Les colères des fleuves

 

 La protection du centre-ville par un enclos de digues est, pour l'essentiel, achevée en 1832. Paradoxalement, c'est après cette date que se produisent des inondations spectaculaires, catastrophes qui ont amené les autorités à consolider les systèmes de défense.
 Il n'est pas possible ici de rappeler en détail les mécanismes des crues et l'ensemble complexe des phénomènes qui expliquent les intrusions des eaux. Pour des compléments, voir :
- Abel Duveau, Des inondations et plus spécialement de celles de la Loire. Etude préliminaire sur les travaux à entreprendre dans le but principal de maintenir les fleuves dans leur lit, Saumur, chez RolandFils, 1867 ( partisan de hautes digues insubmersibles ) ;
- Roger Dion, Histoire des levées de la Loire, Paris, 1961 ( plaidoyer pour les déversoirs ) ;
- Yves Babonaux, Le lit de la Loire, C.T.H.S., 1970 ;
- Paul Fénelon, Atlas et géographie des Pays de la Loire, Flammarion, 1978, p. 41-54 ;
- Charles-Alain Schulé, « Les crues inondantes en Anjou aux XIXe et XXe siècles », Archives d'Anjou, n° 4, 2000, p. 236-255.

1) Loire, Vienne et Thouet

 La Loire présente habituellement de hautes eaux en saison froide, une première poussée en novembre-décembre due aux pluies océaniques, une seconde en février-mars, accentuée par les premières fontes des neiges. Cependant, son régime est loin d'être régulier et il est toujours contrasté. L'écart entre le débit des crues et des étiages est en moyenne de l'ordre de 1 à 8 à Ancenis, si bien que P. Fénelon décrit la Loire comme « un fleuve montagnard dans le Jardin de la France ». A Saumur, les crues ne correspondent pas exactement à celles de la Loire moyenne, car la Vienne joue un rôle capital : que cette dernière présente à Candes une pointe de crue en même temps que la Loire, et Saumur se trouve soudain menacé. En outre, la Vienne connaît de fortes montées des eaux en mai-juin, ce qui donne des inondations de saison chaude, particulièrement redoutées par les paysans.
 Nous parlons des cours d'eau au pluriel, car le Thouet est trop souvent oublié. Cette rivière d'apparence paisible, bordée d'amples prairies, joue le rôle positif de réservoir d'expansion, quand la Loire déborde de son lit mineur. Si la crue est de grande amplitude, les eaux du fleuve refluent dans sa basse vallée, dont la pente est quasi nulle à partir du Marais-le-Roi. En outre, le Thouet, alimenté par de nombreux ruisseaux à forte pente et classé parmi les rivières de régime torrentiel, présente des crues soudaines en saison froide ; le seuil d'alerte théorique est fixé à 27,60 m sur l'échelle du pont de Chacé. C'est finalement par le Thouet que la ville a subi ses invasions les plus dévastatrices.

2) Les crues décennales du début du XIXe siècle

 Après l'inondation spectaculaire du 17 pluviôse an VII ( 5 février 1799 ), la Loire semble se calmer. Des hautes eaux exceptionnelles sont relevées en 1803, 1814, 1817, 1818 et 1825. Les bas quartiers des Ponts sont envahis, mais aucun drame n'est signalé pour le centre-ville.

