Les services annexes

 

 L'Ecole de Saumur a vocation à couvrir toutes les activités se rattachant à la cavalerie militaire. Elle développe une large gamme de services annexes, certains éphémères, d'autres promis à une réelle importance.

1) Le haras d'étude

 Dès la fondation de l'Ecole royale de cavalerie, le maréchal de camp Oudinot crée en 1827 un haras d'étude, qui n'est pas destiné à un élevage en nombre, mais à la formation des élèves, à partir d'observations concrètes. Il en confie la direction à Beucher de Saint-Ange, écuyer civil de 2 onde classe au manège. Il rêve d'en faire un établissement modèle, qui serait imité par les autres haras militaires. Il en donne un plan en annexe de sa brochure intitulée " Des remontes de l'Armée, de leurs rapports avec l'administration des haras ", Paris, Laguionie, 1842. Selon ce projet, lithographié par Gratia vers 1840, les vastes terrains situés à l'ouest du Chardonnet et de la caserne et dans l'enclos de la levée d'enceinte, des deux côtés de la route de Saint-Florent, deviendraient les prairies du haras. Sur ces pâturages, seraient disséminés des bâtiments aux formes tarabiscotées, certains existant déjà, tous marqués "o" et rayés par des hachures obliques.

Extrait du plan d'Oudinot, lithographié par Gratia

 Ce projet ambitieux n'est réalisé que sur une échelle modeste dans la partie méridionale du chemin de Saint-Florent, ainsi qu'il est figuré en 1831 sur une lithographie de Lavoye et Walter ; il est réduit alors à un bâtiment bas et à un paddock :

Vue des Haras, dessin par Lavoye, litho par H. Walter

 Par la suite, de plus vastes terrains sont ajoutés au haras d'étude. L'Etat en achète quelques uns. La ville en loue d'autres à l'Ecole en 1844 pour 2 500 francs par an, et finalement les vend en 1858 pour 42 000 francs ( A.M.S., 2 D 5 ).
 Au total, le projet d'Oudinot est loin d'être achevé. Dans les faits, la théorie l'emporte sur l'étude concrète ; les élèves apprennent par coeur de copieux traités d'hippologie, et le haras d'étude est fermé en 1867.

2) L'école de dressage

 Créée le 17 octobre 1853 ( voir précédent dossier ).

3) L'école de trompettes

 Les étapes de la journée ou les ordres au combat sont indiqués par des sonneries de trompette. Reprenant une tradition du XVIIIe siècle, une école de trompettes de cavalerie fonctionne au sein de l'établissement de 1825 à 1850 ; elle accueille en priorité des enfants de troupe. Elle est fermée par un décret présidentiel du 19 septembre 1850, car elle marche mal, chaque régiment préférant former lui-même ses instrumentistes.
 Par la suite, l'établissement dispose d'un corps d'une douzaine à une vingtaine de musiciens ( voir A. Conraux, p. 286-291 ). Les reprises solennelles au manège se déroulent en musique, mais l'Ecole ne dispose pas d'une fanfare étoffée. Pour les carrousels, elle fait venir la musique d'un régiment voisin.

