9 laborantins, au recensement de 1896, puis à 11 en 1913. Les sages-femmes évoluent de 5 en 1831, à 6 en 1878 et à 8 en 1913. Leurs capacités semblent fort inégales ; l'une d'entre elles vaccine contre la variole. A défaut d'infirmières libérales, les Petites Soeurs de Saint-François, installées 20 rue du Temple, passent soigner les malades à domicile. A signaler aussi, en 1913, quatre dentistes et constamment un herboriste. Enfin, en permanence, deux artistes vétérinaires, qui ayant fort à faire avec les nombreux chevaux de la ville et avec le cheptel environnant, ne s'occupent pas alors des animaux de compagnie.
 Au total, l'encadrement sanitaire progresse donc assez faiblement, à peine au rythme de la population [ il paraît ridicule en comparaison du taux actuel, approximativement au quintuple, sauf pour les pharmacies restées en nombre strictement stationnaire ]. Au moins, la qualité progresse-t-elle ? Les rapports d'autosatisfaction ne manquent pas ; ainsi, en 1807, la Commission des Hospices se félicite des dissections pratiquées à l'Hôtel-Dieu par le docteur Toché père, qui forme ainsi des élèves ( A.M.S., 5 I 61 ). Il est aussi certain qu'en contraste avec les empiriques du début du siècle apparaissent vers la fin plusieurs docteurs pratiquant une médecine pleinement biologique. Les progrès sont plus spectaculaires en ce qui concerne les locaux, les deux anciens établissements sont remplacés par l'imposant hôpital général ( dossier 8 ).
   

 7) L'état sanitaire des habitants

  Dossier 9 : La nosographie saumuroise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Dossier 10 : Les progrès de la propreté

 L'étude de la mortalité infantile et des principales maladies qui frappent les Saumurois révèle un état sanitaire archaïque, si on le compare avec les données d'aujourd'hui. Si l'on regarde les résultats nationaux du temps, Saumur est dans la moyenne, pas mieux ( dossier 9 ).

 Les réponses aux enquêtes sur la vaccination éclairent assez bien l'évolution de la situation médicale de la ville. Sur les demandes réitérées des autorités préfectorales en 1815-1816, le docteur Chapuis se déclare « satisfait d'avoir le premier transmis à Saumur ce préservatif et de l'y voir enfin popularisé, à tel point qu'il est devenu général » ( A.M.S., 5 I 380 ). Urbain Gaulay a vacciné 117 enfants à l'hospice de la Providence. Au total, environ 250 vaccinations ont été pratiquées sur ces deux années-là, mais deux médecins se refusent à employer ce procédé. En 1836, 542 enfants sont soumis à l'inoculation. Les totaux baissent ensuite, car on signale quelques accidents, qui ont renforcé les craintes des obscurantistes. Le docteur Anacharsis Morgan-Chardon répond qu'il n'a vacciné personne en 1842. Pour l'année 1845, le tableau ne compte plus que 118 inoculations. Les enquêtes cessent ensuite.

 L'examen des conscrits peut apporter quelques compléments, étant rappelé que les statistiques du recrutement concernent l'ensemble des trois cantons de Saumur, y compris leur zone rurale. Dans les années 1820-1825, 53,7 % des jeunes gens sont exemptés pour des motifs divers, y compris leur situation de famille ; en 1880-1885, le pourcentage tombe à 35,3 %. L'état physique des conscrits s'améliore-t-il, ou bien l'armée est-t-elle plus gourmande ? La taille moyenne de ces conscrits, se situant à 1,65 m en 1820-1825, passe à 1,67 en 1860-1865 & (3).

 Le problème majeur de la ville est celui de l'eau. Les puits sont souvent pollués. Le service d'eau constitue une amélioration notoire, mais il s'approvisionne au fond du lit du fleuve et au cours de deux périodes de chaque année, il distribue une eau contaminée.
 Dans la ville, les zones marécageuses régressent ; un réseau étendu d'égouts commence à assainir le centre-ville. Cependant, rares sont les maisons raccordées directement à ce réseau et, en période de crue, les eaux usées ne sont plus évacuées.
 Des zones insalubres subsistent, en particulier, dans la partie nord de la ville mal protégée contre les inondations. La Boire Quentin est un foyer d'infection. Deux doctrines s'affrontent à son sujet. Le maire Louvet et le docteur Simon veulent rouvrir son accès amont et rétablir un courant qui la purgerait. Les autres hygiénistes et la Chambre de Commerce veulent la combler. Le bras de la Croix Verte devient une boire malodorante après la décrue. L'usine de chapelets et de médailles de J. Balme cause des nuisances à l'école maternelle de la Croix Verte toute proche : « Le grincement des scies trouble le service. Le vent d'ouest rabat dans la cour de l'école la fumée qui s'échappe de la grande cheminée de l'usine et les poussières, débris de copeau et d'os sciés. Enfin, les eaux sont traitées dans l'usine, elles séjournent dans des bains qui dégagent de très mauvaises odeurs. Les eaux de trempage sont répandues près de l'usine et se rendent dans un trou mitoyen avec le jardin de l'école, à environ 20 mètres de la salle de classe. Cette eau stagnante et nauséabonde est, en été, couverte de moustiques » ê (4).

