Nouvel Hôtel de Ville, salle des Adjudications, armes stylisées de Saumur sur la cheminée

 

Chapitre 36 :

 L'aménagement urbain ( 1834-1914 )

 

   

1) La signification de l'année 1834 

  Dans un dossier précédent, nous avons traité des Travaux urbains de 1814 à 1834. Cette dernière date correspond à l'ouverture du pont Napoléon ; après 80 ans de chantiers gigantesques, la ville de Saumur achève enfin sa ligne de trois ponts ; elle en a fini avec le problème multiséculaire du franchissement du Thouet et des deux principaux bras de la Loire ; la percée centrale, tracée de bout en bout, surhaussée, est bordée de maisons dans sa partie centrale, surtout rue Royale, place de la Bilange et au début de la rue d'Orléans.
 La ville peut désormais se consacrer à la transformation des autres quartiers, à la réalisation de percées dans le sens transverse, à l'aménagement monumental du centre-ville et à la mise en place des grands services modernes. Ces nouveaux travaux seront abordés par thèmes, de préférence dans l'ordre chronologique, et avec une multitude de renvois, car la plupart des monuments sont étudiés dans d'autres parties ( voir plan de présentation ). Le chapitre consacré aux communications a déjà traité du réseau routier, des aménagements ferroviaires et du tramway & (1).

 La cité vit en permanence sous de lourdes contraintes. Des Ardilliers au château, le coteau s'écroule périodiquement. Des éboulements sont signalés aux Ardilliers dans les années 1848-1850. Au canton des Fondis, le 30 octobre 1901, d'énormes blocs de rochers écrasent les maisons des numéros 53-55 et 57. Plus loin, l'éperon N.E. des remparts du château s'effondre en 1911. Ces risques naturels, bien connus, ne présentent un danger que pour une aire réduite. En revanche, la Loire et le Thouet constituent une menace autrement redoutable pour l'essentiel du territoire de la ville.

 

LA PROTECTION CONTRE LES EAUX

  

2) Les nouvelles levées

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Dossier 1 : Les colères des fleuves

  Vers 1832, une enceinte complète protégeant la ville contre les inondations est achevée, tout en présentant de graves insuffisances. Le quai Neuf ( aujourd'hui quai Mayaud ) a été édifié de 1784 à 1828. Face au Thouet, dont les eaux grossies par le reflux de la Loire envahissent souvent les quartiers sud, la levée de Nantilly ( aujourd'hui, du boulevard Louis-Renault à la rue Robert-Amy ) est construite en 1832. Voir le plan de synthèse sur les travaux urbains, les projets sont en vert. Le dispositif de défense revient ensuite vers le centre par la rue du Pont-Fouchard surélevée ( aujourd'hui, rue du Maréchal-Leclerc ). Il se raccroche ensuite à la levée d'enceinte du XVIIIe siècle, l'actuelle rue d'Alsace, qui est rehaussée et élargie à plus de 15 mètres en 1844. Plus loin, l'actuel boulevard du Maréchal Juin existe, mais sous la forme d'une digue étroite. Face à la Loire, une levée ancienne et des cales forment une protection incertaine. Voir le plan d'ensemble sur les transports au XIXe siècle.

 Ce réseau zigagant laisse sans protection le coin sud-ouest de la commune, qui est baptisé du nom général de " prairies de la Maremaillette ". Ancienne carte postale représentant le levée de défenseEn 1857, après l'inondation de l'année précédente, une levée de défense est programmée dans le prolongement de la levée de Nantilly ( 75 % à la charge de l'Etat, 1,2 % au département, 15,9 % à la ville, 7,9 % aux riverains, qui profiteront d'une revalorisation de leurs terrains ). Les travaux, effectués à la charrette et à la brouette, sont gigantesques et terminés seulement en 1866 ; ils se montent au total considérable de 563 000 francs. La " levée de défense " n'est encore qu'une étroite digue couronnée par une allée piétonne et cavalière longue de 500 mètres ( à droite ). Soit une ébauche bien modeste de l'actuel boulevard Delessert.

 Sur le flanc Nord de la Loire, l'ancienne levée tortueuse longeant la rive droite du bras de la Croix-Verte est doublée plus au sud par la voie ferrée et par les nouvelles routes qui la longent, l'une, côté nord, vers Saint-Lambert, l'autre, côté sud, vers Tours. Ces quartiers sont désormais en apparence bien défendus. Le bras de la Croix-Verte, qui pourraît favoriser l'intrusion des crues, est désormais obstrué à ses deux bouts.

 Au total, dans les dernières années du XIXe siècle, l'enclosure de la ville est achevée. Selon le docteur Simon, un réseau de 8 429 mètres de levées l'entoure, la protégeant en théorie de crues s'élevant de 7,50 m à 8 m au-dessus du niveau de l'étiage [ en 1835, cet étiage a été recalculé et fixé à 24,789 m au-dessus du niveau de la mer ; l'échelle des crues du pont Cessart est alors remplacée ].

