La pyramide des âges

 

1) La pyramide des âges par classes quinquennales en 1896

Pyramide des âges de Saumur en 1896

( Source Docteur Simon - construction à l'aide de GraphOOoHG )

 Remarque préalable : cette pyramide rassemble toute la population résidente recensée à Saumur en 1896. Pour l'Ecole de cavalerie, elle ne comprend pas les jeunes gens logés dans les dortoirs du casernement qui sont comptés à part, mais elle englobe les militaires habitant en ville, c'est à dire les cadres, les officiers stagiaires, les cavaliers de manège ou de remonte qui sont mariés. Les 1 519 hommes de 20 à 24 ans s'expliquent ainsi ( n° 3 ) et constituent une protubérance anormale. Pour la forme globale de la courbe, il vaut mieux analyser le côté féminin.

2) Le profil global

 La pyramide est en forme d'urne ; elle présente un net maximum des classes d'âge de 20 à 30 ans, y compris du côté féminin; et, au-dessus, une diminution lente des groupes jusqu'à 70 ans, avec des marches d'escalier étroites et plutôt régulières - qui correspondent à une espérance de vie relativement longue une fois atteint l'âge adulte.
 Il n'y a pas d'accidents très marqués, à la différence des pyramides du XXe siècle, caractérisées par des encoches dues aux guerres mondiales ( déficit des naissances pendant les années du conflit augmentées d'une unité, creux chez les hommes nés 20 à 30 ans auparavant ). Ici, la Guerre de 1870-1871 n'est pas visible, car nous présentons des classes quinquennales.

 Si l'on recherche à la loupe les accidents, on peut remarquer une marche anormalement large aux numéros 4  ; les classes de 40 à 50 ans sont assez peu nombreuses. Ce rétrécissement s'explique par le brutal effondrement de la natalité dans les années 1851-1860. Mais la forte immigration a largement gommé le phénomène.
 Un autre rétrécissement marqué ( n° 5 ) correspond aux années de naissance 1821-1825. Des tensions politiques secouent alors la ville ( conspiration de Berton ) ; peut-être les crises de toutes sortes de cette époque ont-elles engendré une chute de la natalité.
 Ce ne sont là que des détails, la pyramide se caractérise surtout par un fort rétrécissement à la base sur les moins de 20 ans ( en vert, n° 2 ). Cela dénote un taux de natalité très bas, et qui va en diminuant ( fait étudié dans le mouvement démographique ). Nous avons déjà démontré que le renouvellement naturel de la population ne s'opérait plus, que les jeunes adultes ( en bleu ) avaient un nombre nettement inférieur d'enfants et que la masse des célibataires augmentait. Le nombre des femmes de 20 à 30 ans est nettement supérieur au nombre des filles de moins de 10 ans. Saumur présente déjà les caractéristiques des vieux pays développés de la fin du XXe siècle.

3) Comparaison avec la pyramide de la France entière en 1901

Pyramide des âges de la France entière en 1901

( D'après l'INSEE et A. Houot, GraphOOoHG )

 La France entière à la même époque est une parfaite ogive qui ne présente pas cet étranglement à la base. Les jeunes générations sont en nombre à peu près constant et les bords de la pyramide en gros verticaux depuis le creux des naissances de 1871, bien visible à 29 ans, ce qui dénote une stabilisation de la fécondité, mais aussi un solde naturel encore légèrement positif. Le nombre des enfants au-dessous de 2 ans permet le renouvellement des générations, malgré une forte mortalité juvénile. La France présente alors une montée en pourcentage des sexagénaires. Saumur ne fait pas mieux ; la masse des vieillards ( en gris ) n'y est pas plus forte, l'espérance de vie n'étant pas aussi élevée qu'on aurait pu l'imaginer.

4) Une population de jeunes adultes

 Revenons sur ces problèmes en procédant par grands groupes d'âge.

Comparaison des grands groupes d'âge à Saumur et dans l'ensemble de la France

 En comparaison avec la France entière, ce graphique souligne la situation privilégiée de Saumur, qui compte 64,5 % d'adultes de 20 à 64 ans, et mieux encore, 39,7 % de jeunes adultes de 20 à 39 ans ( en bleu sur la pyramide ), à l'âge maximal du travail et de la fécondité.
 Cette situation est temporairement idéale, puisque les adultes ont à leur charge un nombre assez faible d'enfants et de vieillards. Curieusement, le pourcentage des vieillards est légèrement plus faible que celui de la France, en raison des classes creuses des années 1821-1830, mais aussi d'une espérance de vie qui ne semble pas supérieure à la moyenne nationale. Ainsi apparaît une photographie assez différente de celle qu'on évoque trop souvent, celle d'une population bourgeoise, assez âgée et de souche locale. Au contraire, les Saumurois sont alors de jeunes adultes, bien souvent venus d'ailleurs, de conditions sociales diversifiées et pas si aisés qu'on le croit.

5) La supériorité féminine

 Le déséquilibre des sexes est difficile à quantifier en raison des militaires de l'Ecole de cavalerie ( n° 3 ). Cependant, dès la classe des 25-29 ans, les femmes reprennent définitivement le dessus, alors qu'il doit y avoir un bon nombre de lieutenants d'instruction dans cette dernière catégorie. La sex-ratio à la naissance est de 105 garçons pour 100 filles ( valeur à peu près constante ), si bien que la classe des 0-4 ans marque encore une prédominance mâle ( n° 1 ), qui disparaît dès la barre supérieure en raison de la surmortalité masculine. Hormis ces deux pointes, les femmes l'emportent en nombre dans toutes les autres classes. Cette supériorité numérique s'explique partiellement par une plus forte immigration féminine à l'âge adulte. Cependant, elle s'accentue nettement à partir de 60 ans, et désormais, c'est une plus longue espérance de vie qui en rend compte. Dans les catégories des 75 ans et plus, on dénombre 257 femmes et 121 hommes ( n° 6 ).

 La pyramide des âges de Saumur en 1896 ressemble à celle de la population blanche des Etats-Unis aujourd'hui : même étranglement à la base explicable par une faible fécondité, forte masse de jeunes adultes renforcée par l'immigration, espérance de vie moyenne, très moyenne du côté masculin.