3) L'inondation de janvier 1843

 En 1843, la Loire moyenne n'enregistre pas de forte montée des eaux. Cependant, à cause d'une crue soudaine de la Vienne, la Loire atteint 6,70 m, le 17 janvier, sur la nouvelle échelle du pont Cessart. D'autre part, depuis quatre jours, le Thouet présentait une élévation exceptionnelle. Jean-Baptiste Coulon ( Epoques saumuroises, Javaud, 1844, p. 419-427 ) a dressé à chaud un tableau épique des événements. Paul Godet, dans la réédition de 1845 de J.-Fr. Bodin ( t. 1, p. 560-561 ) en donne un récit plus sobre.
 Les premières inquiétudes se sont portées sur la levée de Nantilly, bâtie à la hâte et déjà dégradée par le passage de lourdes charrettes. Le lundi 16 janvier, les autorités municipales font battre la générale et des volontaires s'efforcent de consolider les digues en les épaulant par des batardeaux. Dans la nuit suivante, les eaux montent encore et deviennent plus violentes. La vieille levée du XVIIIe siècle protégeant le quartier du Chardonnet s'effondre en trois points sur ses trois côtés différents, d'abord, en arrière de l'Ecole de cavalerie ( au bout de l'actuelle rue d'Alsace ), puis sur son flanc occidental, en aval du pont de Saint-Florent, enfin et surtout, face à la Loire, par une brèche de plus de 100 mètres. Le Chardonnet est envahi par des eaux tumultueuses, qui emportent les murs des jardins. Soldats et chevaux sont envoyés vers Doué, Montreuil et Fontevraud ; seuls restent au quartier une partie des officiers-élèves. Par la rue Beaurepaire, les flots se répandent dans l'ensemble de la ville, déjà envahie par des débordements, qui s'étaient produits en face de la rue de la Tonnelle.
 Comme en 1615, la nappe d'eau recouvre toutes les rues basses et atteint une hauteur de 2 à 3 mètres, selon l'épaisseur des remblaiements. Elle envahit de nombreuses maisons, mais sans grande violence ; peu de bâtiments sont détruits et on ne déplore qu'un seul noyé.
 Le quartier de Nantilly, autour de la rue du Pressoir, situé à un niveau plus bas, est particulièrement éprouvé. Jean Burgevin, le directeur de l'école mutuelle des Récollets, accueille dans ses classes transformées en dortoirs de 150 à 250 personnes, qui sont ravitaillées par les élèves.
 De nombreux habitants s'enfuient sur des charrettes ; d'autres, réfugiés au premier étage de leur demeure, sont secourus en barque. Les dommages matériels sont considérables. On comprend que l'anxiété réapparaisse le 23 octobre 1846, quand la Loire moyenne remonte à plus de 6 mètres. Par bonheur, la Vienne n'était pas alors en crue ; elle a servi de réservoir d'expansion aux flots du fleuve.

4) La nouvelle catastrophe de juin 1856

 Ces avertissements répétés n'ont guère été entendus. Les autorités se lancent sans hâte dans de nouveaux travaux : réparation des vieilles digues, élargissement de la rue d'Alsace, remblai du chemin de fer aménagé comme un renforcement de l'ancienne levée, relèvement des digues par des banquettes à partir de 1847.

 La crue de 1856 bat tous les records connus, à la suite de pluies ininterrompues, autant de régime océanique que semi-continental, pendant tout le mois de mai. Les sols sont gorgés d'eau et toutes les rivières de France sont en crue en même temps, la Saône, le Rhône, la Loire et tous ses affluents. Le mardi 3 juin, la Loire atteint 7,55 m à l'échelle de Tours. L'alerte est donnée et tous les agents des Ponts et Chaussées mobilisés. A Saumur, les premiers menacés, les militaires et leurs chevaux, partent bivouaquer les 2 et 3 juin. Le mercredi 4 juin, au matin, la Loire atteint 6,80 m à l'échelle du pont Cessart, et l'eau continue à monter ; elle dépasse légèrement 7 mètres, si l'on en croit le repère gravé dans la pierre, un peu au-dessus de la ligne rouge des 7 mètres.

Les quatre plus hautes crues sur l'échelle du pont Cessart

 En 1843, on avait cru tous les records définitivement battus et l'on avait gravé en lettres énormes « 43 -- 6 ms 70 ». Avec 6,90 m, la crue de 1866 est très proche du niveau de 1856 ( sur d'autres échelles, les niveaux sont inversés ). La crue de 1910 ( si dévastatrice ailleurs ) arrive en quatrième position et paraît un peu maigrelette avec ses 6,40 m. Cette même hauteur a été atteinte en décembre 1982, mais n'a pas été gravée sur la pierre.

