Les élèves

 

  Les élèves très divers de l'Ecole portent également des uniformes variés et changeants, vaste sujet que nous ne pouvons qu'effleurer.

1) Les uniformes de l'Ecole

 Les engagés et les simples cavaliers, venus suivre la préparation aux fonctions de sous-officier instructeur, portent un uniforme propre à l'Ecole de cavalerie, comparable à ceux des autres écoles militaires, soit, un shako, une fourragère reliée au shako, une tunique bleue, giberne blanche, pantalon rouge à bande claire. En voici trois représentations :

Dessin par Pauquet, gravure par F. CharyLithographie de Jaillet en 1825Elève sous-officier, 1840

 En 1850, Jehan Marchant publie les " Costumes de l'Ecole de Cavalerie de Saumur ", lithographiés en camaïeu par Jules Gaildrau, avec les annotations suivantes de gauche à droite :

Marchant et Gaildrau, 1850, édité par Roland à Saumur
Grande tenue - Petite tenue - Tenue de manège - Capitaine adjudant - Tenue de carrière ( au second plan ) - Ecuyer - Capitaine écuyer - Ecuyer sous-officier - cavalier 2ème et 1ère classe.

 Ces gravures sont surtout consacrées aux écuyers. Les professeurs et autres cadres portent des uniformes plutôt simples, mais qui varient souvent dans les détails ( voir, M. Rembert, « L'Histoire du Costume Militaire à l'Ecole de Cavalerie de Saumur », S.L.S.A.S., n° 107, 1958, p. 54-61 ). Pour s'en tenir aux lignes générales, à partir de 1847, les officiers portent une tunique bleu foncé, galons, aiguillettes, épaulettes et neuf gros boutons d'argent, pantalon garance à bande noire, épée d'état-major. A partir de 1876, le col de la tunique, la bande du pantalon et le turban du képi prennent la couleur bleu de ciel. En 1887, les aiguillettes disparaissent ; les officiers portent toute la journée la culotte et la botte, à condition de prendre le sabre à partir d'une heure.
 Cette tenue d'Ecole apparaît rarement, car quelques cadres et tous les élèves conservent l'uniforme de leur corps d'origine, ce qui apporte une variété exceptionnelle.

2) La variété des uniformes des élèves

 A l'époque du Second Empire, ces uniformes sont particulièrement chatoyants et ornementés. Toutes les subdivisions de la cavalerie et de l'artillerie montée sont représentées, et les militaires doivent porter la grande tenue pour sortir en ville le dimanche.
 Avec l'aimable accord de l'intéressant site :
http://www.hussards-photos.com/France/France_Saumur_Groupe.htm
je reproduis cette belle photo au format carte de visite, oeuvre de Joseph-Toussaint Le Roch en 1868 :

groupe d'officiers d'instruction en 1868, photo de Le Roch

 Dans ses commentaires, l'auteur du site identifie : trois Cuirassiers de Ligne, trois Lanciers, trois Chasseurs à Cheval, deux Dragons, un Hussard, un Spahi, un Chasseur d'Afrique, un Cuirassier de la Garde (et un uniforme non identifié). Ce sont des sous-lieutenants et des lieutenants en stage d'officier d'instruction. Consulter le site pour connaître l'identité et la biographie de cinq d'entre eux.

Bodin de Galembert, photo Victor Coué, Saumur

 

 Les uniformes sont progressivement simplifiés sous la Troisième République. Eugène-Marie-Joseph de Bodin de Galembert, alors sous-lieutenant, pose devant Victor Coué vers 1880 ( à droite ). Sa tenue est proche de celle de l'Ecole, à l'exception des parements blancs qui caractérisent le 6e Dragons auquel il appartient.

 

 

 Ce dessin d'avant 1900, intitulé " la Parade à Saumur ", présente les tenues les plus remarquées :

Dessin publié par Voelcker
Hussard, deux dragons, cuirassier, spahi, hussard, ???, cavalier de manège, chasseur.
Plusieurs portant sur la manche le fer à cheval de l'Ecole de maréchalerie.