4) Les services de santé

 Le classique corps de santé est encadré, aux débuts par deux chirurgiens, puis par un médecin chef de service, par un major, médecin en second et souvent par un aide-major ( liste par Jean des Cilleuls, S.L.S.A.S., juillet 1935, p. 75-77 ).
 Ces praticiens, formés à l'Ecole du service de santé militaire de Lyon, paraissent d'une compétence scientifique supérieure à celle de leurs confrères de la ville. Responsables de jeunes hommes en bonne forme, ils décrivent un taux très bas de morbidité et de mortalité, à l'exception de graves séquelles de paludisme et d'autres maladies coloniales. Premiers médecins fonctionnaires établis sur place, ils se considèrent comme responsables de la santé et de l'hygiène publiques de la ville ( voir, L'intervention des hygiénistes ). Le docteur Marie-Désiré Simon, médecin major de 2 onde classe de 1893 à 1899, publie chez Milon en 1898 une " Etude médicale sur la ville de Saumur et l'Ecole d'application de cavalerie... " d'un intérêt exceptionnel, que nous utilisons abondamment dans le chapitre 35. Jean Lambert des Cilleuls poursuit son travail statistique et le docteur Paul-Emile Gandar se fixe à Saumur.
 Construite sur un terrain fourni par la ville, la première infirmerie militaire est transformée en mess en 1873. Après avoir erré dans divers locaux, elle s'installe en 1910 dans la vaste infirmerie-hôpital pouvant accueillir une centaine de malades, en complément des salles militaires de l'hôpital de la rue Seigneur.

L'infirmerie-hôpital, transformée en hôpital américain pendant la Guerre 14-18
Pendant la Guerre 14-18, elle devient l'hôpital américain.

5) Les services vétérinaires

 Deux vétérinaires en 1825, cinq en 1913, ont la charge des nombreux chevaux de l'Ecole ; à leur tête, un vétérinaire principal, un vétérinaire en premier, un vétérinaire en second. Ce nombre peut paraître faible, mais tous les personnels sont, du moins en théorie, formés aux soins à apporter aux chevaux. Une petite pharmacie était implantée en avant de la carrière des Ecuyers, sur l'actuelle place Charles de Foucauld, auprès du poste du vétérinaire de garde.
 Voici, photographiée par Blanchaud vers 1922, une opération pratiquée à Saumur :

Extrait de l'album " Ecole d'Application de Cavalerie - Saumur ( France ) "

 Surtout, en complément, une importante " Ecole d'application des vétérinaires militaires " est créée par le décret impérial du 19 octobre 1854. Après quatre années d'études à Alfort, les aides-vétérinaires viennent s'y spécialiser en un an dans le cheval de guerre, dans le service régimentaire et dans l'équitation de manège ( Jean des Cilleuls, S.L.S.A.S., 1963, p. 23-28 ). Les stagiaires, dont le nombre varie d'une dizaine à vingt-cinq, participent aux soins donnés aux chevaux par leurs enseignants.
 Cette école vétérinaire, mal logée dans des bâtiments du haras d'étude, près d'un jardin botanique, doit sa réputation à l'autorité scientifique des vétérinaires majors qui la dirigent. Alexandre Vallon publie en 1863 chez Javaud les deux forts volumes de son " Cours d'Hippologie à l'usage de MM. les officiers de l'armée, de MM. Traité de Jacoulet et Chomelles officiers des haras, des vétérinaires, des agriculteurs et autres personnes qui s'occupent des questions chevalines ". Jules Jacoulet ( 1850-décédé à Doué en 1932 ), directeur de 1896 à 1901, en association avec Claude Chomel, publie chez Milon, en 1894 et 1895, un énorme traité d'hippologie, plusieurs fois réédité, et encore par A. Gendron en 1925. A l'intention des élèves qui n'ont pas le courage de se plonger dans ces pavés de 691 et 944 pages, Milon produit en 1896 un résumé très sec en 144 pages, structuré en questions et réponses, " Memento d'hippologie pour répondre au questionnaire de l'Ecole d'Application de cavalerie... " ( B.M.S., S XIX-4/1 ). L'édition locale produit beaucoup de livres sur les questions équines.
 Le vétérinaire-major Georges Joly, directeur de l'enseignement vétérinaire de 1908 à 1913, s'intéresse plus particulièrement à l'histoire du cheval et à sa place dans l'évolution de l'humanité ; il est fondateur et premier conservateur du musée du Cheval, implanté dans les combles du château ( voir, Françoise Hau, dans Garrigou Grandchamp, p. 299-301 ).

