Le manège fin XIXe-début XXe siècle

 

 Malgré son intense pratique personnelle de l'équitation artistique, le général L'Hotte avait tranché dans le sens d'une équitation militaire réduite à des exercices simples, et ses successeurs du dernier quart du XIXe siècle ont poursuivi sur cette voie, non sans conflits avec l'écuyer en chef.

1) La maîtrise du cheval

 Les élèves apprennent à maîtriser leur cheval et, beaucoup ayant vocation à devenir instructeurs d'équitation, ils doivent aussi acquérir des méthodes de progression pédagogique. Dans ce milieu, on est jugé au premier coup d'oeil sur sa façon de monter. Il convient de contrôler sa tenue en permanence ; de grands miroirs permettent les vérifications préalables, comme celui que consulte le commandant Gardefort ( Jacques Dufilho ) dans le téléfilm Milady de François Leterrier.

J. Dufilho  dans Milady

2) Les sauts d'école enseignés

 En théorie, seules sont enseignées les figures stylisant les sauts naturels du cheval.Courbette par Voelcker Ces sauts sont pratiqués sans étriers, afin de prouver la parfaite maîtrise du cavalier.

 

- La courbette est dérivée de la pesade des anciens manèges. Le cavalier doit rester d'équerre.

 

Chaque éditeur de cartes postales présente sa courbette.

Voici d'abord celles de Voelcker, celle de droite est exécutée par un sous-écuyer devant le manège,

 

 

 

celle du bas est intitulée " Salut gracieux en courbette ( Sous-Maîtres ) ".

Salut gracieux en courbette(Sous-Maîtres), Fr. Voelcker

Voici les courbettes des éditions Gendron, exécutées avec un ensemble parfait sur la carrière des Ecuyers
Courbette, éd. Gendron, vers 1930

- La croupade doit être une énergique ruade défensive, rappelant les origines militaires de ce saut. Le cavalier l'obtient par la cravache tenue de la main droite. Des postérieurs étirés et élevés sont appréciés. Voici celle de l'éditeur Camille Charier vers 1901-1902 :

Edition C. Charier

- La cabriole est un exercice plus complexe combinant une courbette et une croupade. La voici dessinée dans l'idéal par le lieutenant-colonel Margot.

Dessin à l'encre gouaché, tiré de " Cheval Cavalier"

 Cette perfection est rarement atteinte. Voici deux clichés, apparemment du même sous-maître, pris par Voelcker, au même endroit, devant l'escalier montant à la tribune du manège des Ecuyers. Nous avons laissé la charmante dédicace de la première.

Vers 1901-1902

Vers 1904-1905

Au même emplacement, une dizaine d'années plus tard, par un écuyer, photo de Blanchaud
Photo Blanchaud, vers 1910

 Cabriole éditée par Camille Charier, devant un cavalier de manège et quelques autres sous-maîtres ( le pavillon des écuries présente encore le balcon où apparut la duchesse de Berry )

Editiions C. Charier, vers 1901-1902

 Cabriole exécutée en main, l'écuyer étant à pied. Cette figure exige une longue accoutumance du cheval ( dessin du lieutenant-colonel Margot ) :

Dessin à l'encre gouaché de G. Margot

- A plusieurs reprises, le photographe Voelcker présente une ballotade, un saut de l'ancienne école, très élevé, très ramassé, dans lequel le cheval ne détache pas de ruade :

Vers 1904-1905

- Les trois figures classiques sont présentées ensemble sur ce cliché de l'Entre-Deux-Guerres :

Cliché Neurdein

 

3) Le travail aux piliers

 Les piliers, en manège ou en carrière découverte, sont très employés à Saumur. Ils servent pour l'acquisition des sauts d'école, du piaffer ou du passage. Ici, vers la fin du Second Empire, un écuyer et des sous-maîtres pratiquent la cabriole :

Partie centrale de la chromolithographie de Drake et Adam

Dressage à la croupade
Dressage du Sauteur aux piliers, Voelcker, 1901-1902

Un humoriste anonyme évoque en même temps le cours d'hippiatrique
Edité par Voelcker

4) D'autres airs relevés

 Dans les faits, le manège de Saumur continue la pratique de l'équitation savante, surtout dans le cadre un peu confidentiel des reprises des écuyers. Au pas espagnol, le cheval parade, encolure relevée, pas hauts et cadencés.

Voelcker, Haute école, écuyer au pas espagnol

Voelcker, Haute Ecole. Ecuyer en chef au passage

 

L'écuyer en chef est ici au passage, un trot majestueux, diagonalisé, marqué par un temps de suspension soutenu.

 

Les programmes des carrousels citent des doublers, des contre-changements de main. Le cours le plus élevé, celui des officiers d'instruction, est aussi capable d'effectuer avec ensemble de nombreux exercices d'équitation savante.

 

 Ce charmant dessin en ombres chinoises évoque différents airs pratiqués sur le Chardonnet.

 

Voelcker; Reprise sur le Chardonnet

5) La voltige

 Les exercices de voltige tiennent autant de la gymnastique que de l'art équestre traditionnel. A cette époque, les cavaliers s'exercent avec assiduité à sauter sur un cheval, tantôt à l'arrêt, tantôt lancé, soit sur la selle, soit debout sur la croupe, alternativement, face vers l'avant, face vers l'arrière.

Camille Charier, voltige, vers 1903-1904
Ils peuvent aussi opérer une ballotade tournés vers l'arrière, ainsi que le montre ce dessin de Georges Busson paru dans Le Journal de la Jeunesse, 1890, p. 121 et présentant le cadre majestueux du manège Kellermann :
Dessin de Georges Busson, Le Journal de la Jeunesse, 1890, p. 121