 On pourrait multiplier ce type de citations. Des progrès réels sont, cependant, à signaler. La construction du nouvel abattoir et le contrôle sanitaire des viandes, puis l'ouverture du marché couvert améliorent la qualité des aliments. Les Saumurois sont un peu plus propres ; ils disposent de bains froids, de bains chauds et même de bains-douches ( dossier 10 ). Dans les maisons nouvelles, l'installation de fosses d'aisances est obligatoire.

 

L'INTERVENTION SOCIALE

     

8) L'aide à l'enfance

  Les abandons d'enfants, si nombreux dans la première moitié du siècle, vont en baissant ; au nombre de 12 en 1868 & (5), ils diminuent ensuite. Les bébés sont placés en nourrice, puis confiés, soit à des familles, soit à un orphelinat.
 Justine Le Guay, aidée par les curés Henri Bernier, puis J.-B. Fourmy, fonde un orphelinat en 1833. Comme elle rencontre beaucoup de difficultés dans la gestion de son établissement, elle le confie aux religieuses de Saint-Joseph de La Pommeraye. Celles-ci construisent en 1837 un premier bâtiment 3 rue Haute-Saint-Pierre ( rue Fourier ). Elles s'agrandissent ensuite dans la rue de Fenet. Les soeurs ne prennent que des filles ( les garçons sont envoyés au dépôt d'Angers ). Comme elles refusent, en principe, les enfants illégitimes, elles n'acceptent pas les enfants trouvés, mais seulement des "orphelines" dont les parents sont décédés ou incapables de les élever. En conséquence, leurs effectifs restent assez bas. Elles gardent leurs pupilles jusqu'à 16 ans & (6).
 Un second orphelinat de 60 lits est prévu au sein du nouvel hôpital général ; il serait confié aux soeurs de Sainte-Anne. En raison de la promiscuité avec les malades et les vieillards, cette institution reste longtemps en sommeil et fonctionne un peu à l'époque de Robert Amy.
 Les lois de 1902 prononcent la dissolution de la Congrégation de La Pommeraye. Les soeurs de Sainte-Anne reprennent l'orphelinat et l'agrandissent par l'achat de la maison des Tourelles, sur la rue Basse-Saint-Pierre. Les pensionnaires reçoivent une formation ménagère et fabriquent des chapelets. Elles partagent la vie de piété des religieuses, en assistant à de nombreux offices célébrés dans l'église Saint-Pierre.

 D'autres organismes d'aide à l'enfance connaissent une existence plus fragile. En 1901, les docteurs Legrand et de La Tourette fondent l'Oeuvre saumuroise de la Goutte de lait, avec l'assistance des soeurs de La Pommeraye. Implantée 87 rue d'Orléans, cette petite structure vend à des prix très bas du lait maternisé et stérilisé. Le docteur Peton ne lui accorde pas de subvention municipale. Est-ce parce que l'entreprise est confessionnelle ou bien parce qu'il la juge sans grand intérêt sanitaire ? En tout cas, il ne crée pas d'organisation publique rivale. L'oeuvre connaît peu de succès et manque de fonds, selon Olivier Rigaud. Elle cesse ses activités le 15 juin 1909.
 Florent Chauvet, conducteur des Ponts et Chaussées, décède à Varrains le 11 février 1882, en laissant un testament dans lequel il lègue au Bureau de bienfaisance de Saumur la somme considérable de 58 000 francs destinée à fonder une crèche agrémentée par un jardin. La donation n'engendre pas l'enthousiasme. Les milieux conservateurs estiment que c'est une réalisation inutile, car, selon eux, toutes les mères, même pauvres, doivent s'occuper de leurs bébés. La majorité municipale constate que le legs Chauvet ne paie que l'aménagement des locaux, le fonctionnement sera à la charge de la commune et il sera onéreux, car il faudra bien accorder la gratuité aux indigents. Dans l'attente également du décès d'autres usufruitiers, rien ne se passe. La crèche Chauvet n'est finalement ouverte dans le Bureau de bienfaisance que le 1er mai 1924 par la municipalité Astié.

