Les progrès de la propreté

 

1) Les bains sur la Loire

 Les bains à l'eau froide peuvent contribuer à la propreté. Afin de prévenir les baignades si meurtrières en plein fleuve, les autorités encouragent la création d'installations rustiques, formées de quatre sapines réunies, qui servent aux ébats des apprentis nageurs. L'Echo saumurois du 11 janvier 1868 annonce que Roland Robin a obtenu du Conseil municipal l'autorisation d'installer  « chaque année, sur la Loire, dans la saison d'été, un baignoir public couvert, moyennant une subvention annuelle de quinze cents francs ». Le projet prévoyait 60 cabines séparées, 50 gratuites et 10 payantes ; en réalité, il n'a pas été exécuté. C'est seulement en 1875 que Théodore Baujon, un marinier qui a mis sac à terre, ouvre deux établissements de bains, l'un sur le quai de Limoges ( tenu par Emile Bonnin au siècle suivant ), l'autre sur le quai Saint-Nicolas ( ensuite géré par Perrichet ). L'Ecole de cavalerie installe aussi des bains militaires, d'abord un simple cadre de cordes, remplacé en 1879 par une palissade en planches. Voir photos dans le dossier consacré aux quais.

 Un véritable établissement de bains chauds en forme d'hémicycle est construit par Charles-Marie Normand sur le quai devant l'Hôtel de Ville. Il est inauguré le 12 décembre 1818 ; le père du botaniste Alexandre Boreau y travaille comme baigneur. Les formes assez lourdes du bâtiment sont l'objet de critiques, qui l'accusent de gâcher la perspective des quais. Les bains sont détruits vers 1842, lors du réaménagement des lieux.
 Pendant quelques décennies, Saumur se retrouve sans établissement public de bains chauds. En juin 1868, L'Echo saumurois annonce l'ouverture de bains pour dames, sur le fleuve, en face de la rue de la Tonnelle. Vers la fin du siècle, un certain Jeuniette exploite devant l'Hôtel de Ville un bateau élevé, équipé de baignoires. Cette installation est réservée aux dames. Sur ce fragment de carte postale, on parvient à lire " Bains chauds " sur le petit bateau le plus à gauche ; au centre, une baignade aux vastes proportions, pourvue de canots de sauvetage.

Deux types de bains

Ces établissements n'apparaissent plus sur les photographies postérieures à 1914.

2) Les bains-douchesPublicité en faveur des bains douches, publiée par Charles Gilbert, L'Anjou, mai 1990

 La Caisse d'Epargne entend dépenser ses bénéfices en faveur des milieux les plus modestes. Elle crée un établissement de bains-douches, dont l'entrée principale donne sur la rue du Portail-Louis, avec porte arrière sur la rue de la Petite-Douve. Elle le décore de mosaïques modern-style. Cette création avait été demandée en 1911 par le docteur Peton, président de la Caisse de Saumur. Elle est inaugurée le 23 août 1913. Vice-président de la Caisse à partir de 1916, Camille Charier, qui ne craint pas l'emphase, explique qu'il s'agit là d'un « effort collectif appliqué à l'amélioration de la race et à la conservation de la santé ». Le placard publicitaire moralisant ci-contre est bien dans son style.
 La douche coûte 0,25 f, savon compris ( réductions pour les militaires et les scolaires ). L'établissement, doté de baignoires en 1920, a concurrencé victorieusement les Bains chauds installés sur la Loire ( Frédérique Garnier, L'intégration des Caisses d'Epargne dans la ville : l'exemple de Cholet et de Saumur, des origines à 1939, mém. de maîtrise, Angers, 1997 ). D'importants travaux d'agrandissement et d'embellissement sont lancés en 1928 ; l'équipement passe alors à 15 cabines de douches et à 11 cabines de bains chauds.

3) Les bornes fontaines

 Des bornes fontaines, reliées au service d'eau, délivrent un liquide parcimonieux, quand on appuie sur un bouton-poussoir. Au nombre de 21 en 1897, elles apportent une eau gratuite dans tous les quartiers, mais elles ne fonctionnent qu'une heure le matin et une heure le soir.

4) Les lieux d'aisances

 Il convient d'aborder sans illusion cet aspect bien prosaïque de l'hygiène. Le 25 mars 1886, le maire Louis Vinsonneau prend un arrêté rendant obligatoire l'aménagement d'une fosse d'aisances pour chaque habitation ( A.D.M.L., 43 M 14 ). Cette décision a sans doute été appliquée pour les constructions nouvelles, mais aucun certificat d'urbanisme n'est alors exigé. L'enquête de 1897 recense 2 112 fosses d'aisances ; parmi elles, 385 sont vidangées ( surtout dans le quartier Saint-Nicolas ), 1 727 ne le sont pas ; 616 sont situées sous l'immeuble, 1 496 en dehors ( le quartier de Nantilly l'emporte pour le nombre de cabanes au fond du jardin ).
 En ville, 15 urinoirs publics sont à la disposition de la gent masculine, dont 6 dans le centre. Le dernier conseil municipal précédant la Guerre 14-18 discute gravement sur leur aspect disgracieux et malodorant.

5) Les ordures ménagères

 Chaque semaine, un tombereau particulièrement sale passe ramasser les ordures ménagères. Cette collecte régulière constitue néanmoins un grand progrès.

6) Les égouts

 A la fin du siècle, pour l'ensemble de la ville, 1 325 maisons rejettent leurs eaux ménagères dans la rue, 214 vers un jardin et 57 seulement directement vers un égout. On est encore bien loin du " tout à l'égout ". Les eaux usées rejoignent donc le réseau d'assainissement surtout par l'intermédiaire des caniveaux, en compagnie des eaux pluviales. Cependant, le système d'égouts souterrains et voûtés, encore embryonnaire au XVIIIe siècle ( sous la rue de la Petite-Bilange et sous la Boucherie, près de l'Hôtel de Ville ), a été nettement amélioré au cours du 19 e siècle. En 1897, il atteint 4 315 mètres de longueur. Les deux grands collecteurs assèchent la ville et la rendent moins marécageuse, en même temps qu'ils l'assainissent.

Les grands égouts collecteurs, d'après la description du docteur Simon

 L'égout du Pont-Fouchard, en bleu, part de la rue Saint-Jean et est desservi par 26 regards. Le 23 décembre 1854, le Conseil Municipal avait voté un crédit de 9 100 francs pour sa construction. L'égout de la Maremaillette, en rouge, part de la place Dupetit-Thouars et est desservi par 25 regards. Ces deux grands collecteurs se jettent dans le Thouet. Quand cette rivière est en crue, leur débouché est fermé par une porte et les eaux usées s'accumulent dans la ville [ à partir de 1922, des pompes électriques sont installées pour relever et évacuer ces eaux ].