Les troupes d'Afrique sont souvent figurées, en compagnie des chiens envahissants qui hantent le Chardonnet :
L'Univers illustré, 7 octobre 1893, p. 592

 Deux remarques complémentaires doivent être apportées : à partir de 1900, les uniformes sont à nouveau simplifiés, les brandebourgs disparaissent progressivement ; les règlements sont adaptés par les tailleurs et les bottiers de l'Ecole, ou par ceux de la ville pour les plus fortunés. La mode de Saumur est près du corps et amincit la taille : par rapport aux bourgeois ventripotents, les cavaliers sont sveltes ; certains pèsent même quotidiennement leur alimentation. Egalement, les bottes sont étroitement ajustées. Ce dessin s'intitule " Arrivée et Départ de MM. les Elèves officiers " :

Editions Voelcker

3) Une journée chargée

 A l'appel de la trompette, la journée commence tôt, dès 6 heures du matin, 6 heures 30 en hiver. Les officiers d'instruction, qui habitent en ville, partent à la dernière minute, à peine réveillés, à peine habillés.

La rue Beaurepaire par un beau matin de décembre...  6 heures 28, éditions Bruel, après la Grande Guerre

 Les activités équestres, en manège ou en extérieur, occupent en général la longue matinée, entrecoupée par une pause d'une demi-heure, pendant laquelle beaucoup boivent un chocolat, vendu par une marchande ambulante ou pris dans un estaminet situé derrière les écuries de la Moskova.
 Les après-midi sont plus variés : cours en salle, escrime, tir, exercices sportifs. La natation est obligatoire ; ci-dessous, un passage de rivière.

Passage derivière à la nage ( officiers-élèves ), Photo Voelcker

L'Ecole a aménagé sur la Loire une baignade entourée de planches, à la hauteur des écuries du Manège. A la suite d'une pétition, le Conseil municipal exprime le voeu de voir ces bains transportés dans un lieu plus éloigné du public ( A.M.S., 2 D 5, 8 juin 1846 ) ... Voici l'installation en 1911 ( tirage aimablement communiqué par Régis Bassière ).

Plaque Blanchaud, 935/1910-11

 La seule variante est le service en campagne, qui prend toute la journée, habituellement deux fois par semaine.

4) Le cycle annuel

 Comme pour les scolaires, la rentrée des cours a lieu dans les premiers jours d'octobre, le 10 octobre, pour cette carte :

10 octobre, rendtrée du Cours, photo Blanchaud, vers 1910

 Une rituelle photo de promotion, en compagnie des enseignants, est prise dans la cour d'honneur, devant le pavillon Condé, ou au fond de la cour d'Iéna, par un des photographes officiels. Ici, Henri Guionic et la promotion de sous-officiers élèves-officiers de 1907-1908, 65 élèves autour de 5 instructeurs, au centre, au second rang ; à cette époque, les uniformes sont simplifiés ; signe du retour en force de l'équitation, les élèves portent la cravache et non le sabre :

Promotion de 1907-1908 f'élèves-officiers, photo Henri Guionic

 Cette existence strictement encadrée dure jusqu'en juillet, où cessent les cours. En juillet-août, les élèves préparent et exécutent le carrousel. Sur cette carte intitulée " Avant le carrousel ", un groupe se transforme en lanciers :

Photo Nicod

 Ils organisent aussi des revues de fin d'année, dans lesquelles ils égratignent leurs instructeurs en termes codés. Jean de Lavaur ( Georges-Marie-Jean de Lavaur-Charry ) a publié chez J.- B. Robert le texte révélateur du spectacle en trois actes, avec refrains et orchestre, donné l'année précédant la Grande Guerre : " Saumur Revue - 1913 " ( B.N.F., 8° Yth.35 072 ). En vers de mirliton, s'efforçant de retrouver les sonorités d'Edmond Rostand, il fait ressusciter l'ancien écuyer Monsieur de Pluvinel, qui se rend au Coudray-Macouard et qui est consterné par les figures équestres pratiquées par les jeunes cavaliers. Après des plaisanteries potachiques plutôt affligeantes, l'auteur se réveille dans la très caractéristique tirade finale :

