Cadre et services

 

1) Le cadre de l'Ecole

 Le cadre est l'ensemble des personnels à demeure, qui commandent, qui enseignent ou qui assurent les services sanitaires et administratifs. Ceux qui ont le grade d'officier sont regroupés dans l'état-major ; les sous-officiers, les vétérinaires et les maîtres artisans dans le petit état-major. L'ensemble du cadre est étoffé : à la création de l'Ecole le 10 mars 1825, il regroupe en théorie 53 personnes au total, dont 23 officiers. De nouveaux postes de professeurs et d'instructeurs sont créés ; l'état-major passe à 29 officiers en 1842, d'après l'Annuaire militaire de la France, à 35 en 1860, selon l'Almanach impérial, à 46 à la fin du siècle selon Ardouin-Dumazet, à 59 en 1913, tous services compris, selon l'Annuaire de Saumur.
 [ Les uniformes propres à l'Ecole sont présentés au chapitre précédent ]

2) Hétérogénéité du corps enseignant

 Le corps enseignant est loin d'exercer exactement les mêmes tâches. Les professeurs de matières générales ( fortification, histoire et géographie, allemand, arithmétique et géométrie, télégraphie ) n'assurent que quatre ou cinq heures de cours par semaine ; comme ils dictent le même texte chaque année, qu'ils n'ont pas de copies, leur tâche est loin d'être écrasante. Cependant, ils doivent aussi monter leurs chevaux, ils peuvent être officiers de semaine et doivent prendre part aux très fréquentes prises d'armes, revues et inspections.
 Les professeurs de tactique ( ou d'art militaire ) semblent plus chargés, car ils ne se contentent pas d'assurer quelques conférences en amphithéâtre, ils vont aussi les mettre en pratique sur le terrain, en compagnie des instructeurs d'exercices militaires, ce qui est fréquent vers la fin du siècle.
 Selon Blacque-Belair ( Saumur, son rôle et son avenir, 1902, p. 15 ), la vie des écuyers est épuisante ; ils doivent chaque jour assurer la formation équestre d'une division pendant deux heures, participer pendant une heure à la reprise des écuyers, diriger les travaux de dressage, monter leurs quatre chevaux et assurer deux séances d'hippologie par semaine. Les écuyers se considèrent, à la fois comme les tâcherons et l'élite de l'Ecole. Ils se distinguent depuis toujours par leur tenue ( le lampion, les ornements d'or ). A partir de 1900, ils se mettent à porter une tunique noire, ainsi que nous l'avons raconté plus haut. On considère alors que le cadre a éclaté et on distingue le Cadre noir et le Cadre bleu, bien que cette séparation ne soit nullement officialisée.

3) L'élimination progressive des civils

 Que les enseignants soient militaires dans un établissement de ce type paraît ressortir de l'évidence. Il n'en était pas ainsi à la création de l'Ecole ; les six écuyers étaient des civils, dont les célèbres Cordier, Flandrin, Rousselet et Beucher de Saint-Ange ; deux sous-maîtres de manège l'étaient également, ainsi que le maître d'escrime et le prévôt d'armes ; les professeurs de dessin et de musique aussi et, sans doute, les deux artistes vétérinaires. Dans le cadre mis en place en mars 1825, on compte 28 militaires, 16 civils et un personnage qui n'est ni l'un ni l'autre, un « aumônier, inspecteur de la bibliothèque », qui a un rang correspondant à celui de capitaine, mais qui ne dispose pas de chapelle et qui fait fort peu parler de lui.
 Aux civils, les chefs militaires reprochent de manquer d'autorité et de ne pas oser infliger des punitions. Ils apportaient au moins un peu d'air dans un milieu bien confiné, où l'on cherche à rester entre soi. Une réforme de 1853 précise que les enseignants seront désormais tous militaires ; le comte d'Aure est le dernier civil, écuyer en chef de l'Ecole.
 Cependant, de nombreux civils continuent à appartenir à l'établissement dans des emplois subalternes, quelques commis aux écritures, les nombreux employés des maîtres éperonnier et armurier, sellier, bottier, tailleur, ainsi que des palefreniers.

4) Cavaliers de remonte et cavaliers de manège

Bouton des cavaliers de manège Deux escadrons d'un effectif théorique de 166 hommes à statut militaire assurent les services quotidiens. Les cavaliers de remonte s'occupent du haras d'étude et des soins aux chevaux d'armes ; ils forment la 5 ème compagnie de remonte à la fin du siècle et sont au nombre de 350, d'après Picard en 1896. Le corps des cavaliers de manège, créé seulement en 1860, est attaché à ces chevaux spécialisés et a la charge des locaux, des terrains et des gardes nocturnes aux écuries ( ils sont au nombre de 132 au recensement de 1896 ).
  Les cavaliers de ces deux escadrons portent des vestes de couleur sombre, ornées de brandebourgs et avec de gros boutons dorés, comme celui de droite.

 Avec les lois sur le recrutement de 1889, 1905 et 1913, des appelés de la région viennent s'ajouter aux précédents, bien souvent de jeunes ruraux habitués à s'occuper des chevaux. Ils ont parfois demandé à leur député d'intervenir pour les faire affecter à Saumur. Le travail y est certainement moins intense que celui de valet de ferme qu'ils exerçaient souvent et qu'ils reprendront à nouveau. Cependant, arrachés à leur milieu, heurtés par des classes brutales, ils ne prennent aucun goût pour la vie militaire, avec ses corvées et ses gardes répétitives, et ils affirment perdre leur temps ( il y a deux postes de garde devant l'entrée de l'Ecole, un autre devant l'Hôtel du Commandement, un autre devant le manège des Ecuyers ). La lecture des correspondances sur les cartes postales en atteste : ils ne songent qu'aux permissions et au retour à la vie civile.

5) Les ordonnances

Saumur après la Grande Guerre, photo Blanchaud Le règlement de 1886 sur le service intérieur autorise les officiers à employer chacun un soldat pour leur service personnel et le pansage de leurs chevaux. Ceux qui ont régulièrement droit à trois chevaux sont autorisés à avoir deux ordonnances. Les officiers les choisissent eux-mêmes parmi les cavaliers ayant accompli au moins huit mois de service. Ils doivent les rétribuer à raison de 5 F par mois pour les soins personnels et de 4 F par cheval. Ainsi rémunérée, la fonction est plutôt recherchée, d'autant plus qu'elle n'est pas bien lourde. Au dos d'une carte postale, un ordonnance [ les textes militaires emploient toujours le mot au masculin ] raconte que la vie est facile à Saumur : il doit s'occuper de deux chevaux et nettoyer une voiture. Les ordonnances habitent chez leur maître, sans doute dans une soupente, mais dans l'agréable compagnie des servantes. Le recensement de Saumur de 1896 en compte 180, c'est-à-dire que la plupart des officiers logeant en ville en emploient un. Les ordonnances peuvent s'habiller en civil et sont dispensés de tout service et corvée au quartier, à la seule exception qu'ils doivent participer à un exercice militaire par semaine. Il est possible qu'ils soient oubliés dans les statistiques de l'Ecole, tellement ils sont à part.
 Ils suivent leur maître toute la journée et passent leur temps à l'attendre sur le Chardonnet, tout en commentant ses faits et gestes, sans aménité.

 [ Ce détestable détournement de jeunes soldats appelés pour servir leur pays et transformés en domestiques a été supprimé seulement en 1945. ]