La population urbaine de 1836 à 1911

 

 Le recensement de 1836 constitue notre point de départ, car il est le premier dénombrement parfaitement organisé. Même s'il aboutit à trois résultats légèrement différents, on peut affirmer avec certitude que la ville de Saumur compte alors 12 000 habitants. Sur la période précédente, un examen critique du recensement de 1790 m'avait amené à évaluer aux alentours de 11 400 la population de la ville à cette époque. La ressemblance des deux résultats ne doit pas nous amener à supposer une stabilité démographique au cours du demi-siècle qui sépare ces deux dates ( voir le dossier sur la population de 1790 à 1836 ). Au contraire, la ville a connu une dépression marquée, tombant à 10 000 habitants, peut-être plus bas. Il est impossible d'être plus affirmatif, les recensements et les estimations de cette époque s'avérant d'une médiocre fiabilité...

1) La population de la commune de Saumur de 1836 à 1911

 A partir de 1836, des recensements parfaitement normalisés sont organisés tous les cinq ans - à l'exception de celui de 1872 repoussé pour des raisons évidentes. Le docteur Simon donne les totaux établis par les recenseurs municipaux. Ce n'est pas le résultat que nous avons retenu, car le Bureau de la Statistique de la France rectifie légèrement les résultats annoncés, rarement au-delà de cent personnes, mais sur des bases mieux normalisées. Nous reprenons sur le graphique ces dernières données, telles qu'elles sont citées par Fr. Lebrun, Paroisses et communes de France, Maine-et-Loire, Paris, 1974, p. 389.

Total de la population de la commune de Saumur de 1836 à 1911

  Une autre série de données scientifiques doit être signalée. Georges Dupeux, Atlas historique de l'urbanisation de la France, 1811-1977, C.N.R.S., 1981, retient la seule population agglomérée ; pour Saumur, il indique des valeurs de 1 500 à 2 000 unités inférieures à celles que nous avons retenues.
 Dans tous les cas, un premier constat s'impose : une hausse appréciable de la population sur trois quarts de siècle ; de 12 020 à 16 198, la progression est de 34,76 %. Un bémol doit aussitôt être apporté : ce résultat est, malgré tout, très inférieur à la moyenne des villes françaises, qui doublent leurs effectifs dans le même laps de temps. Il est traditionnel de comparer Saumur avec Cholet, qui, sur la même époque, progresse de 180 %, ravissant à Saumur le deuxième rang départemental et devenant aussi une sous-préfecture. Entre le dynamisme de Cholet et la somnolence saumuroise, le rapport est écrasant. Selon les critères plus restrictifs de G. Dupeux, Saumur est la 85 ème agglomération française en 1809-1812 ; elle est toujours 85 ème en 1851 ; elle devient la 141 ème en 1911 ( et enfin la 185 ème en 1946 ). C'est donc à partir de 1851 qu'il nous faudra rechercher les clefs de ce résultat peu reluisant.

 Sur le graphique, nous remarquons quelques progressions soudaines ; nous pensons qu'elles s'expliquent surtout par des hausses de l'effectif de l'Ecole de cavalerie. Les phases de déclin s'étendant sur plusieurs recensements sont beaucoup plus intrigantes. Il faudra tenter de rendre compte du surprenant recul des années 1861-1872 et du léger tassement des premières années du XXe siècle, qui annonce la chute à 15 956 âmes enregistrée en 1921.

 Avant de passer aux explications, il est de bonne méthode d'établir des points de comparaison et d'étudier d'abord ce que deviennent les quatre communes de la périphérie, aujourd'hui communes associées.

2) L'évolution des communes associées

Population des quatre communes associées de 1836 à 1911

 Le graphique met en évidence des évolutions de sens contraire. Dampierre est profondément rural et déjà touché par l'exode d'une partie de sa population. Le village chute de 620 à 505 habitants, se stabilisant autour de 500 dans la seconde moitié du siècle.
 Saint-Lambert-des-Levées combine les caractères ruraux de ses nombreux écarts et de son centre ancien avec les fonctions urbaines de ses nouveaux quartiers situés près de la gare d'Orléans et de la route de Rouen. Ce caractère mixte aboutit à une ligne parfaitement droite, correspondant à une hausse régulière, mais lente ; de 1704 à 2 202 habitants, Saint-Lambert progresse de 30 %, tout en perdant son premier rang parmi les communes périphériques.
 Parti bon dernier, Bagneux peut être qualifié de ville-champignon, puisqu'il passe de 309 à 1 550 habitants, quintuplant ses effectifs en trois quarts de siècle. Il s'agrandit en 1854 par l'annexion de la partie occidentale du hameau du Pont-Fouchard ; cette zone est encore peu peuplée, et la courbe ne frémit guère alors. C'est ensuite que l'expansion se produit à mesure que le second Bagneux se construit autour de son nouveau centre constitué par l'église et la mairie. Cet essor rapide le long de la route nationale correspond à une intégration dans une économie d'échanges et à un prolongement des activités de la ville de Saumur.
 Saint-Hilaire-Saint-Florent présente une évolution complexe, qu'on peut résumer en deux étapes ; très étendue et renforcée par de nombreux hameaux, la commune part d'assez haut ( 866 habitants en 1836 ) ; alors qu'elle est encore profondément rurale, elle subit un léger tassement dans les années 1851-1861. Avec l'ouverture des caves de mousseux, sa population connaît une première flambée, bien perceptible en 1866 ; un nouveau rebond apparaît à partir de 1881, il correspond à un afflux d'habitants et à des constructions massives sur des rues rectifiées ( voir en particulier le nouveau quartier édifié par Bouvet-Ladubay ). Poursuivant son expansion, Saint-Hilaire-Saint-Florent s'empare de la première place avec 2 385 habitants en 1911.

 Malgré leurs disparités, les quatre communes périphériques se portent mieux que la ville de Saumur ; ensemble, elles progressent de 90 % au cours de la période envisagée, manifestant une vitalité continue, qui n'est affectée que par un léger ralentissement au cours des mauvaises années 1872-1876. Saumur n'est cependant pas étrangère à cette vitalité, car elle prolonge ses faubourgs au-delà de ses limites communales. Le desserrement de l'agglomération, accentué aujourd'hui, commence dès cette époque. Aussi est-on en droit de totaliser la ville ancienne avec l'ensemble de ses communes périphériques.

3) Le total de l'agglomération

Total de Saumur et de ses communes associées

 Ainsi totalisés, les résultats de l'ensemble de l'agglomération sont un peu moins calamiteux ; ils progressent de 47 % sur la période envisagée, atteignant 22 840 habitants en 1911. Le tassement de Saumur dans les premières années du XXe siècle est gommé grâce à la périphérie, mais l'anormal déclin des années 1861-1872 subsiste.
 Les dossiers suivants vont scruter les caractéristiques démographiques de cette population, afin de tâcher de rendre compte de ces avatars.