 La vieille ville est-elle pour autant en sécurité, à une époque où la Loire et le Thouet s'enflent en des crues exceptionnelles et dévastatrices ? A trois reprises, en 1843, 1856 et 1866, la cité subit de terribles inondations et connaît de grandes frayeurs, renouvelées en 1904 et en 1910 ( dossier 1 ).
   

 3) Quais construits, quais projetés

  Sur la rive méridionale de la Loire, les longs travaux des nouveaux quais, qui s'étirent de 1835 à 1864 ont pour objectif principal d'aménager des ports ( voir dossier abondamment illustré ). Ces quais viennent aussi conforter les anciennes digues et ils sont constamment surélevés, en dernier lieu, par un solide parapet, où les 35 passages ( les bouchures ) peuvent être obstrués par des madriers qui retarderaient l'irruption des eaux. Voir les nouveaux quais dans le plan sur les transports.
 Si donc le centre-ville est désormais bien protégé, il n'en est pas de même plus au Nord. De nouveaux quais à fonction commerciale ( quai du Gaz, port du Marronnier, port de la Gare d'Orléans ) ne constituent pas un rempart contre les inondations. Malgré les nouvelles digues, les quartiers de la Croix Verte et de la Gare d'Orléans sont envahis par les eaux en 1856 et 1866.
La rue Waldeck-Rousseau en 1904 Plus grave, l'île d'Offard est en permanence exposée à des inondations d'ampleur moyenne. Sur son côté occidental, la rue Nationale forme une digue insubmersible. Sur son flanc septentrional, le Bras du Moulin-Pendu est comblé en 1848 et l'actuel quai du Roi-René forme une levée, grâce à de nouveaux travaux en 1854. Mais ses deux autres côtés sont sans défense. Le quartier de la Visitation est inondé quand la Loire dépasse 5 mètres, ce qui se produit 17 fois de 1835 à 1896, selon le docteur Simon, soit une année sur trois.

 Voici la rue Waldeck-Rousseau, dont la chaussée et les seuils des maisons sont pourtant surélevés, lors de la modeste inondation de 1904. La population a pris l'habitude d'y circuler sur des planches.

 En 1883, une pétition des habitants a demandé la protection de leur quartier contre les crues ê (2). Le Service Spécial de la Loire, qui siège à Orléans, produit en mars 1887 le plan d'un quadrilatère de digues qui entourerait tout le quartier. Le 8 décembre 1887, le ministre des Travaux Publics écrit au préfet que les travaux pourraient coûter de 600 à 800 000 francs et qu'en raison de sa situation financière, le Conseil municipal refuse de participer aux frais. Il conclut sèchement : « Aucune suite à donner à cette affaire ». Depuis, le dossier n'a pas été rouvert.

 

  

LES CHOIX D'URBANISME

      

 4) Le rôle des architectes-voyers

  Dossier 2 : Les architectes-voyers

  Responsable de la voirie communale, surveillant des canalisations souterraines, directeur du Service d'eau, chargé de l'entretien des bâtiments communaux et de la construction des nouveaux monuments, rédacteur des plans d'urbanisme et veillant à leur respect par les particuliers, responsable de l'éclairage public et des pompes à incendie, l'architecte-voyer est l'homme à tout faire de la ville en matière d'urbanisme ( voir le dossier n° 2 ). Son rôle est capital, tant qu'il est l'unique titulaire de la fonction et quand la ville multiplie les constructions.
 Dans les premières années du XXe siècle, le poste est dédoublé et les attributions réparties sans grande clarté.
    

 5) Le culte de la ligne droite et de la percée

 

  Dossier 3 : Le plan d'alignement

  Au beau milieu du XIXe siècle, toute la France des villes est chamboulée par de grands travaux d'urbanisme géométrique, Paris et Bordeaux par le baron Haussmann, Lyon par Vaïsse, Marseille par Montricher, ou bien Levallois par Nicolas Levallois.
 Sur des proportions plus modestes et compte-tenu de ses moyens financiers restreints, la ville de Saumur se lance dans des opérations comparables. L'origine de ces bouleversements est à rechercher dans le plan d'alignement, préparé par Antoine Calderon et achevé par Charles Joly-Leterme, au cours d'une interminable gestation, qui s'étire de 1827 à 1848.
 Etudié dans le dossier spécial n° 3, ce document est fondateur, puisqu'il constitue, avec le projet de Jean-Baptiste de Voglie, la source principale de la topographie urbaine actuelle. Comme son titre l'indique, il est obsédé par la ligne droite, par la volonté de voir les façades des maisons alignées au cordeau le long d'artères de 10 mètres de largeur. Mieux, Saumur venant d'achever sa percée centrale, le plan prévoit des percées parallèles et perpendiculaires, qui permettraient des traversées directes. La modernisation de la voirie et lez renouvellement de l'habitat sont en germe dans cet ambitieux document.
 Il ne faudrait cependant pas en caricaturer et en exagérer les effets dévastateurs ; des atténuations ont été apportées dès 1845 et, par la suite, bien des rectifications d'alignement ont été oubliées. A Paris, dans l'île de la Cité, 15 églises sur 17 sont démolies. Rien de tel à Saumur. La seule grande trouée ouverte vers le coeur de la ville ancienne est la rue Dacier ; quand on voit sur les plans anciens le lacis de ruelles anguleuses qu'il fallait emprunter pour passer de la rue Beaurepaire à la rue de la Tonnelle, on ne peut qu'en louer la réalisation. La seule perte regrettable est l'aile droite de la Maison du Roi, qui est abattue par un dommage collatéral résultant de la construction de la Caisse d'Epargne.
 Le quartier Saint-Nicolas semblait promis à une refonte totale ; de grands axes de circulation y sont ouverts, mais bien des rectifications de façades sont tombées dans l'oubli.
 Ailleurs, des zones anarchiques sont intelligemment restructurées. Le quartier de la Gare est préparé à l'arrivée du chemin de fer. Le quartier de la Reine de Sicile est gagné sur un bras d'eau et sur des marécages. L'élargissement du quartier de Fenet est organisé autour de la rue du Bellay. L'aménagement de l'ensemble Alsace-Maremaillette et des boulevards périphériques est esquissé.
   

