Les débuts du corps de sapeurs-pompiers

 

 Sous l'Ancien Régime, la milice bourgeoise veille à l'application du couvre-feu, opère des rondes nocturnes et intervient en première ligne quand éclatent des incendies. Cependant, elle ne dispose d'aucun matériel spécialisé et elle s'avère impuissante devant les sinistres importants ; on se contente alors de faire la part du feu et de protéger les maisons voisines.
 A Paris, en 1716, est créée une première unité spécialisée regroupant 60 gardes-pompe. A Saumur, le corps des pompiers naît avec la Révolution. Son histoire n'est nullement un long fleuve tranquille, car elle est hachée par de fréquentes réorganisations et par quelques crises.

Sources principales : A.M.S., 4 H 1 à 4 H 7. Renseignements oraux de Madame Barberot, petite-fille du commandant Clément Fournier.

1) Les premières étapes de la formation du corps

 Le corps de sapeurs-pompiers de Saumur est né en 1790, à l'époque de la réorganisation du royaume par l'Assemblée Constituante et dans le cadre de la structuration de la garde nationale. Trois documents l'attestent.
 Le 14 avril 1790 ( A.M.S., 4 H 5 ), les commissaires du service des pompes écrivent aux officiers municipaux de Saumur qu'ils disposent de deux pompes et qu'ils ont décidé de les faire manoeuvrer le premier dimanche de chaque mois sous la direction de Monsieur Miet ( qui appartient à une puissante dynastie d'entrepreneurs en charpente ). Ils demandent à la ville une rétribution pour les travaux d'entretien. Déjà, en novembre précédent, Thillaye fils, fabricant et « pompier du roi », installé à Paris au faubourg Montmartre, avait envoyé à la ville un prospectus publicitaire, accompagné d'une belle gravure aquarellée, dont l'échelle est graduée en pieds ( A.M.S., 4 H 5 ).

Modèle de pompe proposée par Thillaye, A.M.S., 4 H 5

 Rien ne permet d'affirmer que c'est le modèle ci-dessus qui a été adopté à Saumur, mais sûrement un type comparable - à savoir, une pompe à balancier, à double piston, à la fois aspirante et refoulante, sur laquelle on a adapté une lance d'incendie. Ces appareils, relativement légers, sont fixés sur des charrettes à bras.
 Le 30 juin 1790 est rédigé un projet d'organisation du corps de sapeurs-pompiers. On ne sait pas bien ce qui s'ensuivit. La compagnie se structure définitivement le 30 messidor an II, de la République une et indivisible ( 18 juillet 1794 ) ; les pompiers de Saumur, au nombre de 20, tous artisans, se réunissent pour « nommer entre nous » capitaine, fourrier, sergents et caporaux ; Herbault-Menier est élu capitaine. A tour de rôle, un homme prend la garde chaque soir [ la compagnie de Saumur a retenu cette date pour fêter son bicentenaire le 10 décembre 1994 ; dépliant à la B.M.S., A 1217 ].
 Depuis cette période, le corps fonctionne en permanence et apparaît régulièrement dans les archives. Le 6 prairial an IV ( 25 mai 1796 ), la municipalité décide de réparer les tuyaux ; la compagnie dispose de deux pompes, l'une entreposée au Fort ( au château ), l'autre à l'Arsenal ( dans l'ancien couvent des capucins, au quartier des Ponts ). Le 3 floréal an V ( 22 avril 1797 ), le corps atteint le total de quatre pompes, placées dans chacune des sections de la ville, ce qui sera son dispositif pendant un bon siècle. Cependant, deux des pompes étant hors d'usage, les réparations sont mises en adjudication. Le 18 vendémiaire an VI ( 9 octobre 1797 ), la compagnie dispose de 270 mètres de tuyaux, qu'il faut renouveler en partie. Deux ans plus tard, Herbault-Menier, toujours capitaine, fait fabriquer des grappins chez un forgeron.