« Mais nos lames, encor vierges de souillures,
S'ennuient dans nos fourreaux, nos courages murmurent...
- Non ! Non ! préparez-vous, lames étincelantes !
- France, s'il faut qu'un jour nos bras les ensanglantent
       Ces fers qu'entre nos mains tu mis,
Oh ! va ! pour ton honneur et pour ta sauvegarde,
Nous saurons les plonger, sans peur, jusqu'à la garde,
       Dans le ventre des ennemis ! »

Ce texte permet de comprendre la photo ci-dessous publiée avec l'autorisation courtoise du site monumental :
http://www.military-photos.com/insolites.htm
 Sur ce cliché pris par Le Roch en 1868, le groupe d'officiers d'instruction déjà observé plus haut joue sa revue de fin d'année selon un scénario comparable. Les élèves pourfendent la théorie, l'hippologie et l'art militaire, ainsi que le pauvre Monsieur de Pluvinel, coiffé d'un casque d'un autre âge.

Revue de fin d'année, photo Le Roch, 1868
Le site présente d'autres photos curieuses prises à Saumur.

 Après une période de festivités, 14-juillet, carrousels, concours hippiques, courses, concours du cheval de guerre, les classements de sortie sont affichés à la fin d'août. D'après ce dessin, le 29 août 1886, pour les lieutenants d'instruction, les lieutenants d'artillerie, les sous-lieutenants, les sous-officiers élèves-officiers et les vétérinaires stagiaires :

Dessin publié par Fr. Voelcker

 Ce palmarès peut déterminer l'avenir de la carrière et permet le choix de régiments cotés. Les lieutenants d'instruction placés les deux premiers passent capitaines. Il n'y a ni refusés ni redoublants. Charles de Foucauld, qui ne faisait pratiquement rien, qui s'était absenté irrégulièrement pendant deux jours, qui avait été frappé de 15 punitions, dont 45 jours d'arrêts de rigueur ( S.L.S.A.S., 1998, p. 78 ) est tout simplement classé 87 ème sur 87. Il est loin d'être un cas unique. Un certain nombre de fils de famille, à la bourse bien garnie et sans ambitions de carrière, mènent joyeuse vie et font surtout du sport ; après quelques années de vie militaire, ils se retireront sur leurs terres. De toutes façons, les examens sont rapides et essentiellement oraux ; on doit y réciter des tranches de manuel.
 Ces remarques valent surtout pour les sous-lieutenants Saint-Cyriens. Les lieutenants d'instruction, déjà sélectionnés par leur régiment et volontaires pour le stage, apparaissent en général comme plus studieux et d'un meilleur niveau. Cependant, en 1834, sous le commandement débonnaire du maréchal de camp de Morell, les élèves travaillent peu et obtiennent facilement des congés ; La Roncière sèche les exercices et court les filles ; Ambert s'adonne à la littérature et d'Estouilly au dessin. Aurélien Conraux ( p. 665 ) cite par ailleurs le cas tout à fait exceptionnel du sous-lieutenant Montera, dit Abdallab, algérien nommé en 1841 sous-lieutenant au 2e Spahis, à titre indigène ; envoyé en stage à Saumur en 1855, il est renvoyé sur sa demande, car, illettré et malgré son zèle, il n'a jamais pu apprendre les éléments rudimentaires. Dans d'autres divisions, les sous-officiers élèves-officiers doivent pratiquer, pendant 18 mois, un large éventail de matières de culture générale, et ils ne sont pas assurés de tous finir sous-lieutenants.

 Une dernière photo avant le départ. Ces élèves-officiers, des dragons et un hussard, ont déposé casques et sabres. Ils posent en levant un verre de mousseux rouge et précisent sur la pancarte : « Souvenir de 5 amis, c'est fini, adieu Saumur ».

Vers 1900 - photographe inconnu - l'un des aspirants s'appelle Ratheau

 Les activités ludiques de juillet-août acheminent vers les congés. Au terme d'une année passée sans permissions appréciables, les élèves sont libres pendant le mois de septembre.