 6) Une longue fidélité aux matériaux locaux

  Le décor des maisons évolue, des pilastres et chapiteaux de l'époque Louis-Philippe aux luxuriantes grappes de fruits de la Belle-Epoque. Cependant, le tuffeau apporte aux façades une unité de couleur et une certaine homogénéité. Voir l'étude illustrée sur les matériaux de construction. Au XIXe siècle, le tuffeau vient surtout des carrières de Saint-Cyr-en-Bourg et atteint Saumur par le Thouet. Souvent, au bas des façades, deux ou trois assises de pierre de Champigny assurent la solidité et l'assèchement, plus particulièrement dans les angles. Au-dessous, les fondations sont souvent recouvertes par de petits cubes en grès gris provenant des landes de Marson. Les pavés des rues viennent aussi du plateau du Sud-Saumurois, et de Saint-Rémy-la-Varenne, quand ils sont de couleur rougeâtre. Pour les colonnades et les parties sculptées, les architectes recherchent un calcaire plus dur que le tuffeau. Joly-Leterme ne va pas le chercher bien loin, il le fait venir de Touraine ( Richemont ) ou du Poitou ( Lavoux, à Chauvigny ). On peut regretter que cette unité des coloris ait été rompue à partir de 1900 par l'arrivée en force de la brique ou de pierres incongrues, comme le granite ( à la base de la nouvelle Poste ).
   

 7) Les nouvelles nomenclatures des rues

  La municipalité ne se contente pas de modifier le tracé des rues, elle s'efforce en même temps d'attribuer à ces dernières des dénominations et une numérotation cohérentes. Liée à la confection du plan d'alignement, une grande opération de redéfinition de la nomenclature urbaine est arrêtée par le Conseil municipal du 10 décembre 1838, sous l'inspiration d'Urbain Gaulay, conseiller municipal et passionné d'histoire & (3).
 Les gloires saumuroises font une entrée en force dans les odonymes locaux, habituellement sous forme d'hommage à une famille entière ; dans tous les cas, les voies dédiées à une personnalité au XIXe siècle ne portent pas de prénom. Outre l'hommage au passé de la ville, l'opération de 1838 s'efforce de rationaliser l'espace urbain. Les grandes artères nouvelles indiquent leur destination lointaine, afin de guider les voyageurs ( Rouen, Limoges, Bordeaux ).
 Une numérotation continue s'étendant sur toute la ville, adoptée en 1770, était demeurée peu usitée ; des systèmes complexes avaient été envisagés depuis 1818. Un nouveau numérotage propre à chaque rue est enfin décidé. Il part de la Loire, nombres pairs à droite et impairs à gauche ; pour les voies parallèles au fleuve, le comptage progresse en suivant le sens du courant, « comme à Paris », note fièrement la délibération. Cette numérotation, mise en place en 1839-1840, constitue la base de nos références actuelles.
 Ce louable effort de rationalisation et de clarté ne va pas jusqu'au bout de ses principes. Aucun répertoire complet des dénominations et des numéros n'est dressé. Il faut le rechercher sur les plans d'alignement, qui sont difficilement lisibles. L'intéressant usage de graver les noms des voies sur la pierre est abandonné. Les dénominations et les numéros sont peints à l'huile en lettres noires sur fond jaune.

Peinture à l'huile de 1838-1839

 Ces inscriptions n'ont pas résisté au temps. Le meilleur vestige, situé à l'entrée de la rue de la Cocasserie, vient de disparaître par suite d'un ravalement. Ces inscriptions, adjugées à 35 centimes le numéro de maison ( 2 000 en tout ) et à 75 centimes le nom de rue ( 287 figurations ) sont payées au peintre Carré le 18 mars 1841 pour un montant de 525,24 francs.

