La création de l'Ecole de cavalerie

 

 L'Ecole de Saumur naît véritablement de quatre décisions successives, que nous allons commenter :

1) 5 novembre 1823, création de l'Ecole de Versailles

 Une ordonnance royale du 5 novembre 1823 crée une Ecole d'application de cavalerie destinée à former les jeunes officiers sortant de l'Ecole spéciale de Saint-Cyr, avant qu'ils rejoignent leur régiment. L'Ecole est installée à Versailles, dans les écuries d'Artois. Cette décision aurait pu signifier l'extinction définitive de l'Ecole d'Instruction des troupes à cheval de Saumur. En réalité, la nouvelle institution n'est pas complètement constituée : une partie de ses cours est donnée à Saint-Cyr, tout proche, et elle est aux ordres du général commandant cette école. Plusieurs anciens cadres de Saumur sont d'ailleurs nommés à Versailles.

2) 11 novembre 1824, transfert à Saumur de l'Ecole de Versailles

 L'article 1er de l'ordonnance royale du 11 novembre 1824 résume tout : « L'école de cavalerie établie à Versailles sera transférée à Saumur le plus tôt possible ». Il s'agit donc d'un déplacement d'urgence. Ce qui avait provoqué la fermeture de Saumur se trouve paradoxalement à l'origine de sa résurrection. Les jeunes officiers de la nouvelle école sont remuants et considérés comme peu sûrs par le nouveau roi, Charles X. Les maintenir aux portes de la capitale peut présenter des risques ; c'est pourquoi, ils seront remplacés dans le quartier d'Artois par des Gardes considérés comme d'une fidélité à toute épreuve.
 En même temps, interrompre l'osmose avec Saint-Cyr nécessite la nomination d'un nouveau commandant et la création de moyens autonomes.

3) 17 novembre 1824, nomination du maréchal de camp Victor Oudinot à la tête de l'EcoleLithographie Aug. Bry

 Nicolas-Charles-Victor Oudinot est le fils aîné, né du premier mariage de Nicolas Oudinot, duc de Reggio, le « maréchal aux 35 blessures ». La famille ne s'est pas ralliée à Napoléon pendant les Cent-Jours ; elle semble profondément attachée aux Bourbons et elle est bien en cour ( cette garantie politique est de première importance en cette affaire ). Victor, né le 3 novembre 1791, était devenu premier page de l'Empereur et, tout jeune encore, il avait participé aux dernières campagnes napoléoniennes dans la cavalerie de la Garde. Louis XVIII en fait son écuyer cavalcadour, responsable de ses chevaux et de ses équipages. Le marquis de Reggio poursuit une belle carrière : le 4 mars 1824, à 32 ans, il est promu au grade de maréchal de camp ( aujourd'hui, général de brigade ). Il est nommé commandant de l'Ecole de Saumur le 17 novembre 1824. Il est présent à toutes les étapes de l'organisation et de l'extension du nouvel établissement. Après sa démission en août 1830 par fidélité aux Bourbons, il est nommé inspecteur de la cavalerie et continue à s'intéresser à l'Ecole de Saumur. Très attaché à la région, il y fait carrière politique en devenant député de l'arrondissement de Saumur, puis du Maine-et-Loire de 1842 à juillet 1849. Et il termine sa brillante carrière à la tête de l'expédition de Rome de 1849-1850.

4) 10 mars 1825, organisation de l'Ecole Royale de Cavalerie

 Depuis le mois de novembre 1824, une commission ministérielle réunissant les meilleurs experts en cavalerie, dont Oudinot, préparait l'organisation de la nouvelle école ( A. Conraux, p. 192 ). Elle prend l'avis de quelques experts, dont deux anciens cadres de Saumur, Cordier, l'écuyer du manège civil, et Flandrin, professeur d'hippiatrique. La commission prépare l'ordonnance royale du 10 mars 1825, qui fixe l'organisation de l'établissement et le baptise " Ecole Royale de Cavalerie ".

L'orsdonnance publiée par les Affiches de Saumur du 5 juin 1825

 Ses aînées avaient des ambitions limitées, l'Ecole d'instruction des troupes à cheval s'occupant seulement de formation complémentaire, l'Ecole de Versailles réduite aux seuls Saint-Cyriens ; dans sa nouvelle structure, l'Ecole royale de cavalerie assure trois grands niveaux d'instruction :

- Des officiers, déjà formés, devenus lieutenants et parfois encore sous-lieutenants, désignés pour l'emploi d'instructeurs d'équitation, seront envoyés par leur régiment pour s'y perfectionner pendant 12 à 18 mois et afin d'en rapporter des principes uniformes.

- Tous les officiers-élèves sortant de Saint-Cyr et nommés dans la cavalerie feront un stage d'application de deux ans ( le double des autres armes ).

- Des enrôlés volontaires ou de jeunes soldats seront préparés à devenir sous-officiers en 18 mois. Les cours spéciaux pour les maréchaux-ferrants et pour les trompettes sont déjà annoncés.

 On notera qu' à l'époque des débuts, les stages sont de longue durée.

5) Une école nationale

 Etant donné ses ambitions nouvelles, cette Ecole peut être considérée comme une création. Elle a rang d'école nationale ( avec les Ecoles navales regroupées en janvier 1816 au collège royal de la Marine à Angoulême, elle appartient à ces institutions implantées volontairement dans des petites villes, loin de la capitale ). Son commandant correspond directement avec le ministre de la Guerre, sans passer par l'échelon des divisions militaires. Dans les cérémonies, les escadrons de l'Ecole ont la préséance sur les autres corps montés.
 La dotation en personnel est généreuse : un tableau du 30 mars 1825 énumère un grand état-major de 24 membres, dont 9 instructeurs, 6 écuyers, 4 professeurs et employés, ainsi qu'un petit état-major de 9 sous-officiers et maîtres. Deux escadrons montés viennent former le corps de troupe.
 L'Ecole reçoit son étendard, envoyé personnellement par le roi en 1826. Elle est souvent visitée ( et inspectée ) par d'importants personnages, en 1825 par le ministre de la Guerre, en 1827 par le duc d'Angoulême devenu Dauphin, en 1828 par la duchesse de Berry...