 Le Conseil municipal de Saumur avait bien saisi l'intérêt de cet enseignement. Très tôt, dans une délibération du 18 juin 1832, il demandait au gouvernement d'adjoindre l'Ecole vétérinaire d'Alfort à l'Ecole de cavalerie ( A.M.S., 2 D 5 ). Donc, bien avant la création de l'établissement de Saumur, qui fonctionne jusqu'en 1940 et qui est reconstitué à Compiègne après la Guerre 1939-1945.

6) L'école de maréchalerie

 L'école de maréchalerie est encore plus importante par l'ampleur de ses locaux et le nombre de ses stagiaires ( articles du vétérinaire-major Plantureux, S.L.S.A.S., nov. 1926, p. 37-44 et de Jean des Cilleuls, S.L.S.A.S., 1969, p. 29-33 ). Depuis 1769, chaque compagnie montée disposait d'un cavalier spécialisé exerçant les fonctions de maréchal-ferrant. Une ordonnance royale du 23 juillet 1826 crée l'école de maréchalerie, annexée à l'Ecole de Saumur. Elle est d'abord dirigée par M. Havoux, puis, d'une façon habituelle, par le directeur de l'enseignement vétérinaire, avec le vétérinaire en premier comme professeur de maréchalerie. Un adjudant maréchal-ferrant, recruté par concours, exerce la fonction de chef d'atelier.Brigadier-élève ( grande tenue ) - élève maréchal-ferrant, chromolithographie par Armand-Dumaresq, Uniformes de l'armée française en 1861

 L'établissement n'est pas un centre d'apprentissage, car les élèves détachés par les régiments montés ont déjà de la pratique ; c'est plutôt un centre de perfectionnement qui forme des maîtres-maréchaux. La durée d'instruction n'est pas fixe, elle dépend de la progression des élèves ; seul un maximum est posé : il est d'un an en 1868 et de deux ans en 1873. Dans la pratique, les élèves-maréchaux passent habituellement six mois à l'école. Ils sont nombreux à se succéder, environ 170 par an à la fin du siècle, de 80 à 85 dans les années 1920.

 A droite, l'uniforme d'un brigadier élève maréchal-ferrant en 1861. Le tenue est alors proche de celle des élèves de l'Ecole, shako, fourragère, ensemble bleu-blanc-rouge, fausses bottes, à part le fer à cheval apposé sur la manche gauche.

 

 Le jeune homme marqué d'une croix envoie l'intéressante photo-carte ci-dessous à son ancien patron, maréchal-ferrant à Gardanne. La troisième division des cours 1911-1912 regroupe 12 élèves qui posent autour du directeur. Tous portent l'écusson en fer à cheval de l'école, mais conservent alors l'uniforme de leurs régiments d'origine, tous différents d'après les numéros portés au col.

Photo Dupitier, Saumur

 On reconnaît, en haut un cuirassier, en bas les dolmans clairs d'un hussard et d'un chasseur d'Afrique, vers la droite les collets à parements blancs des dragons. Le jeune correspondant a déjà fait un apprentissage de C\( compagnon ) du Devoir ; il retrouve à Saumur plusieurs camarades de réception.
 Dans la pratique, un tiers des élèves reste dans l'armée comme maître-maréchal, les autres reprennent leur métier dans la vie civile avec une formation renforcée. Le Conseil d'Instruction de l'Ecole de cavalerie rédige un Manuel de maréchalerie, qui est approuvé par le ministre de la Guerre le 31 octobre 1849 et qui est imprimé à Saumur, chez P. Godet, et réédité à de fréquentes reprises. Jules-Charles Tasset, vétérinaire en Premier, professeur de maréchalerie à l'Ecole de Saumur, publie en 1912, un Traité pratique de maréchalerie à l'usage des maréchaux, vétérinaires, officiers montés, hommes de cheval, cette fois, à Paris, chez J.-B. Baillière et fils ( réédition en 1925 ). C'est vraisemblablement l'officier qui pose au centre de la photo ci-dessus. Pour la formation des élèves, une collection de plus de 2 000 fers orne l'amphithéâtre de l'école.
 Les locaux construits rue de la Maréchalerie ( aujourd'hui du Colonel-Michon ) sont assez vastes ; deux pavillons au décor d'inspiration orientale donnent sur la rue, en avant d'un grand corps de bâtiment. Sur la cour, des hangars à ferrer sont ajoutés en 1832 et 1842. Voici les pavillons, aujourd'hui disparus :