 Après un flux régulier de baptêmes de voies nouvelles, une nouvelle grande opération visant à rationaliser et à laïciser la nomenclature de la ville est lancée en 1905. La commission municipale propose de changer le tiers des dénominations, ce qui donne des débats houleux. Précisions dans l'histoire politique. Finalement, huit appellations nouvelles ne sont pas passées dans la pratique et ont disparu. Il en résulte que l'hommage aux gloires nationales a perdu de sa cohérence.
   

 8) Louvet et Joly-Leterme : l'embellissement urbain

  Dossier 4 : Plan commenté des constructions de Joly-Leterme à Saumur

  Joly-Leterme devient architecte-voyer en 1841 et Louvet maire en 1844 & (4). Les deux hommes, malgré des heurts, ont travaillé en complémentarité, étant bien entendu que les décisions finales reviennent à Louvet. Deux phases apparaissent dans les nombreux travaux qu'ils mènent à bien à Saumur.

De 1841 à 1853

 D'abord, Joly-Leterme exécute surtout des travaux de voirie. Il achève la rédaction du plan d'alignement, rectifie les façades de plusieurs rues, commence l'ouverture des voies nouvelles et construit l'égout de la Maremaillette de 1846 à 1851. Il réalise surtout des bâtiments utilitaires, les abattoirs, le débarcadère de la gare d'Orléans. Il commence l'aménagement de deux entrées de ville, côté nord, la place du Roi-René - côté méridional, le rond-point Maupassant. En même temps, Joly-Leterme échafaude de grands projets sur l'Hôtel de Ville, trop à l'étroit. Il doit se contenter d'élever un modeste bâtiment le long de l'actuelle rue Bonnemère. Les finances municipales sont besogneuses et le maire, souvent absent, se préoccupe alors peu de réalisations monumentales.
 Joly-Leterme travaille beaucoup avec les milieux ecclésiastiques. Il dresse les plans de l'original Temple protestant. Aux Ardilliers, il abat, puis réédifie la chapelle de Richelieu. Il entreprend des travaux, peu enthousiasmants, de consolidation et d'agrandissement à Notre-Dame de la Visitation. En qualité d'architecte des Monuments historiques, il mène plusieurs campagnes de restauration sur l'église Saint-Pierre et sur Notre-Dame de Nantilly.

De 1853 à 1869

  De 1853 à 1855, Joly-Leterme édifie l'Hôtel du Commandement, bon exemple de résidence réceptive destinée à embellir le décor urbain. Tout près, à Saint-Nicolas, il consolide l'édifice, il ajoute le presbytère et un haut clocher destiné à inscrire l'église dans le panorama urbain.
 L'architecte-voyer se consacre surtout au centre-ville, qu'il assainit par la construction de l'égout partant de la rue Saint-Jean et rejoignant le pont Fouchard. Les finances de la ville s'améliorent, Louvet relève les centimes additionnels et les tarifs de l'octroi, et surtout lance de grands emprunts, dans l'intention de donner à Saumur un cachet bourgeois et des monuments dignes d'une capitale. Coup sur coup, Joly-Leterme réalise le nouvel Hôtel de Ville, le Théâtre, l'Hôtel des Postes ( aujourd'hui C.I.O. ). Afin de remplacer le marché couvert supprimé par le nouveau théâtre, il projette de construire une halle dans le style de la fin du Moyen Age entre le nouvel hôtel de Ville et l'actuelle rue Corneille. Toujours dans le même quartier, il mène à bien une remarquable reconstitution de la chapelle Saint-Jean.
 Au cours du long débat sur l'implantation du nouvel hôpital ( dossier spécial ), l'architecte-voyer, grâce à des estimations sous-évaluées, parvient à faire prévaloir, avec Louvet, une implantation en pleine ville, bien qu'il se retrouve à l'étroit pour réaliser les bâtiments demandés. Il y crée des enfilades de cours pas trop concentrationnaires, puisqu'elles restent ouvertes sur un côté ( voir rue Seigneur ). Au centre, il place une chapelle, construite dans le bon style Plantagenêt qu'il connaît bien.

 D'une façon plus générale, Joly-Leterme est remarquable dans ses constructions utilitaires, auxquelles il donne une dimension esthétique, en adaptant un style du passé [ quel contraste avec les désolantes réalisations récentes ! ]. Admirateur des anciens ouvrages, il excelle dans la restauration des monuments historiques. Il est moins convaincant, quand il se lance dans des créations plus personnelles, par exemple, sur la façade côté Loire de l'Hôtel de Ville ou quand, au théâtre, il donne trop d'ampleur aux galeries périphériques, laissant trop peu d'espace à la salle de spectacle.
 Plus prosaïquement, les oeuvres de Joly-Leterme sont encore debout et n'engendrent aucune inquiétude quant à la qualité de leur construction. A part, la flèche de l'église Saint-Nicolas, construite en mauvais tuffeau, devenue menaçante et qui a du être abattue, ainsi que le bâtiment de la mairie construit le long de la rue Bonnemère, lui aussi profondément dégradé. Cas à part, le débarcadère de la gare a été écrasé sous les bombes.