2) La compagnie à l'époque de Napoléon Bonaparte

 Le 29 germinal an XI ( 19 avril 1803 ), la compagnie est structurée en 4 sections de 10 hommes, chacune actionnant une pompe. Le régime impérial, maniaque de la normalisation, impose de nouveaux statuts. Le 12 août 1807, le maire Cochon constate que la compagnie a perdu ses officiers et en nomme de nouveaux. Peu après, un Règlement général est signé le 23 mai 1808 par le maire Sailland-Vachon et imprimé chez Degouy aîné. Ce texte comporte des prescriptions détaillées. La compagnie est composée d'un capitaine, un lieutenant, un sergent-major, 4 sergents, 4 caporaux, 32 pompiers et un tambour, soit au total 44 hommes. Pour être admis, il faut être âgé de 21 ans au moins, avoir accompli ses obligations militaires et « exercer une des professions suivantes : maçon, charpentier, couvreur, plombier ou ferblantier, menuisier, sellier ou cordonnier ». L'exercice se déroule les premiers dimanches des mois de belle saison, à 6 heures du matin. Tout pompier qui n'est pas venu occuper son poste est exclu, à condition que trois personnes témoignent contre lui.

3) L'évolution ultérieure du corps

 Le 18 décembre 1821, un feu d'une rare violence ravage l'entrepôt du droguiste Etienne Petor, au carrefour des actuelles rues de la Petite-Bilange et de la Fidélité. Les pompiers dépassés par l'ampleur du sinistre demandent le renfort du piquet d'incendie de l'Ecole de cavalerie. Un mur s'effondre soudainement et tue sur le coup deux pompiers et quatre militaires, dont le lieutenant adjudant-major Duchesne. Un autre pompier décède des suites de ses blessures. L'émotion est vive dans la ville, où une souscription réunit 2 700 francs en faveur des familles des victimes et permet l'érection d'un monument commémoratif dans le nouveau cimetière.
 La réorganisation de la Garde nationale en 1832 y intègre le corps, qui, de 64 hommes en 1828, passe à 100 ( ces postes sont très recherchés, car ils dispensent du lourd service ordinaire des autres compagnies ). Cette garde est licenciée en décembre 1856 dans un climat orageux. Une nouvelle structure est mise en place après trois années de débats ; de janvier à juillet 1860, le Conseil municipal vote plusieurs crédits pour la réorganisation du corps de sapeurs-pompiers ( A.M.S., 2 D 16 ).
 D'autres modifications, d'origine gouvernementale, sont apportées par le décret Freycinet du 29 décembre 1875 : le corps reste communal, mais le texte prépare la départementalisation. En conséquence, le Conseil municipal adopte un nouveau règlement les 5 juin et 22 août 1877, règlement signé par le maire Lecoy et imprimé chez Roland en 1879. Les sapeurs-pompiers sont alors au nombre de 51, toujours structurés en quatre sections servant chacune une pompe de quartier. La grande nouveauté consiste en d'appréciables avantages matériels, sur lesquels nous revenons plus bas.

4) Des engagés volontaires

 Les sapeurs-pompiers signent un engagement volontaire pour cinq ans, qui est renouvelable. L'âge minimum, constamment à 21 ans, est en réalité plus tardif, car il faut au préalable avoir accompli ses obligations militaires : les sapeurs-pompiers n'en sont nullement dispensés, car, à Saumur, leur statut est civil. L'âge maximum de l'engagement est fixé à 35 ans en 1808, il passe à 45 ans en 1852, puis à 50 en 1877. Seul le capitaine est nommé à vie. Les autres, quand ils sont blanchis sous le harnois, sont remerciés à 60 ans, âge auquel ils jouissent de la « vétérance », titre auquel peut être associée une petite pension. Je ne trouve pas trace de ces pensions dans les budgets communaux jusqu'à 1864. A la fin du siècle, des caisses nationales assurent des retraites, modestes, mais très enviées.
 Les pompiers volontaires sont toujours des travailleurs manuels, appartenant en majorité aux secteurs du bâtiment, plutôt des entrepreneurs que des compagnons. Ils se succèdent souvent de père en fils, par fierté d'appartenir à une aristocratie des métiers.
 Au début du XIXe siècle, ils font preuve d'une belle abnégation, car leurs avantages matériels sont très minces. Ils sont dispensés du logement des troupes de passage ( ce privilège, appréciable au XVIIIe siècle, ne représente plus grand chose à cette époque ). Ils bénéficient de l'entrée gratuite à tous les spectacles, quels qu'ils soient. Evidemment, en cas de blessure ou de décès en service, la ville accorde des secours, mais elle ne leur fournit même pas un uniforme, seulement les boutons et un baudrier. Quand la compagnie forme une section de la garde nationale, l'exemption des autres exercices est un avantage plus appréciable.
 Dans la seconde moitié du siècle, la situation des sapeurs-pompiers s'améliore nettement. Ils reçoivent un uniforme de petite tenue à partir de 1852. Ils sont désormais indemnisés pour le temps passé. Le budget de 1864 prévoit 3 444 francs de dépenses pour le corps, dont 2000 en jetons de présence. Le règlement de 1877 précise que ces indemnités s'élèvent à 2 francs par revue de matériel et à 3 francs pour chaque intervention dans un incendie. [ Est-il besoin de rappeler que ces primes, sans doute justifiées, suscitent des vocations de pompiers pyromanes ? Ce ne sont pas les Corses de bonne foi qui me contrediront. ] Les officiers perçoivent des traitements annuels : 300 francs pour le capitaine, 200 pour ses lieutenants.Dessin de Nicolas Jolivot, B.M.S., A 1217