 Les écoles maternelles peuvent aussi être considérées comme des aides à la petite enfance. Une salle d'asile, tenue par des religieuses de Saint-André est ouverte en 1835 dans la rue du Prêche. Plus tard, les municipalités républicaines multiplient les écoles maternelles publiques dans les quartiers populaires : sur les Ponts, à la Croix Verte et rue Seigneur. L'enseignement privé riposte en ouvrant l'école Saint-Nicolas.
  

 9) L'intervention de la Croix-Rouge

  Dossier 11 : Les comités de la Croix-Rouge

  Deux comités locaux de la Croix-Rouge, l'un laïque, l'autre confessionnel, préparent d'abord exclusivement la prochaine guerre et l'accueil des blessés. Après 1909, ils se lancent dans l'action sociale, en organisant une préparation au brevet d'infirmière et en ouvrant une consultation gratuite pour les nourrissons dans une dépendance de l'hôpital.
   

 10) La prostitution et son contrôle

  Dossier 12 : La prostitution de 1814 à 1946

  Le contrôle de la prostitution peut s'apparenter à l'intervention sociale. Rien de bien croustillant dans les éléments fragmentaires que nous avons pu réunir à partir des réglementations et des rapports de police ( dossier 12 ). Le nombre des filles encartées reste assez stable variant de 42 à 71, suivi par une chute rapide au XXe siècle ; les maisons de tolérance, reconnues comme telles, sont au nombre de trois, fonctionnant par intermittences. Des contrôles sanitaires sont obligatoires, d'abord deux fois par mois, puis au moins chaque semaine ; le nouvel hôpital réserve six lits pour les prostituées atteintes d'une maladie vénérienne.
 Les effectifs établis par les enquêtes de police paraissent bien faibles en comparaison avec les dires des contemporains, qui présentent la ville comme un repaire de gourgandines. Il est certain qu'il faut ajouter des prostituées clandestines ou occasionnelles et, à un niveau socialement plus élevé, les filles qui sont entretenues par des bourgeois ou par des militaires. En grand nombre, disent les mémorialistes. Cette appréciation pourrait bien relever du fantasme.

 

LES SPORTS

       

 11) « Ludus pro Patria »

  « Ludus pro patria », devise de nombreuses sociétés sportives, portée sur le bouclier de Brennus et également titre d'un livre de l'écuyer Henri Blacque-Belair en 1898, peut se traduire par « le jeu sportif pour la Patrie ». Elle révèle le sens profond du grand réveil musculaire des années 1900 et de la création d'une gamme variée de sociétés associant le sport et les loisirs. Le but réel est de former une jeunesse saine, résistante et disciplinée, qui sera le fer de lance de l'armée de la Revanche. Les sociétés sportives sont souvent encadrées par des sous-officiers ; elles habituent à marcher au pas, elles manoeuvrent au sifflet et exigent une stricte discipline collective ; leur finalité de préparation militaire est clairement affirmée.

 La société de Tir aux pigeons n'est pas si innocente. Reconnue le 31 mars 1880 ê (7), elle fusionne avec le Cercle Saint-Hubert, une association bourgeoise qui se réunit au Café de la Paix. La nouvelle société prépare les jeunes gens aux fonctions d'officier, en les entraînant au tir dans un stand implanté aux Huraudières. Les fils de famille font aussi de l'escrime ; des leçons payantes sont données au Collège de Garçons et à Saint-Louis. Le Cercle d'armes a également son siège au Café de la Paix.

 La société colombophile " Le Messager saumurois ", fondée le 2 septembre 1895, a peu à voir avec la colombe de la paix et présente également des visées guerrières ; issue des expériences douloureuses de la Guerre de 1870 et du siège de Paris, elle entraîne des pigeons « destinés à être mis au service de la patrie en temps de guerre » ê (8). Elle opère un lâcher à l'occasion du 14 juillet 1914. Quand on gratte sous le vernis, tout a une signification militaire à cette époque.

 Les premières équipes sportives nées dans la ville pratiquent des sports nautiques. Une gravure parue dans l'IllustrationSaumur en estampes, n° 117 ) représente les régates sur la Loire le 15 août 1863 ; ces courses avaient été organisées par la Société nautique nouvellement créée ; elles avaient attiré de nombreux joûteurs venus d'Orléans et de Tours et avaient reçu un fort soutien de l'Ecole de cavalerie. La Société Nautique d'Aviron de Saumur ( soit l'ancienne, soit une résurrection ) est reconnue le 10 août 1885. Elle organise régulièrement des courses entre le pont de Fer et le pont Cessart. Des militaires organisent également des concours. En 1910, fonctionne le Sporting Club - Société Nautique.

 En même temps, les conflits de la Séparation des Eglises et de l'Etat battent son plein. L'autre but est d'encadrer la jeunesse et de l'éduquer dans un climat laïc ou confessionnel. Les nombreuses sociétés sportives qui apparaissent à cette époque sont ouvertement rivales. La fédération laïque organise son concours, avec défilé en ville, le 12 juillet 1908, les patronages paroissiaux, le 26 juillet.
     