Revue de ferrures, Voelcker

 Les jeunes maréchaux sont très fiers de poser dans leur atelier, comme sur cette photo prise par Louis Nicod au début de XXe siècle :

Maréchaux ferrants dans leur forge 

Voir des compléments illustrés dans le chapitre sur le Chardonnet.

 Dotée de douze forges à deux foyers pour les fers et d'une forge simple pour les clous, l'école est également un centre productif. Elle équipe les chevaux de l'Ecole et elle accumule des stocks pour l'armée. En 1842, 120 000 fers sont entreposés au château de Saumur ; en 1862, elle expédie à l'armée débarquée au Mexique 25 000 fers et 300 000 clous.
 Elle existe jusqu'en 1940.

7) L'arçonnerie

  L'arçonnerie fonctionne de 1846 à 1927. Il ne s'agit plus d'un centre d'enseignement, mais d'un atelier spécialisé, qui fabrique les bâtis de selle pour toute l'armée, en moyenne 10 000 par an. La pose d'un revêtement n'est pas effectuée à Saumur, bien que cette opération complémentaire ait été envisagée. Les locaux, construits sur le jardin de l'école de maréchalerie à l'époque du Second Empire ressemblent plus à une orangerie qu'à une usine. Cependant, à l'intérieur, l'arçonnerie est équipée de puissantes machines-outils entraînées par une machine à vapeur.

Intérieur de l'arçonnerie, photo de la collection Perrusson des A.M.S.

 Les ouvriers arçonniers, d'abord recrutés à Saumur, s'étaient révélés turbulents au cours de la révolution de 1848. Ils sont désormais soumis à une discipline militaire, revêtus d'un uniforme proche de celui des cavaliers de manège et commandés par un chef d'escadrons. Selon Louis d'Or ( Louis Picard ), Le Monde moderne, janvier 1896, p. 77, ils viennent de la conscription : « ouvriers en cuir, en bois, en fer, versés à l'Ecole par le recrutement pour être classés suivant les aptitudes de leur métier, parmi les 120 ouvriers qui travaillent à Saumur à la confection des arçons et des effets de harnachement ». Sur une photo de groupe prise à la veille de 1914, le personnel au complet représente 67 personnes.

8) L'école de télégraphie

  Une " école de télégraphie légère " est ouverte en 1879 et sommairement logée, hommes, salles de cours et matériel, dans les combles de l'écurie de Bouvines. Une quarantaine de cavaliers envoyés par les divers régiments y apprennent à poser des lignes télégraphiques et à mettre en place des postes téléphoniques, ici sur le bord de la Loire.

Photo Nicod

  Ces équipements apparaissent relativement tôt, dans une Ecole peu portée vers la modernité et dans une ville où l'équipement télégraphique est précoce, mais l'équipement téléphonique très lent.
 S'ils n'ont pas le temps de poser des câbles, les télégraphistes peuvent communiquer par des appareils optiques qui émettent en alphabet Morse des signaux lumineux très puissants visibles jusqu'à 40-50 kilomètres. Ici, sur la levée d'enceinte :

Télégraphie optique, éd. Nicod

 Le stage spécialisé dure onze mois. Le directeur de la télégraphie donne également des cours aux élèves des autres divisions.

 Bien que considérés comme annexes, les services qu'on vient d'énumérer sont nombreux, parfois importants et réputés ; ils montrent que l'Ecole est une cité polyvalente, regroupant une large gamme d'activités.