5) L'équipement

 Les uniformes sont décrits de façon vague dans les premiers règlements. Les officiers portent un habit à la française, bleu de roi, les sapeurs un habit-veste qui diffère peu de leur costume de travail. Dans le dépliant édité pour le Bicentenaire du corps de Saumur, Nicolas Jolivot a dessiné des tenues du début du siècle : à gauche, un garde-pompe du Premier Empire ( 1812 ), puis un sapeur-pompier de la Restauration ( 1816-1817 ) et enfin un tambour-major vers 1858.

 

 

 A partir de 1877, les sapeurs-pompiers reçoivent un équipement complet comportant le casque, le ceinturon de sauvetage et un uniforme, consistant en une veste de drap bleu, sur le modèle de l'artillerie, et un pantalon de drap gris à liseré écarlate.
 La gravure ci-dessous, tirée du Petit Parisien de 1906, n'a rien à voir avec Saumur, mais elle figure assez bien les tenues et l'équipement des compagnies du temps.

Incendie à Bordeaux en 1906. Tiré de l'excellent site "Cent.ans.free.fr"

 Depuis 1797, la compagnie dispose de quatre pompes principales, réparties selon les quatre sections définies à l'époque révolutionnaire. Ces pompes légères, fixées sur des charrettes à bras, peuvent être véhiculées rapidement vers le lieu des incendies ; à une époque où les projections d'eau sont peu abondantes, la vitesse de l'intervention est primordiale. Les entrepôts se révèlent d'une remarquable stabilité : pour la section de la Liberté ( les Ponts ), près de l'église de la Visitation - pour la section de l'Egalité ( Saint-Nicolas ), sous la salle de spectacle de la place de la Bilange - pour la section de la Fraternité ( Saint-Pierre ), soit à l'Hôtel de Ville, soit place Saint-Michel - pour la section de l'Unité ( Nantilly ), au collège de Garçons, puis dans un hangar installé derrière le temple, rue du Petit-Mail. Les clefs des magasins sont distribuées aux cadres et chaque agent de police doit les porter en permanence.
 A peu près tous les dix ans, le Conseil municipal vote l'achat d'une nouvelle pompe. Des inventaires détaillés révèlent que chaque section dispose d'un abondant matériel annexe : petites pompes portatives, tuyaux, seaux, haches, pics, grappins, cordages, torches, clefs anglaises, bricoles, porte-voix, planches, poulies...
 A partir du Second Empire, un local annexe est ouvert près du champ de foire, dans la Petite-rue Fardeau. Il sert de dépôt central, une tour en bois est construite pour le séchage des tuyaux. Ce local prend de l'extension et devient l'unique magasin, quand, après la Guerre 14-18, la compagnie acquiert de puissantes auto-pompes [ la caserne des pompiers est transférée rue de la Maremaillette à partir de 1936, puis rue Gambetta de 1959 à 1965 ].

