Ouvrage de référence : V. Dauphin, Le cyclisme en Anjou. Notes et documents, Angers, 1936.
1) Une bicyclette mal accueillie
Le vélo, dans sa structure actuelle, apparaît
en 1884, par suite de l'invention de la chaîne. Pendant
longtemps, il est peu utilisé comme moyen de transport
quotidien. Un examen systématique des cartes postales et
des photographies antérieures à 1914 confirme qu'il
demeure peu présent dans les rues de la ville et chevauché
surtout par des enfants ou des jeunes gens, exceptionnellement
par des hommes mûrs et, bien entendu, jamais par des dames...
Les magasins et ateliers sont rarement spécialisés
dans les cycles, s'occupant en même temps d'automobile ;
on en compte 12 en 1913.
Les jeunes hommes n'achètent pas un vélo pour
se déplacer, mais pour faire du sport. Le Véloce-Club
d'Angers est fondé au début de l'année 1875,
encore à l'époque du " grand bi ".
Peu après, fin 1876-début 1877, des cyclistes locaux
se regroupent dans le Véloce-Club de Saumur. Ils sont au
nombre de 21 membres, quand ils déposent leurs statuts
à la sous-préfecture. Embarrassé, le sous-préfet
demande l'avis du général L'Hotte, commandant l'Ecole
de cavalerie. Ce dernier lui répond « qu'afin
d'éviter les accidents que ne manqueraient pas de produire
la rencontre des vélocipèdes et de nos chevaux,
il est indispensable d'interdire absolument aux vélocipédistes
la fréquentation des voies publiques ci-après... »,
et le général d'énumérer toutes les
grandes voies et tous les ponts de la ville.
En conséquence, le sous-préfet prend un arrêté,
le 27 juillet 1878, autorisant le Véloce-Club de Saumur,
tout en précisant que « les vélocipédistes
ne pourront circuler à Saumur dans les limites de l'octroi
et dans le Chemin Vert ». Autrement dit, la cité
demeure exclusivement la ville du cheval, les grands bi ne sont
tolérés que dans les banlieues et à la campagne.
Le club doit ajouter dans ses statuts du 6 août 1878 un
article 40 bis qui interdit aux sociétaires de monter
leur vélo en ville, sous peine d'une amende de 5 francs
pour chaque contravention constatée.
Bien sûr, progressivement, la bicyclette est admise
en ville ou plutôt tolérée, quand elle prend
ses proportions actuelles. Le long arrêté du 10 octobre
1892, signé par le maire Louis Vinsonneau et par l'adjoint
Pierre Galbrun ( A.D.M.L., 43 M 14 et A.M.S., 3 D 5 )
est empreint de méfiance à l'égard des « vélocipèdes »,
dont le nombre « s'est considérablement accru ».
Ils devront porter une plaque d'identification, être pourvus
« d'engins avertisseurs suffisamment sonores »
et, dès la chute du jour, « d'une lanterne à
verre blanc ». « Les trottoirs étant
exclusivement affectés aux piétons, ... il est formellement
interdit aux vélocipèdes de lutter de vitesse sur
les voies publiques et d'y former des groupes... »
[ Nil novi sub sole ].
2) Cyclistes et cyclotouristes
L'ukase du général explique pourquoi, pendant
longtemps, aucune course cycliste ne se déroule dans le
cadre de la ville. Le Véloce-Club de Saumur se dépense
ailleurs. Le 6 février 1881, il fait partie des fondateurs
de l'Union vélocipédique de France avec huit autres
sociétés. On le voit organiser une réunion
cycliste à Longué en 1886. Cette équipe compte
dans ses rangs un remarquable sportif, un anglais nommé
Hart, qui remporte le Championnat de l'Ouest en 1879 et en 1880
et qui obtient un palmarès impressionnant. Ce nom doit
être mis en rapport avec Lemon Hart, un important négociant
en vins et spiritueux londonien, amoureux de la région,
qui se fait bâtir l'étonnante
« maison anglaise » de Flines.
Le Véloce-Club n'entretient pas de bonnes relations
avec la municipalité, qui, à trois reprises, en
1879, 1888 et 1891, lui refuse toute subvention. Il disparaît
peu après cette dernière date, peut-être pour
des raisons financières. Aussitôt, six Saumurois
déclarent une nouvelle association à la sous-préfecture,
le 25 mai 1892 : les Amateurs Vélocipédistes
Saumurois. Cette société reçoit une subvention
du Conseil municipal le 24 mars 1896. Elle est animée par
le pharmacien Perrein et par Robert Amy, secrétaire ;
elle compte dans ses rangs Hardy, un sprinter remarqué.
Cependant, elle abandonne progressivement la compétition
pour s'adonner au cyclotourisme jusqu'à son autodissolution
en 1921.
La course cycliste est surtout pratiquée par le Véloce-Club
de Saint-Hilaire-Saint-Florent, fondé en juin 1898 et longtemps
présidé par André Girard-Bouvet, petit-fils
et successeur de Bouvet-Ladubay.
Le 18 juillet 1903, Saumur voit passer le premier Tour de France ; un poste de contrôle y est implanté sur la sixième et dernière étape, Nantes-Paris, longue de 471 kilomètres.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale fleurissent une série de clubs : le Moto-Vélo Saumurois, qui crée le Circuit de Saumur en 1919 ; le Vélo-Sport Saumurois, qui lui succède ; Saumur-Sportif, à l'existence éphémère ; enfin, la Pédale Saumuroise, fondée en 1933.
3) Le vélodrome de la Loire
Un
vélodrome est aménagé à la Blanchisserie,
en contrebas de la levée, à l'entrée des
prairies du Breil.
Il est formé d'un anneau de ciment de 333 mètres
de circonférence. Victor Dauphin, d'après ses souvenirs,
écrit que les virages étaient peu relevés ;
une tribune dominait la ligne d'arrivée.
Ce " vélodrome de la Loire ", proche
de la Société de Tir aux Pigeons, n'a aucun lien
avec la municipalité de Saumur. Il est financé par
les familles Bouvet-Ladubay et Amiot et devient la propriété
du Véloce-Club de Saint-Hilaire-Saint-Florent, qui le loue
aux autres associations sportives pour 300 francs par journée.
Son inauguration, les 13 et 14 mai 1894, donne lieu à
une grande compétition internationale, disputée
sur trois séries remportées par Williams, Chereau
et Girardin. Le voici photographié à une date inconnue.

La piste en ciment, souvent recouverte par les crues, exige un coûteux entretien, qui n'est guère effectué. La dernière compétition s'y déroule en 1926 ; le vélodrome est ensuite laissé à l'abandon, sa piste est décrite comme dangereuse. Il est détruit à l'époque de la Seconde Guerre mondiale et il n'en subsiste pas la moindre trace.