 Revenons au 4 juin 1856. Sur ces événements, outre les articles de presse, Louis Tavernier, Souvenirs de l'inondation de Maine et Loire, juin 1856, Angers, Cosnier et Lachèse, 1856, ouvrage orné de 13 lithographies de Louis Moullin ; J.-B. Coulon et L. Auché, Inondation de 1856 dans la Vallée de la Loire, P. Godet, 1857 : L. Picard, Origines de l'Ecole de Cavalerie et de ses traditions équestres, Milon, [ 1890 ], t. 2, p. 399-401.

Partie droite de la lithographie de L. Moullin

 Dessinateur et lithographe, Louis Moullin a intitulé son oeuvre " SAUMUR - Inondation du 5 juin 1856 ". Je crois qu'il représente plutôt la situation au 4 juin, alors que la crue atteint sa pointe maximale. Il amplifie peut-être la violence des vagues, mais les témoins oculaires confirment que les eaux submergent le quai ( qui n'a pas encore atteint son niveau actuel, alors que le petit square de l'Hôtel de Ville est au sec ).

Un passage, aujourd'hui muré,donnant sur le chemin de lisison De l'autre côté du pont, le quai Saint-Nicolas, tout neuf, est d'une hauteur suffisante, mais Joly-Leterme et l'ingénieur des Ponts et Chaussées ont oublié de murer deux passages souterrains débouchant sur le chemin de liaison entre les deux quais. Les eaux s'engouffrent dans les galeries et jaillissent avec la puissance d'un geyser à l'angle des rues de la Petite-Bilange et de la Fidélité. Tout le quartier de la Petite-Bilange et du port Saint-Nicolas est ravagé par un courant violent, qui emporte les pierres des seuils.

 De l'autre côté de la ville, les menaces pesant sur la levée de Nantilly donnent de vives inquiétudes. Les habitants du quartier s'efforcent de colmater les points faibles à l'aide de planches, de terre et de fumier. Ils sont renforcés par 350 détenus de Fontevraud amenés à la hâte, « qui travaillent avec une rare ardeur ». La digue résiste. Cependant, par suite des infiltrations diverses, une nappe d'eau recouvre la ville, des murs de jardins s'écroulent, en particulier dans le quartier de la Chouetterie et de la rue de Bordeaux. A Saint-Hilaire-Saint-Florent, le bas quartier, non protégé, est recouvert par deux mètres d'eau, et trois maisons sont emportées.

 On redoute le pire, quand, dans l'après-midi de ce 4 juin, le niveau des eaux s'abaisse brusquement. La cause en a été connue plus tard : ce même jour, à 4 h 40 du matin, à la Chapelle Blanche ( la Chapelle-sur-Loire ), une brèche de 180 mètres a ouvert le passage à un torrent dévastateur qui s'engouffre dans la vallée de l'Authion et qui traverse la grande route de Saumur au Mans le 5 juin à 4 heures du matin. Après Longué, Beaufort est submergé ce même jour, à 6 h du soir. Le lendemain, les carrières de Trélazé sont envahies.
 Le désastre, qui ravage la vallée de l'Authion et qui sauve la ville d'une catastrophe, touche le quartier de la Croix Verte et les hameaux voisins, qui n'étaient pas défendus de ce côté. Des mariniers expérimentés parcourent en barque la vallée à la recherche des personnes menacées. Un instituteur détaché au collège, Jacques Rainaud, sauve en particulier deux personnes âgées. Des villageois bivouaquent avec leurs animaux sur les rues et les places de la ville.
 Dans Saumur, où les eaux baissent rapidement, on se mobilise pour aider les sinistrés de la ville et les nombreux réfugiés, qui errent totalement hébétés. La municipalité fait distribuer des secours par l'intermédiaire du clergé ; les écuries vides de l'Ecole hébergent les animaux déplacés. Les liaisons ferroviaires et télégraphiques sont interrompues pendant deux semaines.

 Grâce à la dérivation de la Chapelle-sur-Loire et à de nombreuses autres brèches, Saumur échappe à un désastre pire que celui de 1843. Cette fois, de nouveaux grands travaux sont lancés ; à partir de 1857 est entreprise la levée de défense, face au Thouet, du pont Fouchard à l'ancienne levée du XVIIIe siècle.