 L'ampleur des réalisations de Louvet et de Joly-Leterme nous impressionne aujourd'hui. A l'époque, l'unanimité est loin de régner. Le docteur Bineau reconnaît loyalement que les nouveaux chantiers ont coûté à la ville 1 518 500 francs de 1853 à 1864 ( voir les finances de la municipalité Louvet ). Charge à l'évidence fort lourde pour une ville qui peine à assurer ses dépenses ordinaires et dont la population ne progresse pas. En 1864, Charles Delaunay, opposant républicain, regrette les « travaux improductifs », opérés alors que manquent les réalisations nécessaires ( que feront les municipalités républicaines ). L'opposition la plus vive vient de banquiers conservateurs, la famille de Fos. Ernest critique les budgets et se présente contre Louvet aux élections. Léon de Fos publie un périodique intitulé " Saumur dans sa splendeur " & (5). Il y dénonce, pêle-mêle, la disparition des tapisseries de Notre-Dame de Nantilly, la lenteur des travaux de la rue-Neuve-Beaurepaire, la médiocrité du théâtre ( bel extérieur, mais intérieur à refaire, selon lui ), le coût exorbitant du nouvel hôtel de ville...
    

 9) L'essor des beaux quartiers

 

 

  Dossier 5 : Zones urbanisées dans les années 1834-1914

Même plan en grand format

  A l'instar du maire de Saumur, l'Etat construit ou reconstruit ses bâtiments, comme la prison et la gendarmerie. La sous-préfecture est entièrement refaite à partir de 1857 ( on ne dispose d'aucune archive sur ces travaux ). Tout autour du Chardonnet, l'armée élève une vaste enceinte de manèges et d'écuries.
 Les grandes familles édifient de beaux hôtels particuliers autour du rond-point Maupassant, le long de la rue d'Alsace ou sur le quai de Limoges. Sur des proportions plus modestes et souvent après le Second Empire, les milieux de la grande et de la moyenne bourgeoisie se font construire des demeures ornementées dans les nouveaux quartiers de la Maremaillette, de la rue Gambetta et de la rue de Bordeaux, ou bien le long des nouvelles voies autour du champ de foire, et aussi rue Hoche ou rue Seigneur. Les nouveaux espaces urbanisés sur 80 ans sont d'ampleur considérable ( dossier 5 ). De nombreux architectes exercent à Saumur ; nous avons déjà cité les architectes-voyers ; l'annuaire pour 1913 indique sept noms, parmi lesquels Victor-Pierre Brunel et Henry Jamard sont les plus actifs ; à cette même date, 13 entrepreneurs en maçonnerie sont cités , dont Chanard, Gelineau-Rouzeau et Paranteau.
 Réalisant l'alliance de la terre et de pierre, la spéculation va bon train sur les terrains à bâtir et sur l'immobilier ; Dupuis-Charlemagne et l'entrepreneur Fromageau sont réputés pour l'ampleur de leurs réalisations. La forte présence de l'Ecole de cavalerie fait naître beaucoup de constructions à but locatif, des maisons pour les officiers, des chambres pour les sous-officiers. Les plans du dossier 5 montrent l'ampleur des nouveaux quartiers, bâtis surtout dans la seconde moitié du XIXe siècle et pour l'essentiel à l'ouest de la percée centrale. La ville continue à glisser vers l'aval de la Loire.
 A défaut de statistiques détaillées, quelques indices nous permettent d'affirmer que les coûts des loyers sont à la hausse et que des familles très modestes partent habiter vers Saint-Lambert-des-Levées, Bagneux et Saint-Hilaire-Saint-Florent, où les prix sont plus doux.
    

10) Les municipalités républicaines : enseignement et services publics

  Après le traumatisme de 1870 et les difficultés économiques qui suivent, les municipalités républicaines construisent et s'endettent autant que Louvet, mais avec des objectifs différents. Leur souci premier n'est plus d'embellir la ville, mais d'y développer les grands services publics. L'enseignement est leur priorité ; ils élèvent deux grands collèges et dotent chaque quartier d'écoles primaires et maternelles, non plus installées dans des maisons inappropriées, mais dans de nouveaux locaux à larges baies donnant sur de vastes cours. Neuf écoles nouvelles sont ouvertes à cette époque. Voir développements dans le chapitre sur l'enseignement et la culture.
 Les grands services publics sont systématiquement développés. Les liaisons ferroviaires, trop longtemps réduites à une seule ligne, sont multipliées et complétées par le tramway ( chapitre 33 ). Les autres grands services concernant la sécurité, l'éclairage, l'eau et l'hygiène sont étudiés plus bas. Le docteur Peton se préoccupe aussi des problèmes du logement, surtout sous l'angle de la salubrité, mais l'heure de la construction publique d'habitations à bon marché n'est pas encore venue. On ne peut réduire au strict utilitarisme l'action de ces municipalités : elles rachètent le château, le font restaurer de fond en comble et y installent le musée.
 Dans la mise en place de ces programmes, deux conceptions se font jour parmi les républicains. L'industriel James Combier préfère concéder les services à des sociétés privées. Le docteur Peton, partisan du municipalisme, pratique la gestion directe, quand cette option est possible.