12) L'éclosion des sociétés de gymnastique dans les années 1900-1910

  Dossier 13 : Images des sociétés sportives au début du XXe siècle

   Le 7 mai 1903 est fondée l'Union Athlétique Saumuroise, organisation laïque soutenue par la municipalité et en particulier par le docteur Peton et par l'imprimeur Roland. Sa cheville ouvrière est Robert Amy, jeune négociant en vins et bon sportif ; en 1905, il en prend la présidence, poste qu'il conserve jusqu'à sa mort en 1945.
 L'U.A.S. est avant tout une société de gymnastique et d'athlétisme, disposant d'une salle d'entraînement à l'entrée gauche de la rue Seigneur. Ses statuts lui donnent également pour mission de « fournir à Saumur et ses environs le plus de fêtes et de réjouissances possibles ». Sa grande originalité est d'ouvrir en 1908 une section pour les jeunes filles, initiative encore très rare à l'époque et fortement contestée. Robert Amy est l'un des fondateurs, en 1917, de la Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France ( FSFSF ).

 Devant le succès de l'U.A.S., les patronages paroissiaux fondent leurs propres sociétés sportives, animées par de fougueux vicaires. A Saint-Pierre, la Jeanne d'Arc naît en juin 1907 ; elle brille surtout dans le domaine de la gymnastique, du football et de l'athlétisme. Chaque paroisse crée sa propre société, afin de regrouper sa jeunesse. L'Etoile de Nantilly est animée à partir de 1907 par Etienne Charbonneau et Emmanuel Lehou & (9). Les sociétés Saint-Nicolas-Sports et l'Avant-Garde des Ponts ne font guère parler d'elles.
 A Saint-Hilaire-Saint-Florent, la Catholique, renommée ensuite la Bayard, est fondée par le curé Théophile Vaugouin en 1906 ; elle est animée par l'abbé Martineau, vicaire ; elle pratique d'abord la gymnastique, le football, la musique et même la boxe.
 Chaque année, les clubs des patronages se retrouvent dans une fête de gymnastique, qui se déroule souvent sur les prairies de l'institution Saint-Louis. Le 26 juillet 1908, la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France organise à Saumur son concours annuel. Défilé à partir de la gare d'Orléans. Messe célébrée par Monseigneur Rumeau et mouvements d'ensemble sur le terrain de Saint-Louis. Une société réputée, l'Avant-Garde de Montmartre, est venue moyennant une prime de participation.
 Tous ces patronages locaux sont regroupés au niveau départemental dans une " Union gymnastique et sportive de l'Anjou et de préparation militaire ". Ce dernier aspect n'est jamais absent. Etienne Charbonneau déclare : « Ici, nous ne voulons pas faire de politique. Nous voulons faire des patriotes. Mais des patriotes chrétiens ».
 Ce bouillonnement s'accompagne de rivalités et de conflits. Charbonneau et Lehou passent à la Jeanne d'Arc. Ils font venir de Bordeaux le moniteur Allias, qui travaille à mi-temps comme contremaître dans leur cave. Classée en division Excellence, la Jeanne d'Arc fait des déplacements à travers tout le pays. Elle attire des jeunes gens des autres paroisses, si bien que le curé de Saint-Nicolas interdit à ses ouailles d'y adhérer.

 Il n'est pas question de section féminine dans les sociétés confessionnelles. Au total, ces diverses organisations regroupent une nombreuse jeunesse, qui se retrouve fortement encadrée - j'allais écrire, caporalisée. Ainsi débute le XXe siècle, le siècle des masses.
   

 13) Les sports mécaniques

 Dossier 14 : Les débuts du cyclisme

  Dossier 15 : Le temps des aéroplanes (540 ko)

  Moins idéologiques apparaissent les sports mécaniques, qui présentent peu de connotations religieuse ou politique. Dès 1876, des Saumurois manifestent leur goût pour le sport cycliste, qui est pratiqué intensément par plusieurs clubs successifs ( dossier 14 ). Qui se souvient encore de l'existence d'un vélodrome ?

Un éphémère Moto-Vélo Saumurois fonctionne aussi dans les années 1919-1922.

 La ville s'enthousiasme aussi pour les débuts de l'aviation. Elle accueille deux courses au retentissement national en 1910 et en 1912 et, pour ces occasions, elle ouvre un aérodrome provisoire sur le terrain du Breil ( dossier 15 ).
   

 

  Quoique un peu somnolents dans leur démographie, les habitants de Saumur semblent se réveiller dans les années 1900, se révélant inventifs, sportifs et résolument modernes. Un dynamisme que la guerre va stopper.