Visiteurs et officiers étrangers

 

1) Les inspections

 L'Ecole de cavalerie est l'objet de visites fréquentes, d'un caractère assez répétitif, sur lesquelles nous ne pouvons que donner des exemples.
 Les inspecteurs de la cavalerie viennent fréquemment mener des enquêtes approfondies, les passages du général de Galliffet étant particulièrement redoutés. De même, les ministres de la Guerre apparaissent souvent, pour des activités plus protocolaires. En 1902, le ministre ci-dessous, qui a pratiqué une inspection minutieuse et qui remet des décorations, est le général de cavalerie André, resté célèbre pour " l'affaire des fiches ".

Photo Voelcker très agrandie

 La revue suivante se déroule sur le Chardonnet en présence d'une foule nombreuse ; il s'agit vraisemblablement d'un 14-juillet :

Photo Voelcker, Revue sur le Chardonnet, carte ayant circulé en septembre 1903

2) Visites d'importants personnages

 La venue de la duchesse de Berry est évoquée dans le dossier consacré au premier carrousel. Le duc de Nemours, deuxième fils de Louis-Philippe, visite la ville et l'Ecole du 8 au 11 août 1843 et assiste à un carrousel spécial. A son tour, le Prince-Président, Louis-Napoléon Bonaparte, séjourne à Saumur les 31 juillet et 1er août 1849 : il passe l'Ecole en revue sur le Chardonnet, est reçu dans le salon d'honneur par le maréchal de camp Budan de Russé, préside un carrousel et assiste à un dîner de 400 couverts donné dans le grand manège.
 Au temps de l'Ordre moral, le maréchal de Mac-Mahon, « président de la République », fait de longues tournées en province. Il inspecte l'Ecole le 5 mai 1874, après avoir passé une nuit à l'Hôtel Budan.

Gravure sur bois par Trichon dans l'Univers illustré, 16 mai 1874. La représentation des bâtiments est bien approximative.

 Sa venue n'a guère de visée politique ; il étudie les agrandissements de l'Ecole et il visite aussi l'usine Fuseiller, qui fabrique des fers à cheval. En 1895, l'Ecole voit encore passer le président de la République, Félix Faure, venu pour un court voyage officiel.

3) Visites d'étrangers

 Les attachés militaires, mi-diplomates, mi-espions, sont souvent invités à Saumur, y compris les attachés allemands, qu'on reconnaît en tête du cortège sur le Chardonnet sur cette carte de 1903 :

Photo Voelcker

 On retrouvera un attaché militaire allemand à Saumur, lors des grandes manoeuvres de 1912.
 Les relations avec l'Empire ottoman ne sont pas non plus bien chaleureuses. Voici néanmoins une mission ottomane particulièrement fournie :

Vers 1910

 Le prince impérial chinois "Tai-Tao" est reçu avec beaucoup de solennité le 23 mai 1910 ; il pose dans le salon d'honneur auprès du général Mazel (?) et son état-major.

S.A.I. Prince Tai-Tao visitant l'Ecole de Cavalerie
Le nom ainsi imprimé était estropié : il s'agit de Tsai Tao, un personnage influent, oncle du très jeune P'ou-yi, « le dernier empereur ». La dynastie mandchoue, menacée par le Japon, cherche alors à s'occidentaliser. Tsai Tao fait un grand voyage aux Etats-Unis et un autre en France. L'initiative n'a pas eu un grand succès, puisque la dynastie doit abdiquer en 1912 devant la nouvelle république.

4) Officiers en stage

 Les liens sont plus forts, et en tout cas pas vraiment hostiles, avec les pays qui envoient un jeune officier d'état-major suivre le cours des lieutenants d'instruction, pendant une année en principe. L'Ecole aide ainsi à la constitution des nouvelles armées des pays balkaniques ; elle tisse aussi des liens avec de jeunes cadres, souvent promis à un brillant avenir dans leur pays. Les officiers étrangers, dont le nombre s'élève à douze en 1909 et en 1911, sont l'objet d'une vive curiosité à cause de leurs uniformes. Ils participent au carrousel. Ils sont souvent photographiés. Les voici, accueillis par des officiers de l'Ecole :

Photo Blanchaud
Plus souvent, à cheval.
Photo Blanchaud, probablement en 1910, la carte a circulé en juin 1911
Observer le géant russe et son casque surmonté d'un aigle.
Photo Blanchaud, probablement en 1912

 En dépit de leur isolationnisme officiel, les Etats-Unis sont constamment présents. Le général Philip Kearny ( 1814-1862 ), objet de plusieurs biographies dans son pays, est envoyé comme jeune officier étudier les méthodes françaises à l'Ecole de Saumur en 1839-1840. Dans une lettre, il se dit surpris par l'état misérable des chevaux et des écuries, mais juge la théorie brillante. Il accompagne longtemps l'armée française parmi les chasseurs d'Afrique, en Algérie, puis à Solferino. Dans les combats livrés par les U.S.A. contre le Mexique, il perd un bras, avant d'être tué dans la Guerre de Sécession... Egalement, George S. Patton vient suivre un stage d'escrime à Saumur en 1913, auprès du maître Cléry.
 Malgré des rapports tendus, le Reich allemand est parfois présent. Un lieutenant du 1er régiment de Dragons badois, détaché à Saumur, Hermann, baron Bodman, fait parler de lui par ses succès mondains : en 1865, il épouse Caliste Jeanne Louise Marie Bernard de La Frégeolière ; en 1881, il se remarie avec Valentine O'Neill de Tyrone, la fille de l'ancien sous-préfet ( voir rue de Bodman ).
 A partir de photos et de descriptions, j'ai pu relever les nationalités des officiers étrangers sur sept années s'étalant sur la période 1903-1912. En tête viennent les Etats-Unis, représentés chaque année, dont une fois par deux stagiaires, soit un total de 8, de même que la Suède, 8 ; la Bulgarie, puissance montante dans les Balkans, 7 ; la Russie, grande alliée, 6, et la Norvège, 6. Il ne faut dans doute pas attacher trop de signification à la suite de la liste : Angleterre, 4 ; Serbie, 4 ; Espagne, 3 ; Empire ottoman, 3 ; son adversaire, la Grèce, 3 ; Danemark, 2 ; Pays-Bas, 2. Un unique représentant pour la Roumanie, la Chine et le Pérou. Le plus intéressant est de noter que 15 pays sont représentés, répartis à travers le monde entier.