  
LES SERVICES PUBLICS

   

 11) La sûreté publique

 

  Dossier 6 : Prison et gendarmerie

  Dossier 7 : Les débuts du corps de sapeurs-pompiers

  « Surveiller et punir » sont les premiers impératifs de la société bourgeoise, qui donne le ton au XIXe siècle et qui inspire de nombreux arrêtés du maire. Les premiers monuments construits par l'Etat à Saumur au cours de cette époque sont le palais de Justice, achevé en 1832, la prison ( 1836 ) et la gendarmerie ( vers 1840 ), cette dernière étant bâtie sur les préaux de la tour Grenetière. Une douzaine de gendarmes font régner l'ordre. Les mesures de simple police sont appliquées par un commissaire et six agents, qui disposent d'un poste permanent.

 La compagnie de sapeurs-pompiers concourt elle-aussi à la sécurité publique. Le corps, créé en 1790 et structuré en 1794, se transforme beaucoup au cours du siècle et mérite un dossier de précisions.
   

 12) L'éclairage des rues et des intérieurs

  Dossier 8 : Les lumières de la ville

  La ville s'éclaire au cours du siècle, autant les rues que l'intérieur des maisons ; c'est là une révolution dans la vie quotidienne, on se met à veiller et à sortir en soirée pendant les longues nuits d'hiver. Le dossier 8 fait ressortir trois étapes dans une évolution pleine de rebondissements :

- Les lampes à huile. Un réseau d'éclairage public à l'huile est installé progressivement au début du siècle. Il atteint son apogée en 1840, avec 160 réverbères. Tous les observateurs signalent la médiocrité de la lumière diffusée et l'horaire restreint de l'allumage. La situation n'est pas plus reluisante dans les maisons : bougies, lampes à huile ou au pétrole dispensent une faible clarté.

- L'éclairage au gaz de ville. Le 17 mars 1841, la soudaine illumination du centre par le gaz de ville constitue une étape décisive. L'usine à gaz procure une lumière plus blanche et abaisse progressivement ses prix ; l'éclairage public à l'huile disparaît et 400 réverbères au gaz sont disséminés à travers toutes les rues en 1898.
 Le gaz pénètre plus lentement dans les intérieurs. Il éclaire la mairie à partir de 1852 et par petites étapes, il est adopté par les grandes institutions. Cependant, pour la cuisine et le chauffage domestique, il progresse encore moins vite. Il n'entre dans la majorité des foyers qu'au XXe siècle.

- Les illuminations électriques. A partir de l'été 1889, des conduits électriques transportent le courant produit par l'usine de Saint-Hilaire-Saint-Florent. Dès la fin de l'année, des cafés et des hôtels du centre-ville adoptent ce mode d'éclairage, qui entraîne une vive curiosité et qui pénètre les commerces, puis les maisons particulières. Connaissant une évolution inverse à celle du gaz, l'électricité progresse plus lentement dans l'éclairage des rues, en raison de son coût et aussi d'un désagréable procès. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, ce sont encore les réverbères de la compagnie du gaz qui apportent une lumière discrète à la plus grande partie de la voirie.
    

 13) L'hygiène alimentaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Dossier 9 : L'approvisionnement en eau

 En matière d'hygiène alimentaire, les pouvoirs publics se sont longuement préoccupés de la viande avant d'aboutir à des solutions satisfaisantes.
 Le marché aux bestiaux quitte en 1825 la partie orientale du Chardonnet pour laisser la place aux écuries du Manège. Il est finalement fixé sur le champ de foire, l'actuelle place Verdun, après avoir erré dans le quartier. De toutes façons, sa fréquentation va en déclinant.
 En théorie, tous les bouchers de la ville sont tenus d'abattre leurs gros animaux dans une tuerie commune, ce métier étant traditionnellement très surveillé ( voir les bouchers aux 17e et 18e siècles ). A la veille de la Révolution, un bâtiment est commencé dans l'île d'Offard, sur l'emplacement actuel de l'EDF-GDF ( voir, plans et récit sur l'échec de cette réalisation ). Cet abattoir, situé trop près des maisons, semble n'avoir jamais servi ; on sait qu'en 1817, ses murs sont déjà abattus et qu'en 1824, le terrain est mis en vente. Les bouchers continuent à abattre un peu partout, dans la plus complète anarchie. En 1838, un nouveau projet est adopté : le bâtiment serait implanté dans l'île Maffray ( aujourd'hui Millocheau ), sur le bras principal de la Loire, c'est-à-dire, en aval du précédent, de l'autre côté de la Boire Quentin ê (6). Dans les années 1841-1845, Joly-Leterme, le nouvel architecte-voyer prépare la construction en organisant des travaux de terrassement. Nouveau contre-ordre en 1851 : le nouvel abattoir sera construit plus loin, sur le côté nord de l'île, près du bras des Sept-Voies. Ce choix est logique ; depuis le Moyen Age, les bouchers de la ville mettent à l'engrais dans ces prairies les troupeaux qu'ils comptent abattre. De plus, il n'y a encore qu'une seule maison dans l'île, située au départ de son chemin d'accès. Joly-Leterme mène le dossier tambour battant. Comme pour la tuerie précédente, il prévoit 12 salles particulières d'abattage. Ce nombre surprend, car les bouchers de la ville, malgré une politique de numerus clausus, sont constamment plus nombreux ( 18 en 1750, 16 en 1776 et 20 en 1913. Ou bien, ils s'entendent pour se répartir les salles, ou bien, certains d'entre eux s'approvisionnent à la cheville. Le nouvel abattoir est mis en service à la fin de 1855. Récit et photos en Quai Comte-Lair. En raison de sa destination, prosaïque, aucune cérémonie de pose de première pierre ou d'inauguration n'est organisée.
 Les anciens usages imposaient une grande boucherie de vente collective qui regroupait tous les étals de la ville. De nouvelles boucheries sont édifiées de 1817 à 1823, entre la rue de la Tonnelle et l'Hôtel de Ville. A l'achèvement de ce majestueux bâtiment, les bouchers sont autorisés à vendre dans des locaux particuliers. Les boutiques sont, pour la plupart, consacrées à d'autres commerces.