5) La nouvelle inondation de septembre-octobre 1866

 Le 1er octobre 1866, les eaux retrouvent à 10 cm près leur niveau de 1856. Cependant, le nouveau quai de Limoges est construit et la levée de défense est achevée. On ne signale pas de gros dégâts dans la vieille ville.
 L'inondation est plus spectaculaire du côté septentrional. La gare d'Orléans est envahie par une nappe d'eau ; l'embarcadère primitif reste au sec, mais le niveau de l'inondation correspond à celui des marchepieds des wagons, ainsi que le montre cette gravure de l'Illustration effectuée à partir d'une photo envoyée par Le Roch.

Vue de l'inondation de la gare des voyageurs, gravure sur bois établie d'après une photo de Le Roch et publiée dans l'Illustration

 La photographie ci-dessous du 1er octobre 1866 a été prise en direction d'Angers. Elle représente les bâtiments de la première gare de marchandises et une locomotive baptisée " Pythagore " :
L'inondation vue en direction d'Angers. Le photographe pourraît être Le Roch

 Des deux côtés de la ville, le remblai du chemin de fer est coupé par d'importantes brèches, ainsi que l'atteste cette gravure sur bois tracée d'après une autre photographie de Joseph Le Roch :

Rupture du remblai du chemin de fer, près de Saumur

  Les liaisons ferroviaires et télégraphiques sont à nouveau interrompues.

6) Pourquoi ces crues centennales ?

 A trois dates rapprochées, la ville subit donc l'agression de crues redoutables, auxquelles on peut attribuer le qualificatif bien théorique de centennales ( crues qui se produisent dix fois par millénaire ). Nous ne disposons pas d'explications pleinement satisfaisantes pour rendre compte de ces phénomènes exceptionnels. La recherche en géographie physique décline en France, en particulier sur l'histoire des climats. La géographie scolaire renonce désormais à diffuser les notions élémentaires de climatologie et d'hydrologie. Cette démission laisse le champ libre à des ignorantins qui racontent n'importe quoi dans les médias. Voici, modestement, quelques faits établis :

- Les diverses publications d'Emmanuel Leroy Ladurie prouvent que le Petit Age glaciaire s'achève au milieu du XIXe siècle. Depuis cette période, le climat se réchauffe à une vitesse accélérée dans la plupart des points du globe. De solides scientifiques continuent à penser que l'activité humaine et que la teneur en gaz carbonique n'est pour rien dans cette évolution. En tout cas, dans les années tournantes 1840-1880, le climat présente des dérèglements marqués et des phases de pluviosité exceptionnelles.

- Les travaux de Roger Dion établissent que le rétrécissement du lit majeur de la Loire et de ses affluents est la cause principale des inondations contemporaines. Le resserrement du réseau des levées provoque une hausse du niveau des eaux et accélère la progression de la redoutable pointe de crue. A Saumur, le bras secondaire de la Croix Verte a été coupé vers 1834 par la route de Rouen, puis totalement obstrué à ses deux extrémités par le remblai de la voie ferrée ; cette digue et la nouvelle route de Tours ont notablement réduit le lit d'inondation du fleuve. Des débats ont porté sur le barrage placé à la tête du bras des Sept-Voies vers 1825 pour construire le pont Napoléon. Ce barrage est consolidé en 1845 par les ingénieurs du service de la Loire et modifié par suite de nombreux contrordres ( A.D.M.L., 121 S 86 ). La ville s'y déclare opposée et l'ingénieur en chef Collin, en 1861, propose de le remplacer par un barrage mobile. En tout cas, il met au sec le bras en périodes de basses eaux, mais il laisse libre cours au passage des crues. Au contraire, dans ce secteur, la destruction de l'îlot des Trois-Maisons a plutôt favorisé la circulation des hautes eaux.
 Le débouché du Thouet est au contraire sérieusement resserré, d'abord par la construction des deux digues du côté de Saumur ( la levée de Nantilly et la levée de défense ) et aussi de l'autre côté par la nouvelle route allant du hameau du Pont Fouchard à Saint-Florent ; plus en aval, la route prolongeant la rue Beaurepaire jusqu'à Saint-Florent constitue une levée insubmersible perpendiculaire à la rivière et les deux culées du pont de Saint-Florent forment une sorte de goulet d'étranglement.