6) Les missions du corps

 La lutte contre le feu est alors la fonction essentielle du corps. Chaque règlement décrit avec une minutie toute militaire le scénario quasi invariable des interventions. Toute personne qui constate un début d'incendie doit aller prévenir le poste de police, implanté jour et nuit sous les halles de la place de la Bilange, puis à l'entrée de la Mairie. Le chef de poste prévient le tambour de ville, qui habite dans l'hôtel Blancler ; ce dernier opère un circuit invariable en criant : « Au feu ! » et en indiquant le lieu du sinistre. Cinq tambours ou clairons des pompiers prennent le relais dans chaque quartier [ les sirènes apparaissent sur le toit de la gendarmerie entre les deux guerres ]. Le chef de poste prévient aussitôt l'architecte-voyer, le commissaire de police, le maire, le sous-préfet et le poste de l'Ecole de cavalerie. Le capitaine des pompiers ou ses adjoints, accourus sur les lieux, prennent des dispositions adaptées à l'importance du feu. Afin d'être constamment opérationnels, les pompiers s'entraînent souvent, au moins chaque mois. En outre, en 1891, ils organisent à Saumur un concours de manoeuvre des pompes.
 La compagnie n'intervient pas dans les accidents de la vie quotidienne. Elle est présente dans les inondations spectaculaires, sans posséder de matériel adapté. A partir de septembre 1907, elle dispose d'un casque respiratoire, type " Paravapor ", qui lui permet de secourir les asphyxiés. Sa première ambulance n'apparaît que le 20 février 1937 ; encore s'agit-il d'un vieux véhicule que l'amicale des sapeurs-pompiers a transformé et qu'elle offre à la ville. Auparavant, ce sont les dames de la Croix-Rouge qui assurent les premiers secours lors des manifestations.
 La compagnie a une autre mission, qu'on ignore trop : elle doit concourir à l'ordre public et elle peut être mobilisée en cas d'émeutes. Pour ce faire, les sapeurs portent un court sabre-poignard : ils ont des fusils à leur disposition, des armes déclassées en général. En novembre 1821, ils reçoivent « 25 fusils, tous en mauvais état, et plusieurs sans bayonnette » ; en mars 1860, on leur accorde 150 carabines. En 1902, la compagnie est consultée et vote en faveur de l'armement ; la commune lui achète 60 fusils, modèle 1874 [ ces armes sont rendues à Angers en février 1915 pour équiper la défense nationale et remboursées vers 1919 ]. Toutefois, les pompiers ne peuvent porter leurs fusils que sur autorisation du commandant de la place. Ils ne l'ont jamais fait.
 Dans la pratique, les agents de ville étant réduits à six, ce sont les pompiers qui assurent le service d'ordre, tâche qui est le plus souvent un service d'honneur. Ils sont présents au premier rang dans toutes les manifestations, fiers d'arborer leur casque rutilant. Ils organisent la retraite aux flambeaux du 13 juillet au soir et ils défilent en tête le lendemain. Ils accueillent les chefs de l'Etat et les ministres à leur sortie de la gare. Ils canalisent les foules accourues pour les fêtes d'aviation. Chaque section assure à tour de rôle le piquet d'incendie aux représentations du théâtre ; cette mission est présentée comme une récompense et, d'après les règlements, 7 à 8 hommes sont mobilisés à chaque séance.

7) Une société conviviale

 Les sapeurs-pompiers sont donc très pris par leurs activités diverses et ils sont souvent réunis. Ils forment une micro-société très soudée, qui se retrouve aux banquets comme aux enterrements, qui se réunit dans le cadre d'une amicale et qui gère une caisse de secours et une caisse de retraite. Les tambours et les clairons forment une fanfare, qu'on remarque souvent dans les défilés et qui prend la pose dans la cour de l'hôtel de Ville.

La fanfare des sapeurs-pompiers dans la cour de l'hôtel de Ville de Saumur

 Volontiers égalitaires, les pompiers acceptent de leurs chefs une stricte discipline lors des interventions, mais veulent un climat de camaraderie dans les relations courantes.