 Alors que le contrôle hygiénique des viandes est réalisé, le problème de la qualité de l'eau reste entier, malgré plusieurs écrits alarmistes. Le gros dossier n° 9 présente l'état des puits, la création d'un service d'eau en 1872, sa municipalisation en 1890 et l'amélioration progressive de l'eau distribuée.

 D'autres denrées, surtout des volailles, des fruits et des légumes, sont traditionnellement vendues sur de petits marchés de plein air étirés de la place de la Bilange à la place Saint-Pierre. En complément, un marché couvert installé sous la salle de spectacle assurait davantage de propreté et de confort. Il est détruit en 1864 et son rétablissement fortement réclamé. Grâce à un legs de Madame Rivaud-Partenay, il est remplacé en 1902 par une pittoresque construction métallique implantée entre la place Saint-Pierre et la rue du Marché.
     

 14) L'assainissement

  Un arrêté municipal du 9 mars 1876 oblige les propriétaires à « supprimer les caniveaux découverts conduisant les eaux pluviales et les eaux ménagères jusqu'au ruisseau » : des gargouilles posées sous le trottoir devront évacuer ces rejets ê (7). Entre l'ordre et son exécution, il y a un fossé, puisque la prescription n'était toujours pas complètement appliquée un siècle plus tard.
 Malgré tout, un tombereau muni d'une clochette passe chaque semaine enlever les ordures, accumulées en petits tas ou déposées dans des récipients. Le dépôt principal des déchets et des vidanges est situé aux Marigrolles, sur l'ancienne route de Varrains. Un hottoir municipal reçoit des gravats au départ du chemin menant dans l'île Millocheau.
 Le réseau d'égouts voûtés atteint 4 315 m en 1897, mais seulement 57 maisons particulières sont raccordées ( voir développements et plan ).
    

 15) Les espaces verts

  La ville manque d'espaces verts. Les belles promenades ombragées, sur lesquelles les Saumurois se prélassaient en foule au XVIIIe siècle, ont disparu. Le " parc ", dans l'île de ce nom, est détruit par la rectification du cours de la Loire ; le Chardonnet est devenu un domaine militaire ; le Grand Jardin est réservé à une société amicale, puis alloti.
 Un petit square surélevé est aménagé sur la place de l'Hôtel de Ville, relativement grand au temps de l'ancienne salle de spectacle, rétréci par le nouveau théâtre, et ombragé par quelques grands résineux, qui ont remplacé des ormeaux. Des plantations d'arbres sont opérées sur la place du Roi-René et sur la place Notre-Dame. La levée de défense, édifiée face au Thouet, sert aussi pour les promenades familiales et équestres.
 Le seul grand espace vert public est le Jardin des Plantes, créé en 1834, sans cesse remodelé et agrandi par les soins d'Auguste Courtiller. Il est cependant situé bien loin du coeur de la ville et est bien davantage un musée de la vigne qu'un jardin public.
   

 16) L'ampleur des travaux urbains au XIXe siècle

  Nouveaux ponts, quais et levées, nouvelles voies pavées, bâtiments publics, la ville est totalement remodelée au cours du XIXe siècle. Il est instructif de dresser une sorte de palmarès du coût de ces travaux, à une époque où le franc est à peu près stable. Les sommes citées correspondent aux montants annoncés ; elles sont nettement inférieures à la réalité, en raison de l'achat préalable de terrains, puis de dépassements imprévus et de finitions comptées à part. Comme la marge d'erreur va toujours dans le même sens, les proportions entre les divers chantiers restent exactes et s'avèrent révélatrices.

 - Le raccordement ferroviaire entre les deux gares, le tunnel et le pont de fer auraient coûté 12 millions de francs, dont 1 million de subventions publiques.