- Les ponts Fouchard, Cessart et Napoléon forment un obstacle en période de très hautes eaux et provoqueraient une élévation du niveau de quelques centimètres, sans qu'on puisse les incriminer dans les inondations les plus dévastatrices.

- L'évolution du thalweg - la ligne reliant les points les plus bas du lit - a été étudiée dans divers rapports aux conclusions divergentes. Au XIXe siècle, l'extraction de sable n'est habituellement opérée que dans le bras des Sept-Voies et, par suite d'une reprise d'érosion dans la Loire supérieure, les apports en sable progressent ; on peut tenir pour certain que le niveau du fond du fleuve s'est relevé, ce qui joue un rôle considérable dans la hauteur des crues jusqu'à 1910.
 A l'inverse, au cours du XXe siècle, le lit s'abaisse à Saumur, le niveau d'étiage est plus bas qu'au temps de Cessart, au point que les fondations des ponts sont menacées, parce qu'elles se retrouvent au sec durant l'été. Les dragueurs de sable, très actifs dans le Saumurois, ont été accusés d'avoir provoqué cet approfondissement ; il est également certain que la recharge en sable faiblit et que l'abaissement de la Basse-Loire et la suppression d'un delta sous-marin ont des répercussions en amont. [ Entre le bec de Vienne et les Ponts-de-Cé, le niveau du thalweg se serait abaissé de 1,1 m entre 1932 et 1980 ; cette évolution a eu l'avantage de limiter la hauteur des dernières grandes crues de la Loire à Saumur, qui n'atteignent que 6,22 m en mars 1923, mais aussi la hauteur inquiétante de 6,40 m en décembre 1982. ]

7) La banquise de Saumur ( janvier-février 1880 )

 Les températures exceptionnellement basses de l'hiver 1879-1880 ( - 28° C à Orléans ) provoquent l'embâcle de la Loire par une épaisse couche de glace. Un dégel soudain entraîne une montée des eaux et la dislocation de la banquise en énormes blocs, qui suivent le courant à grande vitesse et heurtent les piles des ponts. L'île de Souzay, les bancs de sable, le barrage des Sept-Voies et la tête de l'île d'Offard provoquent un blocage de ces masses glacées ; un brusque regel fige ce chaos « dans une sorte de catalepsie subite et fantastique », selon la description lyrique de Camille Flammarion ( Archives des Saumurois, n° 201 ). Ce spectacle grandiose attire 15 000 visiteurs et tous les hebdomadaires illustrés envoient des journalistes et des dessinateurs. Le dessin de Deroy est le plus pédagogique :

Partie centrale du dessin de Deroy, Illustration du 31 janvier 1880

 Nombreuses illustrations dans l'album photographique publié par Charles à Orléans et dans Saumur en estampes, n° 120 à 127.
 Dans notre cadre réduit, nous ne pouvons qu'ajouter quelques inédits.

La tête de la banquise au pied de Notre-Dame des Ardilliers
Dessin de Teyssonnières dans le Monde Illustré

L'évacuation de l'île de Souzay
Le glacier de la Loire - Fuite des habitants de l'île de Souzay, L'Univers illustré, 24 janvier 1880

La Mer de Glace à Villebernier
La pointe de Villebernier et la banquise dite Mer de Glace, dessin d'Henri Meyer pour l'Illustration

La banquise de Saumur intéresse aussi les magazines étrangers. Voici la version de The Illustrated London News du 7 février 1880, p. 140 ( gravure sur bois par Montbard ).
Mazazine britannique

Ouverture d'un chenal
Les pontonniers du Génie utilisent 15 tonnes de dynamite et parviennent à ouvrir un chenal d'évacuation des eaux le long de la rive méridionale.

Le photographe sur la Loire, dessin par Adrien Marie, photogravure par Gillot

 

 

 

 

 

 

 

 Le photographe Victor Coué s'installe sur le barrage des Sept-Voies, recouvert par d'énormes blocs de glace, et il mitraille des touristes qui prennent des poses avantageuses, comme s'ils bravaient un grave danger ( dessin par Adrien Marie, photogravure par Gillot ). Par ailleurs, il envoie des clichés aux grandes revues et nous laisse une photographie exacte de l'embâcle ( Bibl. mun. d'Angers, G.F. 964 ).