8) Un corps ombrageux

 Conscients de représenter l'élite de l'artisanat local et tout dévoués au bien public, les pompiers attendent de leurs concitoyens considération et reconnaissance. Après un grand incendie, ils apprécient de voir le Conseil municipal leur voter une motion de félicitations ; ils acceptent volontiers diplômes de reconnaissance, médailles d'honneur et parfois légion d'honneur. Dans ses lettres aux maires de toutes les époques, le capitaine, sûr de son importance, adopte un ton ferme dans ses demandes de renouvellement du matériel. Il faut cependant honorer la compagnie avec doigté ; Jacques-Alexandre Couscher, original fondateur de nombreuses donations philanthropiques, offre une prime annuelle pour le pompier le plus courageux dans les incendies ; les pompiers font savoir qu'ils font preuve d'un égal courage, si bien que les édiles transforment la rente en un versement annuel à leur caisse de prévoyance ( cette somme particulière apparaît longtemps dans les budgets municipaux ).
 Par ailleurs, certaines revendications ne sont pas exprimées en clair, mais filtrent au travers des correspondances. Les sapeurs-pompiers ne sont pas des professionnels et ne sont pas encore logés par la ville. Certains, en particulier le sergent-fourrier, passent beaucoup de temps à remplir des tâches de manutention. Ils souhaiteraient que la ville leur procure un emploi public peu accaparant. Des lettres de démission se font l'écho de quelques déceptions.

9) Election ou nomination des chefs ?

 Le corps des sapeurs-pompiers est imprégné d'esprit démocratique. Il admet que le capitaine procède aux nominations des sous-officiers, tout en souhaitant choisir lui-même ses officiers. Ce désir apparaît nettement au début de leur histoire. En juillet 1794, alors que la politique de Terreur impose un fort centralisme, ils procèdent librement au choix de tous leurs gradés. A l'époque de l'Empire, peu favorable au principe électif, le règlement du 23 mai 1808 précise : « le Capitaine est nommé à vie ; quand cette place est vacante, la Mairie présente trois candidats à la Compagnie, qui en choisit un ». Sous la très réactionnaire Restauration, c'est le préfet qui nomme les officiers. Lorsque le corps s'intègre dans la garde nationale, l'élection des officiers est de règle. A partir du 30 août 1852, c'est Louis-Napoléon Bonaparte qui nomme les officiers. Après cette date, ils sont nommés par le chef de l'Etat dans le cadre d'une lourde procédure. Quand un poste est vacant, le maire propose un nom de remplaçant au sous-préfet, habituellement le gradé de rang inférieur. Après transmission hiérarchique, le chef de l'Etat signe le décret de nomination, qui est transmis par le ministre de l'Intérieur. Les seules élections consistent désormais dans le choix de délégués au Conseil Supérieur des Sapeurs-Pompiers.

10) La crise des années 1898-1907

 Une longue crise secoue le corps au changement de siècle ; on ne dispose pas de tous les éléments pour en faire un récit détaillé. Une cause strictement locale apparaît. Le capitaine Gédéon Lamy, le lieutenant Charles Mauront et le sous-lieutenant Edouard Prudhommeau père se révèlent hautains avec leurs subordonnés. Dans une lettre de démission adressée au maire le 15 décembre 1898, un sapeur se plaint de l'absence de comptes fournis par le capitaine : « je me suis permis de lui dire qu'il n'était pas un capitaine, mais un entrepreneur de pompiers ». Au cours d'un exercice l'année suivante, quelqu'un crie : « A mort, Prudhommeau ! ». Tous les officiers présentent leur démission en 1899. De nouveaux officiers sont nommés le 10 novembre 1903, mais, les conflits renaissant, le maire Peton dissout la compagnie le 8 octobre 1904 ( A.M.S., 3 D 5 ). Il ne faut pas en conclure que Saumur est sans service d'incendie au cours de cette période ; la compagnie continue à fonctionner avec 51 hommes exerçant à titre provisoire.
 Ces conflits locaux se produisent à une époque où une refonte des corps est décidée au niveau national. Une commission saumuroise étudie la condition des sapeurs-pompiers et produit une lourde paperasserie en 1903-1905. La crise semble terminée lorsque le président du Conseil Georges Clemenceau nomme de nouveaux officiers le 3 juillet 1907.

 Avec 53 hommes au tableau du 3 janvier 1914, la compagnie est opérationnelle. Pour peu de temps, car la mobilisation générale lui enlève le plus gros de ses effectifs, au point qu'elle n'est plus en mesure d'intervenir. Le capitaine Clément Fournier, entrepreneur en maçonnerie, demande que des sapeurs affectés à l'atelier d'arçonnerie de l'Ecole aient l'autorisation de la renforcer, en dehors de leurs heures de service.