 

 Cette dépense colossale est à la charge de compagnies privées, qui se sont remboursées par des péages.

 - Pont Napoléon, 2 millions de francs,

 

 dont 600 000 payés par la ville.

 - Collège de Jeunes Filles, près d'un million de F

 

 à la charge de l'Etat et de la ville par moitié.

- Hôpital général, 870 000 F,

 

 entièrement à la charge de la ville, dont c'est la plus grosse facture.

 - Levée de défense face au Thouet, 563 000, les 3/4 à l'Etat,

 

 15,9 % seulement à Saumur.

 - Rachat du service d'eau à la Compagnie Fortin-Hermann, 365 000 F.

 

 La ville investit plus de 400 000 francs dans son service d'eau.

 - Indemnités payées à la famille Stears pour manque à gagner dans ses ventes de gaz, 320 000 F.

 

Dépense improductive résultant d'une contestable décision de justice. 

- Nouvel Hôtel de Ville et restauration de la chapelle Saint-Jean, 300 000.

 - Théâtre, environ 270 000 F.

 

 Ces trois monuments emblématiques ne sont pas si coûteux.

 - Marché couvert, devis de 212 400 F.

 - Abattoirs, 136 000 F.

 A la seule exception du pont Napoléon, les travaux cités sont effectués dans la seconde moitié du XIXe siècle et avant 1914. Jusqu'à 1853, la municipalité pratique une gestion parcimonieuse, investissant en fonction de ses maigres économies, couvrant ses dépenses exceptionnelles par un relèvement des tarifs de l'octroi et ne lançant un nouvel emprunt que lorsque le précédent est amorti. Louvet émet une série d'importants emprunts à partir de 1853 et développe cette pratique de même que ses successeurs ; ainsi, le docteur Peton contracte un emprunt de 500 000 francs en 1894. A long terme, cet endettement progressif explique les faibles marges de manoeuvre de la ville pendant la Guerre 14-18 et après.

  

REPRÉSENTATIONS DE SAUMUR

      

 17) Descriptions littéraires

 

 

 Dossier 10 : Saumur vu par les voyageurs du XIXe siècle

  A propos de Saumur, un journaliste nommé Peauger écrit : « C'est un Bordeaux au petit pied sur la Loire ». Cette comparaison, qui réapparaît à plusieurs reprises s'explique par les fleuves, les quais, les maisons en pierre blanche, les théâtres et les choix monumentaux. Il n'est pas sûr qu'elle soit flatteuse, puisqu'elle suggère que Saumur n'a pas les moyens de ses ambitions.
 D'une façon habituelle, les écrivains de passage et les touristes se déclarent charmés par la beauté de la ville et par l'urbanité de ses habitants. Ils ajoutent souvent qu'ils sont surpris par sa maigre population et déplorent son faible dynamisme.
 Le dossier 10 présente quelques visiteurs attentifs et quelques descriptions illustrées. Attention toutefois aux formules anachroniques : le titre de " Perle de l'Anjou " a été lancé par le Syndicat d'Initiative du Saumurois en 1930 seulement.
    

 18) Descriptions artistiques

  Dossier 11 : Saumur vu par les artistes du XIXe siècle

  Les figurations de la ville, de ses paysages et de ses monuments, sont innombrables, depuis les gravures des artistes anglais, en passant par les vues des lithographes, les élévations d'architectes ou les dessins et les peintures d'amateurs. A défaut d'un relevé complet, notre dossier apporte des précisions ponctuelles et présente des oeuvres inédites.
   

 19) Les bruits de la ville

  Dossier 12 : Le paysage sonore

  Dans un essai inspiré par les travaux d'Alain Corbin & (8), nous avons cherché à reconstituer l'univers sonore de la ville tout au long du XIXe siècle. Un environnement bien différent du nôtre.
    

 

  L'idée de progrès n'est plus à la mode aujourd'hui. Elle l'était au XIXe siècle et elle a donné de bons résultats. De 1834 à 1914, et surtout dans la seconde moitié du siècle, les améliorations urbaines sont d'une ampleur considérable. La ville se sent en sécurité ; elle est protégée contre les inondations par un gigantesque réseau de digues ( toutefois, des infiltrations se produisent en périodes de hautes eaux et le quartier des Ponts n'est pas sauvegardé ). Par ailleurs, des éboulements du coteau et des remparts se produisent périodiquement sur le quartier de Fenet.
 Les éléments du confort moderne sont offerts à la population : des transports ferroviaires perfectionnés, l'électricité, l'éclairage nocturne, le téléphone, le gaz de ville, le service d'eau et un vaste hôpital. Les grands services publics fonctionnent, l'administration administre avec un personnel réduit, les lettres arrivent à J+1, l'enseignement public est assuré par deux collèges et par un réseau serré d'écoles.
 La zone bâtie a pris une extension considérable par l'apparition de beaux quartiers et de quartiers pour classes moyennes. De nouveaux monuments emblématiques à l'architecture soignée décorent le centre urbain. C'était peut-être une belle époque.