 

 

 

Photographie de l'embâcle par Victor Coué, A.M.S., 34 Z 53 ( trois autres photos dans le fonds Couffon à la Bibl. mun. d'Angers, G..F. 964 ).

 Passée la phase d'ébahissement, les Saumurois s'inquiètent, craignant que l'eau accumulée à l'amont de la banquise provoque une brusque débâcle, qui ravagerait les ponts et les faubourgs. En réalité, grâce au chenal ouvert par les pontonniers, les eaux s'écoulent régulièrement, pendant que la glace fond. Le 15 février, tout est terminé.

 

8) Les nouvelles inondations du début du XXe siècle

 Bien que la crue se limite à une hauteur de 5,94 m, des cartes postales représentent les inondations de 1904. La nappe d'eau recouvre tout juste les pavés de la rue de la Petite-Bilange ( remarquer à droite la pancarte annonçant l'imprimerie L. Picard ).

Inondation de 1904 au milieu de la rue de la Petite-Bilange

Le niveau est un peu plus élevé sur la place Saint-Nicolas, où un couple de jeunes mariés circule sur des planches et en barque.
Mariés sur la place Saint-Nicolas

Un amateur a pris le cliché suivant, toujours devant l'église Saint-Nicolas :

place Saint-Nicolas en 1904

Cette caricature éditée par Voelcker se réfère vraisemblablement à cette crue de 1904 :
"Reprise sur le Chardonnet en hiver", ée. Voelcker, dos non divisé

 L'alerte est plus sérieuse à deux reprises en 1910. Déjà, en janvier-février, la Loire se fait menaçante ; en novembre, elle atteint 6,40 m à l'échelle du pont Cessart. Surtout, les hautes eaux durent longtemps, du 1er novembre au 10 décembre. Les digues tiennent, mais des infiltrations se produisent à travers toute la ville, surtout par l'intermédiaire des caves. Sur une carte postale que me communique aimablement Danielle Rouly, il est précisé : « Dans l'église Saint-Nicolas, il y avait 20 centimètres d'eau. Il n'y avait que les ponts et le coteau où il n'y avait pas d'eau ». Tout le terrain du Chardonnet et les bâtiments militaires sont envahis :

L'Ecole de cavalerie dans l'eau et un officier se déplaçant sur de curieux flotteurs

Blanchaud multiplie les clichés. Voici la partie centrale de la plaque représentant l'actuelle avenue du Maréchal-Foch :
Cliché Blanchaud 145 - 1910-11

 Le Chardonnet est, sans surprise, recouvert par une petite nappe d'eau. A l'arrière plan, les écuries Bouvines ne sont pas encore transformées en lieu d'hébergement.

Le Chardonnet en 1910, cliché anonyme.

A la Gare de l'Etat, les rails sont recouverts, mais les trains peuvent circuler :
L'nondation de 1910 à la Gare de l'Etat

 La gare était pourtant protégée par une digue et la ligne ferroviaire rehaussée. Dans les zones non protégées, l'inondation de novembre 1910 est encore plus spectaculaire. La voici dans les parties basses de Bagneux, où l'eau remonte par une bouche d'égout :

Photo Blanchaud

 Retrouvant les frayeurs de 1856, des paysans de la Vallée, sur des charrettes, traversent la ville pour se réfugier sur les coteaux. Les pompes à vapeur mises en action sont de peu d'effet. L'inondation est désastreuse, non en raison de sa hauteur, mais de sa durée. De nombreuses maisons sont évacuées. Les entreprises Mayaud-Frères et Balme ferment et mettent leurs salariés au chômage. La municipalité secourt 198 familles dans la misère ; les nouveaux comités de la Croix-Rouge, la Société Française de Secours aux Blessés Militaires et l'Union des Femmes de France, viennent également en aide aux sinistrés.
 Ces derniers sont particulièrement nombreux dans le Quartier des Ponts, zone plus souvent et plus gravement touchée par les excès du fleuve, car le quartier d'Offard n'est pas protégé.